Chaque année, le 21 mars marque la Journée mondiale des glaciers, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies et pilotée conjointement par l’UNESCO et l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Née d’une résolution adoptée en décembre 2022, cette journée rappelle que les glaciers ne sont pas de simples décors de haute montagne : ils constituent les plus grandes réserves d’eau douce accessibles de la planète, régulent le climat, alimentent les fleuves et font vivre des milliards de personnes en aval.

Elle intervient la veille de la Journée mondiale de l’eau (22 mars), et ce voisinage n’a rien d’un hasard : glaciers et sécurité hydrique forment un même dossier. Alors que les 19 régions glaciaires du globe enregistrent des pertes de masse record, cette journée agit comme un rendez-vous annuel de vigilance scientifique et politique.
C’est quoi un glacier ? 🧊
Un glacier est une masse de glace pérenne, formée par l’accumulation et le tassement de la neige sur plusieurs années, et qui s’écoule sous son propre poids. C’est ce mouvement qui distingue un glacier d’un simple névé ou d’une plaque de glace stagnante.
Sa santé se mesure par le bilan de masse : la différence entre l’accumulation (neige hivernale) et l’ablation (fonte estivale, sublimation, vêlage d’icebergs). Il s’exprime en mètres équivalent eau (m éq. eau) : une perte d’un mètre équivalent eau signifie que la glace disparue, transformée en eau, abaisserait la surface du glacier d’un mètre.
Les glaciers font partie d’un ensemble plus vaste, la cryosphère, qui regroupe :
- les glaciers de montagne et les calottes locales ;
- les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique (calottes continentales, comptabilisées à part) ;
- la banquise (glace de mer) ;
- le manteau neigeux saisonnier ;
- le pergélisol (sol gelé en permanence) et les glaciers rocheux.
Selon l’UNESCO, la cryosphère renferme environ 70 % de l’eau douce de la Terre. Hors inlandsis, l’OMM recense plus de 275 000 glaciers dans le monde, couvrant approximativement 700 000 km².
Origine de la Journée mondiale des glaciers
Une résolution portée par le Tadjikistan
Le 14 décembre 2022, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte sans vote la résolution A/RES/77/158, lors de sa 53ᵉ séance plénière. Présenté par le Tadjikistan, ce texte (projet A/C.2/77/L.17/Rev.1) décide deux choses simultanément :
- déclarer 2025 Année internationale de la préservation des glaciers ;
- proclamer le 21 mars de chaque année Journée mondiale des glaciers, célébrée à partir de 2025.
La résolution invite également gouvernements, organisations et donateurs à alimenter un fonds d’affectation spéciale dédié à la préservation des glaciers, coordonné par le Secrétaire général en partenariat avec l’UNESCO et l’OMM.
Deux ans plus tard, le 13 août 2024, l’Assemblée générale prolonge la dynamique en adoptant la résolution A/RES/78/321, qui proclame la Décennie d’action pour les sciences cryosphériques (2025-2034), coordonnée par l’UNESCO. Le premier grand rendez-vous de cet ensemble a été la Conférence internationale de haut niveau sur la préservation des glaciers, organisée à Douchanbé (Tadjikistan) du 29 au 31 mai 2025.
Pourquoi le 21 mars ?
Le choix de la date remonte à la 36ᵉ réunion d’ONU-Eau, en 2022. Les membres et partenaires du mécanisme décident d’aligner la campagne de la Journée mondiale de l’eau sur le thème de la préservation des glaciers, et d’accoler à celle-ci une journée dédiée. Le 21 mars précède ainsi immédiatement le 22 mars, afin de traiter d’un même mouvement la cryosphère et la ressource en eau.
À noter : le 21 mars est l’une des dates les plus chargées du calendrier onusien, puisqu’elle accueille aussi la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, la Journée mondiale de la poésie, la Journée mondiale de la trisomie 21, la Journée internationale du Novrouz et la Journée internationale des forêts.
Objectifs principaux de la Journée mondiale des glaciers
- Sensibiliser au rôle des glaciers, de la neige et de la glace dans le système climatique et le cycle de l’eau.
- Documenter les impacts économiques, sociaux et environnementaux des changements de la cryosphère.
- Partager les connaissances et les bonnes pratiques face à la fonte accélérée et à ses conséquences.
- Mobiliser des financements pour la surveillance glaciologique et l’adaptation des territoires concernés.
- Renforcer la coopération transfrontalière, la plupart des chaînes de montagnes étant partagées entre plusieurs États.
