Chaque 12 juillet, les Nations Unies consacrent une journée à un phénomène longtemps considéré comme une simple fatalité météorologique : les tempêtes de sable et de poussière. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution A/RES/77/294 du 8 juin 2023, la Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière rappelle que ces murailles de particules, capables de transformer le jour en nuit du nord de la Chine à l’Afrique subsaharienne, ne s’arrêtent à aucune frontière. Chaque année, environ deux milliards de tonnes de sable et de poussière pénètrent dans l’atmosphère et voyagent sur des centaines, parfois des milliers de kilomètres. Un quart de ces émissions est directement imputable aux activités humaines.

| Élément | Information |
|---|---|
| Nom officiel | Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière |
| Date | 12 juillet (date fixe) |
| Instituée par | Assemblée générale des Nations Unies |
| Résolution fondatrice | A/RES/77/294, adoptée le 8 juin 2023 |
| Première édition | 12 juillet 2023 |
| Agences chefs de file | OMM, PNUE, CNULCD (Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification), OMS, FAO |
| Cadre élargi | Décennie des Nations Unies pour la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière (2025-2034), résolution A/RES/78/314 |
| Personnes concernées | Environ 330 millions dans plus de 150 pays |
| Volume annuel émis | Environ 2 milliards de tonnes de poussières minérales |
C’est quoi une tempête de sable et de poussière ?
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) définit la tempête de sable ou de poussière comme un ensemble de particules puissamment soulevées du sol par un vent fort et turbulent, jusqu’à de grandes hauteurs. Il n’existe pas de frontière stricte entre « tempête de sable » et « tempête de poussière » : les deux expressions désignent le même mécanisme, la distinction portant sur la granulométrie dominante des particules concernées.
Ce vocabulaire recouvre en réalité une famille de phénomènes distincts, que la classification météorologique internationale sépare clairement.
| Phénomène | Définition |
|---|---|
| Tourbillon de poussière ou de sable | Colonne tourbillonnante de faible diamètre et d’axe sensiblement vertical, soulevant poussières et petits débris |
| Tempête de sable ou de poussière | Particules soulevées du sol jusqu’à de grandes hauteurs par un vent fort et turbulent |
| Chasse-sable ou chasse-poussière | Particules soulevées à hauteur faible ou modérée, sur le lieu d’observation ou à proximité |
| Brume de sable | Suspension atmosphérique de particules soulevées antérieurement, éventuellement très loin du lieu d’observation |
Cette dernière catégorie est capitale pour comprendre la portée mondiale du phénomène : la tempête est un événement local, la brume de sable est son prolongement à distance. C’est elle qui colore le ciel européen en jaune-orangé, dépose une pellicule ocre sur les carrosseries et fait grimper les concentrations de particules à des milliers de kilomètres du désert d’origine.
Le cycle complet se déroule en trois phases : l’émission des matériaux de surface par le vent, le transport atmosphérique, puis le dépôt — sec par gravitation, ou humide lorsqu’il est lessivé par la pluie, donnant les fameuses « pluies de boue ». Selon les régions du monde, ces phénomènes portent des noms locaux devenus familiers : harmattan en Afrique de l’Ouest, haboob au Soudan, sirocco en Méditerranée, poussière jaune en Asie de l’Est.
Origine et histoire de la Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière
La création de la journée
La proclamation du 12 juillet est l’aboutissement de près d’une décennie de résolutions onusiennes. Depuis 2015, l’Assemblée générale adopte chaque année une résolution intitulée « Lutte contre les tempêtes de sable et de poussière », portée par le Groupe des 77 et la Chine. Ces textes successifs ont progressivement fait passer le sujet du statut de nuisance régionale à celui de problème d’intérêt international dont les coûts se font sentir sur les plans économique, social et environnemental.
