La Journée internationale de l’alphabétisation est célébrée chaque année le 8 septembre, sur décision de la Conférence générale de l’UNESCO réunie en 1966. Elle rappelle que savoir lire, écrire et compter conditionne l’accès à l’emploi, à la santé, aux droits et à la citoyenneté. Malgré des progrès considérables depuis un demi-siècle, au moins 739 millions de jeunes et d’adultes ne maîtrisent toujours pas ces compétences de base, dont près des deux tiers de femmes. En France, la même date sert de point d’ancrage aux Journées nationales d’action contre l’illettrisme, un phénomène distinct de l’analphabétisme et qui concerne 1,4 million de personnes scolarisées dans le pays.
Alphabétisation, analphabétisme, illettrisme : de quoi parle-t-on ?
Les notions rassemblées autour du 8 septembre sont souvent confondues, alors qu’elles désignent des situations différentes et appellent des réponses différentes. L’UNESCO définit l’alphabétisation non plus comme un simple acquis technique mais comme la capacité d’identifier, comprendre, interpréter, créer et communiquer dans un monde de plus en plus numérique et saturé d’information. La littératie (compréhension de l’écrit) et la numératie (compétences en calcul) en constituent les deux piliers mesurés par les enquêtes internationales.
| Terme | Situation désignée | Réponse adaptée |
|---|---|---|
| Analphabétisme |
Personne qui n’a jamais été scolarisée et n’a pas appris à lire ni à écrire / 773 millions d’adultes dans le monde sont encore analphabètes |
Premier apprentissage |
| Illettrisme | Personne scolarisée en français qui n’a pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul et du numérique | Réapprentissage, formation de base |
| Français langue étrangère (FLE) | Personne dont le français n’est pas la langue maternelle et qui doit l’apprendre | Apprentissage de la langue du pays |
| Illectronisme | Difficulté à utiliser les outils et services numériques du quotidien | Médiation et formation numériques |
Le mot « illettrisme » est une spécificité française : il apparaît en 1978 sous la plume de Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, pour nommer la situation de personnes passées par l’école de la République et pourtant en difficulté avec l’écrit. Employer « analphabète » pour ces personnes est un contresens que l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) corrige régulièrement.
Origine de la Journée internationale de l’alphabétisation
L’initiative du 8 septembre naît à Téhéran. Du 8 au 19 septembre 1965 s’y tient le Congrès mondial des ministres de l’Éducation pour l’élimination de l’analphabétisme, première rencontre intergouvernementale entièrement consacrée au sujet. L’idée d’une journée mondiale y est lancée, puis reprise par l’UNESCO. > Programme mondial pour l’alphabétisation de l’UNESCO
La Journée internationale de l’alphabétisation proclamée en 1966, célébrée depuis 1967
La Journée internationale de l’alphabétisation du 8 septembre est officiellement proclamée le 26 octobre 1966, lors de la 14e session de la Conférence générale de l’UNESCO, par la résolution référencée 14 C/1.441. La première célébration a lieu l’année suivante, le 8 septembre 1967. Le choix de la date renvoie donc directement au jour d’ouverture du congrès de Téhéran, et non à un événement symbolique lié au livre ou à l’école.
| Étape | Date | Portée |
|---|---|---|
| Congrès mondial des ministres de l’Éducation, Téhéran | 8 au 19 septembre 1965 | Origine de l’idée |
| Proclamation par la Conférence générale de l’UNESCO | 26 octobre 1966 | Résolution 14 C/1.441 |
| Première célébration mondiale | 8 septembre 1967 | Mise en œuvre |
| Année internationale de l’alphabétisation | 1990 | Résolution 42/104 de l’ONU |
| Décennie des Nations Unies pour l’alphabétisation | 2003 à 2012 | Résolution 56/116 de l’ONU |
| Cible 4.6 des Objectifs de développement durable | 2015 | Horizon 2030 |
Les objectifs de la Journée internationale de l’alphabétisation
- Rappeler l’enjeu aux décideurs : maintenir l’alphabétisation à l’agenda politique, alors qu’elle est fréquemment reléguée derrière la scolarisation des enfants.
- Mesurer et rendre publics les progrès : la Journée internationale de l’alphabétisation sert de rendez-vous annuel de publication des données de l’Institut de statistique de l’UNESCO.
