Le 14 septembre, la Journée mondiale de l’eczéma atopique (World Atopic Eczema Day) mobilise associations de patients, dermatologues et hôpitaux autour d’une maladie inflammatoire chronique de la peau encore largement réduite à un « simple problème de peau ». Lancée en 2018, cette journée n’est pas une observance officielle des Nations unies : elle est portée par deux fédérations d’associations de patients, GlobalSkin (International Alliance of Dermatology Patient Organizations) et l’EFA (European Federation of Allergy and Airways Diseases Patients’ Associations). Son objectif tient en une phrase : faire reconnaître l’eczéma atopique comme une maladie systémique, douloureuse et invalidante, et non comme un désagrément esthétique passager.
C’est quoi l’eczéma atopique ?
L’eczéma atopique, dont la Journée mondiale se tient le 14 septembre, est une maladie chronique inflammatoire de la peau qui évolue par poussées, entrecoupées de phases d’accalmie. Les termes « eczéma atopique » et « dermatite atopique » désignent exactement la même pathologie. Deux mécanismes se combinent :
- Une altération de la barrière cutanée, souvent liée à des anomalies du gène codant la filaggrine, une protéine indispensable à la cohésion de la couche cornée. La peau retient mal l’eau, devient sèche (xérose) et laisse pénétrer les allergènes de l’environnement.
- Une réponse immunitaire excessive, qui déclenche rougeurs, démangeaisons, vésicules, suintements et croûtes.
La maladie n’est ni contagieuse, ni psychosomatique, ni causée par un manque d’hygiène. Le prurit (démangeaison) en est le symptôme cardinal : il précède souvent les lésions, s’aggrave la nuit et entretient un cercle vicieux de grattage.
Des localisations qui changent avec l’âge
| Âge | Zones habituellement touchées |
|---|---|
| Nourrisson (dès 3 mois) | Joues, front, cuir chevelu, faces externes des membres, fesses |
| Enfant | Plis des coudes et des genoux, cou, poignets, chevilles, mains |
| Adolescent et adulte | Visage et paupières, cou, mains, plis de flexion, formes diffuses |
La dermatite atopique est fréquemment la première étape de ce que les allergologues appellent la « marche atopique » : elle précède ou accompagne les allergies alimentaires, la rhinite allergique et l’asthme.
Origine et histoire de la Journée mondiale de l’eczéma atopique
Création de la Journée mondiale de l’eczéma atopique
La date du 14 septembre a été retenue en 2018, lors du lancement de cette campagne internationale par GlobalSkin et l’EFA. Les deux organisations coordonnent chaque année une boîte à outils (toolkit) mise à disposition de leurs associations membres : communiqués types, visuels pour les réseaux sociaux, modèles de courriers aux décideurs publics. GlobalSkin a également créé un fonds dédié permettant de financer les actions locales de ses organisations membres. En France, la journée est relayée notamment par l’Association française de l’eczéma, l’AFPRAL (Association française pour la prévention des allergies), la Société française de dermatologie et le Groupe de recherche sur l’eczéma atopique (GREAT), avec des stands et expositions dans les services de dermatologie hospitaliers. À ne pas confondre : l’Association française de l’eczéma organise par ailleurs une Journée nationale de l’eczéma, distincte, au début du mois de juin, avec conférences et rencontres à Paris, en région et en ligne.
Objectifs principaux
- Faire reconnaître le fardeau réel de la maladie : douleur, prurit permanent, troubles du sommeil, retentissement psychologique.
- Sortir du registre cosmétique : l’eczéma atopique est une maladie chronique qui relève d’un suivi médical structuré.
- Défendre l’accès aux soins : accès équitable aux dermatologues, à l’éducation thérapeutique et aux traitements innovants.
- Soutenir les aidants, en particulier les parents d’enfants atteints, dont le quotidien et le sommeil sont durablement affectés.
- Donner la parole aux patients, par le témoignage et le récit de vie.
Importance et impact de l’eczéma atopique
La Journée mondiale du 14 septembre s’appuie sur un constat chiffré : l’eczéma atopique est l’une des maladies de peau les plus répandues au monde, et la deuxième dermatose la plus fréquente en France après l’acné.
Un fardeau médical sous-estimé
| Population | Prévalence estimée | Source |
|---|---|---|
| Enfants, pays à haut revenu | jusqu’à 20 % | Manuel MSD (édition professionnelle) |
| Adultes, pays à haut revenu | jusqu’à 10 % | Manuel MSD (édition professionnelle) |
| Enfants et adolescents, monde | 11,1 % (prévalence ponctuelle) | Méta-analyse 2024, 310 études, 25,5 millions de participants |
| Adultes, monde | 6,3 % (prévalence ponctuelle) | Méta-analyse 2024 |
| France, 15 ans et plus | 2,5 millions de personnes, soit 4,65 % | Étude Objectifs Peau, Société française de dermatologie |
| Enfants, France | environ 1 sur 10 | Inserm |
La part des formes sévères, celles qui concentrent l’essentiel du fardeau clinique et économique, est estimée entre 1,9 % et 7,2 % chez les plus jeunes et entre 2,8 % et 15,6 % chez les adultes. Les complications les plus fréquentes sont les surinfections des lésions par le staphylocoque doré et, plus rarement mais plus gravement, par le virus de l’herpès (eczema herpeticum), qui constitue une urgence thérapeutique.
