Le 6 septembre 1522, un navire en très mauvais état franchit la barre de Sanlúcar de Barrameda. La Victoria revient de trois ans de mer avec dix-huit Européens à bord, une cargaison d’épices et une anomalie que personne à bord ne sait expliquer : le journal tenu jour après jour indique une date, et les calendriers restés à terre en indiquent une autre. Il manque vingt-quatre heures. Cette anomalie, relevée deux mois plus tôt à l’escale du Cap-Vert, ouvre un problème que l’Europe mettra plus de trois siècles à régler.
Le retour de la Victoria à Sanlúcar, 6 septembre 1522
Le samedi 6 septembre 1522, la Victoria entre dans le port de Sanlúcar de Barrameda, à l’embouchure du Guadalquivir. Elle est le dernier navire d’une flotte de cinq. Antonio Pigafetta, chevalier vicentin embarqué comme volontaire, ouvre son récit du retour par une phrase de comptable : ils sont dix-huit, la plupart malades, sur les soixante qui avaient quitté les Moluques.
L’expédition avait quitté le quai des Mules à Séville le 10 août 1519, puis appareillé de Sanlúcar le 20 septembre 1519 après cinq semaines d’attente des vents. Entre ce départ et le retour, 1 082 jours se sont écoulés selon les calendriers d’Andalousie. Le journal de Pigafetta, lui, en compte 1 081.
Le 8 septembre 1522, la Victoria remonte le fleuve jusqu’au port de Las Muelas à Séville et salue son retour d’une décharge d’artillerie. Le lendemain, mardi 9 septembre, les survivants débarquent en chemise et pieds nus, un cierge à la main, pour une procession jusqu’à Nuestra Señora de la Victoria puis à la chapelle de Santa María de la Antigua : ils avaient promis cette dévotion avant de partir.
Les effectifs de départ varient selon les sources, et cette divergence est l’une des erreurs les plus répandues sur les pages consacrées à l’expédition.
| Source | Hommes au départ | Retour sur la Victoria |
|---|---|---|
| Xavier de Castro (éd. Chandeigne) | 237 embarqués à Sanlúcar, 241 membres recensés au total | 18 (Elcano et 17 hommes) |
| Herodote.net | 237 hommes | 18 Européens et 3 Moluquois |
| R. H. van Gent (Université d’Utrecht) | « environ 270 » | 18 |
Le chiffre de 18 fait consensus. Celui du départ, non : il dépend de ce que l’on compte, les rôles d’équipage signés à Séville, les hommes effectivement montés à bord à Sanlúcar, ou les recrutements de dernière minute aux Canaries.
Le jour perdu découvert au Cap-Vert : le témoignage de Pigafetta
L’anomalie qui donne son nom à cet épisode est relevée le mercredi 9 juillet 1522, à l’île de Santiago, dans l’archipel portugais du Cap-Vert. La Victoria fait eau, l’équipage est affamé, Juan Sebastián Elcano fait mine d’arriver des Amériques pour obtenir des vivres sans éveiller les soupçons des Portugais.
Pigafetta consigne l’épisode avec précision. Il charge les hommes de la chaloupe de demander à terre quel jour on est. Réponse : jeudi. À bord, c’est mercredi. Il note son étonnement et souligne qu’il a écrit chaque jour sans interruption, n’ayant jamais été malade. Puis il ajoute, dans une formule ajoutée après coup, que l’erreur n’en était pas une : ayant toujours navigué vers l’ouest et suivi la course du soleil, ils avaient gagné vingt-quatre heures.
Ce détail compte. La phrase d’explication ne figure pas dans le carnet de bord au moment des faits : Pigafetta rédige son récit après le retour, une fois la question éclaircie à la cour. Sur le moment, personne ne comprend.
L’escale tourne court. Les Portugais découvrent que les Espagnols paient en clous de girofle, ce qui trahit leur provenance réelle. Treize hommes restés à terre sont arrêtés. Les dix-huit autres appareillent en hâte et mettent le cap sur l’Espagne, en passant au large des Açores pour profiter des alizés.
| Point de repère | Date à bord | Date à terre |
|---|---|---|
| Escale de Santiago, Cap-Vert | mercredi 9 juillet 1522 | jeudi 10 juillet 1522 |
| Arrivée à Sanlúcar de Barrameda | 5 septembre 1522 (comput initial) | samedi 6 septembre 1522 |
Le récit publié de Pigafetta donne la date corrigée, le samedi 6 septembre. Le témoignage recueilli par Pierre Martyr d’Anghiera auprès des autres survivants situe au contraire l’arrivée au port de Séville le 7 septembre, alors que l’équipage comptait le 6. Les deux versions divergent d’un jour sur le point d’arrivée, sans que l’écart d’une journée entre bord et terre soit remis en cause.
