19 septembre : Journée internationale du parler pirate
Ohé, moussaillons ! Chaque 19 septembre, la Journée internationale du parler pirate (International Talk Like a Pirate Day) invite le monde entier à troquer « bonjour » contre « Ahoy, matey ! », à rouler les « r » et à ponctuer chaque phrase d’un franc « Arrr ! ». Cette journée parodique, née en 1995 aux États-Unis, ne dépend d’aucune institution : ni ONU, ni UNESCO, seulement deux amis de l’Oregon et un chroniqueur humoristique. Son succès tient à une règle unique : il n’y a aucune règle, à part s’amuser. ⚓
Le parler pirate, c’est quoi ?
Le parler pirate célébré le 19 septembre est un anglais de fiction, gouailleur et théâtral, calqué sur les flibustiers du cinéma et des romans d’aventure. Il ne reproduit pas la langue réelle des pirates du XVIIIᵉ siècle, dont il n’existe aucun enregistrement, mais un stéréotype bâti en trois temps.
Trois sources d’un accent imaginaire
- 1883 : le roman. L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson fixe l’imagerie du pirate à jambe de bois, perroquet sur l’épaule et carte au trésor.
- 1950 : le film. Dans l’adaptation de L’Île au trésor produite par Disney, l’acteur britannique Robert Newton incarne Long John Silver. Né dans le Dorset, il exagère l’accent de sa région natale, le West Country (sud-ouest de l’Angleterre), où le son « arrr » sert d’interjection courante. Le « parler pirate » moderne vient en grande partie de lui. Newton reprend ce jeu pour Barbe-Noire le pirate (1952) et Long John Silver (1954).
- 2003 : la franchise. La saga Pirates des Caraïbes et son capitaine Jack Sparrow popularisent le registre auprès d’une nouvelle génération.
Pirate, corsaire, flibustier, boucanier : quelle différence ?
Le français distingue quatre figures que le parler pirate mélange volontiers.
| Terme | Définition | Statut | Exemples |
|---|---|---|---|
| Pirate | Marin qui attaque tout navire pour son propre compte | Hors-la-loi, passible de la pendaison | Barbe-Noire, Olivier Levasseur dit La Buse |
| Corsaire | Capitaine muni d’une lettre de marque délivrée par un État, autorisé à attaquer les navires ennemis en temps de guerre | Légal | Robert Surcouf, Jean Bart, René Duguay-Trouin |
| Flibustier | Aventurier des Caraïbes (XVIIᵉ siècle), du néerlandais vrijbuiter, « libre butineur » | Entre les deux, selon les alliances | Henry Morgan, François l’Olonnais |
| Boucanier | Chasseur de l’île de la Tortue et de Saint-Domingue qui fumait la viande sur un « boucan », devenu flibustier | Hors-la-loi | Les premiers compagnons de l’Olonnais |
L’âge d’or de la piraterie, auquel se réfère toute l’imagerie du 19 septembre, s’étend approximativement de 1650 à 1730, entre Caraïbes, Atlantique et océan Indien.
Origine de la Journée internationale du parler pirate 🏴☠️
La Journée du parler pirate a vu le jour le 6 juin 1995 à Albany, dans l’Oregon (États-Unis), sur un terrain de racquetball. Deux amis, John Baur et Mark Summers (alias Cap’n Slappy et Ol’ Chumbucket), se mettent à s’invectiver en jargon de flibustier après qu’un mouvement douloureux a arraché à l’un d’eux un « Aaarrr ! » spontané. Ils décident de consacrer une journée par an à ce jeu.
Le concept aurait pu rester anonyme, mais c’était sans compter l’intervention du journaliste humoristique Dave Barry, qui a fait exploser cette tradition farfelue dans un article de journal en 2002. Depuis, chaque année, des milliers de personnes se transforment en véritables Jack Sparrow, le temps d’une journée.
Pourquoi le 19 septembre ?
Le 6 juin étant l’anniversaire du Débarquement de Normandie, les deux compères jugent la date inappropriée et choisissent le 19 septembre, jour d’anniversaire de l’ex-épouse de Mark Summers : une date, dit-il, qu’il avait en tête et dont il n’avait plus l’usage. Aucune raison historique, donc, juste un clin d’œil.