- Valoriser les programmes efficaces : la cérémonie de remise des Prix internationaux d’alphabétisation récompense des dispositifs reproductibles.
- Élargir la définition de l’alphabétisation : intégrer la numératie, l’éducation aux médias et les compétences numériques.
- Faire reconnaître un droit : l’alphabétisation est présentée par l’UNESCO comme un droit humain qui ouvre l’accès aux autres droits.

L’alphabétisation dans le monde : l’état des lieux au 8 septembre
Les chiffres commentés lors de la Journée internationale de l’alphabétisation dessinent une double réalité : un progrès historique de long terme et un noyau dur de plusieurs centaines de millions de personnes que ce progrès n’a pas atteint.
| Indicateur (données 2024, sauf mention) | Valeur |
|---|---|
| Jeunes et adultes sans compétences de base en lecture et écriture | au moins 739 millions |
| Part des femmes | près des deux tiers, soit 466 millions |
| Taux d’alphabétisation des adultes (15 ans et plus) | 88 % (86 % en 2015) |
| Taux d’alphabétisation des jeunes (15 à 24 ans) | 93 % |
| Asie centrale et du Sud | 347 millions de personnes concernées |
| Afrique subsaharienne | 225 millions de personnes concernées |
| Enfants et adolescents déscolarisés (2023) | 272 millions |
| Enfants n’atteignant pas le niveau minimal en lecture | 4 sur 10 |
Source : Institut de statistique de l’UNESCO, base éducation, septembre 2025.
En cinquante ans, le taux d’alphabétisation des adultes est passé d’environ 65 % à 88 %. Ce progrès masque un effet démographique décisif : en Afrique subsaharienne, le taux a progressé de 65 % à 69 % depuis 2015, mais le nombre absolu de personnes concernées a augmenté, passant de 196 à 225 millions. Améliorer le taux ne suffit donc pas à réduire le nombre.
Le cas français : illettrisme et innumérisme
En France, la photographie de référence provient de l’enquête Formation tout au long de la vie (FLV) menée par l’Insee de septembre 2022 à mars 2023, avec un module compétences conçu avec l’ANLCI, et publiée en avril 2024.
| Indicateur (18 à 64 ans) | Valeur |
|---|---|
| Situation d’illettrisme parmi les personnes ayant débuté leur scolarité en France | 4 %, soit environ 1,4 million de personnes |
| Fortes difficultés dans au moins une compétence de base | environ 1 personne sur 10, soit 3,7 millions |
| Difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit | 10 % |
| Difficultés en calcul | 12 % |
| Personnes en difficulté à l’écrit également en difficulté en calcul | 62 % |
| Personnes en forte difficulté occupant un emploi | la moitié |
| Demandeurs d’emploi en forte difficulté | 18 %, et 25 % au-delà de deux ans de chômage |
Deux enseignements ressortent : l’illettrisme n’est pas un problème d’inactivité, puisque la moitié des personnes en forte difficulté travaillent, et il se double très souvent d’un innumérisme, ce qui invalide les dispositifs centrés sur la seule lecture.
Pourquoi l’alphabétisation change une vie
L’enjeu porté par la Journée internationale de l’alphabétisation du 8 septembre dépasse largement le champ scolaire : les compétences de base conditionnent des résultats mesurables en matière de santé, de revenus et de participation civique.
Santé et survie des enfants
Le niveau d’instruction de la mère est l’un des prédicteurs les mieux documentés de la survie infantile : plus il est élevé, plus les chances de l’enfant d’atteindre l’âge de cinq ans augmentent. Lire une notice de médicament, comprendre une ordonnance ou un document de prévention relève des mêmes compétences.
Emploi et économie
L’estimation la plus souvent citée, celle de la World Literacy Foundation, chiffre le coût mondial de l’analphabétisme à environ 1 200 milliards de dollars par an. Ce chiffre doit être manié avec prudence : il repose sur une hypothèse de perte forfaitaire de produit intérieur brut (2 % pour un pays développé, 1,2 % pour une économie émergente, 0,5 % pour un pays en développement) appliquée à des données de 2015, et non sur une mesure directe. Aucune actualisation officielle n’a été publiée depuis. Retenir l’ordre de grandeur, pas la décimale.
