28 avril : Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail

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Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail — Casque, gants et lunettes de protection sur un établi lumineux.

Chaque année, le 28 avril, la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail rappelle une réalité que les statistiques peinent à rendre : partout dans le monde, des femmes et des hommes partent travailler le matin et ne rentrent pas le soir. Promue par l’Organisation internationale du Travail (OIT), agence spécialisée des Nations Unies, cette journée est consacrée à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Sa singularité tient à sa double nature. Le 28 avril est aussi la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail, née dans le mouvement syndical. Deuil et prévention y sont indissociables : on honore les victimes tout en affirmant que ces morts sont évitables.

Élément Détail
Dénomination officielle Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail
Date 28 avril (date fixe)
Organisme promoteur Organisation internationale du Travail (OIT)
Première édition OIT 2003
Origine syndicale Jour de deuil national au Canada (1984), internationalisé en 1996
Portée Mondiale — commémorée dans une centaine de pays
Thème central Prévention des accidents et maladies liés au travail
Textes de référence Conventions OIT n° 155 (1981) et n° 187 (2006), devenues fondamentales en 2022

C’est quoi la sécurité et la santé au travail ?

La sécurité et la santé au travail (SST) désigne l’ensemble des dispositifs, des règles et des pratiques visant à préserver l’intégrité physique et mentale des personnes dans le cadre de leur activité professionnelle. Il ne s’agit pas seulement d’éviter la chute d’un échafaudage ou l’écrasement par une machine : le champ couvre aussi les expositions lentes, différées, parfois invisibles pendant des décennies.

On distingue classiquement plusieurs familles de risques professionnels :

  • Risques physiques : chutes de hauteur ou de plain-pied, manutention manuelle, machines, bruit, vibrations, températures extrêmes, électricité.
  • Risques chimiques : amiante, solvants, poussières de bois ou de silice, agents cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR).
  • Risques biologiques : bactéries, virus, champignons, particulièrement présents dans la santé, l’agriculture, l’assainissement.
  • Risques ergonomiques : postures contraignantes, gestes répétitifs, port de charges, à l’origine des troubles musculo-squelettiques.
  • Risques psychosociaux (RPS) : charge de travail excessive, absence d’autonomie, conflits de rôle, harcèlement, violences internes ou externes, isolement.

Accident du travail, accident de trajet, maladie professionnelle : trois notions distinctes

Notion Définition Caractéristique
Accident du travail Événement soudain survenu par le fait ou à l’occasion du travail Lésion datable, lien avec l’activité
Accident de trajet Accident survenu sur le parcours entre le domicile et le lieu de travail (ou le lieu de restauration) Trajet normal, sans détour d’ordre personnel
Maladie professionnelle Pathologie résultant d’une exposition habituelle et prolongée à un risque Effet différé, parfois de plusieurs décennies

Cette distinction n’est pas théorique : elle conditionne la reconnaissance, l’indemnisation et, surtout, la lecture statistique du phénomène. Les maladies professionnelles, dont l’apparition est lente, sont massivement sous-déclarées à l’échelle mondiale, ce qui fausse la perception réelle du coût humain du travail.


Origine et histoire de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail

Une naissance canadienne dans le mouvement syndical

L’histoire du 28 avril commence en Amérique du Nord, dans les années 1980. Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP / CUPE) porte l’idée d’une journée dédiée aux travailleurs tués ou blessés sur leur lieu de travail. La première commémoration a lieu en 1984. Le Congrès du travail du Canada reprend l’initiative et en fait une journée annuelle de commémoration.

Le choix du 28 avril n’est pas arbitraire : il fait écho à l’adoption, en 1914 en Ontario, de la première grande loi canadienne d’indemnisation des travailleurs. Le symbole associé à la journée, le canari jaune, renvoie aux oiseaux descendus dans les mines pour détecter les gaz mortels — une sentinelle sacrifiée pour la sécurité des autres.

En 1991, le Parlement du Canada adopte la Loi sur le jour de compassion pour les travailleurs, qui inscrit le 28 avril dans la législation fédérale.

De la commémoration syndicale à la journée mondiale

La journée franchit les frontières sous l’impulsion de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), devenue Confédération syndicale internationale (CSI). À partir de 1996, le 28 avril est commémoré à l’échelle mondiale comme Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail — connue dans le monde anglophone sous le nom de Workers’ Memorial Day.