2002 : le coup d’envoi grâce à Dave Barry
Pendant sept ans, la journée reste une blague privée. En 2002, Baur et Summers écrivent au chroniqueur humoristique Dave Barry (Miami Herald), dont la colonne est reprise par des centaines de journaux américains. Barry adore l’idée et lui consacre un article en septembre 2002. La journée devient virale, d’abord aux États-Unis, puis dans le monde anglophone et au-delà. Les fondateurs n’ont jamais déposé de marque ni encadré l’usage du nom, ce qui explique en partie sa diffusion libre.
Repères chronologiques
| Année | Événement |
|---|---|
| 1883 | Publication de L’Île au trésor de R. L. Stevenson |
| 1950 | Robert Newton crée l’accent « pirate » au cinéma |
| 1995 | Naissance de la journée à Albany (Oregon) |
| 2002 | Chronique de Dave Barry : diffusion internationale |
| 2002 | Création en réaction du Day of the Ninja (5 décembre) |
| 2003 | Le musicien Tom Smith compose la chanson officieuse Talk Like a Pirate Day |
| 2005 | L’Église pastafarienne adopte la journée comme fête « religieuse » |
| 2013 | Le Sénat du Michigan adopte une résolution symbolique reconnaissant le 19 septembre |
Objectifs principaux
- S’amuser sans prétexte : les fondateurs revendiquent que « le but, c’est qu’il n’y a pas de but ».
- Décompresser : une journée pour ne pas se prendre au sérieux, au bureau comme à la maison.
- Créer du lien : un code commun, immédiatement compris, qui déclenche le rire entre inconnus.
- Servir des causes : dans plusieurs pays, la journée est devenue un support de collectes caritatives.
Pourquoi parler pirate ? Importance et impact
La Journée du parler pirate du 19 septembre a dépassé le simple gag entre amis pour devenir un phénomène culturel, linguistique et commercial mesurable.
Une richesse culturelle
Le pirate est l’un des personnages les plus rentables de la fiction populaire : romans de Stevenson et de Daniel Defoe, Peter Pan et le capitaine Crochet, Rackham le Rouge dans Tintin, les pirates récurrents d’Astérix, la saga Pirates des Caraïbes (cinq films entre 2003 et 2017, plusieurs milliards de dollars de recettes cumulées), le manga One Piece. La journée s’appuie sur ce capital d’images que chacun possède déjà.
Une curiosité linguistique
Le parler pirate agit comme un conservatoire d’expressions maritimes du XVIIIᵉ siècle qui auraient disparu sans lui : shiver me timbers (« timbers » désignait les membrures d’un navire), avast (« halte », du néerlandais houd vast), landlubber (« terrien maladroit »). Des linguistes soulignent que si l’accent est une invention, un fond réel subsiste : de nombreux marins britanniques venaient bien du sud-ouest de l’Angleterre, et un pidgin maritime servait de langue commune à bord.
Un phénomène commercial et caritatif
Restaurants, brasseries, librairies et parcs d’attractions exploitent la date chaque année : menus « pirates », réductions pour les clients costumés, animations pour enfants. Au Royaume-Uni et en Australie, des associations comme Marie Curie Cancer Care ou Childhood Cancer Support ont utilisé la journée comme thème de collecte de fonds.
Un lien social immédiat
Trois mots suffisent pour rejoindre le jeu : « Ahoy », « Arrr » et « moussaillon ». Aucun matériel, aucune compétence, aucun coût. C’est ce seuil d’entrée nul qui explique que des écoles, des bibliothèques, des équipes de sport ou des services entiers d’entreprise s’y mettent le temps d’une journée.
Le parler pirate à travers le monde 🌍
La Journée du parler pirate, célébrée le 19 septembre, se décline différemment selon les pays et les communautés qui se la sont appropriée.
États-Unis : le berceau
- En 2013, le sénateur Roger Kahn, bandeau sur l’œil, fait adopter par le Sénat du Michigan une résolution reconnaissant le 19 septembre, au nom de « l’héritage maritime » de l’État des Grands Lacs. Le texte n’a aucune force de loi.
- En 2012, la mairie de Lake Worth (Floride) publie une proclamation officielle, qui déclenche une polémique locale sur la glorification de « meurtriers des mers ».
- La même année, le président Barack Obama publie une photo de lui recevant un « pirate » costumé dans le Bureau ovale.
Royaume-Uni et Australie : la version caritative
Dans les pays anglo-saxons, la journée sert souvent de prétexte à des collectes : ventes de gâteaux, journées costumées dans les écoles, défis sur les réseaux sociaux au profit d’associations de lutte contre le cancer.
