7 avril : Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994

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Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 — Bouquet de fleurs blanches déposé au pied d’un mur de pierre, dans une atmosphère de mémoire et de recueillement.

Chaque 7 avril, les Nations unies commémorent la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. La date n’a rien d’arbitraire : elle marque le premier jour des massacres qui, en une centaine de jours, ont anéanti l’essentiel de la minorité tutsie rwandaise. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2003, cette journée n’est pas une célébration mais un temps d’arrêt : rendre hommage aux victimes, écouter les rescapés, combattre le négationnisme et interroger les mécanismes qui ont rendu possible l’un des crimes les plus rapides et les plus documentés du XXᵉ siècle.

Élément Information
Nom officiel Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994
Date 7 avril, chaque année (date fixe)
Instituée par Assemblée générale des Nations unies
Résolution fondatrice A/RES/58/234, adoptée le 23 décembre 2003
Dénomination actualisée Décision du 26 janvier 2018 (projet A/72/L.31), présentée par le Rwanda
Programme onusien associé Programme de communication sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 et l’ONU
Période commémorée 7 avril – mi-juillet 1994 (environ 100 jours)
Bilan humain Estimations de 500 000 à plus d’un million de morts selon les sources
Au Rwanda Kwibuka (« se souvenir ») : jour férié le 7 avril, deuil national jusqu’au 4 juillet
En France Journée nationale de commémoration depuis le décret n° 2019-435 du 13 mai 2019

Qu’est-ce que la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 ?

Une date qui marque le déclenchement des massacres

Le 6 avril 1994 au soir, l’avion transportant les présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira est abattu à l’approche de Kigali. Moins d’une demi-heure plus tard, des barrages contrôlés par des miliciens sont dressés dans la capitale pour identifier les Tutsis. Le 7 avril, la Radio Télévision Libre des Mille Collines attribue l’attentat au Front patriotique rwandais (FPR) et appelle ouvertement à l’élimination des Tutsis. Le même jour, la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, opposante hutue modérée, est assassinée avec les dix Casques bleus belges chargés de sa protection.

C’est ce basculement du 7 avril que la Journée internationale retient : non pas l’attentat de la veille, mais le premier jour d’exécution d’un plan d’extermination préparé de longue date.

Ce que recouvre le mot « génocide »

Le terme n’est pas une figure de style. Il renvoie à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par les Nations unies le 9 décembre 1948, qui définit le génocide comme l’ensemble des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a qualifié juridiquement les faits de 1994 de génocide dès son premier jugement, en 1998.

Le génocide des Tutsis présente trois caractéristiques qui le distinguent :

  • Sa vitesse : l’essentiel des meurtres est commis en une centaine de jours, avec des armes majoritairement rudimentaires (machettes, gourdins cloutés).
  • Sa proximité : les tueurs sont souvent des voisins, des collègues, parfois des membres de la famille par alliance. On parle de « génocide de proximité ».
  • Sa dimension administrative : bourgmestres, préfets, gendarmes et fonctionnaires ont encadré les massacres, transformant l’appareil d’État en machine d’extermination.

Origine et histoire de la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis

La résolution fondatrice de 2003

Le 23 décembre 2003, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution A/RES/58/234, qui proclame le 7 avril « Journée internationale de réflexion sur le génocide au Rwanda ». Le texte encourage les États membres, les organismes onusiens et la société civile à observer cette journée par des cérémonies et des activités à la mémoire des victimes. L’initiative intervient à l’approche du dixième anniversaire, dans un climat de remise en cause de l’inaction internationale de 1994.

Le 7 avril 2004, à Genève, le Secrétaire général Kofi Annan présente un plan d’action pour la prévention du génocide et annonce la création d’un poste de Conseiller spécial pour la prévention du génocide — institution qui existe toujours.

Du « génocide au Rwanda » au « génocide des Tutsis » : une dénomination corrigée

L’intitulé initial était imprécis : il ne désignait pas le groupe visé. Le 26 janvier 2018, sur proposition du Rwanda, l’Assemblée générale adopte sans vote une décision (projet A/72/L.31) qui rebaptise le 7 avril « Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 ». Le texte rappelle explicitement que des Hutus et d’autres personnes opposées au génocide ont également été tuées.

