25 juillet : Journée internationale pour le bien-être des juges

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Journée internationale pour le bien-être des juges — Robe noire de magistrat près de dossiers sans inscription.

Chaque 25 juillet, les Nations Unies consacrent une journée à un sujet longtemps resté tabou : la santé physique et mentale de celles et ceux qui rendent la justice. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2025, la Journée internationale pour le bien-être des juges part d’un constat simple mais rarement formulé : un magistrat épuisé, isolé ou sous pression rend une justice de moindre qualité, et un système judiciaire fragilisé devient plus vulnérable à la corruption et aux influences extérieures.

Journée internationale pour le bien-être des juges — Adulte en robe noire vu de dos près d'une fenêtre.

Derrière la robe, la charge est lourde : audiences interminables, stocks de dossiers, exposition répétée à la violence et à la détresse humaine, obligation de réserve qui interdit souvent de se confier. Cette journée invite les États, les institutions judiciaires, les barreaux et les universités à traiter le bien-être des juges non comme un confort personnel, mais comme une condition de l’État de droit.

Élément Information
Nom officiel Journée internationale pour le bien-être des juges
Nom anglais International Day for Judicial Well-being
Date 25 juillet, chaque année
Instituée par Assemblée générale des Nations Unies
Résolution A/RES/79/266, adoptée le 4 mars 2025 (58ᵉ séance plénière)
Résultat du vote 160 voix pour, 1 contre, 3 abstentions
À l’initiative de République de Nauru, avec l’appui de l’ONUDC
Première édition 25 juillet 2025
Origine de la date Adoption de la Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges, le 25 juillet 2024
Cadre juridique de référence Convention des Nations Unies contre la corruption (article 11), Principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire

C’est quoi le bien-être des juges ?

Le bien-être des juges désigne l’ensemble des conditions physiques, psychologiques, organisationnelles et institutionnelles qui permettent à un magistrat d’exercer ses fonctions durablement, avec compétence et sérénité. La notion ne se limite pas à l’absence de maladie : elle englobe la charge de travail, l’environnement professionnel, la reconnaissance institutionnelle, le soutien entre pairs et l’accès à une aide spécialisée.

Le périmètre retenu par les Nations Unies est large. Il couvre :

  • les juges du siège, professionnels comme non professionnels ;
  • les magistrats du parquet et les procureurs ;
  • les autres auxiliaires de justice : greffiers, personnels des juridictions, médiateurs, professionnels chargés de l’exécution des décisions.

Trois dimensions de risque sont classiquement identifiées dans la littérature judiciaire internationale :

  • Le risque physique : horaires extensifs, audiences longues, absence de récupération, dégradation de l’hygiène de vie.
  • Le risque psychologique : stress décisionnel, traumatisme vicariant lié à l’exposition répétée aux récits de violence, syndrome d’épuisement professionnel, isolement lié au devoir de réserve.
  • Le risque institutionnel : évaluation quantitative de l’activité, pénurie d’effectifs, absence de dispositifs de prévention, culture professionnelle où reconnaître une difficulté est perçu comme un aveu de faiblesse.

C’est ce dernier point qui distingue le bien-être des juges d’une simple question de santé au travail : l’indépendance judiciaire suppose que le magistrat ne soit ni influençable ni vulnérable. Un juge à bout de ressources est un juge exposé.


Origine et histoire de la Journée internationale pour le bien-être des juges

De la Déclaration de Nauru à la reconnaissance onusienne

L’histoire de cette journée est récente et tient en trois étapes. Elle commence dans le Pacifique, à Nauru, plus petite république du monde, où se tient du 24 au 26 juillet 2024 une Conférence judiciaire régionale sur l’intégrité et le bien-être des juges, organisée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en partenariat avec la magistrature nauruane. Une vingtaine de responsables judiciaires et d’experts venus de plusieurs continents y confrontent un constat partagé : partout, les juges travaillent sous pression, souvent sans ressources ni reconnaissance.

