Chaque année, le 15 juin marque la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 66/127 du 19 décembre 2011. Née en 2006 d’une initiative associative internationale, cette journée met en lumière une violence longtemps considérée comme relevant de la sphère privée : les violences physiques, psychologiques, financières, sexuelles et les négligences subies par les personnes âgées, à leur domicile comme en établissement.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une personne de plus de 60 ans sur six a été victime d’une forme de maltraitance dans son environnement familier au cours de l’année écoulée. Dans les établissements de soins de longue durée, la proportion de professionnels reconnaissant avoir commis un acte de maltraitance atteint près de deux sur trois. Face au vieillissement rapide des populations, cette journée du 15 juin est devenue un rendez-vous de mobilisation pour les États, les organisations internationales et la société civile.
L’essentiel sur la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées
| Élément | Information |
|---|---|
| Date | 15 juin, chaque année |
| Nom officiel (français) | Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées |
| Nom officiel (anglais) | World Elder Abuse Awareness Day (WEAAD) |
| Créée par | Réseau international pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées (INPEA), avec le soutien de l’OMS |
| Première édition | 15 juin 2006 |
| Reconnaissance ONU | Résolution A/RES/66/127 du 19 décembre 2011 |
| Symbole associé | Le ruban mauve (violet) |
| Prévalence mondiale (domicile) | 15,7 %, soit environ 1 personne de 60 ans et plus sur 6 |
| Numéro d’alerte en France | 3133 (depuis le 1er mars 2026, en remplacement du 3977) |
C’est quoi la maltraitance des personnes âgées ?
La définition de l’Organisation mondiale de la Santé
L’OMS définit la maltraitance des personnes âgées comme un acte unique ou répété, ou l’absence d’intervention appropriée, survenant dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, et qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime.
Deux éléments sont déterminants dans cette définition. D’abord, la maltraitance ne se limite pas à des actes commis : l’omission, le défaut de soins, l’abandon en font pleinement partie. Ensuite, elle suppose une relation de confiance — un conjoint, un enfant, un aidant, un soignant, un tuteur. Une agression commise par un inconnu dans la rue relève du droit commun, pas de la maltraitance au sens de l’OMS.
Ce type de violence constitue une violation des droits humains.
En France : une définition inscrite dans la loi
Le droit français dispose depuis 2022 d’une définition légale de la maltraitance, inscrite à l’article L. 119-1 du Code de l’action sociale et des familles (créé par la loi n° 2022-140 du 7 février 2022). Celle-ci vise toute personne en situation de vulnérabilité lorsqu’un geste, une parole, une action ou un défaut d’action compromet ou porte atteinte à son développement, à ses droits, à ses besoins fondamentaux ou à sa santé, dès lors que cette atteinte intervient dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d’accompagnement.
Le texte précise trois caractéristiques essentielles :
- les situations peuvent être ponctuelles ou durables ;
- elles peuvent être intentionnelles ou non ;
- leur origine peut être individuelle, collective ou institutionnelle.
Cette dernière mention est décisive : elle reconnaît qu’une organisation défaillante — sous-effectif chronique, protocoles inadaptés, absence de formation — peut produire de la maltraitance sans qu’aucun individu ne l’ait voulue.
Les différentes formes de maltraitance
| Forme | Exemples concrets |
|---|---|
| Physique | Coups, bousculades, contention abusive, usage inapproprié de médicaments |
| Psychologique | Insultes, humiliations, menaces, infantilisation, chantage affectif, isolement forcé |
| Financière et matérielle | Détournement de fonds, pression pour modifier un testament, spoliation d’un compte, vol d’objets |
| Sexuelle | Attouchements, agressions, exposition non consentie |
| Négligence | Défaut de soins, d’hygiène, d’alimentation, non-administration d’un traitement |
| Atteinte aux droits | Privation de courrier, restriction des visites, entrave à la liberté d’aller et venir |
| Institutionnelle | Organisation collective produisant des atteintes : rythmes contraints, absence d’intimité, toilettes expédiées |
Les autorités françaises regroupent les formes psychologiques, financières, médicales, les négligences et les restrictions de droits sous l’appellation de « violences invisibles » — celles qui ne laissent pas de trace apparente et sont donc les plus difficiles à repérer.
