21 mars : Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

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Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale — Mains de différentes carnations plantant ensemble un jeune arbuste dans un pot.

Chaque 21 mars, la communauté internationale observe la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1966, cette journée commémore le massacre de Sharpeville, survenu le 21 mars 1960 en Afrique du Sud, où la police du régime d’apartheid ouvrit le feu sur des manifestants pacifiques.

Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale — Rampe d’accès devant un bâtiment entouré de verdure.

Soixante ans après l’adoption de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale — le premier grand traité de l’ONU en matière de droits humains — la date reste l’un des rendez-vous majeurs du calendrier onusien. Elle rappelle que si l’apartheid a été démantelé et si les lois racistes ont été abolies dans de nombreux pays, la discrimination fondée sur l’origine, la couleur de peau, l’ascendance ou l’appartenance ethnique continue de structurer l’accès à l’emploi, au logement, à l’éducation et à la justice, dans toutes les régions du monde.

Élément Information
Date 21 mars (date fixe)
Nom officiel Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale
Institution fondatrice Assemblée générale des Nations Unies
Résolution fondatrice A/RES/2142 (XXI), adoptée le 26 octobre 1966 (1452ᵉ séance plénière)
Événement commémoré Massacre de Sharpeville (Afrique du Sud), 21 mars 1960
Texte de référence Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (résolution 2106 (XX), 21 décembre 1965)
Organe de suivi Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), 18 experts indépendants
Coordination onusienne Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH)
Prolongement Semaine de solidarité avec les peuples en lutte contre le racisme, à partir du 21 mars (A/RES/34/24, 1979)
Déclinaison française Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, autour du 21 mars
Mot-dièse principal #NONauracisme / #FightRacism

Qu’est-ce que la discrimination raciale ?

La discrimination raciale n’est pas une simple opinion hostile : c’est un traitement défavorable, mesurable et sanctionnable, appliqué à une personne en raison de son origine réelle ou supposée.

La définition juridique internationale

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, adoptée en 1965, en donne la définition de référence. Elle vise toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de compromettre la reconnaissance ou l’exercice, sur un pied d’égalité, des droits humains et des libertés fondamentales.

Deux éléments de cette définition sont décisifs :

  • « pour but ou pour effet » : une mesure formellement neutre mais qui désavantage en pratique un groupe donné relève aussi de la discrimination. C’est le fondement juridique de la notion de discrimination indirecte.
  • « ascendance » : la Convention couvre également des systèmes de hiérarchisation qui ne se disent pas raciaux, comme les discriminations fondées sur la caste ou le lignage.

Une notion distincte du racisme

Notion Définition opératoire Registre
Préjugé racial Représentation négative associée à un groupe Mental, individuel
Racisme Idéologie postulant une hiérarchie entre groupes humains Doctrinal
Discrimination raciale Traitement défavorable effectif dans un domaine réglementé (emploi, logement, service, éducation) Juridique, actionnable
Discrimination systémique Production d’inégalités par des règles et routines organisationnelles, sans intention explicite Structurel
Xénophobie Hostilité envers les personnes étrangères ou perçues comme telles Social

L’Assemblée générale rappelle régulièrement que toute doctrine de supériorité raciale est scientifiquement fausse, moralement condamnable, socialement injuste et dangereuse, de même que les théories cherchant à établir l’existence de races humaines distinctes. La génétique des populations a définitivement invalidé l’idée de races biologiques dans l’espèce humaine ; le terme « race » ne subsiste dans les textes juridiques que pour désigner une construction sociale, celle que les racistes prêtent à leurs victimes.

