18 juin : Journée internationale de la lutte contre les discours de haine

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Journée internationale de la lutte contre les discours de haine — Adultes vus de dos réunis pour un échange calme.

Chaque 18 juin, la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine rappelle qu’une parole peut précéder une agression, une discrimination, parfois un massacre. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en juillet 2021 et célébrée pour la première fois en 2022, cette journée invite les États, les plateformes numériques, les médias, les écoles et chaque citoyen à identifier, signaler et contrer les propos qui prennent pour cible des personnes en raison de leur origine, de leur religion, de leur genre, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large : celui de la défense de la dignité humaine, sans renoncer à la liberté d’expression.

Journée internationale de la lutte contre les discours de haine — Mains tenant un téléphone à l'écran éteint.

L’essentiel sur la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine

Élément Information
Nom officiel Journée internationale de la lutte contre les discours de haine
Date 18 juin, chaque année
Instituée par Assemblée générale des Nations Unies
Texte fondateur Résolution A/RES/75/309, adoptée par consensus le 21 juillet 2021
Initiative Portée par le Maroc, coparrainée par plus de 75 États
Première édition 18 juin 2022 (réunion de haut niveau de l’Assemblée générale)
Origine de la date Lancement, le 18 juin 2019, de la Stratégie et du Plan d’action des Nations Unies pour la lutte contre les discours de haine
Cadre juridique international Article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; Plan d’action de Rabat (2012)
Campagne associée #NonÀLaHaine (#NoToHate)

C’est quoi un discours de haine ?

Il n’existe pas, en droit international, de définition universelle et contraignante du discours de haine. Les Nations Unies s’appuient donc sur une définition de travail, énoncée dans leur Stratégie et Plan d’action : tout type de communication — orale, écrite ou comportementale — qui attaque une personne ou un groupe, ou emploie à leur égard un langage péjoratif ou discriminatoire, en raison de leur identité : religion, origine ethnique, nationalité, race, couleur de peau, ascendance, genre ou tout autre facteur identitaire.

Ce que recouvre concrètement un discours de haine

  • La désignation de boucs émissaires : attribuer à un groupe la responsabilité d’un problème social, économique ou sanitaire.
  • La stigmatisation et le stéréotype : réduire des millions d’individus à un trait supposé, hostile ou dégradant.
  • Le langage déshumanisant : comparer un groupe à des nuisibles, à une invasion, à une maladie. C’est historiquement le signal le plus alarmant.
  • Le négationnisme et la distorsion historique : nier ou banaliser un génocide, un crime contre l’humanité.
  • L’incitation : appeler, explicitement ou implicitement, à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence.

Discours de haine et liberté d’expression : où passe la frontière ?

La liberté d’expression est un droit fondamental, mais elle n’est pas absolue. L’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) oblige les États à interdire par la loi tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence.

Pour éviter que cette interdiction ne serve de prétexte à la censure, le Plan d’action de Rabat, adopté par des experts réunis par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme les 4 et 5 octobre 2012, propose un test en six critères permettant d’apprécier si un propos franchit le seuil pénal :

Critère Question posée au juge
Contexte Le climat social et politique favorise-t-il le passage à l’acte ?
Auteur Quelle est son autorité, son influence sur l’auditoire ?
Intention Y a-t-il volonté d’inciter, et non simple maladresse ou négligence ?
Contenu et forme Le propos est-il direct, provocateur, appelant à l’action ?
Étendue de la diffusion Quelle audience, quelle portée, quelle répétition ?
Probabilité du dommage L’acte redouté était-il raisonnablement susceptible de survenir ?

Autrement dit, tout propos choquant, blessant ou moralement condamnable ne constitue pas un discours de haine punissable. Le droit international protège une part importante de l’expression désagréable — ce qui déplace l’essentiel du combat vers l’éducation, la modération et le contre-discours.

