30 juin : Journée internationale des astéroïdes

Écouter l’article ≈ 26 min
Initialisation du lecteur vocal…
Journée internationale des astéroïdes — Petit observatoire sans inscription sous un ciel étoilé.

Chaque 30 juin, la Journée internationale des astéroïdes invite le grand public à regarder le ciel autrement. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 6 décembre 2016 (résolution A/RES/71/90), elle commémore l’explosion de la Toungouska, survenue en Sibérie le 30 juin 1908 : le plus puissant impact d’astéroïde jamais enregistré à l’époque moderne.

Journée internationale des astéroïdes — Fragment de météorite sombre sur une table claire.

Derrière le symbole, un enjeu concret : notre planète évolue au milieu d’une population d’objets géocroiseurs dont une large part reste inconnue. La Journée internationale des astéroïdes existe pour sensibiliser aux risques d’impact, faire connaître les dispositifs internationaux d’alerte, et rappeler que la défense planétaire est passée, en quelques années, du scénario de cinéma à la discipline scientifique opérationnelle.

Élément Information
Nom officiel Journée internationale des astéroïdes (International Asteroid Day)
Date 30 juin, chaque année
Instaurée par Assemblée générale des Nations Unies
Résolution A/RES/71/90, adoptée le 6 décembre 2016
Première célébration ONU 30 juin 2017 (Asteroid Day citoyen depuis 2015)
À l’origine de la proposition Association des explorateurs de l’espace (ASE), soutenue par le COPUOS
Événement commémoré Explosion de la Toungouska, 30 juin 1908
Organisme de référence Bureau des affaires spatiales des Nations Unies (UNOOSA)
Thème annuel Aucun thème imposé : programmation libre et décentralisée

C’est quoi un astéroïde géocroiseur ?

Un astéroïde est un petit corps rocheux ou métallique en orbite autour du Soleil, vestige de la formation du système solaire il y a environ 4,6 milliards d’années. La grande majorité gravite dans la ceinture principale, entre Mars et Jupiter. Certains, cependant, suivent une orbite qui les amène au voisinage de la Terre : ce sont les objets géocroiseurs (Near-Earth Objects, NEO), catégorie qui regroupe astéroïdes et comètes.

Les Nations Unies définissent ces objets comme des corps astronomiques dont l’orbite les mène près de notre planète et qui représentent des menaces potentiellement catastrophiques. Tous ne sont pas dangereux pour autant : seule une fraction croise réellement la trajectoire terrestre à courte distance.

Un vocabulaire souvent confondu

Quatre mots désignent quatre états successifs du même objet :

  • Astéroïde : corps rocheux de plus d’un mètre, en orbite autour du Soleil.
  • Météoroïde : fragment plus petit, du grain de poussière à quelques mètres.
  • Météore (ou bolide pour les plus brillants) : le phénomène lumineux produit lors de l’entrée dans l’atmosphère.
  • Météorite : le fragment qui atteint le sol et peut être ramassé.

La classification des géocroiseurs

Les astronomes distinguent plusieurs familles selon la géométrie orbitale — Apollo, Aten, Amor, Atira — et isolent une sous-catégorie de surveillance prioritaire : les astéroïdes potentiellement dangereux (Potentially Hazardous Asteroids, PHA). Un objet entre dans cette catégorie s’il mesure au moins environ 140 mètres et si son orbite passe à moins de 0,05 unité astronomique (environ 7,5 millions de kilomètres) de celle de la Terre. Ce classement est une mesure de vigilance, pas une prédiction de collision.


Origine et histoire de la Journée internationale des astéroïdes

L’événement fondateur : la Toungouska, 30 juin 1908

Le 30 juin 1908, vers 7 h 14 heure locale, une explosion d’une violence exceptionnelle se produit au-dessus de la rivière Toungouska Pierreuse, en Sibérie centrale. Un corps céleste — vraisemblablement un astéroïde de plusieurs dizaines de mètres — se désintègre à haute altitude sans toucher le sol. L’onde de choc couche la forêt sur environ 2 150 km², soit quelque 80 millions d’arbres abattus en configuration radiale. Les estimations d’énergie varient selon les modèles, entre 3 et 30 mégatonnes de TNT, la fourchette de 10 à 15 mégatonnes étant la plus fréquemment retenue.

