Chaque 13 septembre, la Journée mondiale contre la septicémie (World Sepsis Day) alerte sur une urgence médicale qui tue plus que les cancers du sein, de la prostate et le VIH réunis, tout en restant largement méconnue du grand public. Lancée en 2012 par la Global Sepsis Alliance (GSA), une organisation internationale réunissant médecins, chercheurs, sociétés savantes et associations de patients, elle est aujourd’hui relayée par des hôpitaux, des ministères et des associations dans plus de 70 pays. Son message tient en une phrase : reconnue à temps, la septicémie se soigne ; reconnue trop tard, elle tue en quelques heures.
L’Organisation mondiale de la santé a fait du sepsis une priorité de santé publique en 2017, puis a publié en 2020 son premier rapport mondial sur le sujet. Les chiffres qu’il contient expliquent l’existence de la Journée mondiale contre la septicémie : le sepsis serait impliqué dans environ une mort sur cinq dans le monde.
C’est quoi la septicémie ?
La septicémie, que les médecins appellent aujourd’hui sepsis, est une réaction dérégulée de l’organisme à une infection, qui provoque une défaillance d’un ou plusieurs organes et met en jeu le pronostic vital.
Ce n’est donc pas l’infection elle-même qui tue, mais l’emballement de la réponse immunitaire qu’elle déclenche : le corps, en cherchant à détruire l’agent pathogène, endommage ses propres tissus.
Toute infection peut en être à l’origine, qu’elle soit bactérienne, virale, fongique ou parasitaire.
Les portes d’entrée les plus fréquentes sont le poumon (pneumonie), l’appareil urinaire, l’abdomen et la peau. Une infection banale, mal soignée ou négligée, peut suffire.
Septicémie ou sepsis : quelle différence ?
Les deux mots ne recouvrent pas exactement la même réalité, ce qui explique le flottement du vocabulaire autour du 13 septembre. « Septicémie » désigne historiquement la présence de germes dans la circulation sanguine. Le terme « sepsis » a été adopté au niveau international en 1992 pour standardiser la définition, et il décrit non plus la présence du pathogène mais la réponse défaillante de l’hôte à ce pathogène.
La définition en vigueur, dite Sepsis-3, date de 2016 :
| Terme | Définition de référence |
|---|---|
| Infection | Présence d’un agent pathogène, sans défaillance d’organe |
| Sepsis | Dysfonction d’organe engageant le pronostic vital, liée à une réponse dérégulée de l’hôte à une infection (score SOFA ≥ 2 points) |
| Choc septique | Sepsis nécessitant des vasopresseurs pour maintenir une pression artérielle moyenne ≥ 65 mmHg, avec une lactatémie ≥ 2 mmol/L |
Dans l’usage courant et sur les supports de sensibilisation francophones, les deux termes restent employés comme synonymes.
Les signes d’alerte à connaître
Le sepsis n’a pas de signe unique et spécifique, ce qui explique les retards de diagnostic. L’association d’une infection connue ou suspectée et d’un ou plusieurs des signes suivants doit conduire à appeler le 15 (ou le 112) :
- Confusion, somnolence inhabituelle, discours incohérent
- Respiration très rapide ou essoufflement au repos
- Frissons intenses, fièvre élevée, ou au contraire température anormalement basse
- Peau marbrée, grise ou bleutée, extrémités froides
- Douleur décrite comme la pire jamais ressentie
- Diminution nette des urines sur la journée
- Chez le nourrisson : refus de s’alimenter, teint gris, hypotonie, cri geignard
L’enjeu est temporel. Dans le choc septique, les recommandations internationales fixent le délai d’administration de l’antibiotique à une heure après la reconnaissance.
Origine et histoire de la Journée mondiale contre la septicémie
La Journée mondiale contre la septicémie, fixée au 13 septembre, est née d’un constat d’échec : alors que les campagnes contre l’infarctus ou l’AVC ont fait entrer les réflexes d’urgence dans la culture populaire, le sepsis restait invisible, y compris dans les pays disposant des meilleurs systèmes de santé.