Origine et histoire de la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées
Une initiative associative avant d’être une reconnaissance onusienne
Contrairement à beaucoup de journées internationales, le 15 juin n’est pas né dans une salle de l’Assemblée générale. La première World Elder Abuse Awareness Day a été lancée le 15 juin 2006 à l’initiative du Réseau international pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées (INPEA), une organisation non gouvernementale fondée en 1997, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé.
L’objectif initial était de sortir de l’ombre un phénomène largement méconnu, rarement mesuré et généralement traité comme une affaire de famille. Pendant cinq ans, la journée a été portée par des réseaux associatifs, des universitaires et des collectivités, principalement en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie.
La reconnaissance par les Nations unies en 2011
Le 19 décembre 2011, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 66/127, intitulée « Suite donnée à la deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement ». Ce texte proclame officiellement le 15 juin Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, l’inscrivant au calendrier officiel des observances des Nations unies.
Cette reconnaissance transforme la portée de la journée : elle engage désormais les États membres, mobilise l’ensemble du système onusien (OMS, DAES, HCDH, UNFPA, ONU Femmes) et légitime la question comme un enjeu de santé publique et de droits humains, et non comme un problème privé.
Chronologie de la Journée mondiale du 15 juin
| Année | Étape |
|---|---|
| 1997 | Fondation du Réseau international pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées (INPEA) |
| 2002 | Deuxième Assemblée mondiale sur le vieillissement (Madrid) et adoption du Plan d’action international de Madrid |
| 2006 | Première Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, le 15 juin |
| 2011 | Résolution A/RES/66/127 du 19 décembre : reconnaissance officielle par l’Assemblée générale des Nations unies |
| 2017 | Publication de la méta-analyse de référence sur la prévalence (52 études, 28 pays) dans The Lancet Global Health |
| 2018 | Méta-analyse sur la maltraitance en institution : 64,2 % du personnel déclare des actes de maltraitance |
| 2021 | Lancement de la Décennie des Nations unies pour le vieillissement en bonne santé (2021-2030) |
| 2022 | Publication par l’OMS des cinq priorités pour mettre fin à la maltraitance des personnes âgées |
Les objectifs de la journée
- Rendre visible un phénomène sous-déclaré : faire connaître l’ampleur réelle de la maltraitance et les formes qu’elle prend, y compris les moins spectaculaires.
- Affirmer une lecture en termes de droits : rappeler que la maltraitance des personnes âgées est une violation des droits humains, et non un dysfonctionnement familial.
- Encourager le signalement : lever les freins qui empêchent victimes et témoins de parler — peur de se tromper, crainte de représailles, honte, loyauté familiale.
- Combattre l’âgisme : l’OMS identifie les stéréotypes liés à l’âge comme l’une des causes profondes de l’indifférence à la maltraitance.
- Améliorer la production de données : dans la plupart des pays, aucune statistique fiable n’existe, ce qui rend les politiques publiques difficiles à évaluer.
L’ampleur mondiale de la maltraitance des personnes âgées
Les chiffres de référence de l’OMS
En 2017, une analyse de 52 études menées dans 28 pays a établi qu’au cours de l’année précédente, 15,7 % des personnes de plus de 60 ans avaient été victimes d’une forme de maltraitance dans leur environnement familier — soit environ une sur six.
Cette même méta-analyse permet de ventiler la prévalence par type de maltraitance. Une seconde analyse, portant sur les établissements (hôpitaux, maisons de retraite, structures de soins de longue durée), fournit des chiffres nettement plus élevés lorsque ce sont les professionnels eux-mêmes qui sont interrogés.
| Type de maltraitance | Domicile — déclaré par les personnes âgées | Institution — déclaré par le personnel |
|---|---|---|
| Prévalence globale | 15,7 % | 64,2 % |
| Maltraitance psychologique | 11,6 % | 32,5 % |
| Abus financier | 6,8 % | Données insuffisantes |
| Défaut de soins | 4,2 % | 12,0 % |
| Maltraitance physique | 2,6 % | 9,3 % |
| Atteinte sexuelle | 0,9 % | 0,7 % |
Source : Organisation mondiale de la Santé, d’après Yon et al. (2017) et Yon et al. (2018).
