Le 27 août, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale des lacs, la plus récente des journées environnementales proclamées par l’Assemblée générale des Nations Unies. Adoptée par consensus le 12 décembre 2024 par la résolution A/RES/79/142, à l’initiative de l’Indonésie, cette journée a été observée pour la première fois le 27 août 2025.
Son objectif est simple à énoncer, immense à réaliser : faire entrer les lacs dans le débat mondial sur l’eau. Car ces écosystèmes concentrent l’essentiel de l’eau douce liquide disponible à la surface de la planète tout en restant parmi les milieux les moins surveillés. Ils sont, selon la formule retenue par l’ONU, les « poumons » silencieux de nos systèmes d’eau douce.
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom officiel | Journée mondiale des lacs (World Lake Day) |
| Date | 27 août, chaque année |
| Instituée par | Assemblée générale des Nations Unies |
| Résolution | A/RES/79/142, adoptée sans vote le 12 décembre 2024 |
| Projet de résolution | A/79/L.39, porté par l’Indonésie |
| Première édition | 27 août 2025 |
| Origine de la date | Ouverture de la 1ʳᵉ Conférence mondiale sur l’environnement des lacs, le 27 août 1984 à Shiga (Japon) |
| Agence chef de file | Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) |
| Objectif de développement durable | ODD 6 – Eau propre et assainissement |
| Mots-clés de campagne | #WorldLakeDay, #GenerationRestoration |
C’est quoi un lac ?
Un lac est une étendue d’eau continentale de surface, libre et stagnante, occupant une dépression du relief et alimentée par des affluents, des précipitations ou des apports souterrains. L’administration française parle plus largement de « plans d’eau », une catégorie qui englobe les lacs naturels, les étangs, les mares, les lagunes, les retenues de barrage, les réservoirs, les plans d’eau de carrière ou de mine.
Une grande variété d’origines
- Lacs glaciaires : creusés par les glaciers lors des dernières glaciations (Léman, lac du Bourget, lac d’Annecy).
- Lacs tectoniques : logés dans des fossés d’effondrement, souvent les plus profonds du monde (Baïkal, Tanganyika, Malawi).
- Lacs volcaniques : occupant un cratère ou une caldeira (lac Pavin en Auvergne, lacs de Kelimutu en Indonésie).
- Lacs de barrage : créés par l’homme pour l’hydroélectricité, l’irrigation ou l’écrêtement des crues (Serre-Ponçon, lac du Der-Chantecoq).
- Lacs endoréiques : sans exutoire vers la mer, très sensibles à l’évaporation (mer Caspienne, mer d’Aral, lac Tchad).
Un écosystème structuré en trois zones
Un lac n’est pas une simple cuvette d’eau. Les limnologues y distinguent trois compartiments :
| Zone | Localisation | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Zone littorale | Depuis la rive vers le centre, jusqu’à la limite de pénétration de la lumière | La plus riche : roselières, plantes enracinées, ripisylve, frayères, nidification des oiseaux |
| Zone pélagique | Eau libre au centre du plan d’eau | Phytoplancton dans la couche éclairée, zooplancton, poissons ; partie profonde sans photosynthèse |
| Zone benthique | Fond du plan d’eau, couche de sédiments | Bactéries, larves de chironomes, vers ; consommation d’oxygène en été |
Dans les lacs profonds, l’eau se stratifie en été : une couche chaude et légère flotte sur une couche froide et dense, sans mélange. Le brassage automnal et printanier, provoqué par le vent et le refroidissement, réoxygène les eaux profondes. Ce mécanisme, essentiel à la vie du lac, est aujourd’hui perturbé par le réchauffement climatique.