Origine et histoire de la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine

Une prise de conscience née des catastrophes du XXe siècle

L’idée que les mots préparent les crimes de masse s’est imposée devant les tribunaux. Dès 1946, le Tribunal militaire international de Nuremberg condamnait Julius Streicher, éditeur de l’hebdomadaire antisémite Der Stürmer, pour crimes contre l’humanité — bien qu’il n’ait ni commandé ni exécuté de meurtre.

Un demi-siècle plus tard, le Tribunal pénal international pour le Rwanda rendait, le 3 décembre 2003, son jugement dans « l’affaire des médias ». Ferdinand Nahimana et Hassan Ngeze, respectivement cofondateur de la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) et directeur du journal Kangura, étaient condamnés à la prison à vie, et Jean-Bosco Barayagwiza à 35 ans, notamment pour incitation directe et publique à commettre le génocide. En appel, le 28 novembre 2007, les peines étaient ramenées respectivement à 30, 35 et 32 ans. La jurisprudence était posée : ceux qui contrôlent un média répondent de ses conséquences.

La Stratégie des Nations Unies de 2019

Face à la montée simultanée de la xénophobie, du racisme, de l’antisémitisme, de la haine antimusulmane et des violences misogynes, le Secrétaire général António Guterres lance, le 18 juin 2019, la Stratégie et le Plan d’action des Nations Unies pour la lutte contre les discours de haine. C’est la première initiative à l’échelle du système onusien entièrement consacrée à ce sujet. Elle repose sur treize engagements concrets et pose un principe cardinal : lutter contre la haine dans le plein respect de la liberté d’opinion et d’expression, en coopération avec la société civile, les médias et les entreprises technologiques. Le Bureau de la prévention du génocide et de la responsabilité de protéger en est le point focal.

La résolution de 2021 et la proclamation du 18 juin

Le 21 juillet 2021, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte par consensus la résolution A/RES/75/309, intitulée « Promotion du dialogue interreligieux et interculturel et de la tolérance pour lutter contre les discours de haine ». Présentée par le Maroc et coparrainée par plus de 75 États issus de tous les groupes régionaux, elle organise trois actions :

  • la proclamation du 18 juin comme Journée internationale de la lutte contre les discours de haine — date choisie en écho au lancement de la Stratégie de 2019 ;
  • la convocation d’une réunion de haut niveau de l’Assemblée générale le 18 juin 2022 pour la première commémoration ;
  • un appel aux États membres à mettre en place des systèmes transparents et accessibles de repérage, de suivi et de collecte de données sur les discours de haine.

En juin 2025, la résolution A/RES/79/316 est venue renforcer ce cadre, en encourageant les États à développer des initiatives concrètes dans tous les secteurs pour promouvoir le dialogue interreligieux et interculturel, la tolérance et la coopération.

Repères chronologiques

Année Étape
1946 Condamnation de Julius Streicher à Nuremberg pour la propagande antisémite de Der Stürmer
1966 Adoption du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (article 20)
2003 Jugement de « l’affaire des médias » par le TPIR (RTLM, Kangura)
2012 Adoption du Plan d’action de Rabat (4-5 octobre)
2016 Code de conduite européen contre les discours de haine illégaux en ligne
18 juin 2019 Lancement de la Stratégie et du Plan d’action des Nations Unies
21 juillet 2021 Résolution A/RES/75/309 proclamant le 18 juin
18 juin 2022 Première Journée internationale et réunion de haut niveau à New York
20 janvier 2025 Intégration du « Code de conduite+ » européen dans le cadre du DSA
Juin 2025 Résolution A/RES/79/316 renforçant la Stratégie onusienne

Pourquoi lutter contre les discours de haine ? Les objectifs de la Journée

La Journée internationale de la lutte contre les discours de haine poursuit des objectifs précis, qui dépassent la simple sensibilisation :

  • Prévenir les atrocités criminelles : la diffusion de propos haineux est un signe avant-coureur documenté de la violence de masse. Limiter ces discours, c’est agir en amont.
  • Protéger les personnes ciblées : les victimes subissent un préjudice psychologique, un retrait de l’espace public et parfois des passages à l’acte violents.
  • Préserver la cohésion sociale : la haine érode la confiance mutuelle, condition de toute vie démocratique.
  • Concilier fermeté et libertés : promouvoir des réponses fondées sur les droits humains, sans dériver vers la censure.
  • Encourager le contre-discours : la réponse la plus solide reste la multiplication de récits alternatifs et positifs, plus que le seul retrait de contenus.

