Chaque année, le 21 juin, les Nations Unies invitent le monde à célébrer un phénomène astronomique qui structure la vie humaine depuis la préhistoire : le solstice. Reconnue par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2019, la Journée internationale de la célébration du solstice met à l’honneur les traditions millénaires — andines, nordiques, pyrénéennes, asiatiques — qui rythment l’année autour de la course du Soleil. Derrière l’événement astronomique se joue une question éminemment contemporaine : la reconnaissance de la diversité culturelle et des droits des peuples autochtones.

Tableau récapitulatif de la Journée internationale de la célébration du solstice
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom officiel | Journée internationale de la célébration du solstice |
| Date | 21 juin (chaque année) |
| Instituée par | Assemblée générale des Nations Unies |
| Texte fondateur | Résolution A/RES/73/300, adoptée le 20 juin 2019 sans vote |
| Projet de résolution | A/73/L.92, présenté par la Bolivie |
| Co-auteurs principaux | Bolivie, Chili, Équateur, Pérou (plus une trentaine d’États coparrains) |
| Célébrations citées par la résolution | Inti Raymi, We Tripantu, Willkakuti, Yasitata Guasú |
| Textes de référence associés | Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (A/RES/61/295), Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2001) |
| Thème central | Patrimoine culturel, traditions séculaires, lien entre les peuples |
| Autre journée ONU le 21 juin | Journée internationale du yoga |
C’est quoi le solstice ? ☀️
Une définition astronomique précise
Le mot solstice vient du latin sol (« soleil ») et sistere (« s’arrêter »). L’azimut du Soleil à son lever et à son coucher semble en effet rester stationnaire pendant quelques jours autour de cette date, avant de repartir en sens inverse.
Astronomiquement, le solstice correspond à l’instant précis où la longitude apparente géocentrique du Soleil atteint un multiple de 90° : 90° pour le solstice de juin, 270° pour celui de décembre. Ce phénomène découle de l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre, d’environ 23,44° par rapport au plan de son orbite. C’est cette inclinaison — et non la distance Terre-Soleil — qui produit les saisons.
Solstice d’été, solstice d’hiver : deux faces d’un même instant
Il n’existe pas un « solstice d’été » et un « solstice d’hiver » séparés dans le temps : il y a deux solstices par an, et chacun est simultanément estival dans un hémisphère et hivernal dans l’autre.
| Solstice | Date approximative | Hémisphère Nord | Hémisphère Sud |
|---|---|---|---|
| Solstice de juin | 20 ou 21 juin | Jour le plus long, début de l’été | Jour le plus court, début de l’hiver |
| Solstice de décembre | 21 ou 22 décembre | Jour le plus court, début de l’hiver | Jour le plus long, début de l’été |
C’est précisément cette symétrie qui donne son sens à la journée onusienne : le 21 juin, les Andins fêtent le retour du Soleil au cœur de l’hiver austral pendant que les Scandinaves célèbrent la nuit la plus courte de l’année.
Solstice et équinoxe : ne pas confondre
L’équinoxe (du latin aequus, « égal », et nox, « nuit ») désigne les deux moments de l’année — autour du 20 mars et du 23 septembre — où le centre du Soleil se trouve à la verticale de l’équateur. Le jour et la nuit y ont une durée sensiblement égale partout sur Terre. Le solstice marque au contraire les positions extrêmes du Soleil, au plus loin de l’équateur.
Une date qui n’est pas toujours le 21 juin
Contrairement à une idée reçue tenace, le solstice de juin ne tombe pas systématiquement le 21. La durée de l’année tropique (environ 365,2422 jours) et les règles du calendrier grégorien font glisser la date d’une année sur l’autre. Selon les calculs de l’IMCCE (Observatoire de Paris) :
| Période (en temps universel) | Dates possibles du solstice de juin |
|---|---|
| XXe siècle | 21 juin (64 fois), 22 juin (36 fois) |
| XXIe siècle | 20 juin (47 fois), 21 juin (53 fois) |
| Horizon 2999 | Glissement progressif vers la séquence 19-20-21 juin |
La Journée internationale, elle, reste fixée au 21 juin : c’est une date civile symbolique, choisie pour sa lisibilité, et non un rendez-vous astronomique recalculé chaque année.