Deux ans plus tard, la résolution A/RES/74/273 du 20 avril 2020 étend cette correction au programme onusien de sensibilisation, devenu « Programme de communication sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 et l’Organisation des Nations Unies ».

Cette évolution sémantique est loin d’être cosmétique : nommer le groupe visé est une condition de la lutte contre le négationnisme, qui prospère précisément sur l’idée de massacres « réciproques » ou « spontanés ».

Chronologie officielle de la Journée internationale

Date Étape
9 décembre 1948 Adoption de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide
8 novembre 1994 Création du TPIR par le Conseil de sécurité
23 décembre 2003 Résolution A/RES/58/234 : le 7 avril devient Journée internationale de réflexion
7 avril 2004 Plan d’action de l’ONU pour la prévention du génocide ; création du Conseiller spécial
2005 Sommet mondial de l’ONU : consécration de la « responsabilité de protéger »
26 janvier 2018 La Journée est rebaptisée pour nommer explicitement les Tutsis
20 avril 2020 Résolution A/RES/74/273 : renommage du programme de communication onusien
Septembre 2023 Inscription de quatre sites mémoriaux rwandais au patrimoine mondial de l’UNESCO

Objectifs principaux de la Journée

  • Honorer la mémoire des victimes : rendre un hommage collectif aux personnes assassinées parce qu’identifiées comme tutsies, ainsi qu’aux Hutus et aux Twas tués pour s’être opposés aux massacres.
  • Soutenir les rescapés : reconnaître les traumatismes durables, les séquelles médicales et la précarité de nombreux survivants.
  • Combattre le négationnisme : contrer la minimisation, la banalisation et l’inversion des responsabilités, particulièrement actives en ligne.
  • Tirer les leçons de l’échec international : documenter les alertes ignorées et les défaillances des mécanismes de sécurité collective.
  • Prévenir de futures atrocités : nourrir l’éducation aux génocides et les dispositifs d’alerte précoce.

Comprendre le génocide de 1994 : repères historiques

Les racines d’une fracture construite

Avant la colonisation, Hutus et Tutsis partageaient la même langue, le même territoire, les mêmes croyances et les mêmes clans ; la frontière entre les groupes restait poreuse, un Hutu enrichi pouvant être assimilé au groupe tutsi. C’est l’administration coloniale — allemande puis belge — qui fige ces catégories, notamment par l’introduction de la mention ethnique sur les papiers d’identité.

À la fin des années 1950, la « révolution sociale » hutue (1959-1961) renverse la domination tutsie et déclenche les premiers exils massifs. À l’indépendance, en 1962, environ 120 000 personnes, essentiellement tutsies, ont déjà fui. À la fin des années 1980, quelque 480 000 Rwandais vivent en exil, principalement au Burundi, en Ouganda, au Zaïre et en Tanzanie.

Le Front patriotique rwandais, fondé en 1988 à Kampala, lance en octobre 1990 une offensive depuis l’Ouganda. La guerre civile qui s’ensuit sert de prétexte à une propagande d’État assimilant tout Tutsi à un complice de l’ennemi. Les accords de paix d’Arusha, signés en août 1993, ne seront jamais appliqués : pendant que le langage de la paix est tenu en public, des listes sont dressées, des milices — les Interahamwe — sont armées et entraînées, et des stocks de machettes sont importés.

Les cent jours

Date (1994) Événement
6 avril L’avion présidentiel est abattu au-dessus de Kigali ; premiers barrages dans la capitale
7 avril Appels au meurtre sur la RTLM ; assassinat de la Première ministre et de 10 Casques bleus belges
Mi-avril Massacres de masse dans les églises, écoles et stades où les Tutsis s’étaient réfugiés
21 avril Le Conseil de sécurité réduit la MINUAR de 2 165 à 270 hommes
17 mai Le Conseil de sécurité autorise une MINUAR renforcée, qui ne sera déployée que très tardivement
Avril-juin Résistance des Tutsis dans les collines de Bisesero, écrasée après plusieurs semaines
22 juin Autorisation de l’opération française Turquoise
4 juillet Le FPR prend Kigali ; date de la fête de la Libération au Rwanda
17 juillet Fin du génocide, le FPR contrôlant l’essentiel du territoire

L’échec de la communauté internationale

La Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), créée en octobre 1993, disposait d’un mandat de maintien de la paix inadapté à une entreprise d’extermination. Alertée par son propre commandement sur le terrain, elle est réduite à une force symbolique au moment précis où les massacres s’intensifient. Ce n’est qu’en mai que le Conseil de sécurité autorise un renforcement, resté longtemps sans effet faute de contributions en troupes.