Une menace pour la démocratie et la paix

Les discours de haine ont une incidence sur de très nombreux domaines de l’action onusienne : protection des droits humains, prévention des atrocités criminelles, lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, prévention des violences fondées sur le genre, protection des civils, des réfugiés et des minorités, consolidation de la paix. C’est pourquoi la Stratégie insiste sur une approche coordonnée, s’attaquant aux causes profondes autant qu’aux conséquences.

L’accélération numérique

Ce qui a changé depuis vingt ans n’est pas la nature du discours de haine, mais sa vitesse, sa portée et sa persistance. Un propos autrefois confiné à un café de village atteint désormais des dizaines de milliers de personnes en quelques heures, reste indexé durablement et peut être amplifié par des systèmes de recommandation conçus pour maximiser l’engagement — donc, souvent, l’indignation. L’anonymat relatif des réseaux abaisse par ailleurs les inhibitions sociales.

La lutte contre les discours de haine à travers le monde

Le cadre européen : du code volontaire à la corégulation

L’Union européenne a d’abord misé sur l’autorégulation, avec le code de conduite pour la lutte contre les discours haineux illégaux en ligne présenté le 31 mai 2016 avec quatre grandes entreprises technologiques. Sept exercices de suivi ont été menés en une décennie.

Le 20 janvier 2025, une étape décisive est franchie : à la suite d’une évaluation positive de la Commission européenne et du Comité européen des services numériques, le « Code de conduite+ » est intégré au cadre réglementaire du règlement sur les services numériques (DSA), au titre de son article 45. Signé par Dailymotion, Facebook, Instagram, Jeuxvideo.com, LinkedIn, les services aux consommateurs hébergés par Microsoft, Snapchat, Rakuten Viber, TikTok, Twitch, X et YouTube, il engage notamment les plateformes à traiter jusqu’aux deux tiers des notifications émanant de rapporteurs spécialisés dans les 24 heures. Le respect du code peut être considéré comme une mesure d’atténuation des risques pour les très grandes plateformes (VLOP) et très grands moteurs de recherche (VLOSE).

Des approches nationales très contrastées

Approche Logique dominante Illustration
Européenne continentale Incrimination pénale des propos haineux, obligations de retrait, régulation des plateformes France, Allemagne, DSA européen
Anglo-saxonne (États-Unis) Protection très large de l’expression par le Premier amendement ; l’incitation n’est punissable qu’en cas de danger imminent Jurisprudence de la Cour suprême
Post-conflit Législations mémorielles fortes et contrôle strict de la parole publique, adossés à un traumatisme national Rwanda
Onusienne Seuil élevé, priorité à l’éducation et au contre-discours plutôt qu’à la répression Plan d’action de Rabat

Cette diversité explique pourquoi une même publication peut être illicite dans un pays, protégée dans un autre, et modérée différemment selon la juridiction depuis laquelle elle est consultée.

Le rôle préventif de l’éducation

L’UNESCO et le Bureau de la prévention du génocide ont publié en 2023 le premier guide destiné aux décideurs politiques et aux enseignants sur les réponses éducatives aux discours de haine. Le raisonnement est simple : personne ne naît en haïssant. La haine s’apprend, donc elle se désapprend. L’éducation aux médias et à l’information — savoir identifier une source, reconnaître une manipulation, résister à une théorie complotiste — constitue à ce titre l’outil de prévention le plus durable.

La lutte contre les discours de haine en France

Un arsenal juridique ancien et dense

La France réprime les discours de haine principalement par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, complétée par des textes successifs, dont la loi Pleven du 1er juillet 1972 — qui crée le délit de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence — et la loi Gayssot du 13 juillet 1990 réprimant la contestation des crimes contre l’humanité.