Origine et histoire de la Journée internationale de la célébration du solstice
La résolution A/RES/73/300 (2019)
La Journée internationale de la célébration du solstice a été instituée par la résolution A/RES/73/300, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 juin 2019, sans vote, lors de sa soixante-treizième session. Le projet de résolution portait la cote A/73/L.92.
L’initiative revient à la Bolivie, qui a présenté le texte en séance plénière, avec le Chili, l’Équateur et le Pérou comme co-auteurs principaux. Une trentaine d’autres États s’y sont associés — parmi lesquels l’Argentine, le Brésil, le Canada, la Colombie, Cuba, les Fidji, le Guatemala, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Pakistan, le Paraguay, les Philippines, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, le Suriname, le Turkménistan et le Venezuela.
Une journée née de la revendication autochtone
Le contexte de l’adoption est explicite. En présentant le texte, le représentant bolivien a souligné qu’il réaffirmait le droit des peuples autochtones à pratiquer et revitaliser leurs traditions et coutumes. La délégation chilienne a insisté sur le fait que la résolution renforçait la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (A/RES/61/295, 2007).
La résolution s’appuie également sur la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée le 2 novembre 2001, et son appel à une solidarité accrue fondée sur la reconnaissance de la diversité culturelle comme patrimoine commun de l’humanité.
Ce que demande concrètement la résolution
Le dispositif du texte est bref et opérationnel :
- Reconnaître le 21 juin comme Journée internationale de la célébration du solstice ;
- Encourager les États membres à faire connaître la célébration du solstice dans ses différentes manifestations — la résolution cite nommément l’Inti Raymi, le We Tripantu, le Willkakuti et le Yasitata Guasú — et à organiser des événements annuels ;
- Inviter les Nations Unies, en particulier l’UNESCO, ainsi que les organisations internationales, régionales et non gouvernementales, à participer aux événements organisés par les États, les peuples autochtones et les communautés concernées, dans la limite des ressources existantes ;
- Demander au Secrétaire général de porter la résolution à l’attention de tous les États membres et organismes du système onusien.
Chronologie de la Journée internationale de la célébration du solstice
| Année | Étape |
|---|---|
| 2001 | Adoption de la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2 novembre) |
| 2005 | La Bolivie déclare le « Nouvel An aymara » patrimoine intangible, historique et culturel de la nation (loi n° 3018) |
| 2007 | Adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (A/RES/61/295) |
| 2009 | La Bolivie fait du 21 juin un jour férié national (décret suprême 173 du 17 juin) |
| 2015 | L’UNESCO inscrit « Les fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (décembre, Windhoek) |
| 2019 | Adoption de la résolution A/RES/73/300 instituant la Journée internationale de la célébration du solstice (20 juin) |
Objectifs principaux de la journée
- Reconnaître la diversité culturelle : affirmer que les célébrations solsticiales, sous leurs formes multiples, appartiennent au patrimoine commun de l’humanité.
- Protéger les traditions autochtones : donner une visibilité internationale à des rituels longtemps réprimés ou marginalisés, notamment en Amérique latine.
- Relier les peuples : faire du solstice un point de rencontre fondé sur le respect mutuel, la paix et le bon voisinage.
- Rappeler le lien à la terre : souligner que les solstices et les équinoxes symbolisent la fertilité des sols, les systèmes de production agricole et alimentaire, et une vie en harmonie avec la nature.
- Mobiliser l’UNESCO et la société civile : encourager la sauvegarde active du patrimoine culturel immatériel lié au cycle solaire.