Création de la Journée mondiale contre la septicémie
L’initiative revient à la Global Sepsis Alliance, fondée en 2010, qui organise le premier World Sepsis Day le 13 septembre 2012, en même temps que la publication de la Déclaration mondiale sur le sepsis (World Sepsis Declaration). Une version actualisée, la 2030 World Sepsis Declaration, fixe depuis des objectifs chiffrés de réduction de l’incidence et de la mortalité à l’horizon 2030.
La date du 13 septembre n’est liée à aucun anniversaire historique : elle a été choisie comme point de ralliement annuel, sans concurrence avec d’autres journées de santé majeures.
La reconnaissance par l’OMS en 2017
L’étape décisive intervient en mai 2017, lorsque l’Assemblée mondiale de la Santé adopte la résolution WHA70.7 sur l’amélioration de la prévention, du diagnostic et de la prise en charge du sepsis. Elle demande aux États membres d’élaborer des stratégies nationales. En 2020, l’OMS publie son premier rapport mondial sur le sepsis, qui sert depuis de référence chiffrée.
Objectifs principaux de la Journée mondiale contre la septicémie
- Faire reconnaître les signes : amener le grand public à réagir devant un sepsis comme devant un AVC ou un infarctus
- Réduire le délai de prise en charge : chaque heure perdue avant l’antibiothérapie augmente la mortalité
- Former les professionnels : médecins de ville, urgentistes, sages-femmes, infirmiers et pharmaciens sont en première ligne du repérage
- Améliorer les données : obtenir des chiffres nationaux fiables, aujourd’hui manquants dans la majorité des pays
- Accompagner les survivants : faire reconnaître et prendre en charge les séquelles post-sepsis
Importance et impact : pourquoi le sepsis reste un tueur de masse
Le sepsis, mis en avant chaque 13 septembre, pèse davantage sur la mortalité mondiale que la plupart des maladies auxquelles sont consacrées des campagnes de santé publique. Les données de référence proviennent de l’étude Global Burden of Disease publiée début 2020 et reprises par l’OMS.
Un poids épidémiologique mondial
| Indicateur (données 2017, publiées en 2020) | Valeur |
|---|---|
| Cas de sepsis par an dans le monde | 48,9 millions |
| Décès associés par an | 11 millions |
| Part de la mortalité mondiale totale | environ 20 % |
| Cas chez les enfants de moins de 5 ans | environ 20 millions |
| Décès d’enfants de moins de 5 ans | 2,9 millions |
| Part des cas et décès survenant dans des contextes à faibles ressources | environ 85 % |
| Sepsis acquis à l’hôpital | environ 1 cas sur 4 |
La mortalité hospitalière est estimée à environ 27 % pour l’ensemble des patients hospitalisés pour sepsis, et à près de 43 % pour ceux pris en charge en soins intensifs.
Un coût considérable pour les systèmes de santé
Le coût hospitalier moyen d’un épisode de sepsis a été estimé à plus de 32 000 dollars par patient dans les pays à revenu élevé. La durée médiane de séjour hospitalier observée en France est de 12 jours, bien au-delà de la moyenne tous séjours confondus. Une étude prospective publiée en 2025 par le G5 Santé chiffre à 1,16 milliard d’euros par an les coûts évitables en France grâce à un diagnostic plus précoce et ciblé, pour 1,1 million de journées d’hospitalisation économisées.
La vie après le sepsis : le versant invisible
Survivre ne signifie pas guérir. Les travaux français menés à partir des bases hospitalières nationales montrent que, parmi les patients admis depuis leur domicile, seule la moitié y retourne directement après le séjour, et qu’environ 15 % sont orientés vers des soins de suite, de réadaptation ou de longue durée. Les séquelles décrites incluent fatigue chronique, troubles cognitifs et de la mémoire, douleurs, troubles anxio-dépressifs, et dans les formes les plus graves des amputations liées aux nécroses. C’est l’un des axes portés par les associations de patients le 13 septembre.
Le sepsis à travers le monde : des réalités très inégales
La mobilisation de la Journée mondiale contre la septicémie du 13 septembre ne recouvre pas les mêmes enjeux selon les pays, car le sepsis est d’abord une maladie des inégalités de santé. Environ 85 % des cas et des décès surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’accès aux antibiotiques, à l’oxygène et à la réanimation est limité.