Les domaines où elle s’exerce

  • L’emploi : accès aux entretiens, recrutement, promotion, rémunération, rupture du contrat
  • Le logement : refus de location, orientation résidentielle, accès au parc social
  • L’éducation : orientation scolaire, traitement disciplinaire, accès aux stages
  • Les services : banque, assurance, santé, loisirs, restauration, transports
  • Les relations avec les forces de l’ordre : contrôles d’identité, profilage ethnique
  • L’espace numérique : discours de haine, harcèlement en ligne, biais algorithmiques

Origine et histoire de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

Le massacre de Sharpeville, 21 mars 1960

En 1960, l’Afrique du Sud vit sous le régime d’apartheid, institué par le Parti national après sa victoire électorale de 1948. L’un de ses instruments les plus détestés est le système des pass : un laissez-passer intérieur, surnommé dompas, que tout Sud-Africain noir doit porter en permanence et qui détermine où il peut résider, circuler et travailler, sous peine d’amende, d’arrestation ou d’emprisonnement.

Le 18 mars 1960, Robert Sobukwe, président du Congrès panafricain (PAC), appelle à des manifestations non violentes dans tout le pays pour le 21 mars. La consigne est de se présenter sans pass devant les commissariats et de se porter volontaire à l’arrestation, afin de saturer l’appareil répressif.

Le 21 mars au matin, des milliers de personnes convergent vers le poste de police de Sharpeville, un township de Vereeniging, dans le Transvaal. Face à une foule désarmée estimée entre 5 000 et 7 000 personnes, environ 300 policiers lourdement armés sont déployés. La police ouvre le feu, sans sommation. Le bilan officiel s’établit à 69 morts — dont des femmes et des enfants — et environ 180 blessés, dont une majorité touchés dans le dos alors qu’ils fuyaient.

Les conséquences sont immédiates : état d’urgence, vague de grèves et d’émeutes réprimées dans les townships, interdiction de l’ANC et du PAC le 8 avril 1960, basculement d’une partie du mouvement anti-apartheid vers la lutte armée, et condamnation internationale du régime de Pretoria.

La proclamation par l’Assemblée générale en 1966

Six ans plus tard, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte la résolution 2142 (XXI), le 26 octobre 1966, lors de sa 1452ᵉ séance plénière. Elle proclame le 21 mars Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale et appelle la communauté internationale à intensifier ses efforts pour éliminer toutes les formes de discrimination raciale.

Le choix de la date n’est pas seulement commémoratif : en 1966, la Journée est explicitement conçue comme un instrument de pression contre l’apartheid sud-africain. Elle intervient moins d’un an après l’adoption, le 21 décembre 1965, de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (résolution 2106 (XX)), premier des grands traités onusiens de droits humains.

Chronologie de la lutte internationale contre la discrimination raciale

Année Événement Portée
1948 Instauration de l’apartheid en Afrique du Sud Institutionnalisation de la ségrégation
21 mars 1960 Massacre de Sharpeville 69 morts, tournant de la lutte anti-apartheid
21 décembre 1965 Adoption de la Convention internationale (rés. 2106 (XX)) Premier grand traité ONU sur les droits humains
26 octobre 1966 Proclamation de la Journée (rés. 2142 (XXI)) Le 21 mars devient une date onusienne
4 janvier 1969 Entrée en vigueur de la Convention Après le dépôt du 27ᵉ instrument de ratification
1969 Installation du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) Premier organe de suivi d’un traité onusien de droits humains
1979 Semaine de solidarité à partir du 21 mars (A/RES/34/24) Extension de la Journée à une semaine
1994 Fin de l’apartheid, premières élections multiraciales en Afrique du Sud Effondrement du système visé en 1966
2001 Conférence mondiale de Durban : Déclaration et Programme d’action Cadre de référence le plus complet contre le racisme
2009 Conférence d’examen de Durban Bilan d’étape et réengagement
2011 Réunion de haut niveau pour le 10ᵉ anniversaire de Durban Déclaration politique adoptée par consensus
2013 Résolution 68/237 Proclamation de la Décennie des personnes d’ascendance africaine (2015-2024)
2021 Réunion de haut niveau pour le 20ᵉ anniversaire de Durban Thème des réparations et de la justice raciale
17 décembre 2024 Résolution 79/193 Deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034)
2025 60ᵉ anniversaire de la Convention de 1965 Bilan des soixante ans de cadre normatif