Pourquoi le solstice compte : agriculture, patrimoine et identités
Un repère agricole universel
Avant les calendriers imprimés et les prévisions météorologiques, le solstice était l’un des rares points fixes et vérifiables de l’année. Il indiquait le moment de la fenaison, l’approche des moissons, le début ou la fin du cycle pastoral, la montée aux estives. Toutes les grandes civilisations agraires — mésopotamienne, égyptienne, andine, celtique, chinoise, nordique — ont bâti un dispositif d’observation et un rituel autour de cet instant.
Cette fonction pratique explique la remarquable persistance des fêtes solsticiales : elles n’étaient pas de simples réjouissances, mais des outils de coordination collective.
Un patrimoine reconnu par l’UNESCO
Plusieurs éléments directement liés au cycle solaire figurent aujourd’hui sur les listes du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le plus emblématique pour l’Europe occidentale est celui des fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées, inscrit en 2015 lors de la dixième session du Comité intergouvernemental, réunie à Windhoek (Namibie) le 2 décembre. Il s’agit d’un dossier multinational, porté conjointement par la France, l’Espagne et l’Andorre.
Une observation devenue phénomène de masse
Le solstice n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction. À Stonehenge, site du patrimoine mondial où le Soleil se lève dans l’axe de la Heel Stone au matin du solstice de juin, English Heritage a accueilli environ 25 000 personnes pour le solstice 2025, tandis que la retransmission en direct du lever du Soleil dépassait 400 000 vues dans le monde. En Bolivie, la célébration du Willkakuti se déroule dans plus de 200 sites considérés comme sacrés, l’acte central se tenant au temple de Kalasasaya, sur le site archéologique de Tiwanaku.
La célébration du solstice à travers le monde
Panorama des grandes fêtes solsticiales de juin
| Fête | Aire culturelle | Date usuelle | Caractéristique |
|---|---|---|---|
| Inti Raymi | Andes (Pérou, Équateur, Bolivie, Colombie) | 21 au 24 juin | Fête du Soleil inca ; reconstitution majeure à Cusco (Qorikancha, Sacsayhuamán, Plaza de Armas) |
| Willkakuti / Machaq Mara | Aymara (Bolivie, nord du Chili) | 21 juin | « Retour du Soleil » ; Nouvel An andin-amazonien, jour férié en Bolivie |
| We Tripantu / Wiñoy Tripantu | Mapuche (Chili, Argentine) | Solstice de juin | Nouvel An mapuche, retour du Soleil vers la Terre |
| Yasitata Guasú | Guarani (basses terres de Bolivie, Paraguay) | Solstice de juin | Célébration liée à l’apparition de l’étoile du matin |
| Midsommar | Suède | Vendredi et samedi entre le 19 et le 26 juin | Mât fleuri, danses, jour férié |
| Juhannus | Finlande | Samedi entre le 20 et le 26 juin | Grands feux au bord des lacs (kokko) |
| Līgo et Jāņi | Lettonie | 23 et 24 juin | Deux jours fériés consécutifs, couronnes de chêne et de fleurs |
| Jaanipäev | Estonie | 24 juin | Feux de joie, associé au 23 juin (jour de la Victoire) |
| Joninės / Rasos | Lituanie | 24 juin | Jour férié, couronnes déposées sur l’eau |
| Saint-Jean | Europe latine et catholique | 23-24 juin | Feux de joie, christianisation des rites solsticiaux |
| Fête nationale du Québec | Québec | 24 juin | Ancienne Saint-Jean-Baptiste devenue fête civile |
Amérique latine : le cœur de la journée onusienne
Ce n’est pas un hasard si la résolution cite quatre fêtes andines et guaranies. Pour de nombreux peuples des Andes, le solstice de juin marque le début d’une nouvelle année : le Soleil, parvenu au plus bas de sa course, entame son retour, et avec lui un nouveau cycle agricole.
