Chaque 31 août, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2020, cette journée poursuit un double objectif : rendre hommage à la contribution des diasporas africaines au développement des sociétés et rappeler que le racisme, la discrimination raciale et les inégalités structurelles héritées de l’esclavage et de la colonisation demeurent une réalité mesurable sur tous les continents.
Le choix du 31 août n’est pas arbitraire. Il renvoie à la clôture, en 1920 à New York, de la première Convention internationale des peuples noirs du monde, à l’issue de laquelle fut adoptée la Déclaration des droits des peuples noirs du monde, l’un des tout premiers grands textes de revendication des droits humains portés par des personnes noires elles-mêmes.
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom officiel | Journée internationale des personnes d’ascendance africaine |
| Date | 31 août (date fixe) |
| Instituée par | Assemblée générale des Nations Unies |
| Résolution fondatrice | A/RES/75/170, adoptée par consensus le 16 décembre 2020 |
| Première célébration | 31 août 2021 |
| Origine de la date | Clôture, le 31 août 1920, de la première Convention internationale des peuples noirs du monde (New York) |
| Organisme chef de file | Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) |
| Cadre associé | Deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034) |
| Financement | Contributions volontaires uniquement |
C’est quoi, être « personne d’ascendance africaine » ?
L’expression « personnes d’ascendance africaine » (en anglais people of African descent, en espagnol afrodescendientes) désigne, dans le vocabulaire onusien, les descendants des populations africaines déportées lors des traites négrières transatlantique et de l’océan Indien, ainsi que, plus largement, les personnes issues des migrations africaines contemporaines et leurs descendants.
Il s’agit d’une catégorie juridique et politique, pas d’une catégorie biologique. Les Nations Unies rappellent constamment que toute doctrine de supériorité raciale est scientifiquement fausse, moralement condamnable et socialement injuste, et que la notion de « race » n’a de pertinence que comme construction sociale produisant des discriminations réelles.
Cette catégorie recouvre des réalités très hétérogènes :
- Les descendants de personnes réduites en esclavage dans les Amériques et la Caraïbe, dont les communautés se sont constituées sur plusieurs siècles (Brésil, États-Unis, Colombie, Cuba, Haïti, Antilles françaises et britanniques, etc.).
- Les descendants des traites orientales et transsahariennes, présents au Proche-Orient, dans le Golfe, en Turquie, en Iran, en Inde (Siddis) ou au Pakistan (Sheedis).
- Les diasporas africaines contemporaines, issues des migrations postcoloniales vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou l’Asie.
- Les minorités afrodescendantes anciennes en Europe, notamment au Portugal, en Espagne et dans les îles britanniques.
Le terme « diaspora africaine » est parfois employé comme synonyme. L’Union africaine en fait d’ailleurs sa « sixième région », aux côtés des cinq régions géographiques du continent.
Origine et histoire de la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine
La Déclaration de Durban, matrice du dispositif onusien
Le point de bascule est la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, tenue à Durban (Afrique du Sud) en 2001. Sa déclaration finale et son programme d’action reconnaissent pour la première fois, dans un cadre multilatéral, la traite transatlantique comme un crime contre l’humanité et identifient les personnes d’ascendance africaine comme un groupe spécifique dont les droits doivent être promus et protégés.
De ce texte découle tout l’édifice ultérieur : Année internationale (2011), Décennie internationale (2015-2024), Journée internationale (2021), Instance permanente (2022), deuxième Décennie (2025-2034).
Création de la Journée
La résolution A/RES/75/170, intitulée « Journée internationale des personnes d’ascendance africaine », a été adoptée par consensus le 16 décembre 2020 lors de la 46ᵉ séance plénière de la soixante-quinzième session de l’Assemblée générale, sur recommandation de la Troisième Commission.