En France
| Indicateur (France, source PMSI/SNDS) | Valeur |
|---|---|
| Incidence du sepsis bactérien en 2015 | 357 cas pour 100 000 habitants |
| Incidence du sepsis bactérien en 2019 | 403 cas pour 100 000 habitants |
| Patients recensés entre 2015 et 2019 | 1 224 433 |
| Mortalité intra-hospitalière | environ 25 %, en baisse sur la période |
| Durée médiane de séjour | 12 jours |
| Tranches d’âge les plus touchées | moins de 1 an et plus de 75 ans |
| Comorbidités les plus fréquentes | cancer, insuffisance cardiaque |
Les estimations reprises par les autorités sanitaires françaises font état d’environ 300 000 nouveaux cas et jusqu’à 90 000 décès par an. La plupart des infections à l’origine du sepsis sont contractées en dehors de l’hôpital, ce qui place la médecine de ville en première ligne.
En Europe et ailleurs
Le Royaume-Uni fait figure de précurseur, avec des protocoles de repérage systématisés dans le National Health Service depuis le milieu des années 2010. L’Allemagne et la Suède ont également engagé des programmes nationaux. La Suisse a lancé en 2023 le Swiss Sepsis Program, initiative nationale sur cinq ans. La Belgique a publié son premier plan national (Be-SNAP) en 2025. Malgré la résolution de 2017, une minorité d’États membres de l’OMS avait inscrit le sepsis dans ses politiques nationales de santé sept ans plus tard.
Les enfants et les femmes enceintes en première ligne
Près de la moitié des cas mondiaux concernent des enfants. Les infections obstétricales, notamment après césarienne ou avortement, figurent parmi les premières causes de mortalité maternelle : pour 1 000 femmes accouchant, 11 subissent une infection entraînant une défaillance d’organe grave ou un décès.
Défis et enjeux contemporains
Les obstacles à la lutte contre la septicémie, rappelés chaque 13 septembre, sont moins technologiques qu’organisationnels et cognitifs.
Un diagnostic qui reste tardif
Il n’existe pas de test unique et rapide permettant d’affirmer un sepsis au chevet du patient. Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques et biologiques, et les signes précoces (fièvre, fatigue, confusion) sont communs à des affections bénignes. La méconnaissance du mot lui-même joue un rôle : de nombreuses familles endeuillées déclarent n’avoir jamais entendu le terme avant le décès de leur proche.
L’antibiorésistance
Le traitement repose sur une antibiothérapie probabiliste, administrée avant l’identification du germe. La progression des résistances augmente le risque d’inadéquation entre l’antibiotique choisi et la bactérie en cause, donc d’échec thérapeutique. Le sepsis et l’antibiorésistance forment ainsi un couple d’enjeux indissociables.
Un désert thérapeutique et des données lacunaires
Aucune innovation médicamenteuse spécifique majeure n’a abouti depuis plus de vingt ans ; les molécules candidates ont échoué en essais cliniques ou ont été retirées. Par ailleurs, l’hétérogénéité des définitions et des codages hospitaliers empêche toute comparaison internationale fiable, ce que l’OMS identifie explicitement comme un frein.
Comment se mobilise-t-on le 13 septembre ?
La Journée mondiale contre la septicémie du 13 septembre se traduit par des milliers d’actions coordonnées, du colloque hospitalier à la publication sur les réseaux sociaux.
Événements institutionnels et hospitaliers
- Colloques et journées portes ouvertes dans les services de réanimation et d’urgence
- Sessions de formation continue pour soignants sur le repérage précoce
- Congrès mondial du sepsis (World Sepsis Congress), organisé en ligne et gratuit par la Global Sepsis Alliance
- Illuminations de bâtiments publics et monuments aux couleurs de la campagne
Mobilisation associative en France
France Sepsis Association, première association de patients dédiée au sepsis en France, a été créée en 2020 par Jamila Hedjal après le décès de son fils Farès, 13 ans, d’un choc septique consécutif à une péritonite appendiculaire. Elle organise conférences, actions de sensibilisation auprès des collectivités et campagnes d’information, en France et à l’international. Les unités de recherche hospitalo-universitaires spécialisées relaient également la Journée mondiale contre la septicémie.