L’Inti Raymi, « fête du Soleil » en quechua, honore la divinité Inti. Interdite par les autorités coloniales espagnoles au milieu du XVIe siècle, elle a survécu clandestinement avant d’être reconstituée à Cusco à partir de 1944, sur la base des descriptions de l’Inca Garcilaso de la Vega dans ses Comentarios Reales de los Incas (1609). Elle est aujourd’hui reconnue patrimoine culturel du Pérou.
Le Willkakuti bolivien illustre un autre trajet : porté à partir des années 1980 par des mouvements aymaras, il a été déclaré patrimoine national en 2005, puis érigé en jour férié national par le décret suprême 173 du 17 juin 2009, sous la dénomination élargie de Nouvel An andin, amazonien et du Chaco — un choix de vocabulaire destiné à refléter la plurinationalité du pays.
Europe du Nord : la nuit qui ne tombe pas
Au-delà du cercle polaire, le Soleil ne se couche pas au solstice de juin. Dans toute la Scandinavie et la Baltique, la fête solsticiale est l’un des deux ou trois temps forts de l’année civile, souvent supérieure à Noël en intensité sociale. Les traits communs sont partout les mêmes : grands feux, végétaux frais (bouleau, chêne, fleurs), veillées jusqu’à l’aube, croyances liées aux plantes cueillies cette nuit-là.
Asie et monde arabe : les autres solstices
Le pendant hivernal est tout aussi vivace : le Dōngzhì chinois, le Tōji japonais et surtout la nuit de Yaldā iranienne — la plus longue de l’année, passée en famille autour de la grenade, de la pastèque et des poèmes de Hafez — témoignent de l’universalité du repère solsticial, y compris là où la fête de juin est peu marquée.
Le solstice en France
Un pays qui vit les deux solstices le même jour
C’est une singularité française rarement relevée : parce que le territoire de la République s’étend sur les deux hémisphères, le 21 juin est simultanément le jour le plus long et le jour le plus court selon l’endroit où l’on se trouve.
| Lieu | Durée du jour au solstice de juin (valeurs approchées) |
|---|---|
| Dunkerque | ≈ 16 h 30 |
| Lille | ≈ 16 h 30 |
| Paris | ≈ 16 h 10 |
| Strasbourg | ≈ 16 h 05 |
| Lyon | ≈ 15 h 45 |
| Bordeaux | ≈ 15 h 35 |
| Marseille | ≈ 15 h 25 |
| Ajaccio | ≈ 15 h 15 |
| Cayenne (Guyane) | ≈ 12 h 25 |
| Fort-de-France (Martinique) | ≈ 13 h 00 |
| Mamoudzou (Mayotte) | ≈ 11 h 20 |
| Papeete (Polynésie française) | ≈ 11 h 05 |
| Saint-Denis (La Réunion) | ≈ 10 h 50 |
| Nouméa (Nouvelle-Calédonie) | ≈ 10 h 45 |
Durées calculées à partir de la latitude de chaque ville, avec une déclinaison solaire de 23,44° et une hauteur du disque solaire de -0,833° au lever et au coucher (réfraction atmosphérique et demi-diamètre inclus). Les valeurs peuvent varier de quelques minutes selon les sources.
À La Réunion et en Nouvelle-Calédonie, le 21 juin est donc le jour le plus court de l’année : l’entrée dans l’hiver austral.
Les fêtes du feu des Pyrénées, inscrites à l’UNESCO
C’est le grand titre de gloire français en matière de patrimoine solsticial. Chaque année, à la même nuit, les habitants de villages pyrénéens allument au sommet des montagnes un bûcher — haro, taro, hart ou faro — puis descendent vers le village en portant des torches enflammées, appelées selon les vallées falles, halhes ou halhas (du latin facula, torche). En bas les attendent les grands troncs préparés et dressés sur la place : falles majors, haros ou brandons.
Les rôles sont codifiés et varient d’une commune à l’autre : ici le maire met le feu au premier bûcher, là le curé le bénit ou l’allume, ailleurs c’est le dernier homme marié du village qui embrase le brandon et mène la descente. Souvent, des jeunes filles accueillent les porteurs de torches avec du vin et des pâtisseries. Au matin, on collecte braises et cendres pour protéger foyers et jardins.