L’état des glaciers en chiffres 📊
Les données de référence proviennent du World Glacier Monitoring Service (WGMS), basé à l’Université de Zurich, et de l’exercice international de comparaison des bilans de masse GlaMBIE, relayés par l’OMM.
| Indicateur | Valeur | Période / source |
|---|---|---|
| Glaciers recensés (hors inlandsis) | plus de 275 000 | OMM |
| Surface couverte | environ 700 000 km² | OMM |
| Masse perdue depuis le début des relevés | plus de 9 000 milliards de tonnes | depuis 1975, WGMS |
| Perte moyenne annuelle | 273 milliards de tonnes/an | 2000-2023, GlaMBIE |
| Perte cumulée | 6 542 milliards de tonnes | 2000-2023, GlaMBIE |
| Part du volume glaciaire mondial disparue | environ 5 % | 2000-2023, GlaMBIE |
| Part des glaciers dans l’élévation du niveau de la mer | 25 à 30 % | WGMS |
La perte n’est pas uniforme. Sur 2000-2023, elle varie de 2 % du volume dans les régions subantarctiques à près de 40 % en Europe centrale, Alpes comprises. Le WGMS compare les 9 000 milliards de tonnes perdues depuis 1975 à un bloc de glace de la superficie de l’Allemagne et de 25 mètres d’épaisseur.
L’année hydrologique 2024 a marqué la troisième année consécutive durant laquelle les 19 régions glaciaires du globe ont toutes enregistré une perte de masse nette, pour un total de 450 milliards de tonnes — quatrième plus mauvais bilan jamais mesuré, derrière 2023 (-540 milliards de tonnes, record négatif absolu depuis 1976).
Pourquoi les glaciers sont vitaux
Les châteaux d’eau de la planète
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2025, intitulé « Montagnes et glaciers : des châteaux d’eau », rassemble les ordres de grandeur essentiels :
- les montagnes fournissent jusqu’à 60 % des flux annuels d’eau douce dans le monde ;
- plus d’un milliard de personnes vivent en région montagneuse, soit environ 15 % de la population mondiale ;
- plus de deux milliards de personnes supplémentaires dépendent directement des eaux de montagne pour la boisson, l’assainissement et leurs moyens de subsistance ;
- dans les pays andins, 85 % de l’hydroélectricité provient des zones de montagne.
Le glacier joue un rôle de tampon saisonnier : il stocke l’eau sous forme solide l’hiver et la restitue en été, précisément quand les précipitations manquent. Sa disparition ne supprime pas l’eau, mais elle supprime cette régulation — d’où des étiages plus sévères et des débits plus erratiques.
Un régulateur du climat
Par leur albédo élevé, la neige et la glace réfléchissent une large part du rayonnement solaire. Quand elles reculent, la roche et le sol exposés absorbent davantage de chaleur : c’est une rétroaction positive qui amplifie localement le réchauffement et accélère la fonte du reste.
Une valeur économique et culturelle
Tourisme d’altitude, alpinisme, hydroélectricité, irrigation, refroidissement industriel : des filières entières dépendent de la glace et de l’eau de fonte. À cela s’ajoute une dimension patrimoniale et identitaire : cinquante sites du patrimoine mondial de l’UNESCO abritent des glaciers — 18 600 glaciers couvrant environ 66 000 km², soit près de 10 % de la surface glaciaire terrestre. Une étude UNESCO-UICN estime qu’ils perdent 58 milliards de tonnes de glace par an et que ceux d’un tiers de ces sites disparaîtront d’ici 2050, quels que soient les efforts consentis. Les deux tiers restants pourraient être préservés si le réchauffement était contenu à 1,5 °C.
La diversité des glaciers à travers le monde
Asie : les tours d’eau de l’Hindou Kouch-Himalaya
Ce système alimente une dizaine de grands bassins fluviaux (Indus, Gange, Brahmapoutre, Mékong, Yangtsé, fleuve Jaune…) qui irriguent l’agriculture de plusieurs centaines de millions de personnes. C’est la région où l’enjeu de sécurité alimentaire est le plus directement lié au devenir des glaciers.
Andes : les glaciers tropicaux en première ligne
Les glaciers tropicaux, situés à faible latitude, sont les plus vulnérables. Le Venezuela est devenu le premier pays contemporain à perdre l’ensemble de ses glaciers : en 2024, le dernier d’entre eux, le glacier de l’Humboldt (La Corona), réduit à quelques hectares, a été déclassé en simple champ de glace. Au début du XXᵉ siècle, le pays comptait encore près de 10 km² de glace.