Infraction Fondement Peine encourue
Provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence (origine, ethnie, nation, race, religion) Loi de 1881, art. 24 al. 7 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende
Provocation publique à la haine ou à la violence (sexe, orientation sexuelle, identité de genre, handicap) Loi de 1881, art. 24 al. 8 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende
Provocation commise par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public Loi de 1881, art. 24 3 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende
Diffamation publique à caractère raciste ou religieux Loi de 1881, art. 32 al. 2 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende
Injure publique à caractère raciste ou religieux Loi de 1881, art. 33 al. 3 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende
Provocation, diffamation et injure non publiques à caractère raciste Code pénal, art. R. 625-7, R. 624-3 et R. 624-4 Contravention de 5ᵉ classe

Depuis la loi Égalité et Citoyenneté du 27 janvier 2017, les qualifications pénales ne distinguent plus selon que l’infraction vise l’appartenance à une prétendue race, à une nation ou à une religion : les trois motifs relèvent d’un régime unifié.

Le 18 juin, une date doublement symbolique en droit français

Coïncidence remarquable : c’est un 18 juin, en 2020, que le Conseil constitutionnel a censuré l’essentiel de la loi « Avia » contre les contenus haineux sur Internet (décision n° 2020-801 DC). Les Sages ont jugé disproportionnées l’obligation de retrait en 24 heures des contenus manifestement haineux signalés — sans intervention préalable d’un juge — et le délai d’une heure imposé pour les contenus terroristes ou pédopornographiques. La décision rappelle que la lutte contre la haine ne justifie pas de déléguer à des opérateurs privés, sous menace de sanction pénale, l’appréciation de la licéité d’un propos. Le texte, amputé de ces dispositions, a été promulgué le 24 juin 2020.

Les chiffres en France

Les données du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) dressent un état des lieux préoccupant.

Indicateur (année 2025) Valeur
Infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux enregistrées plus de 16 400
dont crimes et délits 9 700 (+5 % sur un an)
dont contraventions 6 700 (−6 % sur un an)
Part d’injures, provocations et diffamations parmi les crimes et délits 59 %
Injures publiques parmi les crimes et délits 50 %
Menaces, notamment de mort 19 %
Victimes de crimes ou délits à caractère raciste 10 100 (+4 %)
Taux national 1,4 crime ou délit pour 10 000 habitants

La hausse de 5 % en 2025 succède à une progression de 11 % en 2024 et de 30 % en 2023 : le rythme ralentit, mais le niveau reste élevé. Les hommes, les 25-54 ans et les ressortissants d’un pays d’Afrique sont surreprésentés parmi les victimes enregistrées — étant entendu que seule une minorité des victimes porte plainte, phénomène bien identifié de sous-déclaration.

Côté judiciaire, le Pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), créé en janvier 2021 auprès du parquet de Paris après l’assassinat de Samuel Paty, a ouvert 1 072 dossiers en 2025, un record depuis sa création, contre environ 550 par an en 2021 et 2022. Un tiers des signalements provient d’internautes via la plateforme Pharos, le reste d’associations, d’institutions et d’élus.

Une tolérance qui résiste

Le baromètre annuel de la CNCDH, publié depuis 1990, apporte un contrepoint utile. En 2025, l’indice longitudinal de tolérance s’établit à 64/100, stable par rapport à 2024 et proche de son record historique. Deux dynamiques de fond soutiennent cette progression lente : l’élévation du niveau de diplôme et le renouvellement générationnel — jusqu’à 25 points d’écart entre la cohorte née après 1987 et celles nées avant 1966.

Ce tableau encourageant n’efface pas des préjugés tenaces : 64 % des personnes interrogées perçoivent encore les Roms comme « un groupe à part », 59 % estiment que de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale, 44 % que l’immigration est la principale cause de l’insécurité, 35 % que « les Juifs ont un rapport particulier à l’argent ».