Le texte a été porté dans un contexte particulier : l’année 2020 avait été marquée par la mort de George Floyd aux États-Unis, la mobilisation mondiale contre les violences policières racistes, et l’adoption par le Conseil des droits de l’homme, le 19 juin 2020, de la résolution 43/1 condamnant l’usage excessif de la force contre les Africains et les personnes d’ascendance africaine ainsi que le racisme structurel dans les systèmes de justice pénale.
La résolution précise que toutes les activités découlant de son application doivent être financées par des contributions volontaires — clause budgétaire classique pour les journées internationales, qui explique la variabilité des commémorations d’une année sur l’autre.
Pourquoi le 31 août ?
La résolution justifie explicitement la date : la première Convention internationale des peuples noirs du monde, réunie à New York, s’est achevée le 31 août 1920, et c’est à l’issue des débats menés par Marcus Garvey que fut adoptée la Déclaration des droits des peuples noirs du monde.
Cette convention, organisée pendant tout le mois d’août 1920 par l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) fondée par Garvey en 1914, réunit des délégués venus de plusieurs dizaines de pays. Elle s’ouvre le 1ᵉʳ août par un rassemblement au Madison Square Garden devant une foule estimée à 25 000 personnes, puis se poursuit au Liberty Hall de Harlem. La Déclaration adoptée compte 54 articles dénonçant le lynchage, la ségrégation, le travail forcé et la domination coloniale, et proclame le drapeau rouge, noir et vert comme emblème panafricain — un symbole que reprendront ensuite plusieurs États africains indépendants.
Repères chronologiques
| Année | Événement |
|---|---|
| 1914 | Marcus Garvey fonde l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) en Jamaïque |
| 1920 | Première Convention internationale des peuples noirs du monde à New York (1ᵉʳ-31 août) ; adoption de la Déclaration des droits des peuples noirs du monde |
| 1965 | Adoption de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale |
| 1966 | L’Assemblée générale proclame la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale (21 mars), résolution 2142 (XXI) |
| 2001 | Conférence mondiale de Durban contre le racisme ; adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban |
| 2009 | Résolution 64/169 : l’année 2011 est proclamée Année internationale des personnes d’ascendance africaine |
| 2013 | Résolution 68/237 : proclamation de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) |
| 2020 | Résolution 43/1 du Conseil des droits de l’homme (19 juin) sur les violences policières racistes |
| 16 décembre 2020 | Résolution 75/170 : proclamation du 31 août comme Journée internationale des personnes d’ascendance africaine |
| 31 août 2021 | Première célébration mondiale de la Journée |
| 2 août 2021 | Résolution 75/314 : création de l’Instance permanente pour les personnes d’ascendance africaine |
| Décembre 2022 | Première session de l’Instance permanente, à Genève |
| 17 décembre 2024 | Résolution 79/193 : proclamation de la deuxième Décennie internationale (2025-2034) |
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Objectifs principaux
La résolution 75/170 assigne à la Journée quatre finalités explicites :
- Favoriser la considération et le respect de la diversité du patrimoine et de la culture des personnes d’ascendance africaine.
- Reconnaître leur contribution multiple au développement des sociétés dans tous les domaines de l’activité humaine.
- Promouvoir le respect de leurs droits humains et de leurs libertés fondamentales.
- Éliminer toutes les formes de discrimination à leur encontre, notamment par des initiatives éducatives et des activités de sensibilisation du public.
Importance et impact mondial de la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine
Un groupe démographique majeur, mais statistiquement invisible
L’ampleur démographique est considérable, même si les estimations varient selon les définitions et les méthodes de recensement.
| Zone | Estimation | Source |
|---|---|---|
| Amériques | environ 200 millions de personnes s’identifiant comme d’ascendance africaine | Nations Unies |
| Amériques | environ 210 millions, soit 20 % de la population régionale | Organisation panaméricaine de la santé (2024) |
| Brésil | 112,7 millions de personnes déclarées pretas ou pardas, soit 55,5 % de la population | IBGE, recensement 2022 |
Le cas brésilien est le plus documenté au monde. Le recensement de 2022 de l’IBGE établit que 45,3 % de la population se déclare parda (92,1 millions de personnes) et 10,2 % preta (20,6 millions), pour une population totale de 203,1 millions d’habitants. C’est la première fois depuis 1991 que la population déclarée parda dépasse la population déclarée blanche (43,5 %). L’IBGE souligne que ces évolutions traduisent autant un changement d’auto-identification qu’une dynamique démographique.