Un impact psychologique et social lourd
Le retentissement psychique est l’un des messages centraux du 14 septembre. Les démangeaisons nocturnes fragmentent le sommeil du patient et, chez l’enfant, celui de toute la famille. Les lésions visibles du visage et des mains exposent au regard des autres et à la stigmatisation. Les enquêtes internationales rapportent qu’environ 30 % des patients présentent des symptômes d’anxiété ou de dépression. L’Association française de l’eczéma a fait de la santé mentale et du risque suicidaire l’un des axes de ses campagnes récentes.
Un coût économique réel
Le coût de la maladie se répartit entre dépenses de santé (consultations, émollients souvent non remboursés, traitements systémiques onéreux) et coûts indirects : absentéisme, baisse de productivité au travail, journées d’école manquées, temps consacré aux soins quotidiens par les parents.
L’eczéma atopique à travers le monde
Le 14 septembre est une date commune, mais la réalité de l’eczéma atopique varie fortement d’un pays à l’autre.
Des prévalences très inégales
Les prévalences mesurées en Europe vont de 7 à 28 % selon les études par questionnaire, et de 6 à 16 % selon les études fondées sur un examen médical. La maladie touche davantage les enfants vivant en zone urbaine et dans les pays à revenu élevé. Sa fréquence a nettement augmenté entre les années 1960 et 1990 dans les sociétés industrialisées, avec un plateau apparent dans certaines d’entre elles depuis les années 2000.
Des inégalités d’accès aux soins
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, même les traitements de base (émollients, dermocorticoïdes) restent hors de portée financière pour une partie des patients, et la densité de dermatologues est très faible. C’est l’une des raisons pour lesquelles la campagne du 14 septembre articule son plaidoyer avec la résolution « Les maladies de peau, priorité mondiale de santé publique », adoptée en mai 2025 lors de la 78e Assemblée mondiale de la Santé. Portée par la Côte d’Ivoire et co-parrainée par la Colombie, la Chine, l’Égypte, la Micronésie, le Nigéria et le Togo, cette résolution engage pour la première fois l’OMS et ses États membres sur un plan d’action mondial consacré à la santé de la peau.
Défis et enjeux contemporains
Les obstacles auxquels se heurte la Journée mondiale de l’eczéma atopique, célébrée le 14 septembre, sont de trois ordres.
La banalisation de la maladie
Considérer l’eczéma comme « juste une plaque qui gratte » retarde le diagnostic, décourage les patients de consulter et nourrit une automédication inefficace. La corticophobie, c’est-à-dire la peur des dermocorticoïdes, reste très répandue et conduit à des sous-traitements alors que ces produits, correctement prescrits et appliqués, sont le pilier du traitement des poussées.
L’accès aux traitements innovants
Les biothérapies et les inhibiteurs de JAK ont transformé la prise en charge des formes modérées à sévères depuis 2018. Leur remboursement reste toutefois conditionné, en France, à des critères de sévérité et à un parcours de traitements préalables. La Société française de dermatologie a publié fin 2024 ses premières recommandations complètes depuis la conférence de consensus du début des années 2000, et plaide pour un accès remboursé de ces molécules en première ligne systémique.
Les facteurs environnementaux
La hausse rapide de la prévalence sur quarante ans ne peut s’expliquer par la seule génétique. Sont évoqués : l’excès d’hygiène et la moindre stimulation précoce du système immunitaire, le lavage trop fréquent de la peau, les habitats mal ventilés favorables aux acariens, l’exposition au tabac et aux pollutions urbaines. Le poids relatif de chacun de ces facteurs reste difficile à établir.
Comment participer à la Journée mondiale de l’eczéma atopique
Dans les hôpitaux et les institutions
Les services de dermatologie organisent des stands d’information, des expositions et des rencontres avec les équipes soignantes, souvent sur toute la semaine du 14 septembre. Les écoles de l’atopie, structures d’éducation thérapeutique, y présentent leurs ateliers d’apprentissage des soins locaux.
Du côté des associations
Les associations de patients diffusent les kits de campagne de GlobalSkin et de l’EFA, recueillent des témoignages vidéo et interpellent les décideurs publics au moyen des modèles de courriers fournis.