L’opération Turquoise, autorisée le 22 juin et conduite par la France sous mandat onusien, a sauvé des civils dans le sud-ouest du pays — dont plusieurs milliers de rescapés du camp de Nyarushishi. Elle reste néanmoins vivement contestée : selon les Nations unies elles-mêmes, la zone qu’elle contrôlait a aussi permis à des militaires, responsables et miliciens impliqués dans le génocide de quitter le Rwanda.

Le bilan humain : ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne disent pas

Un nombre de victimes toujours débattu

Aucun décompte définitif n’existe. Les familles entièrement décimées n’ont laissé personne pour les déclarer, et le recensement ethnique de 1991 est lui-même contesté. Les principales estimations disponibles :

Source Estimation Observation
Recensement du ministère rwandais de l’Administration locale (publié en 2002) 1 074 017 morts, dont 934 218 identifiées Enquête menée en juillet 2000 ; 93,7 % des victimes tuées en tant que Tutsis
Nations unies (communication institutionnelle) « Plus d’un million » ou « jusqu’à un million » Formulation la plus courante dans les documents onusiens récents
Commission d’enquête onusienne (1994) Environ 800 000 Chiffre longtemps repris par les médias
Alison Des Forges / Human Rights Watch (1999) Environ 507 000 Tutsis tués Soit environ 77 % de la population recensée comme tutsie
Filip Reyntjens (1997) Environ 600 000 Tutsis tués Sur un total estimé à environ 1,1 million de morts

Les Nations unies et l’UNESCO retiennent aujourd’hui l’ordre de grandeur du million. Les travaux universitaires oscillent plutôt entre 500 000 et 800 000 Tutsis tués, auxquels s’ajoutent les Hutus opposés au génocide. Ces écarts tiennent aux méthodes — extrapolation démographique contre recensement nominatif — et non à un doute sur la réalité du génocide, dont l’intention destructrice est juridiquement établie.

Le viol comme arme du génocide

En 1996, le rapporteur spécial des Nations unies René Degni-Ségui estimait entre 250 000 et 500 000 le nombre de femmes et de filles violées pendant les cent jours. Les documents onusiens retiennent le plus souvent une fourchette de 100 000 à 250 000. L’Office national de la population du Rwanda a estimé entre 2 000 et 5 000 le nombre d’enfants nés de ces viols ; les associations de victimes jugent ce chiffre très inférieur à la réalité.

Le jugement rendu par le TPIR en 1998 dans l’affaire Akayesu a établi pour la première fois qu’un viol pouvait constituer un acte de génocide, jurisprudence devenue une référence du droit pénal international.

Une société décapitée

Le Rwanda de l’après-génocide comptait l’une des plus fortes proportions au monde de foyers dirigés par un mineur : environ 42 000 ménages élevaient près de 101 000 enfants. Des milliers de veuves, tutsies comme hutues, ont dû reconstruire seules, beaucoup contaminées par le VIH à la suite des viols. Le système judiciaire, l’école et les infrastructures avaient été détruits, et le pays a perdu la majorité de ses magistrats.

Juger le génocide : trois échelles de justice

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda

Créé le 8 novembre 1994, siégeant à Arusha (Tanzanie), le TPIR a fermé ses portes le 31 décembre 2015. Ses fonctions résiduelles sont assurées par le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux, institué en 2010.

Indicateur Chiffre
Personnes mises en accusation 93
Condamnations prononcées 61
Acquittements 14
Affaires renvoyées devant des juridictions nationales 10
Décès avant jugement 3
Actes d’accusation retirés 2

Le TPIR a marqué le droit international par plusieurs premières : première condamnation pour génocide par une juridiction internationale (Jean-Paul Akayesu, 1998), première condamnation d’un chef de gouvernement pour génocide (Jean Kambanda, ancien Premier ministre), et première condamnation de responsables de médias pour incitation au génocide (« affaire des médias », 2003).