Le chiffre de 64,2 % du personnel institutionnel reconnaissant un acte de maltraitance au cours de l’année écoulée est celui qui frappe le plus. Il doit être lu avec précision : il ne signifie pas que deux résidents sur trois sont maltraités, mais que deux professionnels sur trois admettent avoir commis au moins un acte relevant de la définition — le plus souvent d’ordre psychologique, dans des contextes de sous-effectif et de manque de formation.
Un phénomène massivement sous-déclaré
Les Nations unies estiment qu’un seul cas de maltraitance sur vingt-quatre est signalé. Les raisons de ce silence sont bien identifiées : dépendance affective ou matérielle vis-à-vis de l’auteur, honte, peur de perdre son logement ou d’être placé, crainte de nuire à un enfant, troubles cognitifs empêchant de témoigner, et parfois simple ignorance du caractère répréhensible des faits subis.
Une progression mécanique liée au vieillissement
| Indicateur démographique | Valeur |
|---|---|
| Personnes de 60 ans et plus dans le monde (2015) | 900 millions |
| Personnes de 60 ans et plus dans le monde (projection 2050) | environ 2 milliards |
| Victimes de maltraitance projetées en 2050 (à prévalence constante) | environ 320 millions |
| Part de la population mondiale âgée de 65 ans et plus en 2050 | environ 1 personne sur 6 |
Même si la proportion de personnes âgées maltraitées restait stable, leur nombre absolu doublerait du seul fait de l’évolution démographique. La pandémie de Covid-19 a par ailleurs aggravé la situation : une étude menée aux États-Unis suggère une hausse de la prévalence à domicile de près de 84 % pendant cette période.
Une réalité qui varie selon les régions du monde
Des formes culturellement spécifiques
La maltraitance des personnes âgées existe aussi bien dans les pays à revenu élevé que dans les pays en développement, mais elle ne prend pas partout le même visage. Les Nations unies signalent que dans certaines sociétés, les veuves âgées sont soumises à des mariages forcés, tandis que dans d’autres, des femmes âgées isolées sont accusées de sorcellerie — accusations qui peuvent conduire à l’exclusion, à la spoliation, voire au meurtre.
Ces réalités imposent d’adapter les approches de détection et de prise en charge au contexte culturel, plutôt que d’appliquer des grilles uniformes.
Des systèmes de protection très inégaux
| Contexte | Caractéristiques dominantes |
|---|---|
| Pays à revenu élevé | Cadre juridique existant, dispositifs de signalement, données partielles mais disponibles ; forte proportion de maltraitance en institution du fait du recours au placement |
| Pays à revenu intermédiaire | Législations récentes, dispositifs peu financés, données rares ; maltraitance à dominante familiale et financière |
| Pays à faible revenu | Absence fréquente de cadre juridique spécifique, quasi-absence de données, protection sociale limitée ; formes liées aux croyances et à la spoliation foncière |
C’est dans les pays en développement que la croissance de la population âgée sera la plus rapide, alors même que les connaissances sur la maltraitance et les moyens de la prévenir y sont les plus limités.
Le rôle moteur des institutions internationales
L’OMS pilote la question dans le cadre de la Décennie pour le vieillissement en bonne santé (2021-2030). En 2022, l’organisation et ses partenaires ont défini cinq priorités : combattre l’âgisme, produire davantage de données de qualité, développer des solutions efficaces et abordables, construire un argumentaire d’investissement et mobiliser des financements.
La campagne mondiale de l’OMS « Combattre l’âgisme » constitue le prolongement direct de cette journée : elle part du constat que les représentations dévalorisantes du grand âge sont l’un des facteurs qui rendent la maltraitance socialement tolérable.
La maltraitance des personnes âgées en France
Un pays qui vieillit rapidement
Au 1er janvier 2026, la France compte environ 69,1 millions d’habitants, dont 22,2 % âgés d’au moins 65 ans — une proportion désormais presque équivalente à celle des moins de 20 ans (22,5 %). Les personnes de 75 ans et plus représentent 11,1 % de la population, contre 8,2 % en 2006.
| Indicateur (France, 1er janvier 2026) | Valeur |
|---|---|
| Population totale | 69,1 millions |
| Part des 65 ans et plus | 22,2 % |
| Part des 75 ans et plus | 11,1 % |
| Part des 65 ans et plus en 2006 | 16,4 % |
| Espérance de vie à la naissance (femmes) | 85,9 ans |
| Espérance de vie à la naissance (hommes) | 80,3 ans |
L’arrivée aux grands âges des générations du baby-boom — dont les plus anciennes atteignent 80 ans en 2026 — accélère mécaniquement le nombre de personnes exposées au risque de dépendance et, avec lui, de maltraitance.