L’écart entre l’évolution des opinions (qui s’améliorent) et celle des actes (qui augmentent) constitue l’un des enseignements les plus discutés du rapport : la haine se concentre chez une minorité de plus en plus vocale et désinhibée, notamment en ligne.

Signaler un contenu haineux en France

  • Pharos (internet-signalement.gouv.fr) : plateforme officielle de signalement des contenus illicites en ligne.
  • 3018 : numéro national contre les violences numériques, gratuit et confidentiel, particulièrement adapté aux mineurs.
  • Défenseur des droits : saisine gratuite en cas de discrimination.
  • Associations habilitées : depuis cinq ans au moins, elles peuvent exercer les droits de la partie civile (LICRA, SOS Racisme, MRAP, LDH, SOS Homophobie, entre autres).
  • Signalement à la plateforme elle-même : obligatoire pour les très grandes plateformes au titre du DSA, avec obligation de motiver toute décision de retrait.

Les défis contemporains de la lutte contre les discours de haine

La modération à l’échelle industrielle

Les plateformes traitent des milliards de publications quotidiennes dans des centaines de langues. Les systèmes automatisés détectent mal l’ironie, le second degré, les codes détournés et les langues peu dotées — précisément là où les risques d’escalade violente sont parfois les plus élevés. La modération humaine, elle, est délocalisée, sous-payée et exposée à des contenus traumatisants.

La zone grise du licite mais nuisible

Une large part des contenus qui alimentent l’hostilité ne franchit pas le seuil pénal : insinuations, statistiques tronquées, humour dégradant, harcèlement en meute. Réguler cette zone grise sans basculer dans la censure d’opinion demeure le problème le plus épineux posé aux démocraties.

L’intelligence artificielle générative

La production de textes, d’images et de vidéos synthétiques à coût quasi nul démultiplie la capacité à fabriquer du contenu haineux crédible, personnalisé et diffusé à grande échelle. À l’inverse, les mêmes technologies servent à détecter, classer et contextualiser les propos problématiques. L’équilibre entre ces deux usages n’est pas stabilisé.

La fragilité des engagements volontaires

L’intégration du code de conduite européen au DSA vise précisément à répondre à une faiblesse structurelle : un engagement volontaire peut être abandonné du jour au lendemain lors d’un changement de propriétaire ou de stratégie. La corégulation, adossée à un règlement contraignant, offre un levier plus solide — dont l’efficacité réelle reste à mesurer sur la durée.

La haine comme instrument politique

Lorsque des responsables publics recourent à des cadrages hostiles envers une minorité, l’effet est double : la parole se libère dans la société, et la poursuite judiciaire devient politiquement délicate. Le Plan d’action de Rabat insiste sur ce point — l’autorité de l’auteur est un critère central d’appréciation de la gravité d’un propos.

Journée internationale de la lutte contre les discours de haine — Chaises autour d'une table avec des carnets vierges.

Comment participer à la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine

Actions individuelles

  • Ne pas relayer. Le partage indigné amplifie autant que l’approbation. Signaler plutôt que citer.
  • Signaler systématiquement les contenus haineux à la plateforme concernée et, si nécessaire, à Pharos.
  • Soutenir les personnes visées : un message de soutien public change concrètement l’expérience d’une cible de harcèlement.
  • Vérifier avant de partager : une part importante des discours haineux repose sur des informations fausses ou décontextualisées.
  • Réagir hors ligne aussi : la haine ordinaire au travail, en famille, dans les transports, n’est pas moins réelle parce qu’elle n’est pas indexée.

Actions collectives et institutionnelles

  • Dans les établissements scolaires : ateliers d’éducation aux médias, débats encadrés, travail sur les biais et les stéréotypes, interventions d’associations agréées.
  • Dans les entreprises et administrations : rappel du cadre légal, formation des managers, procédures de signalement claires.
  • Dans les médias : révision des pratiques de titraille et d’invitation de plateau, respect des chartes déontologiques.
  • Dans les collectivités : événements interculturels et interreligieux, expositions, projections-débats.
  • En ligne : relais de la campagne #NonÀLaHaine, production de contre-discours plutôt que de simples dénonciations.

