Chaque année, le quatrième jeudi du mois d’avril, l’Union internationale des télécommunications (UIT), institution spécialisée des Nations Unies pour les technologies numériques, invite ses 194 États Membres à célébrer la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC. Née de la Résolution 70 adoptée en 2010, cette journée poursuit un objectif simple et mesurable : donner aux filles et aux jeunes femmes l’envie, les moyens et la légitimité de se former puis de travailler dans les technologies de l’information et de la communication.
Derrière la célébration se cache un constat têtu. Les femmes représentent la moitié de la population mondiale, mais une minorité des effectifs techniques du numérique, une minorité des diplômées en informatique, et une minorité des professionnels de l’intelligence artificielle. La Journée des jeunes filles dans le secteur des TIC existe pour que cet écart cesse d’être une fatalité.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date | Quatrième jeudi d’avril (date mobile) |
| Créée par | Union internationale des télécommunications (UIT) |
| Texte fondateur | Résolution 70 de la Conférence de plénipotentiaires (Guadalajara, 2010), révisée (Dubaï, 2018) |
| Première édition | 28 avril 2011 |
| Portée | Mondiale — 194 États Membres de l’UIT |
| Hashtag | #GirlsinICT |
🖥️ C’est quoi les TIC, et pourquoi une journée pour les jeunes filles ?
Définir les TIC
Les TIC — technologies de l’information et de la communication — désignent l’ensemble des outils et infrastructures permettant de produire, stocker, transmettre et traiter l’information : réseaux de télécommunication, Internet, logiciels, terminaux mobiles, centres de données, cybersécurité, intelligence artificielle. Le secteur recouvre aussi bien des métiers techniques (développement, administration systèmes, data, cybersécurité) que des fonctions de conception, de gestion de projet et de gouvernance numérique.
Une sous-représentation qui commence tôt
La Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC cible spécifiquement les adolescentes et les jeunes femmes, parce que c’est à ce moment-là que se joue l’orientation. Les données mondiales sont convergentes :
- les femmes ne représentent que 35 % des diplômés des filières STEM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) ;
- elles constituent 28 % des diplômés en ingénierie et 40 % des diplômés en informatique ;
- dans l’intelligence artificielle, elles ne forment qu’environ un cinquième des professionnels (22 %) ;
- moins de 2 % des candidatures dans le secteur quantique émanent de femmes.
Le problème n’est pas celui des compétences, mais celui de la projection : les filles s’autocensurent avant même d’avoir essayé, faute de modèles, d’encouragement et de représentation.
📜 Origine et histoire de la Journée des jeunes filles dans le secteur des TIC
La Résolution 70, texte fondateur
Tout part de la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT réunie à Guadalajara (Mexique) en 2010. Les États Membres y adoptent la Résolution 70, consacrée à l’intégration du principe d’égalité entre les femmes et les hommes dans les activités de l’Union et à l’autonomisation des femmes par les technologies. Ce texte invite tous les membres de l’UIT à célébrer, chaque année, le quatrième jeudi d’avril, une Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC. La Résolution 70 a depuis été révisée, notamment lors de la Conférence de plénipotentiaires de Dubaï en 2018.
Le choix du jeudi n’est pas anodin : il s’agit d’un jour de semaine scolaire et ouvré, qui permet d’organiser des journées portes ouvertes en entreprise, des visites d’établissements et des ateliers en classe. La contrepartie, c’est une date mobile, qui varie chaque année entre le 22 et le 28 avril.
Chronologie
| Année | Étape |
|---|---|
| 2010 | Adoption de la Résolution 70 à la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT (Guadalajara, Mexique) |
| 2011 | Première célébration mondiale, le 28 avril |
| 2018 | Révision de la Résolution 70 à la Conférence de plénipotentiaires (Dubaï) |
| Aujourd’hui | Plus de 417 000 filles et jeunes femmes ont participé à plus de 11 590 manifestations dans 175 pays |
Les objectifs de la Journée
- Susciter des vocations : faire découvrir concrètement les métiers du numérique à des filles qui ne s’y projettent pas spontanément.