Cette visibilité statistique est l’exception. Dans de nombreux pays, dont la France, l’absence de données ethno-raciales rend impossible la mesure directe des inégalités — ce que le Haut-Commissariat aux droits de l’homme identifie comme l’un des principaux obstacles à l’effectivité des droits.
Une contribution historique et culturelle structurante
Les apports des diasporas africaines dépassent de très loin le champ symbolique :
- Musique : le blues, le jazz, la samba, le reggae, la salsa, le funk, le hip-hop, le zouk et l’afrobeat sont tous nés dans des communautés afrodescendantes et structurent aujourd’hui l’industrie musicale mondiale.
- Langues et littératures : créoles de la Caraïbe et de l’océan Indien, mouvement de la Négritude (Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas), Harlem Renaissance, prix Nobel de littérature attribués à Toni Morrison (1993) et Wole Soyinka (1986).
- Sciences et techniques : contributions déterminantes en médecine, en mathématiques et en ingénierie, longtemps invisibilisées dans l’historiographie.
- Droit international : la révolution haïtienne (1791-1804) aboutit à la première abolition définitive de l’esclavage par un État issu d’une insurrection d’esclaves, et à la première république dirigée par des personnes noires.
Des inégalités mesurables
Là où les données existent, elles convergent. L’enquête Being Black in the EU de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, menée auprès de près de 6 800 personnes d’ascendance subsaharienne dans 13 États membres (terrain d’octobre 2021 à octobre 2022), livre un tableau sans ambiguïté.
| Indicateur (Union européenne) | Résultat | Évolution depuis 2016 |
|---|---|---|
| Discrimination raciale vécue sur 5 ans | 45 % | +6 points (39 %) |
| Discrimination raciale vécue sur 12 mois | 34 % | +10 points (24 %) |
| Discrimination à la recherche d’un emploi (5 ans) | 34 % | +9 points (25 %) |
| Discrimination à la recherche d’un logement (5 ans) | 31 % | +10 points (21 %) |
| Harcèlement raciste (5 ans) | 30 % | stable |
| Agression raciste (5 ans) | 4 % | stable |
| Contrôles de police perçus comme du profilage racial | 58 % des personnes contrôlées | — |
| Victimes ayant signalé la discrimination | 9 % | — |
Les écarts socio-économiques sont tout aussi nets : 32 % des personnes d’ascendance africaine occupent un emploi peu qualifié contre 8 % de la population générale, 11 % sont propriétaires de leur logement contre 70 %, et 45 % vivent en logement suroccupé contre 17 %. Les jeunes d’ascendance africaine quittent le système scolaire précocement trois fois plus souvent que l’ensemble des jeunes (36 % contre 10 %).
La diversité des ascendances africaines à travers le monde
Les Amériques : la plus grande diaspora
C’est en Amérique latine et dans la Caraïbe que se concentrent les populations afrodescendantes les plus nombreuses. Au Brésil, la culture afro-brésilienne irrigue la religion (candomblé), la musique (samba, axé), la danse (capoeira) et la gastronomie. En Colombie, la région du Pacifique et l’archipel de San Andrés conservent des traditions musicales et linguistiques distinctes ; le village de San Basilio de Palenque, fondé par des esclaves marrons, est inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO. À Cuba, la santería et la rumba témoignent d’une syncrétisation profonde. En Haïti, première république noire du monde, le vaudou et le créole haïtien structurent l’identité nationale.
Aux États-Unis, l’histoire afro-américaine — de l’abolition (1865) au mouvement des droits civiques puis à Black Lives Matter — a produit des répertoires culturels et politiques mondialisés.