Pour les jeunes, la première descente constitue un rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte — c’est d’ailleurs ce que l’UNESCO retient explicitement dans sa notice. L’inscription de 2015 couvre une soixantaine de localités (63 selon les décomptes couramment cités) réparties entre la France, l’Espagne et l’Andorre. Côté français, le brandon de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) et les communes de son canton, ainsi que les villages de la vallée de la Barousse (Hautes-Pyrénées), figurent parmi les foyers les mieux documentés. La ville de Luchon avait délibéré dès le 29 juin 2013 en faveur du dépôt de la candidature multinationale.
Les feux de la Saint-Jean
Sur l’ensemble du territoire, la tradition solsticiale s’est fondue dans la Saint-Jean, fixée au 24 juin, date de la nativité de Jean-Baptiste — soit trois jours après le solstice. La récupération chrétienne d’un rite antérieur est ici transparente : les feux de joie ne renvoient plus officiellement au Soleil mais à la joie de Zacharie à la naissance de son fils.
La Saint-Jean fut longtemps, dans la plupart des paroisses françaises, la fête de la Jeunesse : jeux, rites de passage, réception des adolescents dans la « bachellerie » du village, élection d’un roi et d’une reine de la Jeunesse pour l’année. À Paris, le bûcher était dressé place de Grève (aujourd’hui place de l’Hôtel-de-Ville) et allumé par le roi de France en personne, coutume attestée depuis Louis XI ; Louis XIV fut le dernier souverain à s’y prêter, en 1648. La pratique s’est ensuite maintenue essentiellement dans les campagnes, les régions de montagne et la Bretagne.
La Fête de la Musique, héritière laïque du solstice
La France a inventé en 1982 une fête du 21 juin qui a fait le tour du monde. La première Fête de la Musique est célébrée le 21 juin 1982 à l’initiative de Jack Lang, ministre de la Culture, et de Maurice Fleuret, directeur de la Musique et de la Danse au ministère — l’idée d’une date consacrée à la musique ayant été formulée quelques années plus tôt par le luthiste Joël Cohen, qui imaginait en 1976 des « saturnales de la musique » les 21 juin et 21 décembre, c’est-à-dire précisément aux deux solstices.
Le choix de la date n’a donc rien d’accidentel : il s’ancre explicitement dans la nuit la plus courte de l’année et dans la tradition des veillées de solstice. Une enquête menée en 1982 avait révélé que cinq millions de Français pratiquaient un instrument de musique — chiffre qui a nourri le mot d’ordre de Maurice Fleuret : la musique partout, le concert nulle part.
Aujourd’hui, la Fête de la Musique est célébrée dans environ 120 pays, selon le ministère de la Culture, et plusieurs centaines de villes hors de France.
Mégalithes et orientations solaires
La France possède l’un des plus riches ensembles mégalithiques d’Europe, et plusieurs monuments présentent des orientations astronomiques documentées. Une nuance s’impose toutefois : contrairement à Stonehenge, dont l’axe cadre le lever du Soleil au solstice de juin, les grands sites français orientés le sont le plus souvent vers le solstice de décembre.
- La Roche-aux-Fées (Essé, Ille-et-Vilaine) : au solstice d’hiver, le Soleil se lève dans l’axe de l’allée couverte et éclaire la dalle du fond pendant quelques minutes.
- Le cairn de Gavrinis (Larmor-Baden, Morbihan) : l’entrée est orientée vers le lever du Soleil au solstice d’hiver, sans que la chambre soit illuminée comme à Newgrange.
- La Table des Marchands et le Grand Menhir (Locmariaquer, Morbihan) : l’ombre du menhir au coucher du Soleil venait, selon plusieurs auteurs, frôler l’entrée du dolmen au solstice d’hiver.
Les interprétations restent débattues : l’astronomie mégalithique a suscité au XXe siècle autant de travaux sérieux que de théories fantaisistes, et toute lecture calendaire d’un monument isolé appelle la prudence.