Le 15 mai 2024, le Procureur du Mécanisme a annoncé que la trace de l’ensemble des fugitifs mis en accusation par le TPIR avait été retrouvée : deux arrestations — Félicien Kabuga en France en mai 2020, Fulgence Kayishema en Afrique du Sud en mai 2023 — et six décès confirmés. Le procès de Félicien Kabuga n’aura toutefois pas lieu : déclaré inapte à y participer en 2023 pour raisons médicales, il a vu la procédure suspendue de manière indéfinie. Le Procureur rappelait à la même occasion que plus d’un millier de personnes soupçonnées de génocide restent recherchées par les autorités nationales.

Les juridictions gacaca

Face à plus de 100 000 détenus en attente de jugement en l’an 2000, le Rwanda a réactivé une institution coutumière de règlement des litiges, la gacaca (« gazon », du lieu où l’assemblée se réunissait). Les juges, les inyangamugayo (« les intègres »), étaient élus par leur communauté et non professionnels.

Indicateur Chiffre
Lancement (phase pilote) 19 juin 2002
Généralisation des procès 2005
Clôture officielle 18 juin 2012
Juridictions créées 12 103
Procès jugés 1 958 634
Condamnations Environ 1,7 million

Le bilan reste discuté. Les gacaca ont permis de désengorger les prisons, de localiser des charniers, de restituer aux familles le récit de la mort de leurs proches et de faire émerger des cas de sauvetage de Tutsis par des voisins hutus. Elles ont aussi été critiquées pour des défaillances procédurales, des cas de corruption, la faiblesse des droits de la défense et l’exclusion de leur compétence des crimes attribués aux forces du FPR.

La compétence universelle et les procès à l’étranger

Faute d’extradition — plusieurs pays européens refusent d’extrader vers le Rwanda — des poursuites ont été engagées sur place, en Belgique, en Suisse, au Canada, en Suède, aux Pays-Bas, en Norvège et en France. Ces procès, tardifs et lourds, reposent largement sur le travail d’associations de parties civiles et sur des missions d’enquête menées au Rwanda plus de deux décennies après les faits.

Mémoire, négation et prévention : les enjeux contemporains

Les sites mémoriaux inscrits au patrimoine mondial

En septembre 2023, lors de la 45ᵉ session du Comité du patrimoine mondial, l’UNESCO a inscrit sur la Liste du patrimoine mondial le bien en série « Sites mémoriaux du génocide : Nyamata, Murambi, Gisozi et Bisesero ».

Site Nature Signification
Nyamata Église catholique construite en 1980 Lieu d’un massacre de réfugiés ; sépulture de dizaines de milliers de victimes
Murambi École technique construite en 1990 Massacre de réfugiés rassemblés sur le site ; conservation de corps momifiés
Gisozi (Kigali) Mémorial construit en 1999 Plus de 250 000 victimes y sont inhumées
Bisesero Mémorial construit en 1998 Mémoire de la résistance armée des Tutsis pendant plus de deux mois

Ces inscriptions font des lieux du génocide un patrimoine protégé au titre de leur valeur universelle exceptionnelle, au même titre que d’autres sites de mémoire liés à des crimes de masse.

Le négationnisme, un combat toujours ouvert

Trente ans après, la contestation ne porte plus guère sur la matérialité des faits mais sur leur qualification et leur ampleur : minimisation du nombre de victimes, théorie du « double génocide », remise en cause de la préméditation. Ce discours circule dans certains milieux de la diaspora, sur les réseaux sociaux et parfois dans des publications se réclamant de la démarche scientifique. Le Rwanda a inscrit la négation et la banalisation du génocide dans son droit pénal ; plusieurs États européens, dont la France, permettent également d’en poursuivre la contestation.

L’architecture onusienne de prévention

Dispositif Année Fonction
Convention sur le génocide 1948 Définit et criminalise le génocide en droit international
Bureau du Conseiller spécial pour la prévention du génocide 2004 Alerte précoce, analyse des situations à risque
Responsabilité de protéger (R2P) 2005 Engage la communauté internationale lorsqu’un État manque à protéger sa population
Journée internationale de commémoration des victimes du crime de génocide 9 décembre Complète le 7 avril par une commémoration non liée à un cas particulier

Comment participer à la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis

Au Rwanda : Kwibuka et les cent jours de deuil

Le 7 avril ouvre au Rwanda la période de Kwibuka (« se souvenir »). Le jour est férié ; les transports publics sont réduits, écoles et lieux de divertissement ferment. Une flamme du souvenir est allumée au mémorial de Gisozi et circule dans le pays. La première semaine, Icyunamo, est une semaine de deuil national : musique festive proscrite dans l’espace public, veillées de témoignages, cérémonies d’inhumation dignes pour des restes exhumés de charniers. La période s’achève le 4 juillet avec la fête de la Libération.