Pourquoi un jour disparaît quand on navigue vers l’ouest
Le décalage constaté au Cap-Vert le 9 juillet 1522 n’est pas une erreur de comptage : c’est une conséquence arithmétique de la rotation terrestre. La Terre effectue un tour sur elle-même en vingt-quatre heures, soit 360 degrés de longitude. Un degré vaut donc quatre minutes de temps solaire.
Un navire qui progresse vers l’ouest recule son midi local de quatre minutes par degré parcouru. Chaque journée à bord dure très légèrement plus de vingt-quatre heures, d’un écart trop faible pour être perçu. Sur un tour complet de 360 degrés, ces fractions s’additionnent exactement à vingt-quatre heures : le navire a vu un lever de soleil de moins que les gens restés à terre.
| Trajet | Nombre de levers de soleil observés | Effet sur le calendrier |
|---|---|---|
| Tour du monde vers l’ouest | un de moins | un jour perdu |
| Immobile au point de départ | référence | aucun écart |
| Tour du monde vers l’est | un de plus | un jour gagné |
Deux erreurs circulent sur ce point. La première consiste à situer la perte du jour en un lieu et un instant précis, au franchissement du 180e méridien. Il n’en est rien : en 1522, aucune ligne n’existait, et l’écart s’est accumulé de façon continue tout au long du trajet. La seconde consiste à croire que le retour d’Elcano par l’océan Indien et le cap de Bonne-Espérance, qui portait vers l’est sur la carte, aurait dû compenser l’écart. C’est faux : la Victoria n’a jamais rebroussé chemin, elle a bouclé un unique circuit vers l’ouest, Atlantique, Pacifique, océan Indien, Atlantique de nouveau. Un seul tour, donc un seul jour.
Valladolid, automne 1522 : la stupeur de la cour et l’explication de Contarini
L’affaire du jour manquant remonte jusqu’à la cour de Charles Quint à Valladolid, à l’automne 1522, quand les survivants viennent faire leur rapport. Ce n’est pas la curiosité astronomique qui domine, mais l’inquiétude religieuse : si le comput du bord était faux, l’équipage a célébré les fêtes, jeûné et prié les mauvais jours pendant trois ans.
Pierre Martyr d’Anghiera, membre du Conseil des Indes chargé d’écrire l’histoire des découvertes, interroge longuement les marins. Il commence par soupçonner une faute de leurs prêtres, puis une erreur sur l’année bissextile. Les hommes lui répondent qu’ils avaient des livres d’heures à bord, qu’ils suivaient l’office quotidiennement et qu’ils avaient bien donné vingt-neuf jours à février 1520. Ils sont unanimes : un jour a disparu.
C’est alors que Pierre Martyr soumet le problème à Gasparo Contarini (1483-1542), ambassadeur de Venise auprès de l’empereur, philosophe et astronome. Contarini fournit l’explication correcte, et la complète par un raisonnement symétrique remarquable : si deux flottes quittaient le Cap-Vert le même jour, l’une vers l’ouest, l’autre vers l’est, et rentraient au même instant, il serait jeudi pour le Cap-Vert, mercredi pour la flotte castillane et vendredi pour la flotte portugaise. Trois dates simultanées au même endroit.
Une précision s’impose ici, car l’erreur est fréquente : Contarini n’a pas donné cette explication devant le Sénat de Venise. Il l’a donnée à la cour d’Espagne, en 1522, dans une conversation privée avec Pierre Martyr. Sa fameuse Relazione au Sénat vénitien date de novembre 1525 et traite des empires espagnol et portugais, non du jour perdu.