Le 25 juillet 2024, la conférence adopte la Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges, premier texte international entièrement consacré au sujet. L’initiative est portée par le juge Rangajeeva Wimalasena, président de la Cour d’appel de Nauru.

Moins de huit mois plus tard, le 4 mars 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte la résolution A/RES/79/266, présentée par Nauru, qui proclame le 25 juillet Journée internationale pour le bien-être des juges. Le choix de la date renvoie directement à l’anniversaire de la Déclaration de Nauru.

Date Étape
2002 Adoption des Principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire, socle mondial de l’éthique judiciaire
2003 Adoption de la Convention des Nations Unies contre la corruption, dont l’article 11 vise l’intégrité de la magistrature
2018 Création par l’ONUDC du Réseau mondial pour l’intégrité de la justice
2021 Enquête mondiale du Réseau auprès de juges de plus de 100 pays sur le bien-être judiciaire
24-26 juillet 2024 Conférence judiciaire régionale sur l’intégrité et le bien-être des juges, à Nauru
25 juillet 2024 Adoption de la Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges
4 mars 2025 Adoption de la résolution A/RES/79/266 par l’Assemblée générale des Nations Unies
25 juillet 2025 Première édition de la Journée internationale pour le bien-être des juges
20-22 août 2025 Conférence internationale sur l’intégrité et le bien-être des juges, Port Moresby (Papouasie-Nouvelle-Guinée)

Les sept principes de la Déclaration de Nauru

La Déclaration énonce sept principes directeurs destinés à guider les magistratures nationales :

  1. Le bien-être des juges est fondamental : sans lui, l’indépendance judiciaire et la confiance du public sont menacées.
  2. La stigmatisation doit être combattue : éprouver du stress ou des difficultés psychiques n’est pas un signe de faiblesse ni d’inaptitude.
  3. La responsabilité est partagée : juges, systèmes et institutions judiciaires doivent agir conjointement.
  4. La culture judiciaire compte : les institutions doivent favoriser des environnements éthiques et inclusifs.
  5. Les approches doivent être holistiques : sensibilisation, prévention, intervention précoce et rétablissement.
  6. L’adaptation au contexte local est nécessaire : chaque juridiction a ses réalités propres.
  7. Le lien avec les droits humains est direct : y compris les droits des usagers et du personnel des tribunaux.

Les objectifs de la journée

  • Sensibiliser l’opinion publique et les décideurs à une réalité professionnelle largement méconnue.
  • Lever le tabou au sein des corps judiciaires, où parler de santé mentale reste difficile.
  • Outiller les institutions : dispositifs d’écoute, formation, évaluation de la charge de travail, protocoles après incident critique.
  • Relier bien-être et intégrité : faire reconnaître que la prévention de la corruption passe aussi par des conditions de travail décentes.
  • Encourager la recherche et la collecte de données, encore très inégales selon les régions du monde.

Pourquoi le bien-être des juges est un enjeu de justice

Des chiffres qui ont fait bouger les lignes

L’argument central de la journée repose sur une enquête menée en 2021 par le Réseau mondial pour l’intégrité de la justice, à laquelle ont répondu des juges de plus de 100 pays. Ses résultats, publiés dans un rapport de l’ONUDC, ont servi de socle documentaire à la résolution onusienne.

Constat Part des juges répondants
Se déclarent stressés par leur travail de juge 92 %
Estiment que leur système judiciaire ne soutient pas suffisamment leur bien-être 83 %
Ont connaissance de collègues confrontés au stress ou à l’anxiété 89 %
Déclarent manquer de temps pour s’occuper de leur santé physique et mentale 76 %
Considèrent que parler de santé mentale reste tabou dans le système judiciaire 69 %
Estiment que le bien-être des juges doit gagner en visibilité 97 %

Source : Réseau mondial pour l’intégrité de la justice (ONUDC), enquête 2021.