C’est sur cette base que l’Assemblée générale a adopté le 8 juin 2023 la résolution A/RES/77/294 proclamant le 12 juillet Journée internationale, en reconnaissant que ces tempêtes entraînent de nombreux problèmes de santé, particulièrement dans les régions arides, semi-arides et subhumides sèches, et qu’il faut renforcer les stratégies de protection des populations.
| Année | Étape |
|---|---|
| 2007 | L’OMM lance le Système d’annonce et d’évaluation des tempêtes de sable et de poussière (SDS-WAS) |
| 2015 | Première résolution annuelle de l’Assemblée générale sur la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière (A/RES/70/195) |
| 2016 | Résolution 2/21 de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement consacrée au sujet |
| 2018-2019 | Constitution puis lancement de la Coalition des Nations Unies pour la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière |
| 2022 | Publication du Recueil sur les tempêtes de sable et de poussière par le secrétariat de la CNULCD |
| 8 juin 2023 | Adoption de la résolution A/RES/77/294 proclamant le 12 juillet |
| 12 juillet 2023 | Première célébration de la Journée internationale |
| 10 juillet 2024 | Proclamation de la Décennie des Nations Unies 2025-2034 (A/RES/78/314) |
Les objectifs de la journée
L’Assemblée générale a assigné à cette journée des finalités précises, articulées autour de la coopération internationale :
- Sensibiliser l’opinion internationale : faire connaître un aléa qui touche plus de 150 pays mais reste largement absent du débat public dans les pays du Nord.
- Renforcer les systèmes d’alerte précoce : mutualiser l’information climatique et météorologique afin d’anticiper ces phénomènes et de protéger les populations exposées.
- Comprendre les effets multidimensionnels : détérioration de la santé et des moyens de subsistance, intensification de la désertification et de la dégradation des terres, déforestation, appauvrissement de la diversité biologique, menace sur la sécurité alimentaire.
- Promouvoir la coopération régionale : les poussières ignorant les frontières, aucune réponse strictement nationale n’est efficace.
- Agir sur les causes anthropiques : gestion durable des terres et de l’eau, agroforesterie, brise-vent, programmes de boisement et de restauration des terres.
La Coalition des Nations Unies
Structure opérationnelle du dispositif, la Coalition des Nations Unies pour la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière fédère les agences onusiennes autour de cinq groupes de travail : adaptation et atténuation, prévision et alerte précoce, santé et sécurité, politiques et gouvernance, médiation et collaboration régionale. L’OMS y dirige le groupe santé, l’OMM les travaux sur la prévision et l’alerte précoce.
Importance et impact des tempêtes de sable et de poussière
Un phénomène naturel largement aggravé par l’homme
Les tempêtes de sable et de poussière font partie intégrante des cycles biogéochimiques de la Terre. Mais leur intensification actuelle ne relève pas de la seule nature. En retenant un seuil de 30 % d’usage anthropique de la surface des sols pour séparer les sources, les travaux de référence estiment que 75 % des épisodes sont d’origine naturelle et 25 % imputables aux activités humaines : déforestation, dégradation des terres, gestion non durable des sols et de l’eau, assèchement des lacs, mise à nu des terres agricoles. Dans certaines régions, la poussière des déserts a doublé au cours du XXᵉ siècle.
Le paradoxe est double : les tempêtes de sable contribuent au changement climatique et à la pollution atmosphérique, tandis que le changement climatique et la désertification alimentent en retour leur fréquence et leur intensité.
Des chiffres qui donnent la mesure du phénomène
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Poussières minérales émises chaque année | Environ 2 milliards de tonnes (soit l’équivalent en masse de 307 grandes pyramides de Gizeh) |
| Population exposée quotidiennement | Environ 330 millions de personnes |
| Pays concernés | Plus de 150 |
| Part des émissions mondiales venue d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient | Plus de 80 % |
| Part d’origine anthropique | Environ 25 % |
| Coût annuel au Moyen-Orient et en Afrique du Nord | Estimé à 150 milliards de dollars, soit environ 2,5 % du PIB régional |
| Perte annuelle de nutriments des sols pour l’agriculture des Amériques | Plus de 8 milliards de dollars |
| Distance de transport documentée | Jusqu’à plusieurs milliers de kilomètres |
Les effets sur la santé
Les tempêtes de sable et de poussière contribuent directement à la pollution de l’air en augmentant les concentrations de particules. Dans certaines régions, la poussière constitue même l’une des principales sources de pollution particulaire. Les effets sanitaires documentés couvrent les maladies respiratoires, les troubles cardiovasculaires, les irritations oculaires et cutanées, et la propagation de certaines maladies comme la méningite.
L’Organisation mondiale de la santé souligne toutefois un déséquilibre méthodologique préoccupant : les poussières désertiques parcourent souvent plus de 1 000 kilomètres, mais la majorité des études sanitaires sont réalisées dans les pays à revenu élevé des régions réceptrices, pas dans les régions sources. Les effets à long terme restent insuffisamment documentés, et il n’existe pas encore de protocole harmonisé d’évaluation de l’exposition.