Le texte de Pierre Martyr connaît lui-même un destin mouvementé. Le manuscrit envoyé à Rome disparaît dans le sac de la ville en 1527. Le récit survit par la cinquième décade des De orbe novo decades, adressée au pape Adrien VI et publiée en 1530, puis par les traductions anglaises de Richard Eden (1555) et Michael Lok (1612).
| Source primaire | Date | Contient l’épisode du jour perdu ? |
|---|---|---|
| Relation d’Antonio Pigafetta | rédigée après 1522, imprimée à partir de 1550 par Ramusio | Oui, récit de l’escale du Cap-Vert |
| Lettre de Maximilianus Transylvanus | datée de Valladolid, 23 octobre 1522, imprimée à Cologne en janvier 1523 | Non |
| De orbe novo decades, Pierre Martyr d’Anghiera | cinquième décade, publiée en 1530 | Oui, avec l’explication de Contarini |
Ce tableau corrige une confusion courante. La lettre de Transylvanus, souvent citée comme source du jour perdu, est le premier récit imprimé de la circumnavigation, mais elle n’en parle pas. Elle mentionne les treize hommes emprisonnés au Cap-Vert et l’arrivée des dix-huit survivants le 6 septembre, rien de plus. Le passage sur le jour manquant que l’on trouve dans les éditions modernes du même volume appartient à la préface de Giovanni Battista Ramusio, qui résume Pierre Martyr.
Le paradoxe était connu deux siècles plus tôt
Contrairement à ce que laisse entendre la formule du « jour perdu découvert par Magellan », l’anomalie constatée en 1522 avait été décrite en théorie bien avant. Le géographe syrien Abu’l-Fida (1273-1331), dans le chapitre introductif de son Taqwīm al-Buldān, expose que trois hommes partant d’un même point, l’un vers l’ouest, l’autre vers l’est, le troisième restant sur place, ne s’accorderont pas sur la date à leur réunion.
Le philosophe normand Nicole Oresme (vers 1320-1382), conseiller de Charles V et évêque de Lisieux, reprend le problème dans son Traitié de l’espere. Il met en scène Jehan, qui fait le tour de la Terre vers l’ouest, Pierre, qui le fait vers l’est, à raison de trente degrés par jour, et Robert, qui reste au point de départ. Jehan compte onze jours, Pierre en compte treize, Robert douze.
Ce que 1522 apporte n’est donc pas la découverte du phénomène mais sa vérification expérimentale, et l’obligation d’en tirer des conséquences pratiques. Le raisonnement scolastique circulait dans les universités ; il n’avait jamais atteint les ponts des navires.
Trois siècles sans règle commune
Entre le retour de la Victoria en 1522 et la fin du XIXe siècle, le décalage constaté au Cap-Vert reste un problème d’espèce, résolu au cas par cas. Chaque équipage, chaque colonie, chaque cartographe fixe sa propre convention. Les témoignages s’accumulent sans qu’aucune règle générale n’émerge.
En septembre 1580, les hommes de Francis Drake rentrent à Plymouth d’un tour du monde vers l’ouest et notent l’écart : le 26 septembre était un lundi pour ceux qui étaient restés, un dimanche dans leur comput. En 1597, le marchand florentin Francesco Carletti, arrivé à Nagasaki depuis Manille, constate que les Portugais venus de Macao par l’est comptent un jour de plus que lui ; il observe que le samedi saint des uns est le jour de Pâques des autres. En novembre 1616, le Néerlandais Jacob Le Maire, arrivé à Batavia, règle la question en supprimant un mardi de son calendrier et en vivant une semaine de six jours.
Les ajustements territoriaux sont plus spectaculaires encore.
| Année | Territoire | Ajustement | Motif |
|---|---|---|---|
| 1844 | Philippines | le mardi 31 décembre 1844 est supprimé, le lundi 30 décembre est suivi du mercredi 1er janvier 1845 | passer du comput américain au comput asiatique pour le commerce avec la Chine et les Indes néerlandaises |
| 1867 | Alaska | le vendredi 6 octobre julien est suivi du vendredi 18 octobre grégorien | vente de l’Amérique russe aux États-Unis, changement de côté de la ligne et passage du calendrier julien au grégorien |
| 1892 | Samoa | le lundi 4 juillet 1892 est vécu deux fois, l’année compte 367 jours | alignement sur les négociants américains de Californie |
Le cas philippin est le plus long. Colonisées depuis l’est, par le galion de Manille venu d’Acapulco, les Philippines ont conservé pendant plus de trois siècles la date américaine tout en se trouvant géographiquement en Asie : quand il était dimanche à Manille, il était lundi à Batavia. Le décret du gouverneur général Narciso Clavería y Zaldúa, pris le 16 août 1844 après consultation de l’archevêque José Seguí, met fin à cette situation. Le 31 décembre 1844 n’a jamais existé aux Philippines.