- Donner à voir des modèles : mettre en avant des ingénieures, chercheuses, développeuses et dirigeantes du secteur, dans une logique de dialogue intergénérationnel.
- Développer les compétences : ateliers de code, hackathons, initiations à la robotique, à la cybersécurité et à l’IA.
- Interpeller les employeurs : rappeler aux entreprises technologiques l’intérêt économique et opérationnel d’équipes mixtes.
- Réduire la fracture numérique de genre : agir sur l’accès aux équipements, à la connexion et aux compétences numériques.
📊 L’importance de la Journée des jeunes filles dans le secteur des TIC
Une fracture numérique de genre encore ouverte
L’accès même à Internet reste inégal. Selon le rapport Faits et chiffres 2025 de l’UIT, la connectivité progresse — environ 6 milliards d’utilisateurs, soit près des trois quarts de l’humanité — mais les écarts persistent.
| Fracture numérique | Écart mesuré |
|---|---|
| Genre | 77 % des hommes connectés, contre 71 % des femmes |
| Revenu | 94 % des habitants des pays à revenu élevé, contre 23 % dans les pays à faible revenu |
| Territoire | 85 % en milieu urbain, contre 58 % en milieu rural |
| Âge | 82 % des 15-24 ans, contre 72 % du reste de la population |
Ces fractures se cumulent : une adolescente vivant en zone rurale dans un pays à faible revenu subit trois désavantages simultanés.
Un enjeu économique
La sous-représentation féminine dans le numérique n’est pas seulement une question d’équité. Le secteur des TIC connaît une pénurie durable de compétences, dans la cybersécurité comme dans la data ou l’IA. Se priver de la moitié du vivier de talents est un handicap de compétitivité. Les Nations Unies estiment que combler l’écart d’utilisation d’Internet entre femmes et hommes dans les pays à revenu faible et intermédiaire pourrait ajouter plus de 1 000 milliards de dollars au PIB mondial.
Un enjeu de conception technologique
Les systèmes techniques reflètent ceux qui les conçoivent. Quand une équipe de développement est homogène, les biais passent inaperçus : jeux de données déséquilibrés, algorithmes moins performants sur certaines populations, interfaces pensées pour un usage type. À l’heure où l’intelligence artificielle arbitre des recrutements, des diagnostics et des attributions de crédit, la mixité des équipes devient une exigence de qualité autant qu’un principe.
🌍 La Journée des jeunes filles dans le secteur des TIC à travers le monde
Une célébration mondiale tournante
Chaque année, l’UIT organise une célébration mondiale accueillie par une ou plusieurs de ses régions — Afrique, Amériques, États arabes, Asie-Pacifique, Communauté des États indépendants, Europe. L’événement associe un pays hôte, son ministère chargé du numérique et son régulateur des télécommunications, et il est retransmis en direct pour un public international. Cette rotation géographique évite que la journée ne devienne un rendez-vous exclusivement genevois.
Des formats adaptés aux réalités locales
- Afrique subsaharienne et Asie du Sud : l’accent porte d’abord sur l’accès — distribution d’équipements, connexion des établissements scolaires, alphabétisation numérique de base, là où la possession d’un smartphone reste elle-même inégalitaire.
- Amérique latine et Caraïbes : les partenariats régionaux structurent des programmes pluriannuels de mentorat, souvent portés par des organisations d’intégration régionale.
- Europe et Amérique du Nord : la priorité va à l’orientation scolaire et à la lutte contre les stéréotypes, dans des pays où l’accès n’est plus le problème mais où la part des filles dans les filières techniques stagne.
- États arabes : plusieurs pays affichent des proportions élevées de diplômées en ingénierie, ce qui déplace l’enjeu vers l’insertion professionnelle et le maintien en emploi.
Une durée variable
Si la journée est officiellement fixée au quatrième jeudi d’avril, de nombreux pays l’étendent sur une semaine entière, voire sur tout le mois, pour multiplier les visites d’entreprises et les ateliers scolaires.