Le 3133 : un nouveau numéro national depuis le 1er mars 2026
Depuis le 1er mars 2026, le 3133 est le numéro national d’écoute et de signalement des maltraitances envers les adultes vulnérables. Il remplace le 3977, en service depuis 2008. Gratuit, il est accessible 7 jours sur 7, de 9 h à 20 h, en métropole comme dans les départements et régions d’outre-mer, et est adapté aux personnes sourdes ou malentendantes.
Il s’adresse à toute personne victime ou témoin : la personne concernée elle-même, un proche, un aidant, un voisin, un médecin traitant, une infirmière, un service d’aide à domicile. Il peut être composé même en cas de simple doute.
Depuis le 28 mai 2026, un formulaire de signalement en ligne complète le dispositif. Il permet un signalement écrit à toute heure, y compris en dehors des horaires d’ouverture du 3133, et couvre les champs social, médico-social et sanitaire.
L’architecture du dispositif français
Le nouveau système, issu de la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024, dite loi « Bien vieillir », repose sur trois piliers :
- Un canal d’alerte unique : le numéro 3133 et le formulaire de signalement en ligne.
- Un système d’information national, SIRENA : tout signalement, téléphonique ou en ligne, y est enregistré, conformément au décret n° 2026-139 du 27 février 2026. L’outil assure la traçabilité de chaque alerte, le partage d’information entre acteurs et le retour au déclarant.
- Des cellules territoriales, placées auprès des agences régionales de santé, qui suivent le traitement des signalements par les autorités compétentes (ARS, conseils départementaux, DDETS) et en rendent compte chaque année à la conférence régionale de la santé et de l’autonomie.
La loi « Bien vieillir » a par ailleurs créé l’article L. 119-2 du Code de l’action sociale et des familles, qui pose une obligation de signalement pour toute personne ayant connaissance de faits de maltraitance envers un majeur vulnérable, et autorise expressément les professionnels soumis au secret à signaler, en application de l’article 226-14 du Code pénal.
Ce que révèlent les signalements
Les données issues de l’activité du numéro national dressent un portrait très éloigné de l’image médiatique de la maltraitance, souvent réduite aux affaires d’établissements.
| Indicateur (données 2024) | Valeur |
|---|---|
| Part des situations survenant à domicile | 74 % |
| Part de femmes parmi les victimes | 66 % |
| Part de « violences invisibles » (psychologiques, financières, médicales, négligences, restrictions de droits) | 84 % |
| Appels reçus par la plateforme nationale en 2024 | plus de 60 000 |
| Dossiers de maltraitance ouverts en 2024 | 12 677 |
Trois enseignements se dégagent. D’abord, la maltraitance est très majoritairement domiciliaire : elle se joue dans la sphère familiale et de l’aide à domicile, pas d’abord en EHPAD. Ensuite, elle frappe massivement les femmes, plus nombreuses aux grands âges et plus souvent isolées. Enfin, elle est rarement visible : dans plus de huit cas sur dix, il n’y a ni bleu, ni fracture, ni trace.
Le cadre pénal français
La maltraitance ne constitue pas en elle-même une infraction pénale unique en droit français : elle se traduit par plusieurs qualifications, dont la principale, s’agissant des atteintes patrimoniales, est l’abus de faiblesse.
| Infraction | Fondement | Peine encourue |
|---|---|---|
| Abus de faiblesse | Article 223-15-2 du Code pénal | 3 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende |
| Abus de faiblesse commis par voie numérique | Article 223-15-2 du Code pénal | 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende |
| Abus de faiblesse commis en bande organisée | Article 223-15-2 du Code pénal | 7 ans d’emprisonnement et 1 000 000 € d’amende |
L’abus de faiblesse suppose l’exploitation frauduleuse d’une vulnérabilité apparente ou connue de son auteur, due notamment à l’âge, pour conduire la victime à un acte gravement préjudiciable — signature d’un contrat, modification d’un testament, virement bancaire. L’âge seul ne suffit pas : c’est l’exploitation délibérée de la fragilité qui est réprimée.
