Chaque 30 novembre, la communauté internationale observe la Journée du souvenir dédiée à toutes les victimes de la guerre chimique. Instituée en 2015 par la Conférence des États parties à la Convention sur les armes chimiques (décision C-20/DEC.10), elle est portée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, et relayée par les Nations Unies.

Cette journée n’est pas une célébration : c’est une commémoration. Elle rend hommage aux personnes tuées, blessées ou marquées à vie par l’emploi d’armes chimiques, depuis les tranchées de 1915 jusqu’aux conflits les plus récents. Elle réaffirme aussi un engagement collectif : exclure complètement la possibilité de l’emploi de ces armes.
C’est quoi la guerre chimique ?
La guerre chimique désigne l’utilisation délibérée de produits chimiques toxiques comme méthode de guerre, dans le but de tuer, blesser ou incapaciter. Elle se distingue des armes conventionnelles par trois caractéristiques :
- Elle ne distingue pas : un nuage toxique se déplace avec le vent et frappe indifféremment combattants et civils, adultes et enfants.
- Elle blesse plus qu’elle ne tue : la majorité des victimes survivent avec des séquelles respiratoires, oculaires, dermatologiques ou neurologiques durables.
- Ses effets se prolongent : cancers, malformations congénitales et troubles psychiques ont été documentés dans les populations exposées, parfois plusieurs décennies après.
Sur le plan juridique, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC, 1993) interdit de mettre au point, fabriquer, acquérir, stocker, transférer et employer des armes chimiques, ainsi que d’entreprendre des préparatifs militaires en vue de leur emploi. C’est une interdiction totale, sans exception.
Origine et histoire de la Journée du souvenir dédiée aux victimes de la guerre chimique
Création de la journée
La journée est née d’une décision de la 20ᵉ session de la Conférence des États parties à la Convention sur les armes chimiques, en 2015 (document C-20/DEC.10). Cette session s’est tenue quelques mois après les commémorations du centenaire de l’attaque d’Ypres, en avril 2015 — événement qui avait rappelé au monde l’ampleur du traumatisme laissé par la guerre chimique.
La décision prévoit une date souple : la journée est observée le 30 novembre de chaque année, ou bien le premier jour de la session ordinaire de la Conférence des États parties lorsque celle-ci se tient à une autre date.
Pourquoi le 30 novembre ?
Les textes officiels ne détaillent pas explicitement le choix du 30 novembre. On notera toutefois que c’est le 30 novembre 1992 que l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 47/39, par laquelle elle prenait acte de la Convention sur les armes chimiques et ouvrait la voie à la cérémonie de signature de Paris, le 13 janvier 1993.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 avril 1915 | Première utilisation à grande échelle du chlore près d’Ypres (Belgique) |
| 17 juin 1925 | Protocole de Genève : interdiction de l’emploi des gaz asphyxiants en temps de guerre |
| 1980-1988 | Emploi massif d’armes chimiques pendant la guerre Iran-Irak |
| 16 mars 1988 | Attaque chimique de Halabja (Kurdistan irakien) |
| 30 novembre 1992 | Résolution 47/39 de l’Assemblée générale des Nations Unies |
| 13 janvier 1993 | Ouverture à la signature de la Convention, à Paris |
| 29 avril 1997 | Entrée en vigueur de la Convention ; création de l’OIAC |
| 11 octobre 2013 | Prix Nobel de la paix décerné à l’OIAC |
| 2015 | Institution de la Journée du souvenir (décision C-20/DEC.10) |
| 7 juillet 2023 | Destruction du dernier stock d’armes chimiques déclaré |
Objectifs principaux
- Rendre hommage aux victimes : reconnaître publiquement les morts, les blessés et les survivants, souvent invisibilisés une fois les conflits terminés.
- Maintenir la mémoire vivante : transmettre aux générations qui n’ont pas connu ces événements ce que signifie concrètement l’emploi d’armes chimiques.
- Réaffirmer la norme d’interdiction : rappeler que l’emploi de ces armes est inacceptable, en tout lieu, à tout moment, par quiconque et en toutes circonstances.
- Soutenir concrètement les survivants : mobiliser des ressources pour les soins, la réhabilitation et l’accompagnement des victimes.
- Promouvoir le multilatéralisme : montrer qu’un désarmement vérifié à l’échelle mondiale est possible.
Importance et impact de la guerre chimique
Une dimension humaine : des victimes au long cours
Les chiffres de la Première Guerre mondiale donnent la mesure du phénomène : les armes chimiques y ont causé plus de 100 000 morts et environ un million de victimes au total. Le poète britannique Wilfred Owen a laissé l’une des descriptions les plus connues de cette horreur, évoquant un camarade s’effondrant à ses pieds, suffoquant comme au fond d’une mer verte.
Un siècle plus tard, la spécificité des victimes d’armes chimiques demeure : beaucoup vivent des décennies avec des séquelles évolutives. Les survivants de Halabja et les vétérans iraniens de la guerre Iran-Irak souffrent encore aujourd’hui de pathologies respiratoires et oculaires chroniques.