Ce que la conférence de Washington de 1884 a réellement décidé
La conférence internationale du méridien s’est tenue à Washington du 1er au 22 octobre 1884, et ce qu’elle a décidé au sujet de la ligne de changement de date est le point le plus souvent faux sur les pages francophones consacrées au sujet. Réunie à l’invitation du président Chester A. Arthur, elle rassemble 41 délégués représentant 25 nations.
Ses résolutions portent sur le méridien d’origine et sur le jour universel. Le méridien de Greenwich est adopté par 22 voix contre une, celle de Saint-Domingue, la France et le Brésil s’abstenant. Le 18 octobre, la conférence définit le jour universel comme un jour solaire moyen commençant à minuit moyen sur le méridien initial et compté de 0 à 24 heures, par 15 voix pour, 2 contre et 7 abstentions.
| Ce que la conférence a fait | Ce qu’elle n’a pas fait |
|---|---|
| recommander Greenwich comme méridien d’origine unique | créer, tracer ou définir la ligne de changement de date |
| définir le jour universel | fixer le tracé de la ligne quand elle traverse des terres ou des archipels |
| émettre des recommandations aux gouvernements | adopter un texte contraignant |
Les délégués ont seulement relevé que le choix de Greenwich présentait l’avantage de placer l’antiméridien, à 180 degrés, presque entièrement sur l’océan. Aucun tracé n’a été discuté. La ligne de changement de date n’a jamais été définie par un traité, une loi ou un accord international. Le géodésien américain George Davidson (1825-1911) résumait la situation en affirmant qu’il n’existe pas de ligne internationale de changement de date, seulement une ligne théorique à 180 degrés et un usage issu d’un accord entre compagnies de navigation.
Le tracé que reproduisent les atlas vient en réalité des services hydrographiques britannique et américain, dont les premières recommandations remontent à 1899 et 1900. Ces services l’ont ajusté à plusieurs reprises : en 1910, la ligne est redressée au large de Hawaï, une excursion vers l’ouest ayant été maintenue pendant des années pour deux îles, Patrocinio et Morrell, dont on a fini par établir qu’elles n’existaient pas. Au début des années 1920, elle coupe brièvement l’île Wrangel en deux, à la suite d’une revendication canadienne sur ce territoire russe.
Les héritages : Jules Verne, les fuseaux, les îles qui changent de jour
L’anomalie relevée en 1522 a produit une descendance littéraire, cartographique et politique qui court jusqu’à nos jours. Le cas le plus célèbre est le coup de théâtre du Tour du monde en quatre-vingts jours, paru en feuilleton dans Le Temps du 6 novembre au 22 décembre 1872, puis en volume chez Hetzel le 30 janvier 1873. Phileas Fogg croit avoir perdu son pari : en voyageant vers l’est, il a gagné un jour sans s’en apercevoir.
Jules Verne n’a jamais caché sa dette. Il avait résumé dès 1864, dans son essai Edgard Poë et ses œuvres publié par le Musée des familles, la nouvelle d’Edgar Allan Poe parue le 27 novembre 1841 dans le Saturday Evening Post sous le titre A Succession of Sundays, connue en français sous le titre La Semaine des trois dimanches. En avril 1873, Verne présente une communication sur les méridiens et le calendrier devant la Société de géographie de Paris : la question de savoir où passe la limite entre aujourd’hui et hier était alors ouverte.
Le problème n’a pas épargné les navigateurs professionnels. Le 20 janvier 1840, lors de la découverte de la Terre Adélie, Dumont d’Urville omet d’ajouter un jour en franchissant le 180e méridien par l’est et antidate d’une journée les événements qui suivent.
Les ajustements contemporains, eux, sont politiques et commerciaux.
| Date | Territoire | Ajustement |
|---|---|---|
| 1er janvier 1995 | Kiribati, îles de la Ligne et Phœnix | le samedi 31 décembre 1994 est supprimé, la ligne est déplacée vers l’est jusqu’à la frontière orientale du pays |
| 30 décembre 2011 | Samoa et Tokelau | le vendredi 30 décembre 2011 est supprimé, passage d’UTC−11 à UTC+13 |
Le motif de Kiribati était administratif : l’archipel était coupé en deux par la ligne, et les administrations de part et d’autre ne partageaient que quatre jours ouvrables par semaine. Effet secondaire imprévu, l’île Caroline est devenue la première terre habitable à entrer dans l’an 2000. Samoa et Tokelau ont invoqué le commerce avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, avec le même argument des deux jours ouvrés perdus chaque semaine. Les Samoa américaines, à cent trente kilomètres de là, sont restées du côté américain : les deux archipels vivent aujourd’hui à des dates différentes.