Les populations sensibles sont identifiées : personnes souffrant d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), diabétiques, insuffisants cardiaques, enfants, femmes enceintes et personnes de plus de 65 ans.
Les effets économiques et environnementaux
Au-delà de la santé, la chaîne d’impacts est longue. Les transports aériens et terrestres sont perturbés — fermetures d’aéroports, accidents routiers liés à l’effondrement de la visibilité. La productivité agricole recule, les infrastructures d’approvisionnement en eau et en énergie sont mises sous tension, la production des centrales solaires chute avec l’encrassement des panneaux.
Les effets sur les écosystèmes sont ambivalents. Le dépôt de poussières apporte du phosphore et du fer aux écosystèmes marins, ce qui peut doper la productivité du phytoplancton ; il fertilise également certains sols, dont le bassin amazonien. Mais les mêmes dépôts peuvent apporter des métaux traces toxiques, des pathogènes, du sel, et contribuer à la mortalité des coraux. Les particules déposées sur la neige et la glace réduisent l’albédo de surface et accélèrent la fonte.
La diversité des tempêtes de sable et de poussière à travers le monde
Les grands foyers d’émission
Les principales sources se situent dans l’hémisphère Nord, dans une bande géographique qui s’étend de l’Afrique du Nord à l’Asie centrale et méridionale : le Sahara, le désert de Gobi, le désert d’Arabie. Des foyers moins actifs existent en Amérique du Sud, en Afrique australe et en Australie. Les concentrations annuelles moyennes les plus élevées au monde sont enregistrées dans la dépression du Bodélé, au Tchad, l’une des régions sources les plus actives de la planète.
À ces déserts s’ajoutent des sources d’origine humaine : terres agricoles dénudées et lacs asséchés, dont les émissions relèvent directement de choix d’aménagement.
Les quatre routes des poussières sahariennes
Première source naturelle mondiale, le Sahara alimente quatre couloirs de transport distincts :
- Vers le sud-ouest : golfe de Guinée, Côte d’Ivoire, Ghana.
- Vers l’ouest : au-dessus de l’Atlantique Nord, vers les Canaries, les Caraïbes et les Amériques.
- Vers le nord : par la Méditerranée jusqu’au sud de l’Europe, et parfois jusqu’en Scandinavie et dans la Baltique.
- Vers l’est : par la Méditerranée jusqu’au Moyen-Orient, à l’Himalaya, à l’Asie de l’Est et au Japon.
C’est le couloir occidental qui explique les brumes de sable des Antilles, et le couloir septentrional celles de la France hexagonale.
Une surveillance organisée en quatre régions
Le Système d’annonce et d’évaluation des tempêtes de sable et de poussière (SDS-WAS) de l’OMM, créé en 2007, s’appuie sur un réseau de centres régionaux qui coordonnent observations, prévisions et services d’alerte.
| Région couverte | Centre régional |
|---|---|
| Conseil de coopération du Golfe | Djeddah (Arabie saoudite) |
| Afrique du Nord – Moyen-Orient – Europe | Barcelone (Espagne) |
| Asie | Beijing (Chine) |
| Amériques | Bridgetown (Barbade) |
Des épisodes de plus en plus extrêmes
Les dernières années ont livré plusieurs épisodes marquants. En avril 2025, des poussières venues de Mongolie ont balayé la Chine, provoquant la plus grave tempête que le pays ait connue depuis une décennie par son intensité, son étendue et sa durée : les concentrations horaires de PM10 ont dépassé 1 000 µg/m³ dans le nord du pays, certaines zones atteignant 3 000 à 4 000 µg/m³.
À la frontière entre les États-Unis et le Mexique, la ville d’El Paso a connu en 2025 cinquante jours de tempêtes de poussière, plus du double de la moyenne annuelle et le niveau le plus élevé depuis 1935, année du Dust Bowl. Le 18 mars 2025, la concentration moyenne journalière de PM10 y a atteint 2 064 µg/m³, avec un pic horaire déclaré à 8 142 µg/m³ — la valeur la plus élevée jamais mesurée au Texas depuis le début de la surveillance horaire des particules, il y a environ vingt-sept ans. Écoles, autoroutes et aéroports ont fermé, et plusieurs accidents mortels ont été recensés.