La vie et la mort d’un lac
Tout plan d’eau est appelé à disparaître. Il s’enrichit progressivement en éléments nutritifs venus du bassin versant : c’est l’eutrophisation. Les organismes prolifèrent, meurent, se déposent au fond ; les sédiments apportés par les affluents comblent peu à peu la cuvette, qui se transforme en marais. Ce vieillissement naturel s’étale sur des milliers d’années dans les grands lacs, mais quelques décennies suffisent pour un étang artificiel. Les activités humaines — rejets d’eaux usées, engrais agricoles, érosion des sols — accélèrent considérablement le processus.
Origine et histoire de la Journée mondiale des lacs
Pourquoi le 27 août ?
La date n’a rien d’arbitraire. Le 27 août 1984 s’ouvrait à Shiga, au Japon, la première Conférence mondiale sur l’environnement des lacs (LECS’84). Cette préfecture abrite le lac Biwa, le plus grand lac d’eau douce du Japon, dont la restauration après une grave crise d’eutrophisation est devenue un cas d’école mondial. La conférence a réuni pour la première fois scientifiques, gestionnaires et élus locaux autour de la gestion durable des lacs, et a donné naissance au Comité international pour l’environnement des lacs (ILEC).
Une diplomatie de l’eau menée par l’Indonésie
L’archipel indonésien, qui compte des centaines de lacs de cratère et de rift, a fait de la question lacustre un axe de sa diplomatie environnementale.
| Année | Étape |
|---|---|
| 1984 | 1ʳᵉ Conférence mondiale sur l’environnement des lacs à Shiga (Japon), à partir du 27 août |
| 2022 | L’Indonésie porte la toute première résolution de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement sur la gestion durable des lacs |
| 2023 | Lors de la Conférence des Nations Unies sur l’eau, le panel HELP propose la création d’une journée mondiale des lacs |
| Mai 2024 | 10ᵉ Forum mondial de l’eau à Bali : les lacs figurent dans la Déclaration ministérielle et l’appel à l’action de Bandung |
| 12 décembre 2024 | L’Assemblée générale adopte par consensus la résolution A/RES/79/142 lors de sa 52ᵉ séance plénière |
| 27 août 2025 | Première célébration de la Journée mondiale des lacs |
Le projet de résolution a rassemblé un soutien transrégional large — les sources indonésiennes évoquent plus de cinquante États co-auteurs, issus d’Asie, d’Afrique, d’Europe, du Moyen-Orient, du Pacifique et d’Amérique latine.
Les objectifs de la Journée mondiale des lacs
- Sensibiliser le grand public et les décideurs au rôle vital des lacs pour l’eau potable, l’alimentation et la biodiversité.
- Promouvoir la gestion durable des lacs et des réservoirs dans le cadre d’une gestion intégrée des ressources en eau.
- Combler le déficit de connaissances : les lacs restent parmi les masses d’eau les moins suivies de la planète, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
- Encourager la coopération transfrontalière, de nombreux grands lacs étant partagés entre plusieurs États.
- Accélérer l’atteinte de l’ODD 6, consacré à l’eau propre et à l’assainissement pour tous.
Pourquoi la Journée mondiale des lacs est-elle si importante ?
Un réservoir d’eau douce sans équivalent
L’essentiel de l’eau douce terrestre est immobilisé dans les glaciers et les nappes souterraines. Parmi les eaux de surface, en revanche, les lacs règnent sans partage.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Nombre de lacs sur Terre | Plus de 117 millions | Nations Unies |
| Part de la surface terrestre couverte | Environ 3 à 4 % | Nations Unies / littérature scientifique |
| Part des réserves mondiales d’eau douce de surface | Environ 87 à 90 % | Nations Unies / Science, 2023 |
| Personnes dépendant des réserves glaciaires qui alimentent lacs et rivières | Près de 1,9 milliard | PNUE |
Un pilier de la biodiversité
Les milieux lacustres abritent une diversité qui dépasse largement les seuls poissons : plantes immergées, invertébrés benthiques, amphibiens, oiseaux d’eau. Les étangs de plaine servent de sites d’hivernage aux canards qui se reproduisent dans le nord de l’Europe, moins susceptibles de geler que leurs zones de nidification. Cette richesse est en recul brutal : selon les données reprises par l’ONU, les populations d’espèces d’eau douce ont chuté de 85 % au cours des cinquante dernières années.