Le lien avec l’intégrité et la lutte contre la corruption

C’est l’angle spécifique retenu par les Nations Unies, et il explique pourquoi le dossier a été porté par l’ONUDC plutôt que par une agence sanitaire. La corruption prospère là où l’intégrité vacille : une magistrature sous tension est plus exposée aux influences extérieures, aux conflits d’intérêts et à l’érosion de la confiance publique.

L’article 11 de la Convention des Nations Unies contre la corruption impose aux États parties de prendre des mesures pour renforcer l’intégrité des magistrats et prévenir les possibilités de les corrompre. Les Principes de Bangalore énoncent quant à eux la compétence et la diligence parmi les valeurs cardinales du juge — or ni l’une ni l’autre ne se maintiennent sans conditions d’exercice soutenables.

Un enjeu de qualité de la décision

Le bien-être judiciaire n’est pas seulement une question de protection des personnes : il conditionne directement ce que reçoit le justiciable. Fatigue décisionnelle, réduction du temps consacré à chaque dossier, standardisation des motivations, allongement des délais : ces effets se répercutent sur des vies entières — garde d’enfants, licenciement, liberté individuelle, indemnisation d’une victime.

Un enjeu d’attractivité

Dans plusieurs pays, la dégradation des conditions d’exercice se traduit par des démissions précoces, des difficultés de recrutement et une perte d’expérience collective. Former un magistrat prend des années ; le perdre au bout de cinq ans coûte à l’institution bien davantage qu’un dispositif de prévention.


Le bien-être des juges à travers le monde

Le Pacifique, moteur inattendu

Ce sont de très petites juridictions qui ont porté le sujet sur la scène onusienne. Nauru, quelques milliers d’habitants et une magistrature réduite, a rédigé et défendu la résolution. La Papouasie-Nouvelle-Guinée a pris le relais en accueillant à Port Moresby, du 20 au 22 août 2025, la Conférence internationale sur l’intégrité et le bien-être des juges, co-organisée avec l’ONUDC et le Secrétariat du Commonwealth, sur le thème « Des principes à l’action ». Dans les petites juridictions insulaires, l’isolement professionnel est extrême : un juge y est parfois le seul de son ressort, sans pair à qui parler.

Les pays de common law, pionniers de la recherche

Les premières recherches empiriques sur le stress judiciaire viennent largement du monde anglophone. L’Australie a produit avec les travaux de Carly Schrever, Carol Hulbert et Tania Sourdin la première étude empirique nationale mesurant le stress et le bien-être des juges. Aux États-Unis, une enquête nationale menée en 2019 auprès d’un millier de juges a mis en évidence que la gravité des décisions à rendre constituait la première source de stress, devant la charge de dossiers. Ces travaux ont fourni les instruments de mesure aujourd’hui repris ailleurs.

Les réseaux professionnels internationaux

Plusieurs organisations relaient la journée et produisent des ressources :

  • Le Réseau mondial pour l’intégrité de la justice (ONUDC), créé en 2018, première plateforme mondiale dédiée à l’intégrité judiciaire.
  • La Commonwealth Magistrates’ and Judges’ Association (CMJA), qui documente et diffuse les initiatives nationales.
  • L’International Bar Association, dont la commission sur le bien-être professionnel a marqué la première édition de la journée en 2025.
  • La Caribbean Association of Judicial Officers, qui produit des ressources vidéo destinées aux magistrats de la région.

Une réalité très inégale

Selon les régions, le bien-être judiciaire relève d’enjeux très différents : sécurité physique et menaces dans les pays confrontés à la criminalité organisée, sous-effectif chronique en Europe continentale, isolement dans les micro-juridictions, exposition au traumatisme dans les contentieux de masse liés aux violences ou aux migrations. C’est précisément pourquoi la Déclaration de Nauru insiste sur l’adaptation au contexte local plutôt que sur un modèle unique.