L’Europe : diasporas anciennes et récentes
L’Europe abrite à la fois des présences africaines très anciennes (Portugal, Espagne, Royaume-Uni) et des diasporas issues des décolonisations. Le Royaume-Uni célèbre depuis 1987 un Black History Month en octobre ; les Pays-Bas commémorent le Keti Koti (1ᵉʳ juillet) ; le Portugal et l’Espagne redécouvrent leur histoire esclavagiste avec un retard critiqué par les organisations afrodescendantes.
L’Asie et le Proche-Orient : les diasporas oubliées
Les traites orientales et transsahariennes, dont la durée dépasse celle de la traite atlantique, ont laissé des communautés durables : les Siddis en Inde (Karnataka, Gujarat) et les Sheedis au Pakistan, les Afro-Turcs de la région d’Izmir, les Afro-Iraniens du Golfe persique, les communautés afro-palestiniennes de Jérusalem. Longtemps ignorées des politiques publiques comme de la recherche, elles bénéficient depuis la Décennie internationale d’une visibilité nouvelle.
L’Afrique elle-même
L’Union africaine reconnaît la diaspora comme sa « sixième région », avec des mécanismes de participation aux instances continentales. La question du retour — symbolique ou effectif — reste vive, du panafricanisme de Garvey aux politiques ghanéennes d’accueil des descendants de déportés.
Les défis contemporains
Le racisme structurel et les violences institutionnelles
Le profilage racial dans les contrôles d’identité, les écarts de traitement dans les systèmes pénaux et l’usage disproportionné de la force restent documentés dans la plupart des pays occidentaux. En Europe, plus de la moitié des personnes d’ascendance africaine contrôlées par la police estiment que ce contrôle relevait du profilage racial, et celles qui le perçoivent ainsi affichent un niveau de confiance dans la police nettement plus bas (3,9 sur 10 contre 6,1).
Le déficit de données d’égalité
L’absence de statistiques ventilées empêche de mesurer les inégalités, donc de piloter les politiques publiques. L’Agence des droits fondamentaux recommande explicitement aux États membres de collecter des données d’égalité, y compris sur l’origine ethnique ou raciale — recommandation qui se heurte, en France notamment, à un cadre juridique et à une tradition républicaine restrictifs.
La sous-déclaration
Seules 9 % des victimes de discrimination raciale dans l’Union européenne ont signalé les faits à une instance officielle. La raison la plus fréquemment invoquée est le sentiment qu’un signalement ne changerait rien. Ce chiffre invalide toute lecture des statistiques officielles comme reflet de la réalité vécue.
Le racisme en ligne et algorithmique
Les discours de haine amplifiés par les réseaux sociaux et les biais raciaux incorporés aux systèmes automatisés — reconnaissance faciale, algorithmes de recrutement, scores de risque — constituent une génération nouvelle de discriminations, plus difficiles à établir juridiquement.
La question des réparations
C’est l’enjeu le plus politiquement explosif. La deuxième Décennie internationale place explicitement la « justice réparatrice » parmi ses axes. Plusieurs États caribéens, réunis au sein de la CARICOM, ont formulé un plan en dix points adressé aux anciennes puissances coloniales. Les réponses européennes restent, à ce jour, essentiellement mémorielles.
Le reflux des politiques d’inclusion
Le démantèlement de programmes de diversité et d’inclusion dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis depuis 2025, fragilise des dispositifs de correction des inégalités mis en place de longue date. La CNCDH relève de son côté, en France, un « affaissement du portage politique » de la lutte contre le racisme.
Comment célébrer et participer à la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine
Les événements institutionnels
Le siège des Nations Unies à New York et les bureaux régionaux organisent chaque 31 août des tables rondes, expositions et manifestations culturelles. Le Secrétaire général publie un message officiel. Les agences spécialisées — HCDH, UNESCO, UNFPA, OPS/OMS — déclinent la journée selon leur mandat : santé, éducation, patrimoine, droits sexuels et reproductifs.