Un régulateur climatique méconnu
Les lacs rafraîchissent leur environnement, absorbent les eaux de crue, soutiennent les débits en période d’étiage et stockent du carbone dans leurs sédiments. À l’inverse, un lac dégradé devient une source : la matière organique en décomposition dans des fonds privés d’oxygène libère du méthane, gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement très supérieur à celui du CO₂.
Un moteur économique local
Eau potable, irrigation, pêche, aquaculture, hydroélectricité, navigation, tourisme : les usages se superposent sur un même plan d’eau. La dégradation de la qualité de l’eau se traduit très concrètement par un renchérissement de la potabilisation, et parfois par l’abandon pur et simple de la ressource lorsque le traitement devient économiquement insoutenable.
Le prix de l’inaction
Les projections relayées par les Nations Unies sont sévères. Si la pression sur les lacs se maintient, d’ici 2050 :
- la richesse des écosystèmes lacustres pourrait diminuer d’environ 20 % ;
- la pollution pourrait plus que doubler ;
- les émissions de méthane augmenteraient, aggravant simultanément les dommages environnementaux et les pertes économiques.
La diversité des lacs à travers le monde
Les géants de la planète
| Lac | Région | Particularité |
|---|---|---|
| Mer Caspienne | Asie centrale / Caucase | Plus vaste étendue d’eau continentale fermée du monde ; eaux saumâtres |
| Lac Supérieur | Amérique du Nord | Plus grand lac d’eau douce du monde par la superficie |
| Lac Baïkal | Sibérie | Le plus profond (plus de 1 600 m) et le plus volumineux réservoir d’eau douce liquide |
| Lac Tanganyika | Burundi, RDC, Tanzanie, Zambie | Deuxième plus profond du monde, exceptionnel taux d’endémisme |
| Lac Victoria | Kenya, Ouganda, Tanzanie | Plus grand lac tropical, pêche vivrière pour des dizaines de millions de personnes |
| Lac Titicaca | Bolivie, Pérou | Plus haut grand lac navigable du monde, à plus de 3 800 m d’altitude |
Des lacs façonnés par les cultures
En Amérique du Sud, les communautés du lac Titicaca perpétuent la tradition des îles flottantes de totora, aujourd’hui support d’un tourisme communautaire. En Asie du Sud-Est, les lacs de cratère de Kelimutu, en Indonésie, changent de couleur au gré des réactions chimiques déclenchées par les gaz volcaniques ; ils figurent dans l’imaginaire national au point d’avoir illustré un billet de banque. En Afrique de l’Est, la région des Grands Lacs structure les économies, les migrations et les identités de plusieurs pays.
Des lacs nouveaux, nés de la fonte
Le recul des glaciers engendre un phénomène récent et ambivalent : la croissance rapide des lacs glaciaires de haute montagne. Ils stockent l’eau de fonte et amortissent les sécheresses, mais leur rupture brutale – les crues de vidange glaciaire – peut dévaster des vallées entières en quelques heures.
Les défis contemporains des lacs
1. L’assèchement généralisé
C’est le constat le plus alarmant de la dernière décennie. Une étude publiée dans la revue Science en mai 2023 a analysé près de 250 000 images satellitaires portant sur 1 972 grands lacs et réservoirs, représentant l’essentiel des volumes stockés à l’échelle mondiale. Résultat : 53 % d’entre eux ont perdu du volume entre 1992 et 2020, et environ un quart de l’humanité vit dans le bassin versant d’un lac en déclin. Le PNUE relève de son côté que les masses d’eau de surface diminuent ou disparaissent complètement dans 364 bassins à travers le monde.