Sur Internet : Pastafariens, ninjas et Facebook
- L’Église du Monstre en spaghettis volant (Pastafarisme), fondée en 2005 par Bobby Henderson, en a fait sa principale fête : sa « doctrine » attribue le réchauffement climatique à la baisse du nombre de pirates.
- Le Day of the Ninja, le 5 décembre, a été créé fin 2002 en réponse directe à la journée pirate, prolongeant le duel comique pirates contre ninjas.
- Facebook propose depuis longtemps un réglage de langue « English (Pirate) » qui transforme l’interface pour l’occasion.
En France : corsaires, flibustiers et La Buse
La France a ses propres légendes à convoquer le 19 septembre. Saint-Malo et Dunkerque cultivent la mémoire de leurs corsaires (Surcouf, Jean Bart). La Réunion entretient le mythe d’Olivier Levasseur, dit La Buse, pendu en 1730 à Saint-Paul : il aurait jeté à la foule un cryptogramme indiquant l’emplacement de son trésor, jamais retrouvé. Et en 1522, le Normand Jean Fleury s’empare du trésor aztèque que Cortés envoyait à Charles Quint, premier grand coup de la piraterie française. Côté langue, le français n’a pas d’équivalent codifié au « pirate anglais » : on improvise avec « moussaillon », « rat de cale », « à l’abordage » et « mille sabords », emprunté au capitaine Haddock.
Mythe et réalité : les limites du parler pirate
La Journée du parler pirate, chaque 19 septembre, célèbre une fiction, et il est utile de le rappeler sur trois points.
Un accent inventé à Hollywood
Aucun pirate historique n’a été enregistré. L’accent West Country généralisé à tous les pirates est une convention de cinéma née en 1950. Les pirates réels venaient d’Angleterre, mais aussi d’Écosse, du pays de Galles, d’Irlande, de France, des Pays-Bas ou d’Afrique.
Des clichés sans fondement
La « planche » que l’on faisait marcher aux prisonniers est quasiment absente des sources d’époque ; les cartes au trésor avec une croix sont une invention de Stevenson ; l’expression shiver me timbers apparaît dans la fiction au XIXᵉ siècle, pas dans les archives des procès de pirates.
Une piraterie bien réelle aujourd’hui
La piraterie moderne n’a rien de folklorique : golfe de Guinée, détroit de Malacca, mer Rouge et côtes somaliennes restent des zones surveillées, avec de l’ordre d’une centaine d’attaques ou tentatives recensées chaque année par le Bureau maritime international (BMI). La journée du 19 septembre ne célèbre pas ces actes, mais le personnage de fiction qui en a hérité.
Comment fêter la Journée internationale du parler pirate le 19 septembre ? 🦜
Célébrer le parler pirate le 19 septembre ne demande ni budget ni préparation : un vocabulaire, une voix, et si possible un chapeau.
Quatre idées de célébration
- Adoptez le jargon pirate : « Ahoy matey! » (Ohé matelot !), « Shiver me timbers! » (Par tous les diables !), « Walk the plank! » (Marche sur la planche !). Plus votre langage est coloré, mieux c’est.
- Revêtez votre plus beau costume : tricorne, chemise bouffante, sabre, bandeau sur l’œil et crochet. Il est parfaitement acceptable de nommer votre chat capitaine de vaisseau pour l’occasion.
- Organisez une chasse au trésor : carte vieillie au thé, énigmes, pièces d’or en chocolat. Idéal en famille ou entre collègues.
- Levez votre verre de rhum (ou de sirop saveur rhum pour les moins téméraires) : soirée flibustiers, plats exotiques, récits d’aventures maritimes et concours du meilleur « Arrr ! ».
Comment parleRRR comme un pirate ?
- RRRemplacer les « é » et « ê » par des « es » : « épais » devient « espais », « fête » devient « fessste ».
- RRRRouler abondamment les « r » et suprrrRimerr les letRRres inutiles : « B’jour Capt’n », « À l’aborrrrdage ! ».
- Accentuer les voyelles : « ICI Ottaawa-Gaaaatiiiinooo ! ».
- PaRRler du fond de la gorrrge, commm si tu avRRais bu un peu trRRop de rhum. Reste bRRrrumeux dans ta prRRononciation.
- PonctuerRRR chaque phRRRase d’un « Aaaargh ! », « Arrr ! », « Yarrr ! » ou « Darrr ! » pourrr rRRenforRRcer ton authenticité.
Aaaargh, c’est plus claiRR maint’nant !