Les défis et enjeux contemporains
Le changement climatique comme accélérateur
Le dérèglement climatique agit sur toute la chaîne : il contribue à la désertification, allonge la saison des brumes de sable, et modifie les schémas de circulation atmosphérique. La conséquence directe est une augmentation de la fréquence, de la durée et de l’intensité des épisodes, y compris en hiver — une saisonnalité nouvelle en Europe.
La prévision, un défi scientifique persistant
Prévoir précisément les aérosols de poussière reste difficile, en raison des interactions complexes entre le cycle de vie des poussières et la dynamique atmosphérique, et du coût de calcul élevé des modèles physiques conventionnels. L’intelligence artificielle ouvre une piste sérieuse : une fois entraînés, les modèles d’apprentissage automatique exigent une puissance de calcul très inférieure aux modèles numériques classiques. Aucune approche ne domine toutefois dans toutes les situations — certains systèmes conviennent mieux aux tempêtes locales et rapides, d’autres aux épisodes de grande échelle se développant sur plusieurs jours.
Des lacunes de connaissances persistantes
Les organismes scientifiques convergent sur un constat : les données manquent. Il n’existe pas de protocole standardisé pour caractériser un épisode de brume de sable, les méthodes d’évaluation de l’exposition ne sont pas harmonisées entre études, et les recherches se concentrent sur la fraction PM10 au détriment des fractions plus fines. Les effets sur la faune, la flore et les écosystèmes sont encore plus mal documentés.
Une question réglementaire délicate
En droit européen, un dépassement de la valeur limite journalière de PM10 peut être écarté si l’État membre prouve qu’il est imputable à un phénomène naturel. La nouvelle directive (UE) 2024/2881 étend ce mécanisme aux PM2,5. Le débat est réel : déduire la contribution naturelle des statistiques réglementaires ne modifie en rien l’exposition effective des populations ni ses conséquences sanitaires.

Comment participer à la Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière
Les rendez-vous institutionnels
Le 12 juillet, le Président de l’Assemblée générale organise traditionnellement une réunion de haut niveau au Siège des Nations Unies à New York, articulée autour d’un thème annuel. L’OMM publie généralement à cette occasion son Bulletin sur les poussières atmosphériques, rapport annuel qui dresse le bilan de l’année écoulée, identifie les zones sensibles et recense les avancées en matière de recherche, de prévision et d’alerte.
Les initiatives de terrain
La lutte contre les tempêtes de sable passe avant tout par la gestion des terres. Les leviers promus par les agences onusiennes sont concrets :
- Restauration des terres dégradées et programmes de boisement ou de reboisement.
- Installation de brise-vent et développement de l’agroforesterie.
- Gestion durable de l’eau, notamment pour prévenir l’assèchement des lacs et des zones humides.
- Contrôle de l’érosion éolienne par une végétalisation adaptée aux écosystèmes locaux.
S’informer et se protéger
À l’échelle individuelle, quelques réflexes simples réduisent l’exposition lors d’un épisode :
- Consulter les prévisions de qualité de l’air, disponibles jusqu’à cinq jours à l’avance.
- Limiter les activités physiques intenses en extérieur pendant les pics, en particulier pour les enfants, les personnes âgées et les personnes atteintes de pathologies respiratoires ou cardiovasculaires.
- Réduire les émissions locales évitables — trajets motorisés, brûlage — afin de ne pas ajouter une pollution anthropique à la pollution naturelle.
- Aérer aux heures de moindre concentration et différer le nettoyage extérieur tant que l’épisode dure.
Faire connaître le sujet
Relayer le Bulletin sur les poussières atmosphériques, expliquer en classe le mécanisme de transport transcontinental des poussières, documenter localement les épisodes de ciel ocre : la sensibilisation reste le premier objectif assigné à cette journée par l’Assemblée générale, et c’est celui auquel chacun peut contribuer.
Focus France : les brumes de sable, des Antilles à l’Hexagone
La France est directement concernée, sur deux territoires et selon deux régimes très différents.
Les Antilles et la Guyane, en première ligne
Situés sur le couloir occidental des poussières sahariennes, les Antilles françaises et la Guyane subissent des brumes de sable fréquentes, particulièrement pendant la saison estivale, lorsque la convergence des masses d’air chaudes entraîne les particules désertiques en altitude et que les alizés les acheminent jusqu’à l’archipel caribéen.