Les causes se cumulent : hausse des températures et évaporation accrue, prélèvements pour l’agriculture et les villes, sédimentation des réservoirs, modification des régimes de précipitations. La mer d’Aral et le lac Tchad restent les symboles extrêmes de cette trajectoire.
2. La pollution et l’eutrophisation accélérée
Les nutriments issus des engrais agricoles et des eaux usées – azote et surtout phosphore – nourrissent des proliférations d’algues et de cyanobactéries. En se décomposant, cette biomasse consomme l’oxygène dissous et crée des zones mortes. S’y ajoutent les contaminants chimiques (pesticides, métaux lourds, hydrocarbures, PCB, résidus médicamenteux) et les déchets solides charriés par les cours d’eau.
3. Le dérèglement du brassage
Des hivers plus doux empêchent le mélange complet de la colonne d’eau dans les lacs profonds. Les couches de fond ne sont plus réoxygénées, ce qui asphyxie la faune benthique et relargue le phosphore piégé dans les sédiments – un cercle vicieux qui annule une partie des efforts de dépollution menés en surface.
4. Les espèces exotiques envahissantes
Moules invasives, poissons introduits, plantes aquatiques proliférantes : les nouveaux arrivants bouleversent les chaînes alimentaires, colmatent les prises d’eau et entravent la navigation ou la baignade.
5. Le déficit de connaissances
Contrairement aux cours d’eau, souvent équipés de stations de jaugeage, les lacs sont peu instrumentés. Le PNUE développe des outils pour y remédier — notamment un explorateur numérique des écosystèmes d’eau douce qui agrège l’état de millions de lacs, rivières et zones humides — mais l’effort reste très inégal selon les régions du monde.
Comment célébrer et participer à la Journée mondiale des lacs
Événements institutionnels et scientifiques
- Conférences et webinaires organisés par le PNUE, l’ILEC et les organismes de bassin.
- Publication de rapports scientifiques et de bilans de qualité des eaux.
- Signature d’accords de coopération transfrontalière : le PNUE a par exemple lancé une initiative dans le bassin du lac Tanganyika, partagé entre le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie, visant la réhabilitation de 1 700 hectares d’écosystèmes.
Mobilisation locale
- Chantiers participatifs de nettoyage des berges et de retrait des déchets.
- Opérations de plantation de ripisylve et de restauration de roselières.
- Sciences participatives : comptages d’oiseaux d’eau, suivis de la transparence, signalement d’espèces invasives.
- Journées portes ouvertes des stations d’épuration et des observatoires lacustres.
Actions numériques
Les campagnes de sensibilisation s’appuient sur les mots-clés #WorldLakeDay, #GenerationRestoration et #27August, en lien avec la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes.
À l’échelle individuelle
- Réduire les apports en phosphore : privilégier les détergents sans phosphates, limiter les engrais dans les jardins riverains.
- Ne rien rejeter dans les avaloirs et les fossés, qui rejoignent souvent directement un plan d’eau.
- Nettoyer et sécher son matériel nautique et de pêche entre deux plans d’eau pour éviter de transporter larves et graines d’espèces invasives.
- Respecter les zones de quiétude et les périodes de nidification sur les rives.
- Visiter un lac proche de chez soi et se renseigner sur son état écologique, consultable librement sur les portails publics de données sur l’eau.
La Journée mondiale des lacs en France : 856 000 plans d’eau sous surveillance
Un patrimoine bien plus vaste qu’on ne l’imagine
Publié en 2024 sous la coordination de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, le premier Inventaire national des plans d’eau (INPE) a livré un chiffre inattendu.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Plans d’eau recensés en France (hors Guyane) | Plus de 856 000 |
| Part du territoire national couverte | Environ 1 %, soit près de 500 000 hectares |
| Capacité de stockage cumulée | Environ 17 milliards de m³ |
| Retenues de plus de 0,1 hectare | 250 700 |
| Plans d’eau de moins de 0,1 hectare | Plus de 500 000 |
Cinq plans d’eau français sur huit sont donc plus petits qu’un disque d’une trentaine de mètres de diamètre. Ces innombrables mares et petites retenues, longtemps invisibles des politiques publiques, jouent pourtant un rôle majeur pour la biodiversité et le stockage de l’eau.