Les défis contemporains du bien-être des juges

Le tabou professionnel

Le premier obstacle est culturel. Le devoir de réserve, l’exigence d’impartialité et l’image d’imperturbabilité attachée à la fonction découragent l’expression des difficultés. Reconnaître un épuisement, c’est risquer d’être perçu comme inapte à juger. Près de sept juges sur dix interrogés en 2021 estimaient que la santé mentale demeurait un sujet tabou dans leur système judiciaire.

La logique du chiffre

L’évaluation quantitative de l’activité judiciaire — nombre de décisions rendues, délais moyens, taux d’écoulement du stock — s’est généralisée. Utile pour piloter, elle devient délétère lorsqu’elle se substitue à toute appréciation qualitative et impose des cadences incompatibles avec un examen sérieux des dossiers.

Le traumatisme vicariant

Juger, c’est entendre, lire et regarder ce que la plupart des professions ne rencontrent jamais : violences sexuelles, maltraitance d’enfants, crimes de sang, récits de torture. L’exposition répétée produit des effets documentés, proches de ceux observés chez les soignants et les enquêteurs, mais elle reste rarement prise en charge dans les juridictions.

Le sous-investissement chronique

Aucun dispositif de bien-être ne compense durablement un déficit d’effectifs. Là où le nombre de magistrats est structurellement insuffisant, les mesures de prévention risquent de n’être qu’un pansement sur une organisation qui produit elle-même l’épuisement.

La transformation numérique

La dématérialisation et les outils d’aide à la décision peuvent alléger la charge — meilleure gestion des dossiers, réduction des tâches répétitives — ou l’aggraver : connexion permanente, effacement de la frontière entre travail et vie privée, empilement d’outils mal conçus. Cette ambivalence a été au cœur des discussions de la conférence de Port Moresby en 2025.


Journée internationale pour le bien-être des juges — Deux fauteuils dans une pièce lumineuse.

Comment participer à la Journée internationale pour le bien-être des juges

La résolution A/RES/79/266 invite les États membres, les organismes des Nations Unies, les organisations régionales et internationales, les institutions judiciaires, le monde universitaire, les barreaux et la société civile à marquer cette journée.

Dans les institutions judiciaires

  • Organiser une conférence, un séminaire ou une table ronde sur la charge de travail et la santé au travail des magistrats.
  • Mettre en place ou faire connaître les dispositifs d’écoute, de soutien psychologique et de médiation existants.
  • Instaurer des protocoles de débriefing après les audiences ou dossiers particulièrement éprouvants.
  • Intégrer un module « bien-être et résilience » dans la formation initiale et continue des magistrats.
  • Publier des données sur les arrêts de travail, les vacances de postes et les délais de traitement.

Dans les associations professionnelles et les barreaux

  • Relayer la Déclaration de Nauru et ses sept principes auprès des adhérents.
  • Organiser des groupes de parole entre pairs, dans le respect du secret professionnel.
  • Documenter les situations de souffrance au travail et les porter dans le dialogue social.

Dans l’enseignement et la recherche

  • Consacrer un séminaire universitaire à l’articulation entre conditions d’exercice, indépendance et intégrité judiciaires.
  • Contribuer à la production de données nationales, encore rares dans de nombreux pays.

Pour le grand public

  • S’informer sur le fonctionnement réel des juridictions et sur les moyens dont elles disposent.
  • Assister à une audience publique : la plupart des audiences le sont, et l’observation directe éclaire souvent mieux que les commentaires.
  • Suivre les publications de l’ONUDC et du Réseau mondial pour l’intégrité de la justice le 25 juillet.

Focus France : la santé au travail des magistrats

Une magistrature parmi les moins dotées d’Europe

La France se situe très en dessous des références européennes en matière d’effectifs judiciaires. Le rapport 2024 de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), fondé sur les données de 2022, dresse un tableau sans ambiguïté.