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, coordinateur de la Décennie, anime également un programme annuel de bourses destiné à former des militants afrodescendants aux mécanismes internationaux des droits humains.
Les initiatives associatives et locales
- Conférences, projections-débats et rencontres organisées par les associations afrodescendantes.
- Expositions d’artistes et festivals de musique et de danse.
- Visites de lieux de mémoire de l’esclavage et de la colonisation.
- Ateliers pédagogiques en milieu scolaire et universitaire.
La mobilisation numérique
Les campagnes onusiennes s’appuient sur les mots-clés #FightRacism et #PeopleOfAfricanDescent, relayés par les comptes institutionnels et les organisations de la société civile.
Cinq façons concrètes de participer
- Lire : découvrir des autrices et auteurs afrodescendants, du répertoire classique aux voix contemporaines.
- Visiter : un musée, un mémorial ou un lieu de mémoire lié à la traite et à l’esclavage.
- Écouter : explorer les musiques nées des diasporas, en s’intéressant à leurs contextes historiques.
- Se documenter : consulter les rapports de l’Instance permanente et du Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine.
- Agir : soutenir une association locale de lutte contre les discriminations ou signaler les faits de racisme aux organismes compétents.
La France et les personnes d’ascendance africaine
Un cadre mémoriel dense
La France dispose d’un dispositif mémoriel parmi les plus développés au monde. La loi n° 2001-434 du 21 mai 2001, dite « loi Taubira », adoptée à l’unanimité par le Parlement le 10 mai 2001, fait de la France le premier État à reconnaître la traite négrière et l’esclavage colonial comme crimes contre l’humanité. Elle prescrit leur enseignement scolaire, le soutien à la recherche et l’organisation d’une commémoration annuelle.
| Date | Commémoration |
|---|---|
| 10 mai | Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions |
| 23 mai | Journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage colonial (instaurée en 2017) |
| 27 avril | Anniversaire du décret d’abolition de 1848 |
| 22 mai, 27 mai, 10 juin, 20 décembre | Dates d’abolition propres à la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion |
La Fondation pour la mémoire de l’esclavage, créée en 2019, a succédé au Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.
Le paradoxe statistique
La France ne produit pas de statistiques ethno-raciales. Il n’existe donc aucun chiffre officiel du nombre de personnes noires ou d’ascendance africaine en France. Les travaux disponibles reposent sur des approximations : pays de naissance, pays de naissance des parents, ou auto-déclaration dans des enquêtes de recherche.
Cette configuration produit une tension permanente : la France est régulièrement invitée par les organes onusiens et européens à collecter des données d’égalité, tandis que le cadre national considère ces catégorisations comme contraires au principe d’indivisibilité de la République. Le débat reste ouvert et n’appelle pas de réponse simple.
Ce que l’on sait quand même
L’enquête européenne Being Black in the EU inclut un échantillon français comprenant des personnes originaires des départements et territoires d’outre-mer et de la Caraïbe. La France y présente un profil contrasté : elle affiche l’un des plus faibles taux de discrimination raciale déclarée dans l’accès aux soins de l’échantillon (5 %), mais aussi l’un des meilleurs niveaux de connaissance des organismes de lutte contre les discriminations (57 %).
Du côté national, le rapport 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) recense 9 737 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, en hausse de 5 % sur un an. La Commission souligne que ce chiffre est très largement sous-évalué : 97 % des personnes qui s’estiment victimes de racisme ne portent pas plainte. L’indice longitudinal de tolérance se maintient à 64 sur 100, proche de son record historique — signe que les opinions et les comportements ne suivent pas les mêmes logiques.
La discrimination capillaire
Sujet emblématique de la période récente, la reconnaissance de la discrimination fondée sur la texture ou la coiffure des cheveux vise notamment la stigmatisation des cheveux crépus et frisés. Une proposition de loi portée par le député Olivier Serva a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 28 mars 2024 et transmise au Sénat. Elle fait suite à un arrêt de la Cour de cassation du 23 novembre 2022 ayant condamné l’interdiction faite à un steward de porter des tresses africaines.