L’impact sur la qualité de l’air y est majeur. Les analyses conduites par le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA) montrent qu’en Martinique, les brumes de sable peuvent représenter environ la moitié des PM10 lorsque les concentrations journalières dépassent 50 µg/m³, et plus de 70 % lors des pics supérieurs à 100 µg/m³. Le phénomène est accentué en zone urbaine par la remise en suspension, sous l’effet du trafic routier, des particules déjà déposées.
La surveillance est assurée par les associations agréées : Madininair en Martinique, Gwad’Air en Guadeloupe, Atmo Guyane. Les épisodes intenses déclenchent les procédures réglementaires françaises applicables aux PM10 — seuil d’information et de recommandation à 50 µg/m³ en moyenne sur 24 heures, seuil d’alerte à 80 µg/m³.
L’Hexagone, terminus du couloir méditerranéen
En France métropolitaine, les remontées de poussières sahariennes se produisent principalement en fin d’hiver et au printemps, quand les contrastes thermiques entre l’Afrique du Nord et l’Europe sont les plus marqués. Elles se signalent par un ciel laiteux à ocre, un soleil pâle et, en cas de précipitations, des « pluies de boue » laissant des dépôts orangés.
L’épisode de mi-mars 2022 reste la référence récente : les poussières ont recouvert l’ensemble du territoire, avec un pic sur la moitié nord le 16 mars, colorant jusqu’à la neige des Pyrénées. Ces épisodes provoquent des dépassements des seuils réglementaires de PM10 dans de nombreuses zones.
Un cas d’école illustre l’ampleur possible du transport : en mars 1990, des poussières issues des déserts de Chine ont parcouru 20 000 kilomètres à travers le Pacifique Nord, l’Amérique du Nord puis l’Atlantique Nord avant d’atteindre les Alpes françaises.
L’expertise sanitaire française
Saisie en mai 2023 par la Direction générale de l’énergie et du climat et la Direction générale de la santé, l’Anses a publié en septembre 2025 un avis et un rapport d’expertise collective consacrés aux brumes de sable en France métropolitaine, aux Antilles et en Guyane. Ses conclusions structurent aujourd’hui la doctrine française.
| Conclusion de l’Anses | Contenu |
|---|---|
| Composition | Éléments majoritaires : silicium, aluminium, fer, calcium, magnésium, potassium, sodium ; minéraux principaux : quartz, illite, kaolinite |
| Radioactivité | Hausse des concentrations en césium 137 et potassium 40 pendant les épisodes, mais à l’état de traces, sans risque pour la santé humaine, et sans source spécifique identifiable |
| Effets sanitaires | Hausse de la mortalité non accidentelle, des passages aux urgences et des hospitalisations pour causes respiratoires ou cardiovasculaires — effets également observés lors des épisodes de pollution particulaire classiques |
| Spécificité | Les données ne permettent pas de conclure à un effet différent des particules les jours de brume de sable par rapport aux autres jours |
| Gestion | Pas de mesures spécifiques recommandées : les dispositifs existants pour les PM10 s’appliquent |
| Recommandation centrale | Agir sur les sources anthropiques locales — trafic routier, émissions industrielles — pendant les épisodes, pour éviter que la contribution naturelle ne fasse basculer les concentrations au-delà des seuils sanitaires |
L’agence signale par ailleurs une piste environnementale spécifiquement caribéenne : les brumes de sable figureraient parmi les facteurs favorisant la prolifération des algues sargasses, sans toutefois l’expliquer à elles seules. Elle recommande d’approfondir ce lien, ainsi que l’étude des contaminations chimiques des sols et des masses d’eau.
Le rôle de la France dans le dispositif européen
La France participe à la surveillance régionale via le centre régional SDS-WAS de Barcelone, qui couvre l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Europe, et via le service Copernicus de surveillance de l’atmosphère (CAMS), dont les prévisions de PM10 permettent d’anticiper l’arrivée des panaches sur le territoire.
Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 12 juillet.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse, Journée météorologique mondiale, Journée mondiale de l’environnement.
Foire aux questions sur la Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière
Pourquoi la Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière est-elle célébrée le 12 juillet ?