Indicateur (données 2022) France Médiane Conseil de l’Europe Moyenne Conseil de l’Europe
Juges professionnels pour 100 000 habitants 11,3 17,6 21,9
Procureurs pour 100 000 habitants 3,2 11,2 12,2
Avocats pour 100 000 habitants 106,6 155,5 180
Budget du système judiciaire par habitant 77,2 € 74,9 € 85,4 €
Part du PIB consacrée à la justice 0,20 % 0,28 % —

Source : CEPEJ, rapport 2024 (données 2022).

En 2023, environ 9 126 magistrats étaient en activité en France. Le nombre de juges professionnels pour 100 000 habitants n’a progressé que marginalement en dix ans, passant de 10,7 en 2012 à 11,3 en 2022.

La tribune des 3 000, point de bascule

Le 23 novembre 2021, une tribune intitulée « Nous ne voulons plus d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout » est publiée dans la presse. En 48 heures, environ 3 000 magistrats — sur un corps d’à peine plus de 9 000 — et une centaine de greffiers la signent. Le déclencheur est le suicide, fin août 2021, de Charlotte Lorentz-Hollande, juge placée de 29 ans, deux ans après sa sortie de l’École nationale de la magistrature.

Le texte décrit une institution où les injonctions à « faire du chiffre » se heurtent à l’exigence de qualité, où les week-ends et les congés sont absorbés par le travail, où la souffrance individuelle ne rencontre aucun relais organisationnel. En octobre 2022, le décès d’une magistrate en pleine audience à Nanterre relance l’émotion dans le monde judiciaire.

Ce que dit la recherche française

Une enquête par questionnaire et entretiens menée par les sociologues Yoann Demoli et Laurent Willemez (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) a objectivé le phénomène de « débordement » du travail chez les magistrats français :

  • plus de 40 % déclarent travailler en soirée au moins plusieurs fois par semaine, hors astreintes et permanences ;
  • 72 % affirment ne pas réussir à prendre l’ensemble de leurs congés ;
  • près de 80 % travaillent le week-end au moins une fois par mois.

À titre de comparaison, l’enquête Insee de 2021 sur les conditions de travail indiquait que 36 % des cadres déclaraient travailler au moins une fois le soir, contre 23 % pour l’ensemble des salariés.

L’Union syndicale des magistrats (USM) avait pour sa part publié dès 2015 un Livre blanc sur la souffrance au travail, actualisé en 2018.

Les réponses institutionnelles

Les États généraux de la justice, lancés fin 2021 et conclus par le rapport remis en juillet 2022, ont débouché sur la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 d’orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027. Elle prévoit :

  • une hausse du budget du ministère de 21 % entre 2023 et 2027 ;
  • 10 000 créations nettes d’emplois d’ici 2027, dont 1 500 magistrats et 1 800 greffiers supplémentaires ;
  • le renforcement et la coordination des réseaux de prévention : médecins de prévention, infirmiers en santé au travail, psychologues du travail, référents santé et sécurité, référents qualité de vie au travail.

Sur le plan opérationnel, le ministère de la Justice a mis en place un numéro vert d’écoute et de soutien, créé une mission « santé et qualité de vie au travail » au sein de la Direction des services judiciaires et engagé le recrutement de psychologues cliniciens.

Un angle mort français : les juges non professionnels

La France présente une particularité peu prise en compte dans le débat sur le bien-être judiciaire : une part importante de la fonction de juger y est exercée par des non-professionnels — juges consulaires des tribunaux de commerce, conseillers prud’homaux, assesseurs des tribunaux pour enfants, juges de proximité en matière pénale. Bénévoles ou indemnisés, ils cumulent souvent cette fonction avec une activité professionnelle, sans médecine de prévention dédiée ni dispositif de soutien spécifique. C’est un chantier largement ouvert.


Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 25 juillet.

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Foire aux questions

Quand a lieu la Journée internationale pour le bien-être des juges ?