La zone est si isolée qu’aucune expédition scientifique ne s’y rend avant 1927, sous la direction du minéralogiste soviétique Leonid Kulik. Il ne trouve ni cratère ni fragment métallique — d’où un siècle de débats sur la nature exacte de l’objet. Le fait qu’un événement de cette ampleur n’ait fait aucune victime tient à un hasard géographique : la région était pratiquement déserte.

Tcheliabinsk 2013 : le déclencheur contemporain

Le 15 février 2013, un bolide traverse le ciel de Tcheliabinsk, en Sibérie occidentale, à 18,6 km/s. Selon les estimations de la NASA, l’objet mesurait environ 18 mètres de diamètre pour une masse proche de 11 000 tonnes, et l’énergie libérée a atteint environ 440 kilotonnes — l’équivalent de 440 000 tonnes d’explosifs. L’onde de choc brise des milliers de fenêtres et blesse plus d’un millier de personnes, essentiellement par éclats de verre.

Cet événement, filmé par des centaines de caméras embarquées et retransmis dans le monde entier, change la perception publique du risque. Il devient l’élément déclencheur de la campagne qui aboutira à la Journée internationale des astéroïdes.

De l’initiative citoyenne à la reconnaissance onusienne

En octobre 2014, l’astrophysicien et guitariste de Queen Brian May, le cinéaste Grigorij Richters, l’astronaute d’Apollo 9 Rusty Schweickart et Danica Remy, présidente de la B612 Foundation, fondent Asteroid Day. Le 3 décembre 2014, lors d’une conférence de presse tenue simultanément à Londres et San Francisco, ils lancent la Déclaration 100X, pétition articulée autour de trois objectifs : mobiliser les technologies existantes de détection, accélérer d’un facteur cent le rythme de découverte des géocroiseurs pour atteindre 100 000 objets par an, et faire adopter mondialement une journée de sensibilisation au 30 juin.

La première édition mondiale a lieu le 30 juin 2015. Un an et demi plus tard, sur proposition de l’Association des explorateurs de l’espace soutenue par le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS), l’Assemblée générale des Nations Unies adopte la résolution A/RES/71/90 le 6 décembre 2016. Le texte proclame le 30 juin Journée internationale des astéroïdes afin de commémorer chaque année l’anniversaire de l’explosion de la Toungouska et de sensibiliser la population aux risques d’impact.

Chronologie de la défense planétaire

Année Événement
1908 Explosion de la Toungouska (30 juin), plus grand impact enregistré à l’époque moderne
1927 Première expédition scientifique sur le site, dirigée par Leonid Kulik
2013 Météore de Tcheliabinsk (15 février), plus de 1 000 blessés
2014 Création du Réseau international d’alertes aux astéroïdes (IAWN) et du Groupe consultatif pour la planification des missions spatiales (SMPAG), sur recommandation du COPUOS
2014 Fondation d’Asteroid Day et lancement de la Déclaration 100X (3 décembre)
2015 Première édition mondiale d’Asteroid Day (30 juin)
2016 Résolution A/RES/71/90 : l’ONU proclame la Journée internationale des astéroïdes (6 décembre)
2017 Création de l’Asteroid Foundation, au Luxembourg
2022 La sonde DART (NASA) percute Dimorphos (26 septembre) : premier test de déviation
2024 Lancement de la sonde européenne Hera vers Didymos (7 octobre)
2024 Résolution A/RES/79/86 : 2029 proclamée Année internationale de la sensibilisation aux astéroïdes et de la défense planétaire (4 décembre)

Importance et impact : pourquoi cette Journée internationale des astéroïdes compte

Une population encore largement inconnue

Le travail de recensement progresse vite, mais reste inachevé. Les grands objets — ceux capables de provoquer une catastrophe globale — sont désormais identifiés à plus de 90 %. Les objets de taille intermédiaire, susceptibles de dévaster une région entière, échappent encore massivement à l’inventaire.

Indicateur Valeur
Astéroïdes géocroiseurs connus 42 175
Comètes géocroiseuses connues 124
Objets inscrits sur la Risk List de l’ESA 2 005
Astéroïdes classés potentiellement dangereux (PHA) environ 2 500

Source : Centre de coordination des objets géocroiseurs de l’ESA (NEOCC), données au 16 août 2026 ; effectif PHA d’après le CNEOS/NASA (mai 2026).

Catégorie de taille Estimation des objets restant à découvrir
Plus de 1 km environ 100
De 140 m à 1 km environ 14 000
De 20 m à 140 m entre 270 000 et 2,7 millions

Estimations associées aux objectifs de la mission NEO Surveyor (NASA).