En 2003, le mouvement syndical invite l’OIT à s’associer à la campagne du 28 avril. L’Organisation répond en instituant la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, célébrée pour la première fois cette année-là. Elle y applique sa méthode historique : le tripartisme (gouvernements, employeurs, travailleurs) et le dialogue social.

Chronologie de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail

Année Événement
1914 Première grande loi d’indemnisation des travailleurs en Ontario (Canada)
1981 Adoption de la convention OIT n° 155 sur la sécurité et la santé des travailleurs
1984 Première Journée de deuil au Canada, à l’initiative du mouvement syndical
1985 Adoption de la convention OIT n° 161 sur les services de santé au travail
1991 Loi fédérale canadienne consacrant le 28 avril
1996 Internationalisation de la journée de commémoration par le mouvement syndical
2003 Première Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail organisée par l’OIT
2006 Adoption de la convention OIT n° 187 sur le cadre promotionnel pour la SST
2019 La Déclaration du centenaire de l’OIT affirme que des conditions de travail sûres et salubres sont fondamentales au travail décent
2022 La Conférence internationale du Travail ajoute « un milieu de travail sûr et salubre » aux principes et droits fondamentaux au travail
2024 Lancement de la Stratégie mondiale de l’OIT sur la sécurité et la santé au travail 2024-2030

Objectifs principaux de la journée

  • Commémorer les victimes : rendre hommage aux personnes mortes, blessées ou rendues malades par leur travail, et reconnaître l’impact durable sur leurs familles.
  • Promouvoir une culture de prévention : faire admettre que les accidents ne sont pas une fatalité mais le résultat d’organisations et de choix modifiables.
  • Mobiliser le tripartisme : réunir gouvernements, employeurs et syndicats autour de responsabilités partagées.
  • Alerter sur les risques émergents : documenter les dangers liés aux nouvelles technologies, aux nouvelles formes d’emploi et aux transformations du travail.
  • Renforcer les normes internationales : encourager la ratification et l’application effective des conventions de l’OIT.

L’importance et l’impact de la sécurité et de la santé au travail

Un bilan humain mondial considérable

Les estimations les plus complètes de l’OIT, publiées en 2023 et portant sur l’année 2019, dressent un constat sévère.

Indicateur mondial Valeur
Décès liés au travail par an 2,93 millions
— dont maladies professionnelles 2,6 millions
— dont accidents du travail 330 000
Accidents du travail non mortels par an 395 millions
Évolution des décès depuis 2000 + 12 %
Part des décès mondiaux attribuables au travail (2019) 6,71 %
Taux de mortalité liée au travail, hommes 108,3 pour 100 000 travailleurs
Taux de mortalité liée au travail, femmes 48,4 pour 100 000 travailleurs

Deux enseignements dominent. D’abord, ce sont les maladies, et non les accidents, qui tuent le plus : près de neuf décès sur dix sont imputables à des pathologies professionnelles — maladies circulatoires, tumeurs malignes, maladies respiratoires. Ensuite, la mortalité liée au travail dépasse largement d’autres causes de décès pourtant plus médiatisées, comme les accidents de la route.

Une concentration sectorielle et géographique

L’agriculture, la construction, la sylviculture, la pêche et l’industrie manufacturière concentrent à elles seules environ 200 000 accidents mortels par an, soit près des deux tiers de l’ensemble des accidents du travail mortels. Un accident mortel sur trois dans le monde survient parmi les travailleurs agricoles.

Sur le plan géographique, la région Asie-Pacifique représente environ 63 % de la mortalité liée au travail, ce qui s’explique en grande partie par le poids de sa population active.

Un coût économique massif

Au-delà du drame humain, les accidents et maladies liés au travail génèrent des coûts considérables : soins, indemnités journalières, rentes d’incapacité, remplacement et formation, perte de production, dégradation de la qualité, contentieux, atteinte à la réputation. L’OIT a de longue date estimé que le coût global des accidents du travail et des maladies professionnelles représentait une part significative du produit intérieur brut mondial.

Ce coût est d’autant plus frustrant qu’il est largement évitable : les dispositifs de prévention primaire — supprimer le risque à la source plutôt que protéger contre ses effets — présentent des retours sur investissement documentés.