Défis contemporains autour du solstice
La pollution lumineuse
Célébrer le solstice suppose de pouvoir observer le ciel. Or l’éclairage artificiel nocturne a profondément modifié le rapport des sociétés urbaines au cycle solaire : une part importante de la population européenne ne voit plus la Voie lactée depuis son domicile. La question de la sobriété lumineuse — extinction nocturne, réserves de ciel étoilé, comme celle du Pic du Midi dans les Pyrénées — rejoint directement l’esprit de la journée.
Folklorisation et surtourisme
L’inscription au patrimoine de l’UNESCO produit un effet paradoxal, bien documenté par les ethnologues : elle sauvegarde le rite mais l’expose au regard extérieur. Les fêtes du feu pyrénéennes, l’Inti Raymi de Cusco ou le solstice de Stonehenge attirent désormais des publics sans lien communautaire avec la pratique. Le risque est double : figer un rituel vivant dans une version « officielle », et transformer des participants en spectateurs.
Climat, sécheresse et risque incendie
Les fêtes du feu se heurtent à une contrainte croissante : la multiplication des arrêtés préfectoraux d’interdiction de brûlage en période de sécheresse. Dans les massifs méditerranéens et pyrénéens, la tenue même des brandons et des feux de la Saint-Jean dépend de plus en plus des conditions météorologiques de juin, ce qui fragilise une pratique fondée sur la régularité annuelle.
Dépeuplement des vallées
La transmission du rite repose sur la famille et sur un réseau dense d’associations locales. Dans les vallées de montagne touchées par le déclin démographique, la question n’est pas tant la disparition du savoir-faire que celle du nombre de personnes disponibles pour préparer le tronc, organiser la descente et assurer la relève des porteurs de torches.

Comment participer à la Journée internationale de la célébration du solstice
Événements institutionnels
- Suivre les manifestations organisées par les États membres et par l’UNESCO, que la résolution invite explicitement à participer aux événements portés par les peuples autochtones.
- Consulter la programmation des sites du patrimoine mondial et des musées d’ethnographie, souvent actifs autour du 21 juin.
Sur le terrain
- Assister à un brandon ou à une descente de falles dans les Pyrénées centrales, en respectant les règles fixées par les organisateurs.
- Participer à un feu de la Saint-Jean dans sa commune, généralement le week-end le plus proche du 24 juin.
- Rejoindre un club d’astronomie ou une association locale pour observer le lever ou le coucher du Soleil à sa position extrême sur l’horizon.
En ligne
- Suivre les retransmissions en direct des grands sites (Stonehenge, Tiwanaku), qui touchent chaque année plusieurs centaines de milliers de personnes.
- Relayer les contenus de l’ONU et de l’UNESCO consacrés au patrimoine culturel immatériel lié au cycle solaire.
Observer le solstice soi-même
- Marquer sur un mur ou un piquet la position du Soleil couchant plusieurs soirs de suite à la mi-juin : le point cesse de progresser, puis repart en sens inverse. C’est la définition même du solstice, observable à l’œil nu.
- Mesurer l’ombre d’un bâton vertical à midi solaire : elle atteint sa longueur minimale de l’année dans l’hémisphère nord.
- Consulter les éphémérides de l’IMCCE (Observatoire de Paris) pour connaître l’instant exact du solstice et les heures de lever et de coucher pour sa commune.
Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 21 juin. La célébration des Nations unies est fixée au 21 juin ; la date et l’heure du solstice astronomique dépendent de l’année et du fuseau horaire.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale de la lumière, Journée internationale du Novruz.
Questions fréquentes sur la Journée internationale de la célébration du solstice
Quand a lieu la Journée internationale de la célébration du solstice ?
La Journée internationale de la célébration du solstice a lieu chaque année le 21 juin. Cette date a été fixée par la résolution A/RES/73/300 de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 20 juin 2019. Elle est civile et invariable, contrairement à l’instant astronomique du solstice, qui se déplace d’une année sur l’autre.