⚠️ Les défis contemporains
Les stéréotypes, verrou principal
L’informatique reste massivement perçue comme un métier masculin, y compris par les élèves eux-mêmes. Ce préjugé agit très tôt, bien avant le choix d’une spécialité : les filles se disent moins légitimes dans ces disciplines, même lorsqu’elles y réussissent aussi bien. Les prescripteurs d’orientation — parents, enseignants, entourage — encouragent nettement moins les filles que les garçons à se diriger vers ces filières.
Le maintien en emploi
Attirer ne suffit pas. Une part importante des femmes du numérique déclare avoir été confrontée à des comportements sexistes en poste. S’y ajoutent des écarts de rémunération et un plafond de verre dans les fonctions techniques et de direction. Le secteur perd ainsi des professionnelles qu’il a mis des années à former.
L’intelligence artificielle, nouvelle ligne de fracture
L’IA reproduit le déséquilibre observé ailleurs, mais avec un effet démultiplicateur : les technologies conçues aujourd’hui structureront les usages de plusieurs décennies. Le risque est celui d’un enfermement — des systèmes bâtis sans les femmes, qui rendront ensuite plus difficile leur entrée dans le secteur.
L’accès et l’abordabilité
Dans une large partie du monde, la question demeure matérielle : coût des terminaux, prix de la connexion, couverture réseau. Tant que l’équipement pèse une part disproportionnée du revenu, les arbitrages familiaux se font rarement en faveur des filles.
🙋 Comment participer à la Journée des jeunes filles dans le secteur des TIC
Pour les établissements scolaires
- Organiser une visite d’entreprise technologique ou d’un centre de données.
- Inviter une professionnelle du numérique à témoigner devant une classe.
- Mettre en place un atelier d’initiation : code, robotique, cybersécurité, création numérique.
- Présenter les filières et les débouchés concrets aux élèves de troisième et de seconde.
Pour les entreprises et les institutions
- Ouvrir ses portes à des groupes de collégiennes et de lycéennes.
- Proposer du mentorat de longue durée plutôt qu’une action ponctuelle.
- Publier ses propres chiffres de mixité, y compris quand ils sont mauvais.
- Enregistrer son événement auprès de l’UIT pour qu’il figure sur la carte mondiale des célébrations.
Pour les particuliers
- Relayer la journée sur les réseaux sociaux avec le mot-clé #GirlsinICT.
- Encourager concrètement une adolescente de son entourage à tester un atelier de code.
- Soutenir les associations qui interviennent en milieu scolaire toute l’année.
🇫🇷 La France et la place des jeunes filles dans le numérique
Des chiffres qui ne décollent pas
La France ne fait pas exception, et ses indicateurs d’orientation sont particulièrement bas.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part des filles dans la spécialité NSI au lycée général | environ 15 % |
| Femmes dans les filières techniques du numérique | environ 19 % |
| Femmes en cycle ingénieur informatique et sciences numériques | environ 17 % |
| Femmes en BTS informatique | environ 6 % |
| Objectif national de féminisation des filières techniques du numérique | 30 % d’ici 2030 |
La réforme du lycée de 2019 a eu un effet secondaire notable : en éclatant l’ancienne série scientifique en spécialités à la carte, elle a rendu visible — et parfois aggravé — l’autosélection des filles hors des disciplines les plus techniques. La spécialité NSI (Numérique et sciences informatiques) figure parmi les moins féminisées.
Les dispositifs français
- TechPourToutes : programme lancé en 2023, qui vise à accompagner 20 000 jeunes femmes supplémentaires vers les filières techniques du numérique d’ici 2030, avec un objectif de féminisation porté de 19 % à 30 %.
- Femmes@Numérique : fondation réunissant entreprises, associations et acteurs publics autour de la mixité des métiers du numérique.
- Les programmes de sensibilisation en milieu scolaire portés par des associations et des écoles d’informatique, souvent sous forme de stages courts et gratuits d’initiation à la programmation.
Des pionnières françaises à faire connaître
Marion Créhange (1937-2022) soutient en 1961 à Nancy l’une des toutes premières thèses françaises en informatique, consacrée à la structure du code de programmation. Professeure à partir de 1976, elle participe à la fondation des laboratoires nancéiens qui deviendront le LORIA, et consacre sa carrière aux systèmes d’information et à leur usage en sciences humaines.