Un droit fondamental depuis 2022

La reconnaissance juridique a franchi une étape majeure en juin 2022. Lors de sa 110ᵉ session, la Conférence internationale du Travail a modifié la Déclaration de l’OIT de 1998 pour y ajouter « un milieu de travail sûr et salubre » parmi les principes et droits fondamentaux au travail. Dans la foulée, les conventions n° 155 et n° 187 ont été élevées au rang de conventions fondamentales.

La conséquence est concrète : tous les États membres de l’OIT, même ceux qui n’ont pas ratifié ces conventions, sont désormais tenus, du seul fait de leur appartenance à l’Organisation, de respecter, promouvoir et réaliser ce droit et de rendre compte de leurs progrès.


La sécurité et la santé au travail à travers le monde

Des appellations et des traditions différentes

Le 28 avril ne porte pas le même nom partout, et ces différences de vocabulaire recouvrent des traditions distinctes.

Pays / espace Appellation courante Tonalité dominante
Canada Jour de deuil national / Jour de compassion pour les travailleurs Commémoration, minutes de silence, monuments
Royaume-Uni, pays anglophones Workers’ Memorial Day Commémoration et revendication syndicale
Système onusien Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail Prévention, tripartisme, campagnes thématiques
France Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail Mobilisation institutionnelle et syndicale

Le mot d’ordre historique du mouvement syndical résume cette dualité : « Se souvenir des morts, se battre pour les vivants. »

Des situations nationales très contrastées

Les écarts entre pays sont considérables, et ils ne reflètent pas seulement des niveaux de sécurité différents. Ils traduisent aussi la structure de l’emploi (poids de l’agriculture, de la construction, de l’économie informelle), la qualité de l’inspection du travail, et surtout les méthodes de recensement.

Au sein de l’Union européenne, les données Eurostat pour 2023 font apparaître un taux moyen de 1,63 accident mortel pour 100 000 personnes occupées, avec des écarts importants : les Pays-Bas (0,38), l’Allemagne (0,71) et la Grèce (0,91) se situent sous la barre de 1, tandis que la France (3,60), la Bulgarie (3,51) et Chypre (3,24) figurent en haut du classement.

Ces comparaisons doivent être maniées avec prudence. Eurostat souligne lui-même que la France dispose d’un système de notification qui ne distingue généralement pas les accidents dont le travail est la cause principale de ceux qui surviennent simplement pendant le travail — un malaise cardiaque au bureau, par exemple, y est comptabilisé. À l’inverse, plusieurs pays imposent des délais stricts (décès le jour même, ou dans les trente jours) et présentent des niveaux de sous-déclaration élevés.

L’angle mort de l’économie informelle

Les chiffres officiels, quel que soit le pays, ne captent qu’une partie du réel. Les travailleurs de l’économie informelle, les migrants sans statut, les travailleurs domestiques, les indépendants non couverts échappent très largement aux statistiques comme aux dispositifs de protection. Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, cette population représente la majorité de la main-d’œuvre.


Les défis contemporains de la sécurité et de la santé au travail

Les risques psychosociaux et la santé mentale

L’environnement psychosocial du travail — la manière dont le travail est conçu, organisé et géré — est devenu un enjeu central. Charge et temps de travail, clarté des rôles, autonomie, soutien collectif, équité des processus : lorsque ces facteurs se dégradent, ils deviennent des risques à part entière, au même titre que les risques physiques, chimiques ou biologiques.

Les conséquences sont documentées : troubles anxio-dépressifs, épuisement professionnel, mais aussi pathologies cardiovasculaires. L’exposition à des horaires de travail très longs constitue, selon les travaux conjoints de l’OMS et de l’OIT, le facteur de risque professionnel entraînant la plus lourde charge de morbidité.

Le dérèglement climatique et la chaleur au travail

Les vagues de chaleur affectent directement les travailleurs exposés : bâtiment, agriculture, voirie, logistique, mais aussi entrepôts et ateliers mal ventilés. Le stress thermique augmente le risque d’accident (perte de vigilance, malaise) et d’atteintes rénales ou cardiovasculaires. C’est l’un des risques professionnels dont l’expansion est la plus rapide.