Actions numériques
Le site officiel worldsepsisday.org centralise les ressources, affiches et kits de communication traduits en plusieurs langues. Les publications utilisent les mots-clés #WorldSepsisDay et #StopSepsis. Les témoignages de survivants et de familles constituent le cœur des campagnes en ligne.
Comment participer à votre échelle à la Journée mondiale contre la septicémie
- Apprendre et faire circuler les signes d’alerte autour de vous
- Vérifier son calendrier vaccinal : la prévention des infections reste le premier levier contre le sepsis
- Respecter les règles d’hygiène des mains et de soin des plaies
- Ne pas banaliser une infection qui s’aggrave ou une fièvre qui s’accompagne de confusion
- Relayer les contenus des organisations de référence plutôt que des informations non sourcées
Repères chronologiques du sepsis
| Année | Jalon |
|---|---|
| 1992 : | adoption internationale du terme « sepsis » pour standardiser la définition |
| 2002 : | lancement de la Surviving Sepsis Campaign par les sociétés savantes de réanimation |
| 2010 : | création de la Global Sepsis Alliance |
| 2012 : | première Journée mondiale contre la septicémie et Déclaration mondiale sur le sepsis |
| 2016 : | définition Sepsis-3, fondée sur la dysfonction d’organe |
| 2017 : | résolution WHA70.7 de l’Assemblée mondiale de la Santé |
| 2020 : | premier rapport mondial de l’OMS sur le sepsis |
| 2025 : | premières recommandations françaises de la Haute Autorité de santé sur la prise en charge du sepsis |
Foire aux questions
Quelle est la date de la Journée mondiale contre la septicémie ?
La date de la Journée mondiale contre la septicémie est le 13 septembre, chaque année, sans variation. Elle a été instaurée en 2012 par la Global Sepsis Alliance et se tient donc pour la première fois le 13 septembre 2012.
Quelle est la différence entre septicémie et sepsis ?
La différence entre septicémie et sepsis tient à la définition médicale : « septicémie » désigne historiquement la présence de germes dans le sang, tandis que « sepsis », terme adopté internationalement en 1992, désigne la défaillance d’organe provoquée par la réponse dérégulée de l’organisme à une infection. Dans le langage courant, les deux mots sont employés comme synonymes.
Quels sont les premiers signes d’une septicémie ?
Les premiers signes d’une septicémie associent une infection connue ou suspectée à une confusion ou somnolence anormale, une respiration rapide, des frissons intenses avec fièvre élevée ou température anormalement basse, une peau marbrée, une douleur très intense et une baisse de la quantité d’urines. Devant ces signes, il faut appeler le 15.
Combien de personnes meurent de septicémie chaque année ?
Le nombre de personnes qui meurent de septicémie chaque année est estimé à 11 millions dans le monde, pour 48,9 millions de cas, soit environ 20 % de la mortalité mondiale totale, d’après les données 2017 publiées en 2020. En France, les estimations reprises par les autorités sanitaires évoquent jusqu’à 90 000 décès annuels.
La septicémie est-elle contagieuse ?
La septicémie n’est pas contagieuse en elle-même : c’est la réaction du corps d’une personne à sa propre infection, et elle ne se transmet pas. En revanche, l’infection qui la déclenche peut l’être, comme une grippe, une pneumonie ou une méningite, d’où l’importance de la vaccination et de l’hygiène des mains.
Peut-on guérir complètement d’une septicémie ?
On peut guérir complètement d’une septicémie, surtout lorsqu’elle est prise en charge précocement, mais une part importante des survivants conserve des séquelles : fatigue durable, troubles de la mémoire et de la concentration, douleurs, troubles anxio-dépressifs, et dans les formes les plus sévères des amputations. En France, environ 15 % des patients sortent vers des soins de suite ou de longue durée.
Un mot suffit parfois à sauver une vie
Le sepsis a ceci de particulier qu’il ne demande aucune technologie nouvelle pour reculer : il demande d’être reconnu. Les pays qui ont fait entrer ce mot dans le vocabulaire courant, au même titre qu’AVC ou infarctus, ont vu leur mortalité baisser. Le 13 septembre existe pour cela.
Retenez la question qui sauve, celle que les campagnes internationales invitent à poser à un soignant devant une infection qui s’aggrave : « Est-ce que ça pourrait être un sepsis ? » Et transmettez-la autour de vous. #StopSepsis