Dans les institutions internationales

Chaque année, à cette date ou aux alentours, les Nations unies organisent des cérémonies à leur siège à New York et dans leurs bureaux à travers le monde — notamment à Genève, au Palais des Nations. L’UNESCO, à Paris, associe expositions, tables rondes et témoignages de rescapés, avec un accent sur l’enseignement des génocides. Ces événements sont généralement retransmis en ligne et accessibles librement.

Ce que chacun peut faire

  • Lire les rescapés : les témoignages recueillis par les historiens et les archives orales sont la porte d’entrée la plus juste vers l’événement.
  • Visiter un mémorial : au Rwanda, les sites de Nyamata, Murambi, Gisozi et Bisesero sont ouverts au public ; en France, des lieux de mémoire et des cérémonies associatives sont organisés le 7 avril.
  • Se former : les ressources pédagogiques du programme de communication de l’ONU, les fiches thématiques onusiennes et les archives audio du TPIR sont accessibles gratuitement.
  • Signaler le négationnisme : sur les plateformes en ligne, la banalisation du génocide relève souvent des conditions d’utilisation et parfois de la loi.
  • Soutenir les rescapés : plusieurs associations, au Rwanda et en Europe, financent des soins, des scolarisations et des accompagnements psychologiques.
  • Observer un temps de silence : la simplicité du geste correspond à l’esprit de « réflexion » inscrit dans le nom même de la journée.

La France et le 7 avril

Une journée nationale de commémoration depuis 2019

À l’occasion du 25ᵉ anniversaire du génocide, le président de la République a décidé de faire du 7 avril une journée officielle de commémoration en France. Cette décision a été formalisée par le décret n° 2019-435 du 13 mai 2019 relatif à la commémoration annuelle du génocide des Tutsi. Le 7 avril rejoint ainsi le 24 avril (génocide arménien) et le dernier dimanche d’avril (déportation) dans le calendrier mémoriel français. Des cérémonies sont organisées chaque année, notamment au Jardin de la mémoire du parc de Choisy, à Paris.

Le rapport Duclert et la reconnaissance des responsabilités

En avril 2019, une commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi est installée, présidée par l’historien Vincent Duclert. Son rapport, remis le 26 mars 2021, conclut à des responsabilités « lourdes et accablantes » de la France dans le processus ayant conduit au génocide, tout en écartant la thèse d’une complicité. Dans la foulée, d’importants fonds d’archives sont ouverts au public.

Le 27 mai 2021, à Kigali, Emmanuel Macron reconnaît les responsabilités de la France sans présenter d’excuses formelles — un discours salué par les autorités rwandaises. En avril 2024, il déclare que la France, « qui aurait pu arrêter le génocide avec ses alliés occidentaux et africains, n’en a pas eu la volonté ». La question du rôle exact des autorités françaises entre 1990 et 1994 continue de faire l’objet de travaux historiques et de contentieux.

Les procès en France

La France a ouvert un pôle judiciaire spécialisé dans les crimes contre l’humanité en 2012, après des années de procédures enlisées. Les principales affaires jugées :

Affaire Fonction en 1994 Décision
Pascal Simbikangwa Capitaine, ancien de la garde présidentielle 25 ans de réclusion (2014), confirmés en appel puis en cassation
Octavien Ngenzi et Tito Barahira Bourgmestres successifs de Kabarondo Réclusion à perpétuité (2016), confirmée en appel en 2018
Claude Muhayimana Chauffeur, employé d’hôtel à Kibuye 14 ans de réclusion (2021), confirmés en appel
Laurent Bucyibaruta Préfet de Gikongoro 20 ans de réclusion (2022) pour complicité ; décédé avant son procès en appel
Philippe Hategekimana Adjudant-chef de gendarmerie Réclusion à perpétuité (2023)
Sosthène Munyemana Médecin à Butare 24 ans de réclusion en première instance (2023), peine confirmée en appel en 2025

Ces procès, tenus vingt à trente ans après les faits, sont critiqués pour leur lenteur. Ils ont en revanche produit un matériau historique considérable : des centaines d’heures de témoignages, des expertises et des reconstitutions qui documentent le fonctionnement administratif du génocide à l’échelle d’une commune.