Objectifs principaux de la Journée

  • Commémorer : honorer la mémoire des victimes de Sharpeville et, au-delà, de toutes les violences racistes
  • Alerter : rappeler que la discrimination raciale demeure un phénomène massif, y compris dans les démocraties dotées d’une législation antiraciste
  • Mobiliser les États : rappeler aux gouvernements leurs obligations conventionnelles, qui s’étendent à la sphère privée et non seulement publique
  • Éduquer : soutenir les actions de prévention en milieu scolaire, universitaire, professionnel et associatif
  • Encourager le recours : faire connaître les voies de signalement et de réparation aux personnes victimes

L’importance de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

Une portée juridique quasi universelle

La Convention de 1965 est aujourd’hui l’un des instruments de droits humains les plus ratifiés au monde : 182 États parties. Elle impose aux États des obligations positives — ériger la discrimination raciale en infraction, garantir un recours judiciaire effectif, adopter des mesures spéciales lorsque c’est nécessaire pour corriger des inégalités — et pas seulement une obligation d’abstention.

Indicateur Donnée
Adoption de la Convention 21 décembre 1965
Entrée en vigueur 4 janvier 1969
Seuil d’entrée en vigueur 27 ratifications
Signataires 88
États parties 182
Membres du CERD 18 experts indépendants
Périodicité des rapports d’État Tous les deux ans en principe

Une réalité sociale mesurable

Les enquêtes de victimation et les testings scientifiques permettent de sortir du débat d’opinion. L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a publié en octobre 2023 la deuxième édition de son enquête Being Black in the EU, menée auprès de 6 752 personnes d’ascendance subsaharienne dans 13 États membres, dont la France.

Indicateur (FRA, 2023) Résultat
Discrimination raciale vécue au cours des 5 dernières années 45 % (contre 39 % lors de l’enquête précédente)
Discrimination raciale vécue au cours des 12 derniers mois 34 % (+10 points en six ans)
Discrimination ressentie lors d’une recherche d’emploi 34 %
Discrimination ressentie au travail 31 %
Discrimination ressentie lors d’une recherche de logement 31 %
Harcèlement raciste subi sur 5 ans 30 % (stable)
Victimes ayant signalé l’incident 9 %
Difficulté à joindre les deux bouts 33 % (contre 18 % en population générale)

Le chiffre le plus significatif n’est pas le taux de discrimination, mais le taux de signalement : neuf victimes sur dix ne déclarent rien à aucune autorité. La discrimination raciale est donc un phénomène à la fois massif et statistiquement invisible.

Une dimension économique

La discrimination raciale a un coût, individuel et collectif. Elle produit du sous-emploi et du déclassement — les personnes d’ascendance africaine dans l’UE sont plus souvent en contrat temporaire et surqualifiées pour leur poste — et détourne des compétences de l’économie productive. Elle alimente aussi la ségrégation résidentielle, qui renchérit les politiques publiques de rattrapage (transport, éducation prioritaire, rénovation urbaine).

Une dimension éducative

Les préjugés se forment très tôt, avant même que l’enfant ne dispose des outils cognitifs pour en saisir le sens, à travers les mécanismes de socialisation familiale, scolaire, médiatique et numérique. C’est ce qui justifie l’ancrage scolaire de la Journée dans de nombreux pays : la prévention est plus efficace que la sanction, et elle doit commencer avant la cristallisation des stéréotypes.


La lutte contre la discrimination raciale à travers le monde

Afrique du Sud : de la commémoration à la fête nationale

En Afrique du Sud, le 21 mars est le Human Rights Day, jour férié national institué après la fin de l’apartheid. Sharpeville y est un lieu de mémoire de premier plan : c’est là que Nelson Mandela a signé la Constitution démocratique sud-africaine en 1996. Le pays a démantelé l’appareil législatif de l’apartheid, mais continue de faire face à de fortes inégalités socio-économiques héritées de ce système.