Numérisation, automatisation et nouvelles formes d’emploi

La transformation numérique ouvre des possibilités inédites — retrait de l’humain des situations les plus dangereuses, capteurs d’alerte, maintenance prédictive — mais génère aussi des risques nouveaux :

  • Intensification et surcharge informationnelle liées à la connexion permanente.
  • Management algorithmique : cadences imposées par un logiciel, évaluation automatisée, perte d’autonomie.
  • Travail de plateforme : statut d’indépendant, absence de couverture accidents du travail dans de nombreux pays, pression au rendement.
  • Isolement en télétravail ou en travail nomade.
  • Technologies émergentes (nanomatériaux, biotechnologies) dont les effets à long terme restent mal documentés.

La sous-traitance, la précarité et les nouveaux entrants

Les chaînes de sous-traitance diluent les responsabilités : le donneur d’ordre fixe les délais, le sous-traitant assume le risque. Les travailleurs intérimaires, saisonniers, en contrat court et les nouveaux embauchés cumulent méconnaissance des lieux, formation écourtée et réticence à signaler un danger. Cette population est surreprésentée dans les accidents graves et mortels.

Les expositions différées : amiante et cancers professionnels

L’amiante illustre la temporalité longue des maladies professionnelles : interdite en France en 1997, elle continue de tuer des décennies plus tard. Les cancers professionnels — liés aux poussières de bois, à la silice cristalline, aux fumées de diesel, aux rayonnements ionisants — restent massivement sous-déclarés, faute de traçabilité des expositions et de lien de causalité facile à établir.


Comment participer à la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail

Dans les institutions et les organisations internationales

L’OIT organise chaque année un événement mondial retransmis en direct, réunissant ses mandants tripartites, des ministres et des experts internationaux. Elle publie à cette occasion un rapport thématique et met à disposition un matériel de campagne (affiche, présentations, visuels pour les réseaux sociaux).

Dans les entreprises

Le 28 avril est une occasion naturelle de faire vivre la prévention autrement que par la note de service :

  • Organiser une minute de silence en mémoire des victimes d’accidents du travail.
  • Réviser collectivement le document unique d’évaluation des risques, en associant les salariés concernés.
  • Réaliser une visite de sécurité sur le terrain, avec les représentants du personnel.
  • Programmer une formation aux gestes de premiers secours ou au secourisme en santé mentale.
  • Vérifier les équipements : défibrillateurs, extincteurs, protections collectives, EPI.
  • Ouvrir un temps de parole sur la charge de travail et l’organisation, sans recherche de coupable.
  • Accueillir les nouveaux arrivants par un parcours d’intégration sécurité formalisé.

Dans les syndicats et la société civile

Les organisations syndicales organisent rassemblements, dépôts de gerbes devant les monuments aux travailleurs et prises de parole publiques. Les associations de victimes et de familles endeuillées portent, ce jour-là, une parole que les statistiques ne rendent pas.

En ligne

Relayer les campagnes de l’OIT, partager les données nationales de sinistralité, diffuser des témoignages ou des ressources de prévention. Les mots-clés couramment utilisés le 28 avril sont #SafeDay, #WorldDayForSafetyAndHealthAtWork, #28avril et #IWMD (International Workers’ Memorial Day).


Focus France : où en est la sécurité et la santé au travail ?

Un cadre juridique construit sur plus d’un siècle

Année Texte Apport
1898 Loi du 9 avril sur les accidents du travail Premier régime de réparation forfaitaire ; responsabilité de l’employeur sans preuve de faute
1919 Loi du 25 octobre Extension du dispositif aux maladies professionnelles, création des tableaux
1946 Loi du 11 octobre Institution de la médecine du travail, obligatoire et financée par l’employeur
1947 Création de l’Institut national de sécurité (INS) Devient l’INRS en 1968 en intégrant la recherche appliquée
1989 Directive-cadre européenne 89/391/CEE Obligation générale de sécurité et principes généraux de prévention
1991 Loi du 31 décembre Transposition de la directive ; obligation d’évaluation des risques
2001 Décret du 5 novembre Création du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP)
2021 Loi du 2 août Renforcement de la prévention en santé au travail ; passeport de prévention
2026 Ratification de la convention OIT n° 155 (16 février) La France a désormais ratifié les dix conventions fondamentales de l’OIT

Le socle actuel tient dans l’article L. 4121-1 du Code du travail : l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Il s’agit d’une obligation de moyens renforcée, appréciée par le juge au regard de la réalité des mesures mises en œuvre. Le DUERP est obligatoire dès le premier salarié, et le salarié dispose d’un droit de retrait (article L. 4131-1) face à un danger grave et imminent.