Alice Recoque (1929-2021), ingénieure diplômée de l’ESPCI, travaille dès les années 1950 sur les mémoires et les premiers calculateurs français, puis dirige le projet du Mitra 15, mini-ordinateur emblématique du Plan Calcul, produit à plus de 7 000 exemplaires entre 1971 et 1985 et utilisé dans le nucléaire, les télécommunications et l’aérospatiale. Elle s’oriente ensuite vers les architectures parallèles et l’intelligence artificielle, et participe en 1978 à la création de la CNIL. Longtemps oubliée, elle a donné son nom à un supercalculateur exaflopique français.
Ces deux trajectoires rappellent une réalité souvent ignorée : les femmes étaient nombreuses aux débuts de l’informatique. Leur effacement progressif est un phénomène historique, pas un état naturel — ce qui signifie qu’il peut être défait.
❓ Foire aux questions sur la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC
Quand a lieu la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC ?
La Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC a lieu chaque année le quatrième jeudi du mois d’avril. Sa date change donc d’une année sur l’autre : elle tombe entre le 22 et le 28 avril selon les années. Repères de dates : 23 avril 2026, 22 avril 2027, 27 avril 2028, 26 avril 2029 et 25 avril 2030.
Qui a créé la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC ?
La Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC a été créée par l’Union internationale des télécommunications (UIT), institution spécialisée des Nations Unies pour les technologies numériques, fondée en 1865 et basée à Genève. Elle découle de la Résolution 70 adoptée en 2010 par la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT réunie à Guadalajara, au Mexique. La première édition mondiale s’est tenue le 28 avril 2011.
Que signifie l’acronyme TIC ?
L’acronyme TIC signifie technologies de l’information et de la communication. Il regroupe l’ensemble des moyens techniques permettant de produire, transmettre, stocker et traiter l’information : réseaux de télécommunication, Internet, logiciels, terminaux, centres de données, cybersécurité et intelligence artificielle. On parle aussi d’ICT en anglais, d’où le mot-clé #GirlsinICT.
Pourquoi les jeunes filles sont-elles si peu nombreuses dans le secteur des TIC ?
Si les jeunes filles sont peu nombreuses dans le secteur des TIC, ce n’est pas une affaire de compétences mais de représentations. L’informatique reste perçue comme un domaine masculin, les filles y sont nettement moins encouragées par leur entourage que les garçons, et elles manquent de modèles identifiables. À cela s’ajoutent, une fois en poste, des comportements sexistes et des écarts de progression qui entraînent des départs prématurés du secteur.
Comment participer à la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC ?
Pour participer à la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC, un établissement scolaire peut organiser une visite d’entreprise ou un atelier de code, une entreprise peut ouvrir ses portes à des collégiennes et lycéennes et proposer du mentorat, et chacun peut relayer la journée avec le mot-clé #GirlsinICT. Les organisateurs sont invités à enregistrer leur événement auprès de l’UIT pour qu’il apparaisse sur la carte mondiale des célébrations.
Quelle est la place des femmes dans le numérique en France ?
La place des femmes dans le numérique en France reste minoritaire, surtout dans les fonctions techniques. Les filles représentent environ 15 % des élèves de la spécialité NSI au lycée général, environ 19 % des effectifs des filières techniques du numérique et environ 6 % des étudiants en BTS informatique. Un objectif national vise à porter le taux de féminisation de ces filières à 30 % d’ici 2030.
Le numérique se construit maintenant
Une adolescente qui n’a jamais rencontré une ingénieure, jamais vu une ligne de code, jamais visité un centre de données ne choisira pas cette voie — non par manque de goût, mais par manque d’occasion. La Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC ne prétend pas régler à elle seule un déséquilibre construit sur des décennies. Elle crée l’occasion.
Le quatrième jeudi d’avril, ouvrez une porte : une visite, un atelier, une conversation. Les technologies qui gouverneront les trente prochaines années s’écrivent aujourd’hui — autant qu’elles s’écrivent à plusieurs mains. #GirlsinICT
En 2027, le quatrième jeudi d’avril tombe le 22 avril. Retrouvez les repères du jour dans l’éphéméride du 22 avril.
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