Reste un débat historiographique ouvert. De nombreux manuels philippins affirment que les dates de Pigafetta pour l’archipel doivent être décalées d’un jour, et donnent par exemple le 17 mars 1521 au lieu du 16 mars pour l’arrivée. Les travaux récents et la Commission historique nationale des Philippines retiennent les dates de Pigafetta telles quelles, l’écart entre le 16 et le 17 mars correspondant à la distinction entre la vue des îles et le débarquement à Homonhon, non à une correction de comput. La question mérite d’être signalée plutôt que tranchée.
Foire aux questions sur le jour perdu de Magellan
Pourquoi l’équipage de Magellan a-t-il perdu un jour ?
L’équipage de Magellan a perdu un jour parce que la Victoria a bouclé un tour du monde complet en navigant vers l’ouest, dans le sens du mouvement apparent du soleil. Chaque degré de longitude parcouru vers l’ouest retarde le midi local de quatre minutes ; sur 360 degrés, l’écart atteint exactement vingt-quatre heures. Le navire a donc vu un lever de soleil de moins que les personnes restées en Espagne.
Quelle date exacte l’équipage de Magellan a-t-il perdue ?
L’équipage n’a pas perdu une date précise : l’écart s’est accumulé progressivement sur les trois années du voyage, quatre minutes par degré, et non lors du franchissement d’une ligne. Il a été constaté pour la première fois le mercredi 9 juillet 1522, à l’escale de Santiago au Cap-Vert, où les Portugais leur ont répondu qu’on était le jeudi 10 juillet.
Qui a expliqué le jour perdu de l’expédition Magellan ?
Le jour perdu de l’expédition Magellan a été expliqué par Gasparo Contarini, ambassadeur de Venise auprès de Charles Quint, consulté à la cour d’Espagne en 1522 par le chroniqueur Pierre Martyr d’Anghiera. Contrairement à ce qui est souvent écrit, cette explication n’a pas été donnée devant le Sénat de Venise. Le phénomène avait par ailleurs été décrit en théorie dès le XIVe siècle par Abu’l-Fida et par Nicole Oresme.
La conférence de Washington de 1884 a-t-elle créé la ligne de changement de date ?
Non : la conférence de Washington de 1884 n’a pas créé la ligne de changement de date. Elle a recommandé l’adoption du méridien de Greenwich et défini le jour universel, mais n’a jamais discuté du tracé de la ligne. Celle-ci n’a été fixée par aucun traité et résulte des cartes publiées par les services hydrographiques britannique et américain à partir de 1899 et 1900.
Combien d’hommes sont revenus de l’expédition Magellan sur la Victoria ?
Dix-huit hommes sont revenus sur la Victoria à Sanlúcar de Barrameda le 6 septembre 1522, sous le commandement de Juan Sebastián Elcano. Le nombre d’hommes au départ est en revanche discuté : 237 embarqués à Sanlúcar selon l’édition critique de Xavier de Castro, environ 270 selon d’autres décomptes. Treize marins arrêtés au Cap-Vert et cinq rescapés de la Trinidad rentreront séparément.
Gagne-t-on ou perd-on un jour en traversant la ligne de changement de date ?
On perd un jour en traversant la ligne de changement de date vers l’est, et on en gagne un en la traversant vers l’ouest, ce qui est l’inverse de l’effet cumulé sur un tour du monde complet. La ligne sert précisément à compenser en une fois l’écart accumulé progressivement : c’est le correctif que l’équipage de la Victoria n’avait pas.
Un jour qui n’a jamais été retrouvé
Le 6 septembre 1522 est resté dans les mémoires comme la date du premier tour du monde. Il mérite aussi d’être retenu comme la date à laquelle l’humanité a découvert, par l’expérience et non par le calcul, que compter les jours suppose de s’accorder d’abord sur l’endroit où ils commencent. Cinq siècles plus tard, cet accord n’a toujours pas de valeur juridique : la ligne qui sépare aujourd’hui d’hier reste une convention cartographique que chaque État riverain peut déplacer, comme l’ont fait Kiribati en 1995 et Samoa en 2011. Le jour perdu par la Victoria n’a jamais été rendu à personne.