Une dimension juridique : un traité sans équivalent
La Convention sur les armes chimiques est le premier traité multilatéral à interdire toute une catégorie d’armes de destruction massive et à prévoir la vérification internationale de leur destruction. Elle a été négociée dans un cadre entièrement multilatéral, avec la participation active de l’industrie chimique mondiale, ce qui garantit une application égale à tous les États parties.
Une dimension sécuritaire : la vigilance industrielle
L’OIAC ne se contente pas de vérifier la destruction des stocks. Elle inspecte les installations de l’industrie chimique pour s’assurer que les produits toxiques ne servent qu’à des fins pacifiques. Ses États membres représentent environ 98 % de l’industrie chimique mondiale.
Les chiffres clés de la Convention
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| États parties à la Convention | 193 |
| Population mondiale couverte | Environ 98 % |
| Industrie chimique mondiale couverte | Environ 98 % |
| Stocks déclarés détruits | 100 % |
| Tonnage total détruit sous vérification | Plus de 72 000 tonnes |
| Siège de l’OIAC | La Haye (Pays-Bas) |
| Distinction | Prix Nobel de la paix 2013 |
La guerre chimique à travers le monde
Europe : le berceau de la guerre chimique moderne
C’est sur le front occidental que tout commence. Le 22 avril 1915, près d’Ypres, des centaines de tonnes de chlore sont libérées sur plusieurs kilomètres de front. Le procédé se généralise ensuite dans les deux camps, faisant de la Première Guerre mondiale le conflit le plus meurtrier de l’histoire en matière chimique. Fait notable : ces armes n’ont pas été employées sur les champs de bataille européens durant la Seconde Guerre mondiale.
La guerre de 1914-1918 laisse encore aujourd’hui des traces en France : environ 250 tonnes d’obus et munitions toxiques allemands retrouvés dans le nord et l’est du pays ont été rassemblés au camp militaire de Suippes, dans la Marne. Dix États parties ont déclaré la présence d’« armes chimiques anciennes » sur leur territoire, dont l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni.
Moyen-Orient : Halabja et la guerre Iran-Irak
Entre 1980 et 1988, l’Irak emploie des armes chimiques contre les troupes iraniennes. Le 16 mars 1988, l’attaque de la ville kurde de Halabja constitue la plus grande attaque chimique jamais dirigée contre une zone civile : entre 3 200 et 5 000 morts en quelques heures, majoritairement des femmes et des enfants, et 7 000 à 10 000 blessés. Des enquêtes ultérieures ont mis en évidence une augmentation des cancers et des malformations congénitales dans la région.
Asie : le terrorisme chimique
En mars 1995, l’attentat au sarin perpétré dans le métro de Tokyo par la secte Aum Shinrikyo fait une dizaine de morts et plusieurs milliers d’intoxiqués. Cet événement démontre que la menace ne vient plus seulement des États, mais aussi d’acteurs non étatiques.
Syrie et empoisonnements ciblés
Le conflit syrien a donné lieu à des emplois documentés d’armes chimiques causant des centaines de victimes, dont de nombreux enfants. Plus récemment, l’utilisation d’agents neurotoxiques dans des tentatives d’assassinat ciblées a rappelé qu’il existe des usages hors champ de bataille. En 2018, la France a lancé un partenariat international contre l’impunité de l’utilisation d’armes chimiques.
Les défis contemporains
Une universalité inachevée
Malgré 193 États parties, la Convention n’est pas encore universelle. Quelques États restent en dehors du régime, dont l’un a signé sans ratifier. Chaque non-adhésion crée une zone d’ombre dans un système fondé sur la déclaration et la vérification.
Le dossier syrien
Le dossier syrien reste ouvert. En janvier 2026, une équipe du Secrétariat technique de l’OIAC s’est rendue dans la région d’Alep pour examiner des conteneurs de précurseurs chimiques non déclarés ainsi que 75 cylindres non déclarés susceptibles d’être qualifiés d’armes chimiques. Il s’agissait du premier rapport de l’OIAC depuis que la Syrie a autorisé les visites sur l’ensemble de son territoire. Plusieurs États ont appelé à des contributions volontaires pour financer ces travaux.
La réapparition et les acteurs non étatiques
La destruction des stocks déclarés ne clôt pas le sujet. L’OIAC identifie plusieurs vecteurs de réapparition : programmes étatiques clandestins, groupes terroristes ou criminels, individus isolés. Le risque évolue avec la chimie elle-même.
La lutte contre l’impunité
Établir les faits est une chose ; sanctionner en est une autre. L’OIAC a été la cible de cyberattaques répétées liées à ses travaux, notamment sur la Syrie : en 2018, les Pays-Bas ont expulsé quatre agents russes qui tentaient de pirater son siège à La Haye.