Un état écologique préoccupant
L’évaluation au titre de la directive-cadre européenne sur l’eau ne porte que sur les plans d’eau les plus importants, constitués en « masses d’eau ». Les résultats de référence sont sans ambiguïté.
| Indicateur (données 2019) | Résultat |
|---|---|
| Masses d’eau « plans d’eau » évaluées | 398 |
| Part au moins en bon état écologique | 34,2 % |
| Part en bon état chimique | 58,6 % |
| Stations de surveillance des lacs (2015) | 320 |
Autrement dit, deux masses d’eau sur trois n’atteignent pas le bon état écologique. Les pressions dominantes sont l’eutrophisation d’origine agricole et domestique, l’artificialisation des berges, les prélèvements et les espèces exotiques envahissantes. La Liste rouge de l’UICN France recensait par ailleurs 15 espèces menacées parmi les 69 poissons d’eau douce de métropole évalués.
Les grands lacs français
| Lac | Localisation | Superficie approximative | Nature |
|---|---|---|---|
| Léman | Haute-Savoie / Suisse | Environ 580 km² au total, dont une partie française | Naturel, glaciaire ; plus grand lac d’Europe occidentale |
| Étang de Berre | Bouches-du-Rhône | Environ 155 km² | Lagune saumâtre |
| Lac du Der-Chantecoq | Marne / Haute-Marne | Environ 48 km² | Artificiel ; le plus vaste de France par la superficie |
| Lac du Bourget | Savoie | Environ 44 km² | Naturel, glaciaire ; le plus grand lac naturel entièrement français |
| Lac de Serre-Ponçon | Hautes-Alpes / Alpes-de-Haute-Provence | Environ 28 km², 1,27 milliard de m³ | Artificiel ; le plus grand d’Europe par le volume |
| Lac d’Annecy | Haute-Savoie | Environ 27 km² | Naturel, glaciaire |
Ces plans d’eau ne sont pas que des paysages. Autour de Serre-Ponçon, l’activité touristique des communes riveraines représentait un chiffre d’affaires de l’ordre de 210 millions d’euros en 2020 et environ un tiers de la fréquentation estivale des Hautes-Alpes.
Le Léman, laboratoire grandeur nature
Le lac Léman illustre à la fois ce qu’une politique publique déterminée peut réussir et ce que le climat peut défaire.
La réussite. À la fin des années 1970, la concentration en phosphore total approchait 100 microgrammes par litre : le lac s’asphyxiait. L’interdiction des phosphates dans les lessives (Suisse en 1986, France en 2007), l’équipement massif en stations d’épuration avec déphosphatation et la réduction des apports agricoles ont inversé la courbe. Le rapport scientifique 2025 de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman fait état d’une concentration moyenne de 15,6 µg/L, le niveau le plus bas depuis 1970, tout proche de l’objectif historique de 10 à 15 µg/L. Les efflorescences algales ont nettement reculé.
Le revers. Le même rapport signale que le brassage hivernal complet fait défaut pour la quatorzième année consécutive : le mélange n’a atteint qu’environ 140 mètres sur les 309 mètres de profondeur maximale. La concentration moyenne en oxygène dissous dans les eaux profondes tombe à 1,6 mg/L, un seuil incompatible avec la vie de la plupart des organismes. Les eaux de surface, elles, se sont réchauffées de 1,7 °C par rapport à la période de référence 1991-2020. À cela s’ajoute la moule quagga, espèce invasive qui a colonisé le lac jusqu’à 250 mètres de fond, avec une biomasse estimée à environ 800 000 tonnes.