Égalité entre les femmes et les hommes
Les femmes représentent près des deux tiers des personnes privées de compétences de base, soit 466 millions. L’écart se creuse avec l’âge : dans certains pays d’Afrique subsaharienne, 31 % seulement des femmes âgées sont alphabétisées, contre 55 % des hommes du même âge, quand certaines régions d’Europe et d’Amérique du Nord approchent 99 % chez les hommes.
Démocratie et information
Savoir décoder un texte est devenu indissociable de la capacité à évaluer une source. Dans les pays de l’OCDE, seuls 9 % des élèves de 15 ans parviennent à distinguer un fait d’une opinion dans un texte numérique, un résultat qui déplace la question de l’alphabétisation vers l’éducation aux médias et à l’information.
Une réalité très différente d’une région à l’autre
Les situations rassemblées sous le mot alphabétisation, mises en lumière chaque 8 septembre, n’ont pas grand-chose de commun d’un continent à l’autre.
- Asie centrale et du Sud : première région en volume, avec 347 millions de personnes concernées. L’enjeu porte sur l’ampleur des cohortes et sur l’écart entre filles et garçons.
- Afrique subsaharienne : 225 millions de personnes, avec une croissance démographique qui absorbe les gains de scolarisation. Le multilinguisme y est central, l’alphabétisation en langue maternelle donnant de meilleurs résultats que l’entrée directe dans une langue d’enseignement héritée.
- Pays à revenu élevé : la question se déplace vers la littératie fonctionnelle et numérique. Un adulte peut déchiffrer des mots sans pouvoir remplir un formulaire administratif en ligne.
- Zones de crise : parmi les 108 millions de personnes déplacées de force, l’accès à l’apprentissage est fortement dégradé, et les dispositifs classiques d’alphabétisation y sont difficilement transposables.
Les défis actuels de l’alphabétisation
La Journée internationale de l’alphabétisation du 8 septembre bute aujourd’hui sur trois obstacles principaux.
La démographie contre les taux
Tant que la population des tranches d’âge concernées croît plus vite que la progression des taux, le nombre absolu de personnes sans compétences de base ne diminue pas. C’est déjà le cas en Afrique subsaharienne, et cela invalide toute communication fondée sur les seuls pourcentages.
La fracture numérique
L’alphabétisation contemporaine inclut l’accès et l’usage du numérique. Or 93 % des habitants des pays à revenu élevé utilisent Internet, contre 27 % dans les pays à faible revenu. Élargir la définition sans corriger cet écart revient à créer une nouvelle catégorie d’exclusion.
L’invisibilité des adultes concernés
L’éducation des adultes reste le parent pauvre des budgets éducatifs nationaux. En France, la difficulté est aggravée par le silence : les personnes en situation d’illettrisme dissimulent fréquemment leurs difficultés, ce qui rend le repérage en entreprise ou dans les services publics particulièrement délicat.
Comment est célébrée la Journée internationale de l’alphabétisation
Chaque 8 septembre, l’UNESCO organise une célébration mondiale, accueillie en alternance à son siège parisien ou par un État membre, et diffusée en ligne. Elle s’accompagne de la publication d’une note conceptuelle, d’une fiche de données actualisée et d’un thème annuel.
Les Prix internationaux d’alphabétisation de l’UNESCO
Six prix sont remis lors de la cérémonie, répartis en deux distinctions :
- Prix UNESCO-Roi Sejong : créé en 1989 avec le soutien de la République de Corée, trois lauréats, il distingue les programmes d’alphabétisation en langue maternelle et les approches multilingues.
- Prix UNESCO-Confucius : créé en 2005 avec le soutien de la République populaire de Chine, trois lauréats, il récompense l’alphabétisation fonctionnelle en milieu rural et auprès des jeunes non scolarisés, notamment via la technologie.
Chaque lauréat reçoit une médaille, un diplôme et une dotation financière. Les candidatures sont présentées par les États membres ou par des organisations non gouvernementales partenaires : aucune candidature spontanée n’est recevable.