L’échelle des conséquences

Trois cas documentés donnent la mesure du spectre des impacts possibles :

Événement Diamètre estimé Énergie Conséquences
Tcheliabinsk (2013) environ 18 m environ 440 kilotonnes Plus de 1 000 blessés, dégâts matériels étendus
Toungouska (1908) plusieurs dizaines de mètres 3 à 30 mégatonnes Environ 2 150 km² de forêt rasés
Chicxulub (il y a 66 Ma) environ 10 km plusieurs dizaines de millions de mégatonnes Extinction de masse Crétacé-Paléogène

Une valeur scientifique et économique

Réduire les astéroïdes à une menace serait incomplet. Ces corps sont des archives primitives : n’ayant subi ni tectonique ni érosion, ils conservent la composition chimique du disque protoplanétaire originel. Les chondrites carbonées ont notamment livré des acides aminés et des composés organiques qui nourrissent les recherches sur l’origine de la matière du vivant.

Ils constituent aussi un réservoir de ressources — métaux, silicates, eau — dont l’exploitation reste prospective mais fait déjà l’objet d’un encadrement juridique naissant. Le Luxembourg, siège de l’Asteroid Foundation, s’est positionné dès 2017 comme place réglementaire pionnière sur ce sujet.

Une dimension diplomatique

Le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies rappelle qu’un impact d’astéroïde constitue un problème global exigeant une réponse internationale coordonnée. Cette logique a produit deux structures créées en 2014 :

  • L’IAWN (Réseau international d’alertes aux astéroïdes) : il applique des protocoles de communication précis pour aider les gouvernements à analyser les conséquences possibles d’un impact et à organiser l’atténuation des risques.
  • Le SMPAG (Groupe consultatif pour la planification des missions spatiales) : forum d’agences spatiales chargé d’identifier les technologies de déviation et de construire un consensus sur les recommandations de défense planétaire.

La surveillance des astéroïdes à travers le monde 🔭

Les grands programmes de détection

La détection repose aujourd’hui sur un réseau de relevés automatisés, complété par des observatoires spatiaux :

  • Catalina Sky Survey, Pan-STARRS et ATLAS : programmes terrestres américains, à l’origine de la majorité des découvertes annuelles.
  • Observatoire Vera C. Rubin (Chili) : son relevé grand champ doit accroître considérablement le rythme de détection des petits corps.
  • NEO Surveyor (NASA) : premier télescope spatial infrarouge dédié à la recherche d’astéroïdes dangereux, dont le lancement est prévu à partir de septembre 2027 vers le point de Lagrange L1. L’infrarouge permet de repérer les objets sombres et ceux masqués par l’éclat solaire, invisibles aux télescopes optiques au sol.
  • Flyeye (ESA) : télescope à œil composé destiné au balayage automatisé du ciel, dont le premier exemplaire est destiné au mont Mufara, en Sicile.

Les missions d’exploration et de déviation

Mission Agence Cible Statut
Hayabusa2 JAXA (162173) Ryugu Échantillons rapportés en 2020, mission étendue en cours
OSIRIS-REx NASA (101955) Bennu Échantillons rapportés en 2023
DART NASA Dimorphos Impact réussi le 26 septembre 2022
Hera ESA Didymos-Dimorphos Lancée en 2024, arrivée prévue fin 2026
Ramses ESA / JAXA (99942) Apophis Lancement prévu en 2028, arrivée en février 2029

Le test DART constitue le tournant : en percutant la petite lune Dimorphos à environ 6 km/s, la sonde a raccourci sa période orbitale autour de Didymos d’environ 32 minutes. La démonstration que l’impact cinétique fonctionne est acquise ; reste à en faire une méthode fiable et reproductible, ce que doit permettre la mission Hera, chargée de mesurer précisément le cratère, la masse et la structure interne des deux corps.

2029 : le rendez-vous Apophis

Le 13 avril 2029, l’astéroïde 99942 Apophis, d’environ 375 mètres de diamètre, passera à environ 32 000 kilomètres de la surface terrestre — moins d’un dixième de la distance Terre-Lune, soit l’altitude des satellites géostationnaires. Ce passage est totalement sans danger et parfaitement calculé.

L’événement sera visible à l’œil nu, sous un ciel dégagé, par plus de deux milliards de personnes en Europe et en Afrique. Anticipant cette opportunité, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le 4 décembre 2024 la résolution A/RES/79/86 proclamant 2029 Année internationale de la sensibilisation aux astéroïdes et de la défense planétaire.