Europe : un cadre normatif fort, une application inégale

L’Union européenne dispose depuis 2000 d’une directive contraignante sur l’égalité de traitement sans distinction de race ou d’origine ethnique. La Commission européenne a adopté en 2020 un premier plan d’action antiraciste de l’UE. Le Conseil de l’Europe s’appuie de son côté sur la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), qui publie des rapports par pays.

Les données de la FRA montrent pourtant de fortes disparités : les taux de discrimination raciale déclarée sont parmi les plus élevés en Autriche, en Allemagne et en Finlande, et parmi les plus faibles au Portugal, en Pologne et en Suède.

Amériques : la question des réparations

Le continent américain est celui où la question de l’héritage de l’esclavage transatlantique structure le plus directement le débat public. C’est le sens de la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034), proclamée par la résolution 79/193 du 17 décembre 2024 sur le thème « Personnes d’ascendance africaine : considération, justice et développement », et de la place prise par les réparations dans l’agenda onusien depuis la réunion de haut niveau de 2021.

Asie et discriminations fondées sur l’ascendance

La Convention de 1965 couvre l’« ascendance », ce qui permet au CERD d’examiner des situations de discrimination fondée sur la caste, le lignage ou l’appartenance à des groupes autochtones, dans des contextes où la catégorie « race » n’est pas mobilisée localement.

L’action de l’UNESCO : les villes en première ligne

L’UNESCO a lancé en mars 2004 la Coalition internationale des villes inclusives et durables (ICCAR), qui rassemble aujourd’hui plus de 500 membres répartis en sept coalitions régionales et nationales. L’idée directrice : les conventions internationales ne produisent d’effets que si elles sont relayées par les autorités locales, qui décident concrètement du logement, de l’école, de l’emploi municipal et de l’accès à la culture. L’UNESCO organise également un Forum mondial annuel contre le racisme et la discrimination, accueilli chaque année par un pays différent.


Défis et enjeux contemporains

La sous-déclaration, angle mort des politiques publiques

C’est le défi le plus structurant. Les statistiques policières et judiciaires ne mesurent qu’une fraction infime du phénomène. En France, environ 1,2 million de personnes de plus de 14 ans se déclarent chaque année victimes d’au moins une atteinte à caractère raciste, alors que 97 % d’entre elles ne portent pas plainte.

Les causes identifiées sont convergentes :

  • défiance envers les institutions
  • difficultés matérielles et procédurales à déposer plainte
  • crainte des représailles, notamment dans le cadre professionnel
  • découragement lié au très faible nombre de condamnations prononcées
  • difficulté probatoire : la discrimination est rarement explicite

La faiblesse de la réponse pénale

Le décalage entre le nombre d’actes constatés et le nombre de condamnations nourrit un sentiment d’impunité chez les auteurs et une défiance durable chez les victimes. En matière de discrimination proprement dite (par opposition aux injures ou violences à caractère raciste), la Commission nationale consultative des droits de l’homme relève en France une défaillance massive, avec entre 0 et 8 condamnations par an selon les années.

La haine en ligne et les biais algorithmiques

La circulation des discours racistes s’est déplacée vers les plateformes numériques, avec trois effets spécifiques : viralité, anonymat relatif des auteurs, et exposition précoce des mineurs. S’y ajoute la question des biais algorithmiques — systèmes de tri de candidatures, scoring, reconnaissance faciale — qui peuvent reproduire à grande échelle des discriminations sans qu’aucune intention discriminatoire ne soit formulée.

La discrimination systémique et le profilage

Le profilage ethnique lors des contrôles d’identité reste l’un des points de friction les plus documentés entre minorités et institutions policières en Europe. Plus largement, la notion de discrimination systémique déplace la question de l’intention individuelle vers l’analyse des routines organisationnelles qui produisent mécaniquement des écarts.