Europe : le taux de fonte le plus élevé
Les glaciers d’Europe centrale, dont les Alpes, affichent les pertes relatives les plus fortes du monde sur les 25 dernières années. En Islande, le glacier Okjökull, déclassé en 2014, a fait l’objet le 18 août 2019 de la pose d’une plaque commémorative — « Une lettre à l’avenir » — portant la mention « 415 ppm CO2 ». C’est le premier « enterrement » de glacier de l’histoire.
Afrique : des glaciers en sursis
Les derniers glaciers africains subsistent sur le Kilimandjaro, le mont Kenya et le massif du Rwenzori. Selon l’UNESCO, ceux des sites africains inscrits au patrimoine mondial auront très probablement disparu d’ici 2050.
Les glaciers français : Alpes et Pyrénées 🇫🇷
Dans les Alpes
Les Alpes françaises comptent environ 600 glaciers cartographiés. L’inventaire de référence conduit au début des années 1970 estimait leur surface à 370 km², révisée à 340 km² en 1986 ; la mise à jour satellitaire réalisée par les laboratoires grenoblois et savoyards l’a ramenée à environ 275 km², soit une contraction moyenne de 26 % en une quarantaine d’années.
Le recul est très inégal selon les massifs : environ -37 % dans les Écrins contre environ -10 % dans le massif du Mont-Blanc, une différence expliquée par l’altitude des sommets et la proximité méditerranéenne. Dans le massif de Belledonne, les glaciers ont pratiquement disparu.
Le cas emblématique reste la Mer de Glace, plus long glacier de France (environ 12 km avec ses tributaires, sur le versant nord du massif du Mont-Blanc). Depuis le XVIIIᵉ siècle, son front s’est retiré de plus de 2,5 km, dont environ 400 m sur les vingt dernières années. Depuis le début du XXᵉ siècle, elle a perdu près de 50 m d’épaisseur moyenne (environ 32 % de son épaisseur), contre 38 m pour le glacier d’Argentière.
Le suivi français s’appuie sur des séries longues portant notamment sur Saint-Sorlin, Gébroulaz, Argentière et la Mer de Glace, avec deux phases de forte décroissance identifiées : 1942-1953, puis la période ouverte au milieu des années 1980, dominée par l’intensification de la fusion estivale.
Dans les Pyrénées
La situation y est plus avancée encore. L’ensemble des glaciers pyrénéens, franco-espagnols, couvrait 23 km² vers 1850, 12,8 km² en 1950 et seulement 2,6 km² en 2016. Environ 90 % des surfaces autrefois englacées sont aujourd’hui déglacées et recolonisées par de nouveaux écosystèmes.
Le glacier d’Ossoue (massif du Vignemale, Hautes-Pyrénées), plus vaste glacier du versant français avec environ 22 hectares, est suivi depuis 2001 par l’association Moraine. Il a perdu 220 m de longueur, 50 m d’épaisseur et près de 60 % de sa surface en un peu plus de vingt ans. Les travaux publiés dans Annals of Glaciology concluent qu’Ossoue, l’Aneto et le Mont-Perdu — qui représentent à eux seuls 62 % de la surface glaciaire pyrénéenne — auront très probablement totalement disparu en 2034, quel que soit le scénario climatique retenu.
Les défis contemporains
Le risque de vidange brutale des lacs glaciaires
Le recul des glaciers laisse derrière lui des lacs proglaciaires, dont le nombre et la superficie augmentent fortement depuis les années 1990. Retenus par des moraines instables, ils peuvent céder brutalement et provoquer des crues dévastatrices, dites GLOF (Glacial Lake Outburst Floods). Le rapport 2025 des Nations Unies sur l’eau rappelle que 713 incidents recensés en montagne entre 1985 et 2014 ont causé plus de 56 milliards de dollars de pertes, touché plus de 258 millions de personnes et provoqué plus de 39 000 décès.
La déstabilisation des versants
La fonte du pergélisol, ce ciment gelé des parois d’altitude, multiplie les éboulements, les chutes de blocs et les laves torrentielles. Elle affecte directement les itinéraires d’alpinisme, les refuges, les routes et les infrastructures touristiques.
L’élévation du niveau de la mer
Bien qu’ils ne représentent qu’une fraction minime des glaces terrestres face aux inlandsis, les glaciers de montagne pèsent, selon le WGMS, pour 25 à 30 % de l’élévation observée du niveau de la mer — un effet immédiat et mondial, très loin des sommets d’où provient l’eau.