Comment est célébrée la Journée du souvenir dédiée aux victimes de la guerre chimique
La cérémonie officielle de La Haye
L’OIAC organise chaque année une cérémonie au siège de l’Organisation. Des représentants d’associations de victimes y participent en tant qu’invités d’honneur, et les États membres y réitèrent leur détermination à libérer le monde des armes chimiques. Le Secrétaire général des Nations Unies publie un message à cette occasion.
Les mémoriaux
Le jardin du siège de l’OIAC abrite le Mémorial en hommage aux victimes des armes chimiques, offert par le gouvernement iranien en 2012 : une statue représentant une victime dont le corps meurtri se mue en colombes. À proximité se trouve le Mémorial de Halabja.
Les déclarations nationales
De nombreux États publient une déclaration officielle le 30 novembre. La France y réaffirme son engagement pour l’interdiction complète des armes chimiques et son soutien à l’OIAC, qu’elle appuie également par des contributions volontaires.
Comment participer à son échelle
- Lire les témoignages de survivants publiés par l’OIAC et les associations de victimes.
- Visiter un lieu de mémoire lié à la Grande Guerre, notamment dans le Nord et l’Est de la France.
- Relayer les publications officielles de l’OIAC et des Nations Unies.
- Soutenir le Fonds d’affectation spéciale de l’OIAC dédié aux victimes des armes chimiques, qui a notamment financé un guide pratique sur la prise en charge médicale des victimes.
Le rôle de l’OIAC, prix Nobel de la paix
Créée à l’entrée en vigueur de la Convention en 1997, l’OIAC a reçu le prix Nobel de la paix le 11 octobre 2013, « pour ses efforts considérables visant à éliminer les armes chimiques ». La distinction intervenait alors que l’Organisation engageait le démantèlement de l’arsenal chimique syrien.
Dans le prolongement de cette reconnaissance, l’OIAC a créé en 2014 le Prix de La Haye, doté jusqu’à 90 000 euros par an et financé par la Ville de La Haye, qui récompense les personnes et institutions œuvrant pour un monde sans armes chimiques. En 2015, il a distingué deux experts ayant consacré leur carrière au soin et à la défense des victimes.
Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 30 novembre.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale de sensibilisation au désarmement et à la non-prolifération, Journée internationale de la paix.
Foire aux questions
Quand a lieu la Journée du souvenir dédiée à toutes les victimes de la guerre chimique ? La Journée du souvenir dédiée à toutes les victimes de la guerre chimique a lieu le 30 novembre de chaque année, ou le premier jour de la session ordinaire de la Conférence des États parties à la Convention sur les armes chimiques lorsque celle-ci se tient à une autre date.
Qui a créé la Journée du souvenir dédiée aux victimes de la guerre chimique ? La Journée du souvenir dédiée aux victimes de la guerre chimique a été créée en 2015 par la Conférence des États parties à la Convention sur les armes chimiques, lors de sa 20ᵉ session (décision C-20/DEC.10). Elle est portée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
Combien de pays ont signé la Convention sur les armes chimiques ? La Convention sur les armes chimiques réunit 193 États parties, ce qui représente environ 98 % de la population mondiale et 98 % de l’industrie chimique mondiale. Quelques États restent en dehors du traité.
Tous les stocks d’armes chimiques ont-ils été détruits ? Tous les stocks d’armes chimiques déclarés ont été détruits : le dernier l’a été le 7 juillet 2023, sous vérification de l’OIAC, portant le total à plus de 72 000 tonnes. Cela ne signifie pas la disparition de la menace, puisque des stocks non déclarés et des acteurs non étatiques restent possibles.
Quelle a été la première utilisation d’armes chimiques à grande échelle ? La première utilisation d’armes chimiques à grande échelle a eu lieu le 22 avril 1915 près d’Ypres, en Belgique, avec la libération de chlore sur le front. Au total, la Première Guerre mondiale a fait plus de 100 000 morts et environ un million de victimes par armes chimiques.
Qu’est-ce que l’OIAC ? L’OIAC, ou Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, est l’organisation internationale chargée d’appliquer la Convention sur les armes chimiques. Créée en 1997 et basée à La Haye, elle vérifie la destruction des stocks, inspecte l’industrie chimique et a reçu le prix Nobel de la paix en 2013.
Se souvenir, pour que cela ne recommence pas
En une trentaine d’années, la communauté internationale a réussi ce qu’on croyait impossible : faire disparaître, de façon vérifiée, la totalité d’une catégorie d’armes de destruction massive déclarée par les États. Plus de 72 000 tonnes détruites, 193 États engagés, une organisation récompensée par le prix Nobel de la paix.
Mais le 30 novembre n’est pas une journée de bilan. C’est une journée pour les vivants : ceux qui respirent encore mal, ceux qui ont perdu la vue, ceux qui portent dans leur corps la trace d’un nuage passé il y a quarante ans. Et c’est une journée pour une conviction simple, qu’il faut redire chaque année parce qu’elle n’est jamais définitivement acquise : l’emploi d’armes chimiques est inacceptable, en tout lieu, à tout moment, par quiconque et en toutes circonstances.