La Journée internationale de la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière est célébrée le 12 juillet parce que l’Assemblée générale des Nations Unies a retenu cette date dans sa résolution A/RES/77/294, adoptée le 8 juin 2023. Il s’agit d’une date fixe, sans lien avec un anniversaire historique particulier : elle a été choisie pour offrir un point de rendez-vous annuel stable à la mobilisation internationale. La première édition a eu lieu le 12 juillet 2023.
Quelle est la différence entre une tempête de sable et une brume de sable ?
La différence entre une tempête de sable et une brume de sable tient au moment et au lieu. La tempête de sable est le phénomène d’émission : un vent fort et turbulent arrache les particules du sol et les projette à grande hauteur. La brume de sable désigne la suspension atmosphérique de particules soulevées antérieurement, éventuellement à des milliers de kilomètres de là. Concrètement, l’Europe et les Caraïbes ne subissent pas de tempêtes de sable au sens strict : elles reçoivent des brumes de sable issues de tempêtes sahariennes.
Les tempêtes de sable et de poussière sont-elles dangereuses pour la santé ?
Les tempêtes de sable et de poussière sont dangereuses pour la santé parce qu’elles font grimper fortement les concentrations de particules en suspension, en particulier les PM10. Les effets documentés incluent une hausse de la mortalité non accidentelle et une augmentation des passages aux urgences, des hospitalisations et de la mortalité pour causes respiratoires ou cardiovasculaires. Les personnes asthmatiques, atteintes de BPCO, les enfants, les femmes enceintes et les plus de 65 ans y sont particulièrement sensibles. Ces particules peuvent également irriter les yeux et la peau et, dans certaines régions, favoriser la propagation de maladies comme la méningite.
La France est-elle concernée par les tempêtes de sable et de poussière ?
La France est bel et bien concernée par les tempêtes de sable et de poussière, sous forme de brumes de sable. Les Antilles et la Guyane, situées sur la route occidentale des poussières sahariennes, connaissent des épisodes fréquents : en Martinique, les brumes de sable peuvent représenter la moitié des PM10 lors des journées à plus de 50 µg/m³ et plus de 70 % lors des pics les plus élevés. La France hexagonale est touchée principalement en fin d’hiver et au printemps, avec des ciels ocre et des dépôts orangés, comme lors de l’épisode remarqué de mars 2022. L’Anses a publié en 2025 une expertise complète sur le sujet.
Quelle est la part des tempêtes de sable et de poussière causée par l’activité humaine ?
La part des tempêtes de sable et de poussière imputable à l’activité humaine est estimée à environ 25 % des émissions mondiales. Cette proportion recouvre la déforestation, la dégradation des terres, les pratiques non durables de gestion des sols et de l’eau, l’assèchement des lacs et la mise à nu des terres agricoles. Le reste relève de processus naturels liés aux grands déserts. Cette part anthropique est décisive sur le plan politique : elle signifie que le phénomène est, pour partie, réversible par l’action humaine.
Qu’est-ce que la Décennie des Nations Unies pour la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière ?
La Décennie des Nations Unies pour la lutte contre les tempêtes de sable et de poussière couvre la période 2025-2034. Elle a été proclamée par l’Assemblée générale le 10 juillet 2024, dans la résolution A/RES/78/314, adoptée par consensus sur proposition du Groupe des 77 et de la Chine. Son objectif est de faire passer la communauté internationale de la sensibilisation à l’action : coopération régionale renforcée, systèmes d’alerte précoce, et promotion par la FAO de pratiques d’atténuation comme la gestion durable des terres, l’agroforesterie, les brise-vent et les programmes de restauration.
Un aléa mondial qui appelle une réponse partagée
Les tempêtes de sable et de poussière occupent une place singulière parmi les risques environnementaux : elles sont à la fois anciennes comme les déserts et profondément contemporaines par leur intensification. Un quart d’entre elles procède de nos usages des sols et de l’eau. C’est précisément cette fraction qui rend la lutte possible — et la Journée du 12 juillet utile.
Restaurer les terres dégradées, planter des brise-vent, gérer l’eau avec discernement, partager les données d’observation entre pays sources et pays récepteurs : les leviers existent et sont documentés. Reste à les mettre en œuvre à l’échelle qu’impose un phénomène qui, du Bodélé aux Antilles et du Gobi aux Alpes, ne reconnaît aucune frontière.