L’inertie du système
Même une réduction drastique et immédiate des émissions n’arrêterait pas le recul à court terme : les glaciers réagissent avec des décennies de retard au climat qui les a formés. C’est ce qu’on appelle la perte de masse engagée. La question n’est donc plus de tout sauver, mais de déterminer ce qui peut encore l’être.

Comment participer à la Journée mondiale des glaciers du 21 mars
Événements officiels
L’UNESCO et l’OMM coordonnent chaque 21 mars des événements internationaux : sessions de haut niveau, publications scientifiques, désignation par le WGMS d’un « glacier de l’année » distinguant une série d’observations exemplaires. En 2025, cette distinction est allée au glacier South Cascade, suivi aux États-Unis depuis 1952.
Actions locales et associatives
- Suivre une sortie glaciologique encadrée ou une conférence en station et en vallée alpine ou pyrénéenne.
- Visiter les sites de mesure aménagés et les sentiers d’interprétation qui matérialisent les positions successives des fronts glaciaires.
- Soutenir les associations de suivi de terrain, dont les séries longues fournissent une part des données transmises au WGMS.
- Participer à des programmes de sciences participatives (photographies répétées, relevés de fronts, comparaisons d’archives).
Dans les établissements scolaires
La journée se prête à des travaux sur le bilan de masse, l’albédo, le cycle de l’eau ou la lecture d’images satellitaires comparées. Les séries Landsat et Pléiades, librement consultables, permettent des exercices de comparaison visuelle sur plusieurs décennies.
Actions numériques
Relayer les publications de l’UNESCO, de l’OMM et du WGMS, partager des comparaisons photographiques « avant/après » sourcées, et utiliser les mots-clés associés à la journée : #WorldDayForGlaciers, #GlacierDay, #SaveOurGlaciers.
Foire aux questions sur la Journée mondiale des glaciers
Quand a lieu la Journée mondiale des glaciers ?
La Journée mondiale des glaciers a lieu chaque année le 21 mars, la veille de la Journée mondiale de l’eau. Elle est célébrée depuis 2025, première édition prévue par la résolution des Nations Unies qui l’a instituée.
Qui a créé la Journée mondiale des glaciers ?
La Journée mondiale des glaciers a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, par la résolution A/RES/77/158 adoptée sans vote le 14 décembre 2022 sur une initiative du Tadjikistan. Sa mise en œuvre est assurée conjointement par l’UNESCO et l’Organisation météorologique mondiale.
Pourquoi la Journée mondiale des glaciers est-elle le 21 mars ?
La Journée mondiale des glaciers est le 21 mars pour être adossée à la Journée mondiale de l’eau du 22 mars. Ce choix, décidé lors de la 36ᵉ réunion d’ONU-Eau en 2022, traduit le lien direct entre fonte des glaciers et sécurité hydrique mondiale.
Combien y a-t-il de glaciers dans le monde ?
Il existe plus de 275 000 glaciers dans le monde selon l’OMM, hors calottes du Groenland et de l’Antarctique, pour une surface d’environ 700 000 km². Ils ont perdu plus de 9 000 milliards de tonnes de masse depuis 1975.
Reste-t-il des glaciers en France ?
Oui, il reste des glaciers en France : environ 600 glaciers alpins couvrant à peu près 275 km², principalement dans les massifs du Mont-Blanc, de la Vanoise et des Écrins. Les glaciers pyrénéens, eux, ne couvrent plus que quelques dizaines d’hectares et pourraient disparaître dès les années 2030.
Que se passe-t-il si les glaciers disparaissent ?
Si les glaciers disparaissent, la régulation saisonnière des débits s’effondre : étiages plus sévères, agriculture et hydroélectricité fragilisées, écosystèmes d’eau froide menacés. S’y ajoutent une contribution durable à l’élévation du niveau de la mer et une multiplication des risques en montagne, des vidanges de lacs glaciaires aux éboulements liés au dégel du pergélisol.
Un rendez-vous annuel avec le thermomètre du climat
Les glaciers ne discutent pas, ne militent pas et ne se trompent pas : ils fondent, et cette fonte se mesure. C’est ce qui fait de la Journée mondiale des glaciers du 21 mars bien plus qu’une célébration symbolique — un point de mesure annuel, une reddition de comptes.
Il reste des marges d’action : réduire les émissions pour sauver ce qui peut l’être, protéger les milieux nouvellement libérés par la glace, financer les réseaux d’observation, adapter les territoires de montagne et les vallées en aval. Le 21 mars, prendre cinq minutes pour regarder deux photographies d’un même glacier à trente ans d’écart en dit souvent plus long qu’un rapport entier.
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