Pourquoi la Journée internationale de la célébration du solstice est-elle fixée au 21 juin alors que le solstice tombe parfois le 20 juin ?
La Journée internationale de la célébration du solstice est fixée au 21 juin parce qu’il s’agit d’une date symbolique et mémorisable, et non d’un rendez-vous astronomique recalculé chaque année. Le solstice de juin, lui, tombe au XXIe siècle tantôt le 20 juin (47 années sur 100), tantôt le 21 juin (53 années sur 100), selon les calculs de l’IMCCE. Au XXe siècle, il tombait le 21 ou le 22 juin. Le décalage vient de ce que l’année tropique dure environ 365,2422 jours, valeur qu’aucun calendrier ne peut suivre exactement.
Qui a créé la Journée internationale de la célébration du solstice ?
La Journée internationale de la célébration du solstice a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, sur une initiative portée par la Bolivie, accompagnée du Chili, de l’Équateur et du Pérou. Le texte a été adopté sans vote le 20 juin 2019. En le présentant, la délégation bolivienne a mis en avant le droit des peuples autochtones à pratiquer et revitaliser leurs traditions, dans le prolongement de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
Quelle est la différence entre un solstice et un équinoxe ?
La différence entre un solstice et un équinoxe tient à la position du Soleil par rapport à l’équateur céleste. Au solstice, le Soleil atteint sa position extrême, la plus au nord ou la plus au sud : le jour est alors le plus long ou le plus court de l’année. À l’équinoxe, le Soleil se trouve à la verticale de l’équateur : le jour et la nuit ont une durée approximativement égale partout sur Terre. Il y a deux solstices (juin, décembre) et deux équinoxes (mars, septembre) chaque année.
Comment le solstice est-il célébré en France ?
En France, le solstice est célébré sous trois formes principales. Les fêtes du feu des Pyrénées — brandons, falles, haros — sont inscrites depuis 2015 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, dans un dossier commun avec l’Espagne et l’Andorre. Les feux de la Saint-Jean, le 24 juin, prolongent partout ailleurs la tradition solsticiale sous une forme christianisée. Enfin, la Fête de la Musique, créée le 21 juin 1982 par Jack Lang et Maurice Fleuret, a délibérément choisi la date du solstice et se célèbre aujourd’hui dans environ 120 pays.
Le 21 juin est-il un jour férié quelque part dans le monde ?
Oui. En Bolivie, le 21 juin est un jour férié national depuis le décret suprême 173 du 17 juin 2009, pour permettre à la population de participer aux cérémonies du Willkakuti, ou Nouvel An andin, amazonien et du Chaco. Ailleurs, les jours fériés liés au solstice de juin sont généralement calés sur des dates voisines : Midsommar en Suède (samedi entre le 20 et le 26 juin), Jāņi en Lettonie (24 juin), jaanipäev en Estonie (24 juin), Joninės en Lituanie (24 juin) ou encore la Fête nationale du Québec (24 juin). En France, le 21 juin n’est pas férié.
Le 21 juin, la Terre ne fait rien d’exceptionnel : elle poursuit une orbite qu’elle parcourt depuis quatre milliards et demi d’années, avec une inclinaison d’axe de 23,44 degrés. Tout le reste — les brandons pyrénéens, les feux baltes, l’Inti Raymi de Cusco, les guitares dans les rues françaises — est l’œuvre des hommes, qui ont fait d’un simple maximum de déclinaison solaire un point de rendez-vous universel. C’est exactement ce que reconnaît la résolution de 2019 : non pas un phénomène astronomique, mais la manière dont des dizaines de cultures, séparées par des océans et des millénaires, ont choisi d’y répondre par du feu, de la musique et des retrouvailles. Cette nuit-là, la plus courte au nord et la plus longue au sud, veillez un peu plus tard que d’habitude — c’est encore la meilleure façon de célébrer le solstice.