La sinistralité française en chiffres

Les données ci-dessous sont issues du rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, publié en novembre 2025. Elles portent sur le régime général — soit près de 20,8 millions de salariés — et excluent la fonction publique, les agriculteurs, les indépendants et les travailleurs non déclarés.

Indicateur (France, 2024) Valeur Évolution
Accidents du travail avec arrêt ou incapacité 549 614 − 1,1 %
Indice de fréquence 26,4 pour 1 000 salariés 26,8 en 2023
Accidents de trajet 94 654 + 0,7 %
Maladies professionnelles reconnues 50 598 + 6,7 %
Décès par accident du travail 764 + 5
Décès par accident de trajet 318 − 14
Décès par maladie professionnelle 215 + 19
Total des décès liés au travail 1 297 —
Indemnités journalières versées 4,9 milliards d’euros 1ᵉʳ poste de dépenses de la branche

Les décès par accident du travail progressent depuis plusieurs années : 645 en 2021, 738 en 2022, 759 en 2023, 764 en 2024. Cela représente en moyenne plus de deux morts par jour ouvré, sur le seul périmètre du régime général.

Ce que révèle l’analyse des accidents mortels

  • Les malaises dominent : près de six accidents mortels sur dix sont liés à un malaise (cardiaque, vasculaire cérébral), environ 13 % à un accident routier. Les causes strictement professionnelles identifiées — chutes de hauteur, manutention, écrasement — représentent environ un quart des décès.
  • Les nouveaux entrants sont surexposés : plus de 20 % des décès surviennent dans l’année qui suit la prise de poste ; chez les salariés de moins de 25 ans, cette proportion dépasse la moitié.
  • Les secteurs les plus touchés : transports, eau, gaz, électricité, livre et communication (178 décès, en hausse), bâtiment et travaux publics (146 décès, en légère baisse), le secteur alimentaire enregistrant une progression marquée.

Les troubles musculo-squelettiques et les risques psychosociaux

Les TMS représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues en France — lombalgies, troubles de l’épaule, syndrome du canal carpien. Ils constituent le premier poste de coût de la branche AT/MP.

Les affections psychiques progressent fortement : 1 805 cas reconnus en maladie professionnelle en 2024, contre 840 en 2020, soit plus du double en quatre ans. Près de trois quarts sont des dépressions, et deux tiers des dossiers concernent des femmes. Par ailleurs, environ 29 000 accidents du travail reconnus en 2024 sont en lien avec des affections psychiques ou des risques psychosociaux, soit plus de 5 % du total, en hausse de 14 % en un an.

Les acteurs français de la prévention

  • L’Assurance Maladie – Risques professionnels : reconnaissance, indemnisation, tarification et prévention ; réseau des Carsat, Cramif et CGSS.
  • L’INRS : recherche appliquée, expertise, documentation et formation, financé par la branche AT/MP.
  • L’ANACT et le réseau des Aract : amélioration des conditions de travail et qualité de vie au travail.
  • L’OPPBTP : organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics.
  • Les SPST (services de prévention et de santé au travail) et les médecins du travail.
  • L’inspection du travail, au sein des Dreets.
  • Le CSE et sa commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT).

Le Plan santé au travail 2026-2030

Tous les cinq ans depuis 2004, l’État et les partenaires sociaux fixent les orientations nationales en matière de prévention. Le Plan santé au travail 2026-2030, lancé le 5 juin 2026 sous l’intitulé « Tous mobilisés pour la santé au travail et la prévention des accidents », s’articule autour de quatre axes stratégiques et d’une cinquantaine d’actions. Parmi ses priorités affichées : la prévention des accidents graves et mortels, en particulier chez les jeunes et les intérimaires, la promotion de la santé mentale et la prévention des RPS, la santé des femmes au travail et la prise en compte des risques liés au dérèglement climatique et aux transformations numériques. Il sera décliné en plans régionaux de santé au travail.


Foire aux questions sur la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail

Quand a lieu la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail ?