En France : les Journées nationales d’action contre l’illettrisme
Le 8 septembre sert de point d’ancrage aux Journées nationales d’action contre l’illettrisme (JNAI), fédérées par l’ANLCI. Organisées au début du mois de septembre sur une semaine, elles rassemblent collectivités, entreprises, bibliothèques, centres de formation et associations autour d’actions de repérage et de sensibilisation. Les dates exactes varient selon les éditions.
Comment participer
- Relayer les données actualisées de l’UNESCO et de l’ANLCI plutôt que des chiffres anciens qui continuent de circuler.
- Se former au repérage des situations d’illettrisme, en particulier dans un contexte professionnel.
- Soutenir une association de lecture publique ou d’accompagnement à l’écrit, comme Lire et faire lire ou les réseaux d’accueil des apprentis lecteurs.
- Signaler les points d’accès aux formations de base autour de soi : la moitié des personnes concernées sont en emploi et n’osent pas demander.
Comme le souligne Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO : « L’alphabétisation est la clé de la transformation, pour les individus et pour les sociétés. Dans ce monde en pleine mutation, elle est plus que jamais une condition essentielle de la liberté et de l’égalité. »
Pour aller plus loin
Le 8 septembre ne se limite pas à l’alphabétisation : retrouvez tous les événements, naissances et fêtes de la date dans l’éphéméride du 8 septembre. La veille est consacrée à la Journée internationale de l’air pur pour des ciels bleus et à la Journée internationale de la coopération policière, le lendemain à la Journée mondiale de la beauté. Le calendrier complet des observances officielles est consultable sur la page Journées mondiales.
Foire aux questions
Quand a lieu la Journée internationale de l’alphabétisation ? La Journée internationale de l’alphabétisation a lieu le 8 septembre de chaque année. C’est une date fixe, valable dans tous les pays, sans report au week-end ni variation selon les calendriers nationaux.
Qui a créé la Journée internationale de l’alphabétisation et en quelle année ? La Journée internationale de l’alphabétisation a été créée par l’UNESCO, qui l’a proclamée le 26 octobre 1966 lors de la 14e session de sa Conférence générale, par la résolution 14 C/1.441. La première célébration a eu lieu le 8 septembre 1967.
Pourquoi la Journée internationale de l’alphabétisation est-elle célébrée le 8 septembre ? La Journée internationale de l’alphabétisation est célébrée le 8 septembre parce que c’est le jour d’ouverture, en 1965, du Congrès mondial des ministres de l’Éducation pour l’élimination de l’analphabétisme réuni à Téhéran, d’où est née l’idée de cette journée.
Combien de personnes ne savent pas lire et écrire dans le monde ? Au moins 739 millions de jeunes et d’adultes dans le monde ne possèdent pas les compétences de base en lecture et en écriture, selon les données 2024 de l’Institut de statistique de l’UNESCO. Près des deux tiers sont des femmes, soit 466 millions de personnes.
Quelle est la différence entre analphabétisme et illettrisme ? La différence entre analphabétisme et illettrisme tient au parcours scolaire : l’analphabétisme désigne une personne qui n’a jamais été scolarisée et n’a donc jamais appris à lire, tandis que l’illettrisme désigne une personne scolarisée en français qui n’a pas acquis une maîtrise suffisante de l’écrit, de la lecture et du calcul.
Combien de personnes sont en situation d’illettrisme en France ? En France, 1,4 million de personnes de 18 à 64 ans ayant débuté leur scolarité dans le pays sont en situation d’illettrisme, soit 4 % de cette population, selon l’enquête Formation tout au long de la vie de l’Insee. Plus largement, une personne sur dix rencontre de fortes difficultés avec au moins une compétence de base.
Lire, écrire, compter : un socle qui se répare à tout âge
Le 8 septembre n’est pas une commémoration : c’est un point de mesure. Il rappelle qu’un progrès mondial spectaculaire, de 65 % à 88 % d’adultes alphabétisés en cinquante ans, laisse encore 739 millions de personnes sur le bord du chemin, et qu’un pays comme la France compte 1,4 million d’adultes que l’école n’a pas rendus autonomes face à l’écrit. La bonne nouvelle est que rien n’y est irréversible : contrairement à beaucoup d’inégalités, celle-ci se corrige, à tout âge, dès lors qu’elle est repérée et nommée.