Une contribution culturelle massive
Des Antilles à l’Hexagone, l’apport afrodescendant à la culture française est de premier plan : Aimé Césaire, Frantz Fanon, Édouard Glissant, Maryse Condé, Patrick Chamoiseau en littérature et en philosophie ; le zouk, le maloya réunionnais inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, le rap français ; et une présence sportive dont les Bleus champions du monde constituent l’illustration la plus populaire.
Foire aux questions
Pourquoi la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine est-elle le 31 août ?
La Journée internationale des personnes d’ascendance africaine est fixée au 31 août parce que la première Convention internationale des peuples noirs du monde s’est achevée le 31 août 1920 à New York. Organisée par l’Universal Negro Improvement Association de Marcus Garvey, cette convention a adopté la Déclaration des droits des peuples noirs du monde, texte fondateur de la revendication des droits humains par les personnes noires elles-mêmes. La résolution onusienne de 2020 cite explicitement cette référence historique pour justifier le choix de la date.
Qui a créé la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine ?
La Journée internationale des personnes d’ascendance africaine a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté par consensus la résolution A/RES/75/170 le 16 décembre 2020, sur recommandation de sa Troisième Commission. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en assure la coordination. La première célébration a eu lieu le 31 août 2021.
Quelle différence entre la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine et la Décennie internationale ?
La différence entre la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine et la Décennie internationale tient à leur nature et à leur durée. La Journée est une commémoration annuelle fixée au 31 août, destinée à la sensibilisation du public. La Décennie est un cadre d’action pluriannuel doté d’un programme d’activités : la première a couvert 2015-2024, la deuxième court du 1ᵉʳ janvier 2025 au 31 décembre 2034, sur le thème « Personnes d’ascendance africaine : considération, justice et développement ».
Combien de personnes d’ascendance africaine vivent dans le monde ?
Le nombre de personnes d’ascendance africaine dans le monde n’est pas connu avec précision, faute de statistiques harmonisées. Les Nations Unies estiment à environ 200 millions le nombre de personnes s’identifiant comme d’ascendance africaine dans les seules Amériques ; l’Organisation panaméricaine de la santé avance environ 210 millions, soit 20 % de la population de la région. Le Brésil constitue le plus grand ensemble national : 112,7 millions de personnes déclarées pretas ou pardas au recensement de 2022, soit 55,5 % de la population.
Comment célébrer la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine ?
Célébrer la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine peut prendre des formes variées : assister à une conférence, une exposition ou un festival ; visiter un lieu de mémoire de l’esclavage ; découvrir des œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques issues des diasporas africaines ; participer aux campagnes de sensibilisation en ligne ; ou soutenir une association de lutte contre les discriminations. La résolution onusienne encourage explicitement les initiatives éducatives et les activités de sensibilisation du public.
Y a-t-il des statistiques sur les personnes d’ascendance africaine en France ?
Il n’existe pas de statistiques officielles sur les personnes d’ascendance africaine en France, car le droit français n’autorise pas la collecte de données ethno-raciales dans les recensements. Les connaissances disponibles proviennent d’enquêtes de recherche ou d’études européennes, comme l’enquête Being Black in the EU de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. Les instances internationales recommandent régulièrement à la France de développer des données d’égalité ; ce débat reste ouvert dans le pays.
Célébrer le 31 août, ce n’est pas ajouter une date de plus au calendrier. C’est reconnaître qu’un siècle après la Déclaration de 1920, les revendications formulées à New York — dignité, égalité de traitement, reconnaissance d’une histoire — n’ont rien perdu de leur actualité. Les chiffres de la discrimination le rappellent chaque année, et les cultures nées des diasporas africaines, qui irriguent aujourd’hui la musique, la littérature et la langue de dizaines de pays, rappellent l’autre versant de cette histoire : celui d’une créativité qui a résisté à tout.