L’instrumentalisation politique

Le CERD et l’ECRI ont conjointement alerté sur les risques que fait peser la banalisation de rhétoriques intolérantes dans le débat public, y compris par des responsables politiques et des médias d’opinion, sur soixante ans d’acquis normatifs.


Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale — Cahiers et crayons sur un bureau dans une salle de classe.

Comment participer à la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

Dans les institutions

  • Organisation de conférences, de tables rondes et de séminaires par les administrations, les collectivités et les organisations internationales
  • Lancement ou évaluation de plans nationaux de lutte contre le racisme et les discriminations
  • Publication de rapports d’observatoires nationaux et d’organes de suivi
  • Signature de chartes locales d’inclusion, notamment dans le cadre des coalitions de villes de l’ICCAR

Dans les établissements scolaires et universitaires

  • Ateliers de déconstruction des stéréotypes adaptés à l’âge des élèves
  • Projections-débats, expositions, théâtre-forum, concours d’éloquence
  • Interventions d’associations spécialisées en classe
  • Travail sur les lieux de mémoire et les parcours historiques
  • Formation des personnels aux mécanismes de construction des préjugés

Dans le monde du travail

  • Sensibilisation des équipes de recrutement aux biais de sélection
  • Réalisation de testings internes pour objectiver les écarts de traitement
  • Mise en place de procédures d’alerte accessibles et protectrices
  • Formation des managers au repérage de la discrimination indirecte

En ligne

  • Relais des campagnes officielles avec les mots-dièses #NONauracisme et #FightRacism
  • Signalement systématique des contenus haineux aux plateformes et aux autorités compétentes
  • Partage de ressources pédagogiques et de témoignages vérifiés

À titre individuel

  • Connaître les critères de discrimination protégés par la loi et les recours existants
  • Signaler plutôt que renoncer : le non-recours est la première cause d’impunité
  • Ne pas laisser passer une remarque raciste dans un cadre privé ou professionnel
  • Soutenir les associations agréées, qui peuvent se constituer partie civile

La France et la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

Un arsenal juridique construit par étapes

Texte Date Apport principal
Loi Pleven (n° 72-546) 1ᵉʳ juillet 1972 Première grande loi antiraciste ; crée les délits d’injure, de diffamation et de provocation à la haine raciales ; ouvre l’action civile aux associations
Loi Gayssot (n° 90-615) 13 juillet 1990 Réprime les actes racistes, antisémites et xénophobes ; crée le délit de contestation des crimes contre l’humanité
Création de la HALDE 2004 Première autorité indépendante dédiée à la lutte contre les discriminations
Loi Lellouche 2003 Généralise la circonstance aggravante de mobile raciste
Défenseur des droits 2011 Autorité constitutionnelle indépendante, absorbe la HALDE
Plan PRADO 2023-2026 Présenté le 30 janvier 2023 Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, piloté par la DILCRAH

La loi Pleven de 1972 a précisément été adoptée pour mettre le droit français en conformité avec la Convention internationale de 1965 : le lien entre la date du 21 mars et le droit français est donc direct.

Les chiffres français

La CNCDH, rapporteur national indépendant depuis 1990, publie chaque année un rapport de référence sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.

Indicateur (année 2025, sources ministère de l’Intérieur) Donnée Évolution
Crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux (SSMSI) 9 737 +5 % sur un an
Atteintes à la vie et violences 583 +11 %
Menaces 1 851 −2 %
Faits antisémites (DNRT) 1 320 En baisse après le pic post-2023
Faits antimusulmans (DNRT) 326 +88 %
Autres faits racistes et xénophobes (DNRT) 1 643 +17 %
Actes racistes et antisémites recensés en milieu scolaire (année 2024-2025) 3 851 En hausse continue

Du côté de la réponse pénale, les données transmises par le ministère de la Justice pour 2024 font état de 10 035 affaires traitées par les parquets (+17 %) et de 7 884 personnes mises en cause pour des infractions à caractère raciste (+16 %), pour moins de 5 condamnations prononcées pour des infractions criminelles à caractère raciste.