Défis et enjeux contemporains

Le point aveugle solaire

Les astéroïdes arrivant depuis la direction du Soleil sont pratiquement indétectables depuis le sol : c’est précisément le cas de figure de Tcheliabinsk en 2013, dont l’objet n’avait jamais été observé avant son entrée atmosphérique. Ce trou dans la couverture de surveillance justifie les projets spatiaux comme NEO Surveyor ou le concept européen NEOMIR, positionnés hors de l’atmosphère pour scruter les régions proches du Soleil.

La gestion de l’incertitude et de l’information

Le cas de l’astéroïde 2024 YR4 illustre parfaitement la difficulté. Découvert fin décembre 2024, cet objet d’une cinquantaine de mètres a d’abord affiché une probabilité d’impact terrestre au 22 décembre 2032 grimpant jusqu’à environ 3 %, avant que des observations complémentaires n’écartent totalement cette hypothèse début 2025. L’attention s’est alors déplacée vers la Lune, avec une probabilité de collision montée jusqu’à 4,3 %. Des observations du télescope spatial James Webb réalisées les 18 et 26 février 2026 ont finalement ramené ce risque à zéro : l’astéroïde passera à environ 21 200 km de la surface lunaire.

Cette séquence est instructive à double titre. Elle montre d’abord un phénomène contre-intuitif mais normal : la probabilité d’impact d’un objet nouvellement découvert augmente souvent avant de s’effondrer, à mesure que la zone d’incertitude se resserre autour de la trajectoire réelle. Elle démontre ensuite que les protocoles internationaux d’alerte fonctionnent — mais qu’ils imposent d’expliquer au public une statistique mouvante, exercice de communication délicat face à des titres alarmistes.

Le financement et la durée

La défense planétaire souffre d’une asymétrie structurelle : elle demande des investissements continus contre un événement dont la probabilité annuelle est faible mais les conséquences potentiellement irréversibles. Les cycles budgétaires publics, calés sur quelques années, s’accordent mal avec des programmes de surveillance qui doivent fonctionner sur des décennies.

La décision politique en cas d’alerte réelle

Aucun cadre juridique contraignant ne définit aujourd’hui qui déciderait, et selon quelle procédure, du lancement d’une mission de déviation face à une menace avérée. L’IAWN et le SMPAG produisent des recommandations techniques ; la chaîne de décision politique, elle, reste à construire. S’y ajoutent les questions de responsabilité : une déviation mal calibrée pourrait déplacer le point d’impact d’un pays vers un autre.


Journée internationale des astéroïdes — Adulte vu de dos près d'un télescope sans marque.

Comment participer à la Journée internationale des astéroïdes 🌍

Une programmation décentralisée

La Journée internationale des astéroïdes ne fonctionne pas selon un thème annuel imposé. Les événements sont organisés de façon indépendante par des musées, agences spatiales, universités, clubs d’astronomie et enseignants, le 30 juin ou aux dates proches, le plus souvent gratuitement. Ils vont de la conférence au concours de nouvelles, de l’observation publique au concert.

L’Asteroid Foundation, basée au Luxembourg, coordonne le programme mondial et anime localement des briefings techniques et un gala annuel.

Participer près de chez soi

  • Observatoires et planétariums : nombreux sont ceux qui ouvrent leurs coupoles pour une soirée d’observation ou une conférence dédiée.
  • Clubs et associations d’astronomie : les sociétés astronomiques locales organisent régulièrement des séances publiques autour de cette date.
  • Musées de sciences : expositions de météorites, ateliers pour le jeune public, rencontres avec des chercheurs.

Agir depuis chez soi

  • Signaler un bolide : toute observation d’une boule de feu dans le ciel peut être rapportée aux réseaux de science participative, contribuant directement au calcul des trajectoires.
  • Traiter des données astronomiques : plusieurs plateformes de science citoyenne proposent d’aider à identifier des astéroïdes sur des images de relevés.
  • Observer avec un instrument modeste : certains géocroiseurs deviennent accessibles à une petite lunette lors de leurs passages rapprochés.
  • Relayer l’information : partager des contenus vérifiés issus des agences spatiales, plutôt que des titres catastrophistes, participe pleinement à l’objectif de la Journée.