Le Léman guérit en surface et s’essouffle dans ses profondeurs : c’est peut-être le meilleur résumé de ce que la Journée mondiale des lacs cherche à faire comprendre.
Foire aux questions sur la Journée mondiale des lacs
Quand a lieu la Journée mondiale des lacs ?
La Journée mondiale des lacs a lieu le 27 août de chaque année. Il s’agit d’une date fixe, qui ne varie pas selon les années ni selon les pays. La première édition s’est tenue le 27 août 2025.
Qui a créé la Journée mondiale des lacs et par quelle résolution ?
La Journée mondiale des lacs a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté sans vote la résolution A/RES/79/142 le 12 décembre 2024, lors de sa 52ᵉ séance plénière. Le projet de résolution (A/79/L.39) a été porté par l’Indonésie, avec le soutien de plusieurs dizaines d’États co-auteurs. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en assure l’animation.
Pourquoi la Journée mondiale des lacs est-elle célébrée le 27 août ?
Si la Journée mondiale des lacs est célébrée le 27 août, c’est en mémoire de l’ouverture, le 27 août 1984, de la première Conférence mondiale sur l’environnement des lacs, organisée dans la préfecture de Shiga au Japon, autour du lac Biwa. Cette conférence fondatrice a rassemblé pour la première fois scientifiques et gestionnaires sur la question lacustre et a débouché sur la création du Comité international pour l’environnement des lacs (ILEC).
Combien y a-t-il de lacs dans le monde et quelle part d’eau douce contiennent-ils ?
Il existe plus de 117 millions de lacs sur Terre, selon les Nations Unies, couvrant environ 3 à 4 % de la surface terrestre. Bien que l’essentiel de l’eau douce mondiale soit stocké dans les glaciers et le sous-sol, les lacs contiennent environ 87 à 90 % des réserves d’eau douce de surface, ce qui en fait la principale source d’eau douce facilement accessible pour l’humanité.
Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur les lacs ?
Les principales menaces qui pèsent sur les lacs sont l’assèchement — 53 % des grands lacs et réservoirs de la planète ont perdu du volume entre 1992 et 2020 selon une étude publiée dans Science —, la pollution par les nutriments agricoles et les eaux usées qui provoque l’eutrophisation, le changement climatique qui accroît l’évaporation et empêche le brassage hivernal, les prélèvements excessifs pour l’irrigation et les villes, et les espèces exotiques envahissantes. À l’horizon 2050, l’ONU estime que la richesse des écosystèmes lacustres pourrait reculer de 20 % et la pollution plus que doubler.
Combien de lacs et de plans d’eau compte la France, et dans quel état sont-ils ?
La France compte plus de 856 000 plans d’eau hors Guyane, selon l’Inventaire national des plans d’eau publié en 2024, soit environ 1 % du territoire national et une capacité de stockage cumulée d’environ 17 milliards de m³. Leur état reste préoccupant : parmi les 398 masses d’eau « plans d’eau » évaluées au titre de la directive-cadre sur l’eau, 34,2 % seulement atteignaient au moins le bon état écologique et 58,6 % le bon état chimique en 2019.
Chaque 27 août, la Journée mondiale des lacs rappelle une évidence que nous avons longtemps ignorée : ces étendues d’eau tranquilles ne sont pas des décors, ce sont des organes vitaux. Elles filtrent, stockent, nourrissent, tempèrent et abritent. Le Léman qui retrouve la clarté de ses eaux prouve qu’une dégradation n’est jamais irréversible lorsque la volonté politique et la mobilisation citoyenne se rejoignent ; le même Léman, qui ne parvient plus à respirer dans ses profondeurs, rappelle que le temps nous est compté. Le premier geste tient en une promenade : allez voir le lac, l’étang ou la mare qui vous est le plus proche, et demandez-vous ce qu’il vous faudrait faire pour qu’il soit encore là dans cinquante ans. 💧