La Journée internationale pour le bien-être des juges a lieu le 25 juillet de chaque année. La date est fixe et ne varie pas d’une année sur l’autre. Elle a été choisie en référence au 25 juillet 2024, jour de l’adoption de la Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges. La première édition a été célébrée le 25 juillet 2025.

Qui a créé la Journée internationale pour le bien-être des juges ?

La Journée internationale pour le bien-être des juges a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté la résolution A/RES/79/266 le 4 mars 2025 par 160 voix pour, 1 contre et 3 abstentions. Le texte a été porté par la République de Nauru, en coordination avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). L’initiative revient au juge Rangajeeva Wimalasena, président de la Cour d’appel de Nauru, également à l’origine de la Déclaration de Nauru.

Pourquoi le bien-être des juges est-il important pour la justice ?

Le bien-être des juges est important pour la justice parce qu’il conditionne l’indépendance, l’intégrité et l’efficacité de la fonction judiciaire. Un magistrat épuisé ou isolé est plus vulnérable aux pressions extérieures et aux conflits d’intérêts, et dispose de moins de ressources pour examiner sérieusement chaque dossier. L’article 11 de la Convention des Nations Unies contre la corruption fait d’ailleurs de l’intégrité de la magistrature une obligation pour les États parties, tandis que les Principes de Bangalore placent la compétence et la diligence parmi les valeurs cardinales du juge.

Qu’est-ce que la Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges ?

La Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges est un texte adopté le 25 juillet 2024 à Nauru, lors d’une conférence judiciaire régionale organisée par l’ONUDC avec la magistrature nauruane. Premier texte international entièrement consacré au sujet, elle énonce sept principes directeurs : le caractère fondamental du bien-être judiciaire, la lutte contre la stigmatisation, la responsabilité partagée, l’importance de la culture institutionnelle, la nécessité d’approches holistiques, l’adaptation au contexte local et le lien avec les droits humains.

Combien y a-t-il de juges en France par rapport aux autres pays européens ?

La France comptait, selon le rapport 2024 de la CEPEJ portant sur les données de 2022, 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre une médiane de 17,6 et une moyenne de 21,9 dans les États membres du Conseil de l’Europe. L’écart est encore plus marqué pour le ministère public, avec 3,2 procureurs pour 100 000 habitants contre une médiane européenne de 11,2. En valeur absolue, environ 9 126 magistrats étaient en activité en France en 2023. La loi de programmation 2023-2027 prévoit 1 500 magistrats supplémentaires d’ici 2027.

Comment participer à la Journée internationale pour le bien-être des juges ?

Pour participer à la Journée internationale pour le bien-être des juges, les juridictions peuvent organiser des conférences ou des ateliers, faire connaître leurs dispositifs d’écoute et de soutien, ou intégrer un volet bien-être dans la formation des magistrats. Les associations professionnelles et les barreaux peuvent relayer la Déclaration de Nauru et organiser des groupes de parole entre pairs. Le grand public peut s’informer sur le fonctionnement des juridictions, assister à une audience publique et suivre les publications de l’ONUDC et du Réseau mondial pour l’intégrité de la justice.


Une justice qui tient debout

On a longtemps considéré que la robe protégeait de tout, y compris de la fatigue. Le 25 juillet rappelle l’inverse : derrière chaque décision de justice, il y a une personne qui a lu, écouté, douté, et qui doit trancher. Prendre soin de celles et ceux qui jugent, ce n’est pas leur accorder un privilège — c’est garantir au justiciable une décision rendue par un esprit disponible.

La Journée internationale pour le bien-être des juges est née dans la plus petite république du monde et a trouvé en moins d’un an une reconnaissance mondiale. Reste le plus difficile : passer des principes aux actes, dans chaque juridiction. Le 25 juillet est une occasion d’en parler. Les 364 autres jours sont ceux où cela se joue.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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