Focus France : astéroïdes, météorites et défense planétaire

Un rôle scientifique fondateur

La France occupe une place singulière dans l’histoire de cette science. Le 26 avril 1803, environ 3 000 pierres tombent en plein jour près de L’Aigle, dans l’Orne. Le ministre de l’Intérieur Jean-Antoine Chaptal dépêche sur place un jeune membre de l’Institut, Jean-Baptiste Biot, âgé de 29 ans. C’est la première fois qu’un savant se rend sur le lieu d’une chute de météorite.

Son rapport, présenté le 18 juillet 1803, croise témoignages, cartographie du champ de dispersion et analyses chimiques. Il établit sans ambiguïté que ces pierres sont tombées du ciel et qu’elles ne ressemblent à aucune roche de la région. Après Biot, les météorites deviennent des objets scientifiques de plein droit — l’hypothèse extraterrestre formulée par l’Allemand Ernst Chladni en 1794, jusque-là ignorée, cesse d’être une curiosité.

FRIPON et Vigie-Ciel : la France sous surveillance

Constatant qu’on retrouvait beaucoup moins de météorites au XXᵉ siècle qu’au XIXᵉ — urbanisation, méconnaissance du phénomène — la communauté scientifique française a bâti un dispositif unique au monde.

Le réseau FRIPON (Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network), lancé officiellement le 31 mai 2016, associe l’Observatoire de Paris, le Muséum national d’Histoire naturelle, l’Université Paris-Saclay, Aix-Marseille Université et le CNRS. Il repose sur environ 100 caméras à 360° couvrant le territoire, complétées par des antennes radio. La triangulation permet de reconstituer la trajectoire d’un bolide et de délimiter une zone de chute en moins de 24 heures.

Le programme de science participative Vigie-Ciel, porté par le Muséum national d’Histoire naturelle, prend alors le relais : témoignages du public, information des habitants, autorisations d’accès aux terrains, battues organisées avec les associations locales.

Saint-Pierre-le-Viger : une réussite française

Le 13 février 2023, l’astéroïde 2023 CX1, d’environ un mètre, pénètre dans l’atmosphère au-dessus de la Manche sept heures seulement après sa découverte par l’astronome hongrois Krisztián Sárneczky. Il se fragmente vers 28 km d’altitude au-dessus de la Normandie, libérant l’essentiel de son énergie cinétique en une fraction de seconde.

Le 15 février à 16 h 47, Loïs Leblanc, étudiante en école d’art de 18 ans intégrée à l’équipe FRIPON/Vigie-Ciel, repère une pierre sombre affleurant dans un champ de la commune de Saint-Pierre-le-Viger (Seine-Maritime). C’était la première météorite retrouvée en France grâce au réseau — la précédente chute récupérée sur le territoire remontait à Draveil en 2011 — et elle tombait jour pour jour dix ans après Tcheliabinsk.

La météorite Saint-Pierre-le-Viger constitue un cas d’étude sans équivalent : 2023 CX1 n’était que le septième astéroïde détecté avant son impact, et c’est la seule chondrite ordinaire jamais étudiée à la fois depuis l’espace et en laboratoire. Une collaboration de près de cent chercheurs a réuni observations télescopiques, données optiques, infrasons, enregistrements sismiques et analyses géochimiques.

La France au cœur des missions européennes

Patrick Michel, directeur de recherche CNRS au laboratoire Lagrange (CNRS / Observatoire de la Côte d’Azur / Université Côte d’Azur), assure la responsabilité scientifique de la mission Hera, puis celle de la mission Ramses vers Apophis. Cette dernière, adoptée au Conseil ministériel de l’ESA du 27 novembre 2025 et menée avec la JAXA, embarque plusieurs instruments sous responsabilité française.

Le CNES soutient ces programmes, tandis que l’IMCCE (Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides, Observatoire de Paris) assure le calcul d’orbites et la diffusion d’alertes. Le Muséum national d’Histoire naturelle conserve l’une des principales collections européennes de météorites, dont la fameuse chute de L’Aigle.

Acteur français Rôle
CNES Soutien aux missions Hera et Ramses, coopération ESA
IMCCE / Observatoire de Paris Calcul d’orbites, éphémérides, alertes
Laboratoire Lagrange (OCA, Nice) Responsabilité scientifique de Hera et Ramses
Muséum national d’Histoire naturelle Collections de météorites, pilotage de Vigie-Ciel
Réseau FRIPON Détection des bolides, calcul des zones de chute
LAM (Marseille) Caractérisation physique des petits corps

Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 30 juin.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale du vol spatial habité, Journée internationale des mathématiques.