S’y ajoutent, selon les faits, les violences aggravées par la vulnérabilité de la victime, le délaissement de personne vulnérable, la non-assistance à personne en danger ou l’escroquerie.
Défis et enjeux contemporains
Le repérage, premier verrou
L’obstacle majeur reste la détection. Une personne âgée dépendante de son agresseur pour ses repas, ses soins ou son maintien à domicile n’a matériellement pas les moyens de dénoncer sans risque. Les troubles cognitifs compliquent encore le recueil de la parole, et les professionnels de premier recours — médecins traitants, infirmiers, aides à domicile — sont rarement formés à identifier les signaux faibles : renoncement soudain aux soins, retrait, apparition d’un tiers omniprésent dans la gestion des comptes.
La maltraitance en institution et la question des moyens
L’accent mis récemment par les Nations unies sur les établissements de soins de longue durée répond à un constat structurel : les pénuries de personnel et l’insuffisance de formation créent des conditions à haut risque, indépendamment des intentions individuelles. La maltraitance dite institutionnelle ne se corrige pas par la seule sanction des agents ; elle appelle une révision des taux d’encadrement, des rythmes de travail et des politiques de contrôle.
La maltraitance financière et les nouvelles technologies
L’abus financier concerne près de 7 % des personnes âgées vivant à domicile. Il prend des formes classiques — captation d’héritage, procuration bancaire détournée — mais aussi des formes nouvelles : usurpation d’identité en ligne, faux conseillers bancaires, arnaques par téléphone ou par message ciblant spécifiquement les personnes isolées et peu familières des outils numériques.
L’âgisme, cause profonde
L’OMS place la lutte contre l’âgisme en tête de ses cinq priorités. Les stéréotypes liés au grand âge — infantilisation, présomption d’incompétence, invisibilité sociale — conditionnent la manière dont la société perçoit ces violences. Un même acte commis sur un enfant provoquerait une indignation immédiate ; commis sur une personne de 88 ans, il est souvent relativisé.
Le déficit de données
Dans la plupart des pays, il n’existe aucune statistique nationale fiable et ventilée sur la maltraitance des personnes âgées. Sans mesure, il n’y a ni évaluation des politiques publiques, ni allocation rationnelle des moyens, ni comparaison internationale possible. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’OMS fait de la production de données une priorité en soi.

Comment participer à la Journée mondiale du 15 juin
Signaler : le geste le plus utile
En France, le réflexe à retenir est simple : composer le 3133, gratuitement, de 9 h à 20 h, sept jours sur sept, ou remplir le formulaire de signalement en ligne. Il n’est pas nécessaire d’être certain : le doute suffit, et c’est précisément l’objet du dispositif. Les écoutants évaluent la situation, orientent et transmettent, le cas échéant, à l’autorité compétente.
En cas de danger immédiat, les numéros d’urgence habituels (15, 17, 112) restent la réponse appropriée.
Repérer les signaux d’alerte
- Perte de poids inexpliquée, hygiène dégradée, vêtements inadaptés à la saison.
- Retrait social soudain, annulation répétée de visites, isolement organisé par un tiers.
- Ecchymoses ou lésions dont l’explication varie ou paraît invraisemblable.
- Mouvements bancaires inhabituels, procurations récentes, disparition d’objets.
- Attitude craintive en présence d’une personne précise, réponses données par un tiers.
- Refus d’un proche de laisser la personne s’exprimer seule avec un soignant.
Se mobiliser collectivement
- Porter du mauve : la couleur violette et le ruban mauve sont le symbole international associé au 15 juin.
- Relayer la campagne en ligne, en utilisant les mots-clés associés à la journée (#WEAAD, #3133).
- Organiser ou suivre une conférence : les Nations unies tiennent chaque année une commémoration en ligne, ouverte à l’inscription.
- Se former : le ministère chargé des solidarités met à disposition un kit de formation « bientraitance / maltraitance » destiné aux professionnels, et la Haute Autorité de santé publie des guides de repérage.