En ligne
La campagne de la Journée mondiale de l’eczéma atopique se relaie principalement sous le mot-clé #WorldAtopicEczemaDay, auquel s’ajoute chaque année un mot-clé thématique. Partager le témoignage d’un patient, une infographie de prévalence ou un rappel sur la corticophobie a plus d’effet qu’un message générique.
À l’échelle individuelle
- Appliquer un émollient tous les jours, y compris hors poussée : c’est le traitement de fond.
- Ne pas interrompre un dermocorticoïde de sa propre initiative par crainte d’effets secondaires, mais en parler à son médecin.
- Consulter devant un eczéma qui résiste, qui suinte, qui devient douloureux ou qui s’accompagne de fièvre.
- Signaler à l’école ou à l’employeur l’impact de la maladie sur le sommeil et la concentration.
Cet article est destiné à l’information générale. Il ne remplace pas une consultation médicale, seul un médecin peut établir un diagnostic et prescrire un traitement.
Où en est la recherche sur l’eczéma atopique ?
Le 14 septembre est aussi l’occasion de faire le point sur un domaine qui a connu une accélération rare en dermatologie. L’arsenal thérapeutique s’organise aujourd’hui par paliers.
| Niveau | Traitements |
|---|---|
| Traitement de fond, tous patients | Émollients quotidiens, éviction des irritants |
| Poussées | Dermocorticoïdes, inhibiteurs de la calcineurine topiques, traitement dit proactif deux jours par semaine sur les zones habituellement atteintes en cas de récidives fréquentes |
| Formes modérées à sévères, voie systémique | Ciclosporine et autres immunosuppresseurs oraux |
| Biothérapies injectables | Dupilumab (anti-IL4/IL13), tralokinumab et lébrikizumab (anti-IL13) |
| Inhibiteurs de JAK, voie orale | Baricitinib, upadacitinib, abrocitinib |
Les recommandations françaises placent biothérapies et inhibiteurs de JAK au même niveau, sans hiérarchie établie entre eux : le choix dépend de la sévérité, de l’âge, des comorbidités et des contre-indications. Les travaux en cours portent notamment sur le microbiote cutané et intestinal, sur le rôle des fibres nerveuses dans le prurit, et sur les facteurs prénataux, une étude Inserm publiée en 2025 ayant suggéré un rôle du stress maternel pendant la grossesse dans l’eczéma du nourrisson.
Foire aux questions sur l’eczéma atopique
Quand a lieu la Journée mondiale de l’eczéma atopique ?
La Journée mondiale de l’eczéma atopique a lieu le 14 septembre de chaque année, à date fixe, depuis son lancement en 2018.
Quelle est la différence entre eczéma atopique et dermatite atopique ?
Il n’y a aucune différence entre eczéma atopique et dermatite atopique : les deux termes désignent la même maladie inflammatoire chronique de la peau. « Dermatite atopique » est la dénomination médicale la plus employée par les dermatologues.
L’eczéma atopique est-il contagieux ?
L’eczéma atopique n’est pas contagieux. Il résulte d’une prédisposition génétique associée à des facteurs d’environnement, et ne se transmet ni par contact, ni par les vêtements, ni par la piscine.
L’eczéma atopique disparaît-il à l’âge adulte ?
L’eczéma atopique disparaît chez une large part des enfants, environ la moitié avant l’âge de cinq ans selon l’Inserm, mais il persiste ou réapparaît à l’âge adulte chez une proportion non négligeable de patients, et il peut aussi débuter tardivement.
Qui a créé la Journée mondiale de l’eczéma atopique ?
La Journée mondiale de l’eczéma atopique a été créée en 2018 par GlobalSkin, alliance internationale d’associations de patients en dermatologie, et par l’EFA, fédération européenne des associations de patients allergiques et respiratoires. Elle n’est pas une journée internationale officielle de l’ONU.
Quels traitements existent contre l’eczéma atopique ?
Les traitements de l’eczéma atopique reposent sur les émollients en traitement de fond, les dermocorticoïdes et les inhibiteurs de la calcineurine pendant les poussées, puis, pour les formes modérées à sévères, sur des traitements systémiques : ciclosporine, biothérapies (dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab) et inhibiteurs de JAK (baricitinib, upadacitinib, abrocitinib).
Une peau qui gratte, une vie entière concernée
Derrière une plaque rouge, il y a des nuits coupées, des vêtements choisis par défaut, des enfants qui se griffent en dormant et des parents épuisés. C’est tout le sens du 14 septembre : rappeler que l’eczéma atopique se soigne, que les traitements ont considérablement progressé, et qu’aucun patient ne devrait s’entendre dire que ce n’est « rien de grave ». Parlez-en autour de vous, partagez un témoignage, et si votre peau vous gâche la vie, prenez rendez-vous.