Petit lexique du parler pirate
| Expression | Traduction / sens | Usage |
|---|---|---|
| Ahoy, matey! | Ohé, matelot ! | Salutation |
| Arrr! / Yarrr! | Oui, d’accord, ou simple grognement | Ponctuation universelle |
| Aye! | Oui | Réponse au capitaine |
| Avast! | Halte ! Stop ! | Ordre |
| Shiver me timbers! | Par tous les diables ! | Surprise |
| Landlubber | Terrien, marin d’eau douce | Insulte |
| Scallywag | Vaurien, garnement | Insulte affectueuse |
| Booty | Butin | Objet de toutes les convoitises |
| Davy Jones’ locker | Le fond de l’océan, la mort en mer | Menace |
| Grog | Rhum coupé d’eau | Rafraîchissement |
| Yo-ho-ho! | Cri de joie | Avant de chanter |
Bonus : quelques phrases utiles à mémoriser
- « Par le crochet de Barbe-Noire, je suis le capitaine de ce rafiot, moussaillon, et tu feras bien de t’en souvenir ! 🏴☠️ »
- « Par tous les trésors de Tortuga, ce sont les meilleurs biscuits de mer que j’ai jamais goûtés ! »
- « Ce soir, on fête notre butin avec un festin digne d’un roi des mers ! »
- « Tenez bon, bande de rats de cale, ou c’est l’océan qui va vous envoyer nourrir les poissons ! » 🌊🐟
En ligne
- Passez votre profil Facebook en « English (Pirate) » dans les paramètres de langue.
- Utilisez un traducteur anglais-pirate en ligne pour vos publications.
- Hashtags : #TalkLikeAPirateDay, #ParlerPirate, #19septembre.
Anecdotes autour de la Journée du parler pirate
- 2008 : John Baur participe au jeu télévisé Jeopardy!, présenté comme « écrivain et pirate de l’Oregon ».
- 2012 : selon Mark Summers, les astronautes de la Station spatiale internationale ont été réveillés au son de A Pirate’s Life for Me et ont parlé pirate depuis l’orbite.
- Pendant des années, une chaîne américaine de beignets offrait un beignet aux clients parlant pirate et une douzaine aux clients costumés.
- Le « Arrr ! » de cinéma apparaît dès l’adaptation de L’Île au trésor de 1934 avec Lionel Barrymore, mais c’est Newton, en 1950, qui l’impose.
Questions fréquentes sur la Journée internationale du parler pirate
Quand a lieu la Journée internationale du parler pirate ?
La Journée internationale du parler pirate a lieu chaque année le 19 septembre, à date fixe, depuis 1995.
Qui a créé la Journée du parler pirate ?
La Journée du parler pirate a été créée en 1995 par John Baur et Mark Summers, deux amis d’Albany (Oregon, États-Unis), lors d’une partie de racquetball. Le chroniqueur Dave Barry l’a rendue célèbre en 2002.
Pourquoi le 19 septembre pour la Journée internationale du parler pirate ?
Le 19 septembre a été retenu pour la Journée du parler pirate parce que c’était l’anniversaire de l’ex-épouse de Mark Summers, une date facile à mémoriser. La date de l’idée originelle, le 6 juin, a été écartée par respect pour l’anniversaire du Débarquement.
La Journée internationale du parler pirate est-elle une journée officielle ?
Non, la Journée du parler pirate n’est pas une journée officielle : elle n’est reconnue ni par l’ONU ni par l’UNESCO. Seules des reconnaissances symboliques locales existent, comme la résolution du Sénat du Michigan en 2013.
Pourquoi les pirates disent-ils « Arrr » ?
Les pirates disent « Arrr » à cause de l’acteur Robert Newton qui, dans L’Île au trésor (1950), a exagéré son accent du West Country anglais. Ce son n’est pas attesté chez les pirates historiques.
Comment parler pirate en français ?
Pour parler pirate en français, roulez les « r », remplacez les « é » par « es » (« fessste »), ajoutez « moussaillon », « à l’abordage » et « mille sabords », et terminez chaque phrase par un « Arrr ! ».
Arrr ! À vos calendriers
Née d’une partie de racquetball, portée par une chronique de journal et adoptée par des millions d’internautes, la Journée du parler pirate prouve qu’une idée sans aucune utilité peut faire le tour du monde. Alors, à vos sabres et bandanas : le 19 septembre, les seules lois qui comptent sont celles des pirates. Souvenez-vous, il n’y a rien de plus sérieux que de ne pas se prendre au sérieux. Arrr ! 🏴☠️