- Diffuser les outils officiels : affiches et flyers de la campagne nationale sont librement téléchargeables et peuvent être affichés en pharmacie, en mairie, en cabinet médical, en résidence.
Agir au quotidien, hors du 15 juin
Le levier le plus efficace contre la maltraitance reste le maintien du lien social. Une personne âgée entourée, visitée, écoutée, dont un tiers extérieur connaît la situation, est statistiquement moins exposée. Rendre visite à un voisin isolé, proposer un accompagnement à un aidant épuisé, s’engager dans une association locale : ces gestes relèvent de la prévention primaire, celle qui empêche la situation de s’installer.
Il faut également rappeler que l’épuisement des aidants est un facteur de risque documenté. Soutenir un aidant familial — par le répit, l’information, l’aide financière — est aussi une manière de protéger la personne aidée.
Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 15 juin.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée mondiale du malade, Journée mondiale de la santé.
Foire aux questions sur la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées
Quand a lieu la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées ?
La Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées a lieu le 15 juin de chaque année. Cette date fixe a été retenue dès la première édition organisée le 15 juin 2006 par le Réseau international pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées, puis confirmée par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 66/127 du 19 décembre 2011.
Qui a créé la Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées ?
La Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées a été créée en 2006 par le Réseau international pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées (INPEA), une organisation non gouvernementale fondée en 1997, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé. Elle n’a été officiellement reconnue par les Nations unies que cinq ans plus tard, par la résolution 66/127 adoptée le 19 décembre 2011.
Quel numéro appeler en cas de maltraitance d’une personne âgée en France ?
En cas de maltraitance d’une personne âgée en France, il faut appeler le 3133, numéro national gratuit d’écoute et de signalement, accessible 7 jours sur 7 de 9 h à 20 h. Depuis le 1er mars 2026, il remplace le 3977. Un formulaire de signalement en ligne est également disponible depuis le 28 mai 2026. En cas de danger immédiat, il convient de composer le 15, le 17 ou le 112.
Quelle est la définition de la maltraitance des personnes âgées ?
La définition de la maltraitance des personnes âgées retenue par l’Organisation mondiale de la Santé est celle d’un acte unique ou répété, ou d’une absence d’intervention appropriée, survenant dans une relation censée être une relation de confiance et entraînant des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée. En droit français, l’article L. 119-1 du Code de l’action sociale et des familles précise que la maltraitance peut être ponctuelle ou durable, intentionnelle ou non, et d’origine individuelle, collective ou institutionnelle.
Combien de personnes âgées sont victimes de maltraitance dans le monde ?
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ une personne de plus de 60 ans sur six, soit 15,7 %, a été victime d’une forme de maltraitance dans son environnement familier au cours de l’année écoulée. En institution, 64,2 % des membres du personnel interrogés reconnaissent avoir commis un acte de maltraitance sur la même période. À prévalence constante, le nombre de victimes pourrait atteindre environ 320 millions de personnes en 2050.
La maltraitance des personnes âgées survient-elle surtout en EHPAD ?
Non : contrairement à une idée répandue, la maltraitance des personnes âgées survient majoritairement à domicile. En France, 74 % des situations recensées en 2024 concernaient le domicile et non les établissements. Les auteurs sont le plus souvent des membres de l’entourage familial. Cela ne minore pas la gravité de la maltraitance en établissement, mais indique que l’effort de repérage doit porter d’abord sur la sphère privée.
Un jour pour rompre le silence
Une personne âgée sur six maltraitée, un cas sur vingt-quatre signalé : l’écart entre ces deux chiffres résume à lui seul l’enjeu du 15 juin. La maltraitance des personnes âgées n’est pas d’abord un problème de lois manquantes ou de dispositifs absents — la France en a désormais — mais un problème de regard. Tant que la vieillesse restera socialement invisible, les violences qui s’y exercent le resteront aussi.
Le 15 juin ne demande pas de grands gestes. Il demande de reconnaître qu’un doute mérite un appel, qu’une visite vaut mieux qu’un soupçon tu, et qu’une personne de 90 ans a exactement les mêmes droits qu’à 30. Composer le 3133 en cas de doute prend quelques minutes. Se taire peut coûter des années.