Foire aux questions

Pourquoi la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis a-t-elle lieu le 7 avril ?

La Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis a lieu le 7 avril parce que cette date marque le premier jour des massacres, en 1994. L’attentat contre l’avion présidentiel s’est produit la veille au soir, mais c’est le 7 avril que les appels au meurtre sont diffusés sur les ondes, que les barrages se généralisent et que sont assassinés la Première ministre Agathe Uwilingiyimana et les dix Casques bleus belges chargés de sa protection.

Quelle est la différence entre « génocide au Rwanda » et « génocide des Tutsis » ?

La différence entre « génocide au Rwanda » et « génocide des Tutsis » tient à la désignation du groupe visé. L’appellation initiale de 2003 ne nommait pas les victimes ; l’Assemblée générale des Nations unies l’a corrigée le 26 janvier 2018, sur proposition du Rwanda, pour retenir « génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 ». Nommer le groupe visé est un élément central de la lutte contre le négationnisme, tout en rappelant que des Hutus et des Twas opposés aux massacres ont également été tués.

Combien de personnes sont mortes pendant le génocide des Tutsis au Rwanda ?

Le nombre de personnes mortes pendant le génocide des Tutsis au Rwanda n’est pas établi avec certitude. Le recensement rwandais publié en 2002 fait état de 1 074 017 victimes, dont 934 218 identifiées nominativement. Les Nations unies et l’UNESCO retiennent l’ordre de grandeur du million, tandis que les travaux universitaires situent plutôt le nombre de Tutsis tués entre 500 000 et 800 000. Ces écarts s’expliquent par les méthodes de comptage et par la contestation du recensement ethnique de 1991.

Combien de temps a duré le génocide des Tutsis au Rwanda ?

Le génocide des Tutsis au Rwanda a duré une centaine de jours, du 7 avril 1994 au 17 juillet 1994, date à laquelle le Front patriotique rwandais contrôlait l’essentiel du territoire. Le Rwanda observe une période de deuil national qui s’ouvre le 7 avril et s’achève le 4 juillet, jour de la Libération, correspondant à la prise de Kigali.

Qui a jugé les responsables du génocide des Tutsis au Rwanda ?

Les responsables du génocide des Tutsis au Rwanda ont été jugés à trois niveaux. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda, créé en 1994 et fermé en 2015, a mis en accusation 93 personnes et prononcé 61 condamnations. Les juridictions communautaires gacaca ont jugé près de deux millions d’affaires entre 2002 et 2012. Enfin, plusieurs pays, dont la France, la Belgique, la Suisse et le Canada, ont engagé des poursuites au titre de la compétence universelle.

Le 7 avril est-il une journée de commémoration officielle en France ?

Oui : le 7 avril est une journée de commémoration officielle en France depuis le décret n° 2019-435 du 13 mai 2019 relatif à la commémoration annuelle du génocide des Tutsi. Des cérémonies publiques et associatives sont organisées chaque année, notamment à Paris. Cette reconnaissance s’inscrit dans un mouvement plus large, marqué par le rapport de la commission Duclert remis en 2021 et par l’ouverture des archives françaises de la période 1990-1994.

Se souvenir, pour que « plus jamais ça » cesse d’être une formule

Le 7 avril n’appelle ni célébration ni pathos. Il demande une chose plus exigeante : regarder en face la mécanique ordinaire qui a transformé, en quelques semaines, des voisins en tueurs et un appareil d’État en instrument d’extermination. Cette mécanique n’a rien de spécifiquement rwandais — elle a commencé par des mots, des listes, des cartes d’identité, une radio.

Rendre hommage aux victimes, écouter les rescapés tant qu’ils sont là pour témoigner, refuser les récits qui diluent les responsabilités : voilà ce que propose cette journée. Le nom que le Rwanda lui donne, Kwibuka, dit simplement « se souvenir ». C’est le premier acte de prévention.

Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 7 avril.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes, Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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