Opinion publique : une tolérance en hausse, des préjugés persistants

L’indice longitudinal de tolérance (ILT) construit par la CNCDH progresse tendanciellement depuis 1990. En 2025, il s’établit à 64/100, soit le quatrième meilleur score enregistré depuis le début de la série.

Cette moyenne masque toutefois des écarts marqués :

Opinion mesurée (baromètre CNCDH 2025) Part de la population
Perçoivent les Roms comme un groupe « à part » 64 %
Pensent que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale » 59 %
Pensent que « l’immigration est la principale cause de l’insécurité » 44 %
Pensent que « les Juifs ont un rapport particulier à l’argent » 35 %
Pensent que « les enfants d’immigrés nés en France ne sont pas vraiment français » 23 %

L’écart générationnel est considérable : 25 points séparent la cohorte née après 1987 de celles nées avant 1966 en matière d’adhésion aux stéréotypes racistes.

La discrimination à l’embauche, mesurée par testing

Une opération de testing de grande ampleur conduite pour la DARES avec l’Institut des politiques publiques et ISM Corum a envoyé 9 600 candidatures en réponse à 2 400 offres d’emploi, dans 11 catégories de métiers.

Résultat du testing DARES / IPP / ISM Corum Donnée
Taux de rappel des candidatures à consonance française 33,3 %
Taux de rappel des candidatures à consonance maghrébine 22,8 %
Écart relatif −31,5 %
Candidatures supplémentaires nécessaires à profil égal 1,5 fois plus
Offres ayant donné lieu à un traitement identique 63 %
Écart dans les métiers en forte tension 26 %
Écart dans les autres métiers 34 %

Le résultat est robuste : il ne varie pas significativement selon le sexe, et s’atténue sans disparaître à mesure que le niveau de qualification augmente.

La Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme

C’est la traduction française la plus visible de la Journée. Proposée par SOS Racisme en 1987, la première édition s’est tenue en 1988. Organisée aujourd’hui autour du 21 mars en partenariat avec la DILCRAH et l’Éducation nationale, elle mobilise écoles, collèges, lycées, universités, associations, clubs sportifs et établissements culturels autour du mot-dièse #TousUnisContreLaHaine.

Où signaler et se faire aider en France

  • Défenseur des droits — autorité constitutionnelle indépendante, saisine gratuite
  • Plateforme antidiscriminations.fr et numéro 3928, adossés à plus de 1 200 antennes locales d’associations
  • Dépôt de plainte en commissariat ou gendarmerie, ou signalement en ligne
  • Associations agréées (LICRA, SOS Racisme, MRAP, LDH…), qui peuvent accompagner et se constituer partie civile

Parmi les réclamations pour discrimination adressées au Défenseur des droits, l’origine figure systématiquement parmi les deux premiers critères invoqués, aux côtés du handicap.


Foire aux questions

Pourquoi la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale est-elle célébrée le 21 mars ?

La Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale est célébrée le 21 mars parce que cette date correspond au massacre de Sharpeville, survenu le 21 mars 1960 en Afrique du Sud. Ce jour-là, la police du régime d’apartheid a ouvert le feu sur une manifestation pacifique dirigée contre les lois sur les laissez-passer, tuant 69 personnes et en blessant environ 180. En proclamant cette date en 1966, l’Assemblée générale des Nations Unies entendait à la fois honorer les victimes et exercer une pression internationale sur le régime sud-africain.

Qui a créé la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale ?

La Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, par la résolution 2142 (XXI) adoptée le 26 octobre 1966 lors de sa 1452ᵉ séance plénière. Elle s’inscrit dans le prolongement direct de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, adoptée le 21 décembre 1965. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme coordonne aujourd’hui les activités liées à cette Journée, tandis que l’UNESCO mène ses propres actions, notamment via son réseau de villes inclusives.

Quelle est la différence entre racisme et discrimination raciale ?

La différence entre racisme et discrimination raciale tient au registre auquel chacun appartient. Le racisme désigne une idéologie ou un ensemble de préjugés postulant une hiérarchie entre groupes humains ; il relève des représentations. La discrimination raciale désigne un traitement défavorable effectif appliqué à une personne en raison de son origine réelle ou supposée, dans un domaine régi par le droit — emploi, logement, éducation, accès aux services. Une discrimination raciale est juridiquement constituée et sanctionnable, même sans intention raciste explicite, dès lors qu’une règle apparemment neutre désavantage un groupe donné : c’est ce qu’on appelle la discrimination indirecte.

Combien d’États ont ratifié la Convention internationale sur l’élimination de la discrimination raciale ?

182 États ont ratifié la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, ce qui en fait l’un des instruments de droits humains les plus largement acceptés au monde. Adoptée le 21 décembre 1965 et entrée en vigueur le 4 janvier 1969 après le dépôt du vingt-septième instrument de ratification, elle est surveillée par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), composé de 18 experts indépendants. Ce comité a été le premier organe créé par les Nations Unies pour contrôler la mise en œuvre d’un traité de droits humains.

Comment signaler une discrimination raciale en France ?

Pour signaler une discrimination raciale en France, plusieurs voies coexistent et peuvent être cumulées. Le Défenseur des droits peut être saisi gratuitement, y compris en ligne, et dispose de pouvoirs d’enquête. La plateforme antidiscriminations.fr et son numéro, le 3928, offrent une écoute juridique et une orientation, en s’appuyant sur plus de 1 200 antennes associatives locales. Le dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie reste possible en parallèle. Enfin, les associations agréées peuvent accompagner la victime et se constituer partie civile, faculté ouverte par la loi Pleven de 1972.

Que se passe-t-il en France autour du 21 mars ?

Autour du 21 mars se tient en France la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme. Proposée par SOS Racisme en 1987 et organisée pour la première fois en 1988, elle est aujourd’hui coordonnée avec la DILCRAH et l’Éducation nationale. Elle mobilise les établissements scolaires et universitaires, les associations, les collectivités, les clubs sportifs et les lieux culturels autour de conférences, d’expositions, de projections, d’ateliers et de rencontres, sous le mot-dièse #TousUnisContreLaHaine. La CNCDH publie par ailleurs chaque année un rapport de référence sur l’état du racisme en France.


Une vigilance qui ne se délègue pas

Soixante ans après l’adoption de la Convention de 1965, le bilan est double. Le cadre juridique international est solide, presque universellement ratifié, et l’apartheid qui a motivé la création du 21 mars appartient au passé. Mais les enquêtes le montrent sans ambiguïté : près d’une personne d’ascendance africaine sur deux déclare avoir subi une discrimination raciale en Europe, et neuf victimes sur dix ne le signalent à personne. Le droit existe ; le recours, lui, reste l’exception.

C’est précisément là que la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale garde son utilité. Elle ne demande pas seulement de se souvenir de Sharpeville : elle demande de vérifier, chaque année, l’écart entre les principes proclamés et les traitements réellement subis. Cet écart se mesure dans un taux de rappel de CV, dans un refus de location, dans une plainte non déposée.

Le 21 mars, faites du bruit contre le racisme. Le reste de l’année, faites la différence. #NONauracisme

Pour prolonger la lecture, découvrez aussi Journée zéro discrimination, Semaine de solidarité avec les peuples en lutte contre le racisme et la discrimination raciale.

Retrouvez les événements, anniversaires et fêtes de cette date dans l’éphéméride du 21 mars.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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