Ressources utiles

  • La fiche d’information et les supports de la campagne #NonÀLaHaine des Nations Unies.
  • Le guide UNESCO-OSAPG « Contrer les discours de haine par l’éducation », disponible en français.
  • Le rapport annuel de la CNCDH sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.
  • Les ressources de la DILCRAH pour les porteurs de projets locaux.

Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 18 juin.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée zéro discrimination, Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, Journée mondiale de la liberté de la presse.

Questions fréquentes sur la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine

Quand a lieu la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine ?

La Journée internationale de la lutte contre les discours de haine a lieu chaque année le 18 juin. Cette date fixe a été choisie en référence au lancement, le 18 juin 2019, de la Stratégie et du Plan d’action des Nations Unies pour la lutte contre les discours de haine par le Secrétaire général António Guterres. La première édition a été célébrée le 18 juin 2022.

Qui a créé la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine ?

La Journée internationale de la lutte contre les discours de haine a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté par consensus la résolution A/RES/75/309 le 21 juillet 2021. L’initiative a été portée par le Maroc et coparrainée par plus de 75 États membres issus de tous les groupes régionaux. La résolution prévoyait également une réunion de haut niveau de l’Assemblée générale pour la première commémoration, le 18 juin 2022.

Quelle est la définition d’un discours de haine selon l’ONU ?

La définition d’un discours de haine retenue par l’ONU est une définition de travail, énoncée dans la Stratégie et le Plan d’action des Nations Unies : tout type de communication — orale, écrite ou comportementale — constituant une attaque ou utilisant un langage péjoratif ou discriminatoire à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison de son identité (religion, origine ethnique, nationalité, race, couleur de peau, ascendance, genre ou autre facteur identitaire). Il ne s’agit pas d’une définition juridiquement contraignante : chaque État conserve sa propre qualification pénale.

Que dit la loi française sur les discours de haine ?

La loi française sur les discours de haine repose principalement sur la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. La provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race, de la religion, du sexe, de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre ou du handicap est punie d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende, peine portée à trois ans et 75 000 € lorsque l’auteur est dépositaire de l’autorité publique. La diffamation et l’injure publiques à caractère raciste ou religieux encourent les mêmes peines ; leurs équivalents non publics relèvent de contraventions de 5ᵉ classe.

Quelle est la différence entre discours de haine et liberté d’expression ?

La différence entre discours de haine et liberté d’expression tient au seuil de gravité. La liberté d’expression protège des propos y compris choquants, dérangeants ou offensants : c’est une condition de la démocratie. Elle cesse de protéger lorsque le propos constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence, au sens de l’article 20 du PIDCP. Le Plan d’action de Rabat de 2012 fournit six critères — contexte, auteur, intention, contenu, étendue de la diffusion, probabilité du dommage — pour apprécier ce basculement au cas par cas.

Comment signaler un discours de haine en ligne en France ?

Pour signaler un discours de haine en ligne en France, trois voies sont complémentaires : le signalement directement auprès de la plateforme (obligation renforcée par le règlement européen sur les services numériques), le signalement à Pharos via internet-signalement.gouv.fr, et le dépôt de plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République. Le 3018 accompagne gratuitement les victimes de violences numériques, notamment les mineurs. Les associations habilitées de lutte contre le racisme et les discriminations peuvent également se constituer partie civile.

Le 18 juin n’appelle ni indignation performative ni résignation. Il rappelle une chose simple, vérifiée par l’histoire comme par les tribunaux : la haine commence toujours par des mots, et elle recule chaque fois que quelqu’un refuse de les relayer. Signaler un contenu, soutenir une personne prise pour cible, corriger une rumeur, apprendre à un adolescent à reconnaître une manipulation — ces gestes paraissent modestes au regard de l’ampleur du phénomène. Ils constituent pourtant la seule barrière que ni un algorithme ni une loi ne peuvent ériger à notre place.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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