La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail a lieu le 28 avril de chaque année. Il s’agit d’une date fixe, qui ne varie pas selon les années ni selon les pays.

Qui a créé la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail ?

La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail a été créée par l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui l’a célébrée pour la première fois en 2003. L’OIT s’est alors associée à une campagne portée depuis les années 1980 par le mouvement syndical, née au Canada avec le Jour de deuil national institué en 1984 et internationalisée en 1996.

Quelle est la différence entre la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail et la Journée internationale de commémoration des travailleurs morts ou blessés ?

La différence entre la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail et la Journée internationale de commémoration des travailleurs morts ou blessés tient à leur origine et à leur accent, non à leur date : les deux se tiennent le 28 avril. La première, portée par l’OIT, met l’accent sur la prévention et le dialogue tripartite. La seconde, portée par le mouvement syndical international, est une commémoration des victimes. Dans les faits, les deux dimensions sont célébrées conjointement.

Combien de personnes meurent chaque année à cause du travail dans le monde ?

Selon les estimations de l’OIT publiées en 2023, environ 2,93 millions de personnes meurent chaque année dans le monde d’accidents ou de maladies liés au travail. La grande majorité de ces décès — 2,6 millions — est imputable à des maladies professionnelles, notamment circulatoires, cancéreuses et respiratoires ; environ 330 000 résultent d’accidents du travail. S’y ajoutent quelque 395 millions d’accidents du travail non mortels par an.

Combien y a-t-il de morts au travail en France chaque année ?

En France, on dénombre 1 297 décès liés au travail en 2024, dont 764 accidents du travail mortels, 318 accidents de trajet mortels et 215 décès consécutifs à une maladie professionnelle. Ce bilan porte sur les seuls salariés du régime général et n’inclut ni la fonction publique, ni les agriculteurs, ni les indépendants : le nombre réel de morts au travail en France est donc supérieur.

Quelles sont les obligations de l’employeur en matière de sécurité et de santé au travail en France ?

Les obligations de l’employeur en matière de sécurité et de santé au travail découlent de l’article L. 4121-1 du Code du travail : il doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Concrètement, cela suppose d’évaluer les risques et de les consigner dans le document unique (DUERP), obligatoire dès le premier salarié et à mettre à jour au moins annuellement dans les entreprises d’au moins onze salariés ; de privilégier la prévention collective sur la protection individuelle ; d’informer et de former les salariés, notamment les nouveaux arrivants ; d’adhérer à un service de prévention et de santé au travail ; et de déclarer tout accident du travail dans les quarante-huit heures.


Un jour pour compter les absents et protéger les présents

Le 28 avril n’est pas une journée de célébration. C’est une journée de comptage, et le compte n’y est pas : près de trois millions de vies par an dans le monde, plus de deux morts par jour ouvré en France sur le seul régime général. Derrière chaque chiffre, une famille prévenue par téléphone.

La reconnaissance, en 2022, d’un milieu de travail sûr et salubre comme droit fondamental change la nature du sujet : la sécurité au travail n’est plus une bonne pratique managériale, c’est un droit. Reste à le rendre effectif — dans les chantiers, les entrepôts, les exploitations agricoles, les services de soin, les plateformes numériques.

Ce 28 avril, une minute de silence, une visite de sécurité, une conversation franche sur la charge de travail : la prévention commence toujours par un geste modeste. Se souvenir des morts, se battre pour les vivants.


Sources

  • Nations Unies — Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail
  • Organisation internationale du Travail — Sécurité et santé au travail ; estimations mondiales 2023 ; Stratégie mondiale SST 2024-2030 ; Déclaration de 1998 modifiée en 2022
  • Assurance Maladie – Risques professionnels — Rapport annuel 2024 (novembre 2025) et L’Essentiel 2024 – Santé et sécurité au travail (janvier 2026)
  • Eurostat — Statistiques des accidents du travail (données 2023)
  • Eurogip — Analyses comparatives de la sinistralité en Europe
  • INRS — Historique de l’institut et ressources de prévention
  • Ministère du Travail et des Solidarités — Plan santé au travail 2026-2030
  • Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail — Jour de deuil national du 28 avril
  • Code du travail — articles L. 4121-1 et suivants, L. 4131-1

Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 28 avril.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée mondiale de la santé, Journée internationale du mieux-être.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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