Foire aux questions sur la Journée internationale des astéroïdes

Pourquoi la Journée internationale des astéroïdes est-elle célébrée le 30 juin ?

La Journée internationale des astéroïdes est célébrée le 30 juin parce que cette date correspond à l’anniversaire de l’explosion de la Toungouska, survenue en Sibérie le 30 juin 1908. Cet événement reste le plus grand impact d’astéroïde enregistré de l’époque moderne : l’onde de choc a rasé environ 2 150 km² de forêt. La résolution A/RES/71/90 des Nations Unies, adoptée le 6 décembre 2016, retient explicitement cette commémoration comme fondement de la Journée.

Quelle est la différence entre un astéroïde, un météore et une météorite ?

La différence entre astéroïde, météore et météorite tient à la position de l’objet. L’astéroïde est un corps rocheux en orbite autour du Soleil ; le météoroïde en est un fragment plus petit. Lorsqu’il pénètre dans l’atmosphère, il produit une traînée lumineuse appelée météore — ou bolide si elle est particulièrement brillante. S’il survit à cette traversée et atteint le sol, le fragment récupéré prend le nom de météorite.

Un astéroïde peut-il frapper la Terre prochainement ?

Aucun astéroïde connu ne présente aujourd’hui de risque significatif de frapper la Terre au cours du prochain siècle. Plus de 42 000 astéroïdes géocroiseurs sont recensés, dont environ 2 000 figurent sur la liste de surveillance de l’ESA, ce qui signifie que leur trajectoire est suivie de près et non qu’une collision soit attendue. La vraie limite est ailleurs : les objets de 20 à 140 mètres restent découverts à une faible proportion, et c’est cette population intermédiaire que les prochains télescopes doivent inventorier.

Qu’est-ce que la défense planétaire et comment dévier un astéroïde ?

La défense planétaire désigne l’ensemble des moyens de détecter, caractériser et, si nécessaire, dévier un objet en trajectoire de collision. La méthode démontrée à ce jour est l’impact cinétique : le 26 septembre 2022, la sonde DART de la NASA a percuté la lune Dimorphos et raccourci sa période orbitale d’environ 32 minutes. D’autres approches sont étudiées, comme le tracteur gravitationnel, qui exploite l’attraction d’une sonde stationnaire pour infléchir lentement l’orbite. Toutes exigent un préavis de plusieurs années, ce qui fait de la détection précoce le maillon décisif.

Que se passera-t-il en 2029 avec l’astéroïde Apophis ?

En 2029, l’astéroïde Apophis passera à environ 32 000 kilomètres de la surface terrestre, le 13 avril, sans aucun danger pour la planète. Cet objet d’environ 375 mètres sera visible à l’œil nu par plus de deux milliards de personnes en Europe et en Afrique. Les Nations Unies ont proclamé 2029 Année internationale de la sensibilisation aux astéroïdes et de la défense planétaire, et l’ESA doit envoyer la sonde Ramses observer l’astéroïde avant et pendant ce survol.

Comment participer à la Journée internationale des astéroïdes en France ?

Participer à la Journée internationale des astéroïdes en France passe d’abord par les événements locaux : observatoires, planétariums, clubs d’astronomie et musées de sciences proposent conférences, observations publiques et ateliers autour du 30 juin. Il est aussi possible de contribuer concrètement à la recherche en signalant l’observation d’un bolide au réseau de science participative Vigie-Ciel, adossé aux caméras FRIPON — ce sont ces témoignages qui affinent le calcul des trajectoires et permettent de retrouver des météorites au sol.


Regarder le ciel, autrement

Le 30 juin 1908, personne ne savait ce qui venait de se produire au-dessus de la Toungouska. Il a fallu dix-neuf ans pour qu’une expédition atteigne le site, et près d’un siècle pour comprendre la mécanique de l’explosion. Aujourd’hui, un astéroïde d’un mètre est repéré sept heures avant d’entrer dans l’atmosphère, une sonde a déplacé l’orbite d’un corps céleste, et des lycéens peuvent signaler un bolide depuis leur jardin.

C’est exactement ce que célèbre la Journée internationale des astéroïdes : non pas la peur du ciel, mais le passage de l’impuissance à la capacité d’agir. Le 30 juin, poussez la porte d’un observatoire, levez les yeux, et rappelez-vous que la seule catastrophe naturelle que l’humanité peut techniquement empêcher est celle-là.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *