Chaque 26 avril, la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl rappelle l’accident nucléaire le plus grave de l’histoire et ses conséquences, qui se prolongent aujourd’hui encore. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 8 décembre 2016, elle est observée chaque année depuis 2017. La date n’a rien d’arbitraire : elle correspond au jour exact où, en 1986, le réacteur n° 4 de la centrale ukrainienne a explosé, dispersant des matières radioactives sur une grande partie de l’Europe.
Cette journée n’est pas seulement commémorative. Elle vise à maintenir l’attention internationale sur des territoires et des populations dont les besoins n’ont pas disparu avec le temps, et sur une installation qui, quarante ans après, exige toujours une surveillance permanente.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date | 26 avril (date fixe) |
| Nom officiel | Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl |
| Instance | Assemblée générale des Nations Unies |
| Résolution | A/RES/71/125, adoptée le 8 décembre 2016 |
| Première édition | 2017 |
| Événement commémoré | Explosion du réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl, 26 avril 1986 |
| Pays les plus touchés | Ukraine, Bélarus, Fédération de Russie |
C’est quoi la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl ?
La Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl est une journée officielle des Nations Unies destinée à mieux faire connaître les conséquences à long terme de l’accident du 26 avril 1986. Par la résolution A/RES/71/125, l’Assemblée générale constate que les séquelles de la catastrophe et les besoins des communautés et territoires touchés continuent de se faire sentir, et invite l’ensemble des États membres, les organismes du système des Nations Unies, les autres organisations internationales concernées ainsi que la société civile à observer cette date.
Tchernobyl ou Chornobyl ?
Les deux graphies coexistent dans les documents officiels des Nations Unies. Tchernobyl correspond à la translittération du russe, historiquement dominante en français. Chornobyl transcrit la forme ukrainienne du nom de la ville et s’est imposée depuis quelques années dans les communications de l’ONU et de l’AIEA. Les Nations Unies indiquent utiliser l’une ou l’autre selon le contexte, les conventions linguistiques et les références employées. En français courant, « Tchernobyl » reste la forme la plus répandue.
Une journée distincte des autres journées liées au nucléaire
Il ne faut pas la confondre avec la Journée internationale contre les essais nucléaires (29 août) ni avec la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires (26 septembre), qui relèvent du désarmement. La journée du 26 avril porte sur un accident civil et sur ses conséquences sanitaires, environnementales et sociales.
Que s’est-il passé le 26 avril 1986 ?
L’accident
Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, à 1 h 23 du matin, le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl, située à une centaine de kilomètres de Kiev, échappe à tout contrôle au cours d’un essai de sûreté planifié à faible puissance. Ce qui devait n’être qu’un test d’équipement électrique tourne à la catastrophe : une surtension provoque une explosion qui détruit le bâtiment du réacteur et disperse dans l’atmosphère près de 520 radionucléides dangereux.
Le réacteur, de type RBMK, ne disposait pas d’une enceinte de confinement sous pression capable de limiter les rejets en cas d’endommagement grave du cœur. L’AIEA attribue l’accident à une combinaison de facteurs : conception du réacteur et de son système d’arrêt, non-respect des procédures et absence d’une culture de sûreté telle qu’on l’entend aujourd’hui. L’incendie du cœur a duré une dizaine de jours, alimentant en continu le panache radioactif.
Trois jours de silence
Aucune information n’est publiée pendant trois jours. La première alerte publique vient de Suède, qui détecte une anomalie sur la carte des niveaux de radioactivité en Europe. Les autorités soviétiques luttaient alors contre l’incendie et menaient des opérations de nettoyage, mais avaient choisi de ne pas rendre l’accident public, ni son ampleur.
Ce silence a eu un coût sanitaire direct. Une communication d’urgence sur les mesures de protection aurait probablement permis d’éviter l’exposition à certains radionucléides, notamment l’iode 131, responsable des cancers de la thyroïde. Une évacuation précoce aurait pu vider la zone au moment même où l’iode 131 est le plus dangereux, soit 8 à 16 jours après sa dispersion.
Chronologie des premières semaines
| Date | Événement |
|---|---|
| 26 avril 1986, 1 h 23 | Explosion du réacteur n° 4 pendant un essai à faible puissance |
| 27 avril 1986 | Évacuation de Prypiat, ville de quelque 50 000 habitants |
| 28 avril 1986 | Détection d’une radioactivité anormale en Suède ; l’URSS reconnaît publiquement l’accident |
| 2 mai 1986 | Décision d’une zone d’évacuation d’un rayon de 30 km autour du réacteur |
| Début mai 1986 | Les masses d’air contaminées survolent l’Europe de l’Ouest, dont la France |
| Novembre 1986 | Achèvement du « sarcophage » de béton et d’acier bâti en urgence |
Le bilan humain
Selon les rapports officiels repris par les Nations Unies, 31 personnes sont mortes immédiatement après l’accident. 600 000 « liquidateurs », mobilisés pour combattre l’incendie et mener les opérations de nettoyage, ont été exposés à de fortes doses de rayonnements.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Décès immédiats | 31 |
| Liquidateurs exposés à de fortes doses | environ 600 000 |
| Personnes les plus exposées (Ukraine, Bélarus, Russie) | environ 8,4 millions |
| Territoires contaminés | environ 155 000 km² |
| Zones agricoles contaminées au césium 137 et strontium 90 | environ 52 000 km² |
| Personnes évacuées au moment de l’accident | environ 116 000 |
| Personnes évacuées les années suivantes | environ 230 000 |
| Personnes relogées au total | environ 404 000 |
Des millions d’autres habitants sont restés dans un environnement où l’exposition résiduelle a continué de produire des effets sanitaires.
Origine et histoire de la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl
De la gestion nationale à la coopération internationale
Pendant les quatre premières années, les autorités soviétiques choisissent de gérer les conséquences de l’explosion à l’échelon national. 1990 marque le tournant : le gouvernement soviétique reconnaît la nécessité d’une assistance internationale et l’Assemblée générale des Nations Unies adopte la résolution 45/190, qui appelle à la coopération internationale pour atténuer les conséquences de l’accident. Elle charge un Secrétaire général adjoint de coordonner cette coopération et prévoit la constitution d’un groupe de travail interinstitutions.
Un Fonds d’affectation spéciale pour Tchernobyl est créé en 1991. Depuis 1986, le système des Nations Unies et des organisations non gouvernementales ont lancé plus de 230 projets de recherche et d’assistance : santé, sûreté nucléaire, logement, accompagnement psychosocial, réinsertion économique, environnement, production d’aliments sains, information du public.
En 2002, l’ONU fait évoluer sa réponse d’urgence vers une approche stratégique de développement à long terme, pilotée par le PNUD. En 2009 est lancé le Réseau d’information et de recherche international de Tchernobyl.
Création de la journée
C’est le 8 décembre 2016 que l’Assemblée générale proclame le 26 avril Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl, par la résolution A/RES/71/125. La première édition a lieu le 26 avril 2017, pour le 31ᵉ anniversaire de l’accident.
| Année | Étape |
|---|---|
| 1986 | Explosion du réacteur n° 4 ; construction du sarcophage |
| 1990 | Résolution 45/190 de l’Assemblée générale : appel à la coopération internationale |
| 1991 | Création du Fonds d’affectation spéciale pour Tchernobyl |
| 2000 | Arrêt définitif du dernier réacteur en service (n° 3) le 15 décembre |
| 2002 | Passage d’une logique d’urgence à une stratégie de développement à long terme |
| 2009 | Lancement du Réseau d’information et de recherche international de Tchernobyl |
| 2016 | Mise en place de la nouvelle arche de confinement au-dessus du sarcophage |
| 8 décembre 2016 | Proclamation de la Journée internationale (A/RES/71/125) |
| 2017 | Première édition de la journée |
| 10 juillet 2019 | Remise officielle de l’arche de confinement au gouvernement ukrainien |
| 14 février 2025 | Une frappe de drone endommage gravement l’arche |
Objectifs principaux
- Faire connaître les conséquences à long terme : rappeler que les effets sanitaires, environnementaux et sociaux de 1986 n’appartiennent pas au passé.
- Honorer la mémoire des victimes : morts immédiats, liquidateurs, populations déplacées.
- Maintenir la solidarité internationale : soutenir les territoires touchés dans une logique de développement durable, et non plus seulement d’assistance.
- Nourrir la culture de sûreté nucléaire : tirer les leçons techniques et organisationnelles de l’accident.
- Défendre le droit à l’information : le silence des premiers jours reste le cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire en situation de crise radiologique.
Importance et impact de la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl
Un enjeu sanitaire toujours documenté
Le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) constitue la référence en la matière. Ses travaux, fondés sur plus de trente ans d’études, aboutissent au constat suivant.
| Constat de l’UNSCEAR | Donnée |
|---|---|
| Cancers de la thyroïde recensés de 1991 à 2015 chez les personnes de moins de 18 ans en 1986 | environ 20 000 |
| Part attribuable à l’exposition à l’iode 131 | environ un quart, soit environ 5 000 cas |
| Autres causes des 15 000 cas restants | vieillissement de la population, meilleure détection, sensibilisation accrue au risque |
| Cancers solides et leucémies dans la population générale | aucune augmentation démontrée attribuable aux rayonnements |
Le cancer de la thyroïde reste ainsi le seul effet sanitaire clairement établi à l’échelle des populations. L’UNSCEAR souligne qu’il constitue un enjeu de premier plan et qu’un suivi approfondi demeure nécessaire pour déterminer les conséquences à très long terme. Les liquidateurs, exposés à des doses bien supérieures, font l’objet d’un suivi épidémiologique distinct.
Un impact environnemental durable
Les territoires contaminés le sont principalement par le césium 137 et le strontium 90, dont la période radioactive est d’environ trente ans. Cette rémanence explique que, quarante ans après, des restrictions d’usage des sols perdurent dans la zone d’exclusion et dans un nombre limité d’autres endroits.
Paradoxalement, l’absence humaine a transformé la zone en refuge écologique. La partie ukrainienne de la zone d’exclusion a été érigée en réserve radiologique de la biosphère en 2016 par le gouvernement ukrainien. On y observe des espèces menacées à l’échelle européenne ou nationale : ours brun, bison d’Europe, cheval de Przewalski, cigogne noire, aigle pomarin. La zone est devenue un laboratoire à ciel ouvert pour l’étude de l’évolution en milieu extrême.
Un coût économique considérable
La catastrophe a durablement pesé sur des économies déjà fragilisées. Le Bélarus indique avoir mis en œuvre depuis 1990 cinq programmes d’État consacrés aux conséquences de Tchernobyl, pour un financement cumulé équivalant à 19,3 milliards de dollars.
Côté international, la construction de la nouvelle arche de confinement a mobilisé plus de 45 pays donateurs pour un montant total de 2,2 milliards d’euros versés à des fonds gérés par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Les Nations Unies présentent ce chantier comme l’un des projets de coopération internationale les plus importants jamais réalisés dans le domaine de la sûreté nucléaire.
Tchernobyl à travers le monde : une contamination sans frontières
Les trois pays les plus touchés
L’Ukraine, le Bélarus et la Fédération de Russie concentrent l’essentiel des retombées. Le sud du Bélarus a été particulièrement affecté, avec une zone abandonnée qui jouxte la zone d’exclusion ukrainienne. La zone d’exclusion couvre au total plus de 2 200 km² dans le nord de l’Ukraine et environ 2 600 km² dans le sud du Bélarus. Les organismes des Nations Unies continuent de travailler avec les gouvernements des trois pays sur la prévention, le relèvement, la remédiation et le développement des capacités.
L’Europe
Le panache a circulé au gré des masses d’air et des précipitations, produisant une contamination très inégale d’un pays à l’autre et, à l’intérieur d’un même pays, d’une commune à l’autre. Les États européens ont réagi de manière hétérogène : restrictions sur le lait et les légumes-feuilles dans certains pays, absence de mesures dans d’autres. Cette disparité de gestion a durablement nourri la défiance des opinions publiques et a débouché, au niveau européen, sur l’harmonisation des seuils de contamination applicables aux denrées alimentaires en cas d’urgence radiologique.
La zone aujourd’hui
Le dernier réacteur encore en service, l’unité n° 3, a été arrêté le 15 décembre 2000, ouvrant la phase de démantèlement. La population évacuée vit principalement dans des villes construites pour elle, comme Slavoutytch. La zone d’exclusion abrite quelques centaines de résidents revenus de leur propre initiative, les samosseli. Avant l’invasion de l’Ukraine, le site attirait un tourisme mémoriel en forte croissance, avec plus de 70 000 visiteurs en 2018.
Les défis contemporains de la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl
Une arche de confinement endommagée par la guerre
C’est l’enjeu majeur de cette décennie. Le sarcophage soviétique de 1986, fissuré et instable, a été recouvert par une immense structure métallique, le New Safe Confinement (NSC), glissée en position en novembre 2016 et remise au gouvernement ukrainien le 10 juillet 2019. Elle devait garantir la sûreté du site pour un siècle.
Dans la nuit du 14 février 2025, vers 1 h 50 du matin, un drone chargé d’explosif frappe le toit de l’arche. L’impact déclenche un incendie prolongé dans le revêtement extérieur, laissant un trou d’une quinzaine de mètres carrés et plusieurs centaines de perforations, endommageant l’isolation et l’étanchéité de la structure.
En décembre 2025, au terme d’une évaluation sur site, l’AIEA conclut que l’arche a perdu ses principales fonctions de sûreté, dont sa capacité de confinement, tout en précisant qu’il n’y a pas de dommage permanent aux structures porteuses ni aux systèmes de surveillance. L’agence recommande le renforcement du contrôle de l’humidité, l’actualisation des programmes de suivi de la corrosion et la modernisation du système de surveillance automatique du sarcophage enfoui sous l’arche. Des réparations temporaires supplémentaires sont engagées en 2026 avec le soutien de la BERD.
Le coût de la remise en état est estimé à environ 500 millions d’euros, chiffrage présenté en mars 2026 à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7. Greenpeace a alerté en avril 2026 sur le risque d’un effondrement d’éléments instables de l’enveloppe intérieure, qui pourrait entraîner un rejet de radioactivité.
Le combustible toujours présent
Sous le sarcophage se trouvent encore, selon les évaluations, environ 190 tonnes de combustible figées dans des masses de corium, ainsi que des poussières hautement radioactives. La démolition contrôlée des éléments instables du sarcophage reste indispensable pour éviter un effondrement non maîtrisé, mais les travaux sur le site sont freinés par le contexte de guerre.
La transmission de la mémoire
Quarante ans après, les témoins directs disparaissent. Les liquidateurs vieillissent, les évacués de Prypiat aussi. La question de la transmission se pose avec d’autant plus d’acuité que Tchernobyl est devenu un objet de culture populaire — séries, jeux vidéo, tourisme — au risque d’un décrochage entre la fascination esthétique pour la « zone » et la réalité vécue par les populations.
La sûreté nucléaire en contexte de conflit
L’accident de 1986 s’était produit en temps de paix, dans une installation civile. Le conflit en Ukraine a fait apparaître un scénario que le droit et les doctrines de sûreté n’avaient pas anticipé à cette échelle : des installations nucléaires civiles exposées à des actions militaires. L’AIEA publie depuis 2022 des mises à jour régulières sur la sûreté, la sécurité et les garanties nucléaires en Ukraine.
Comment participer à la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl ?
Cérémonies et événements officiels
- Cérémonies commémoratives en Ukraine, au Bélarus et en Russie, souvent au petit matin, à l’heure de l’explosion
- Hommages aux liquidateurs et aux premiers intervenants, notamment au mémorial des pompiers de Tchernobyl
- Réunions et manifestations au siège des Nations Unies et dans les bureaux régionaux du PNUD
- Publications scientifiques de l’UNSCEAR et de l’AIEA calées sur la date anniversaire
Initiatives associatives et locales
- Conférences et projections-débats organisées par les associations de victimes, les associations environnementales et les collectivités
- Expositions photographiques et témoignages de liquidateurs ou d’évacués
- Actions éducatives en établissement scolaire sur le risque radiologique et la culture de sûreté
- Rencontres avec des chercheurs en radioprotection et en radioécologie
Sensibilisation en ligne
- Publication de témoignages et d’archives par les institutions et les médias
- Relais des ressources documentaires de l’ONU, de l’AIEA et de l’UNSCEAR
- Mise en avant des cartes de dépôts radioactifs et des données de surveillance de l’environnement
Ce que chacun peut faire
- Consulter les ressources scientifiques de référence plutôt que les contenus sensationnalistes
- Vérifier, si l’on réside près d’une installation nucléaire, que l’on dispose bien de ses comprimés d’iode stable en cours de validité
- Prendre connaissance du plan particulier d’intervention applicable à sa commune
- Soutenir les associations qui accompagnent les populations des territoires touchés
La France face à Tchernobyl
Le « nuage » et la controverse du SCPRI
Au début du mois de mai 1986, les masses d’air contaminées survolent la France. Une partie des radionucléides se dépose au sol, principalement là où il a plu entre le 1er et le 5 mai. Dès 1986, il est établi que les sols situés sur le trajet du panache dans l’est du pays sont deux à trois fois plus contaminés que ceux de l’ouest.
À l’époque, le professeur Pierre Pellerin, directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), affirme qu’aucune élévation significative de la radioactivité n’a été constatée et qu’il n’existe aucun risque pour la santé des Français. Aucune mesure de protection n’est prise, contrairement à plusieurs pays voisins. La formule selon laquelle « le nuage se serait arrêté à la frontière » — que le SCPRI n’a jamais formulée telle quelle — est devenue le symbole durable d’un défaut de communication publique.
Il faudra attendre les reconstitutions menées par l’IRSN dans les années 2000, intégrant la pluviométrie de mai 1986, pour disposer de cartes de dépôts d’une tout autre précision, avec des valeurs dépassant 20 000 voire 40 000 Bq/m² sur la côte orientale de la Corse.
Ce que dit l’expertise française aujourd’hui
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a publié en juillet 2025 une actualisation complète de l’évaluation des conséquences radiologiques des retombées de Tchernobyl en France, dans le cadre du projet CORALE mené avec l’Inserm et plusieurs universités. C’est la troisième évaluation après celles de 1997 et 2007.
| Exposition estimée | Niveau |
|---|---|
| Dose efficace 1986, Bretagne | environ 10 µSv |
| Dose efficace 1986, est de la France | quelques centaines de µSv |
| Dose efficace 1986, 8 communes de la côte orientale corse et de l’arrière-pays niçois | jusqu’à 1 000 µSv (1 mSv) |
| Dépôts de césium 137 dans ces communes | environ 50 000 Bq/m² |
| Dose équivalente à la thyroïde 1986, valeur la plus élevée (enfants de 1 à 2 ans) | environ 7 mSv |
| Dose efficace annuelle en 2000, zones les plus touchées | quelques dizaines de µSv |
| Dose efficace annuelle en 2020, adulte urbain travaillant en intérieur | de l’ordre de 1 µSv/an |
| Dose efficace annuelle en 2020, travail en extérieur en zone rurale très touchée | 10 à 20 µSv/an |
Deux enseignements ressortent de ce rapport. D’abord, l’exposition de 1986 a résulté principalement de l’ingestion de denrées contaminées ; l’inhalation n’a jamais dépassé 15 % de la dose totale, même dans le nord-est. Ensuite, contrairement aux produits agricoles dont la contamination n’a cessé de décroître, les champignons sauvages et les viandes de gibier sont restés contaminés en césium 137 à un niveau élevé et très variable. Pour les consommateurs réguliers dans les communes les plus touchées de l’est, la dose associée peut encore atteindre plusieurs dizaines de microsieverts par an.
Le volet judiciaire
En mars 2001, l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD) déposent plainte. Une information judiciaire est ouverte ; plusieurs centaines de personnes se constituent parties civiles. Pierre Pellerin est mis en examen pour tromperie et tromperie aggravée.
| Date | Décision |
|---|---|
| Mars 2001 | Plainte de l’AFMT et de la CRIIRAD ; ouverture d’une information judiciaire |
| 7 septembre 2011 | Non-lieu prononcé par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris |
| 20 novembre 2012 | La Cour de cassation confirme le non-lieu, mettant définitivement hors de cause Pierre Pellerin |
La Cour de cassation reprend les conclusions de la cour d’appel : il n’a pas été constaté en France d’augmentation significative des cancers de la thyroïde et, en l’état des connaissances scientifiques, il est impossible d’établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache. La décision, non susceptible de recours, a clos l’affaire sur le plan pénal sans éteindre la controverse.
Ce que Tchernobyl a changé dans l’organisation française
L’accident a joué un rôle déclencheur dans la refonte du dispositif français de contrôle et d’expertise, marquée par la séparation progressive de l’expertise, du contrôle et de l’exploitation.
| Étape | Évolution |
|---|---|
| 1994 | Création de l’Office de protection contre les rayonnements ionisants (OPRI), qui succède au SCPRI |
| 1997 | Première campagne de distribution préventive de comprimés d’iode stable aux riverains d’installations nucléaires |
| 2002 | Création de l’IRSN, issu de la fusion de l’OPRI et de l’IPSN |
| 2006 | La loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire fait de l’ASN une autorité administrative indépendante |
| 2019 | Extension du rayon des plans particuliers d’intervention (PPI) de 10 à 20 km autour des centrales |
| 1er janvier 2025 | Création de l’ASNR, issue de la fusion de l’ASN et de l’IRSN |
Sur le terrain, la protection des riverains repose sur un dispositif désormais bien rodé. Les campagnes de distribution d’iode stable se sont succédé en 1997, 2000, 2005, 2009 et 2016 dans le rayon de 0 à 10 km, complétées en 2019-2020 par une campagne spécifique à la zone de 10 à 20 km après l’élargissement des PPI. Une nouvelle campagne a été lancée le 15 septembre 2024 pour le périmètre de 0 à 10 km, avec une campagne prévue en 2026 pour la zone de 10 à 20 km. Les comprimés sont retirés gratuitement en pharmacie, sans justificatif pour les particuliers.
La France, un pays fortement nucléarisé
Le contexte français donne à cette journée une résonance particulière. Selon le bilan électrique 2025 de RTE, la production nucléaire s’est élevée à 373 TWh, soit 68,1 % du mix électrique de France métropolitaine, en hausse de 11,3 TWh par rapport à 2024. La France reste ainsi le pays où la part du nucléaire dans la production d’électricité est la plus élevée au monde, ce qui fait de la culture de sûreté et de l’information du public un enjeu structurel plutôt qu’une préoccupation ponctuelle.
Foire aux questions
Pourquoi la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl est-elle célébrée le 26 avril ?
La Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl est célébrée le 26 avril parce que c’est la date exacte de l’accident : le 26 avril 1986, à 1 h 23 du matin, le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl explosait au cours d’un essai de sûreté. L’Assemblée générale des Nations Unies a retenu cette date anniversaire lorsqu’elle a proclamé la journée, le 8 décembre 2016.
Qui a créé la Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl ?
La Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, par la résolution A/RES/71/125 adoptée le 8 décembre 2016. Elle est observée chaque année depuis 2017. La résolution invite les États membres, les organismes des Nations Unies, les autres organisations internationales concernées et la société civile à observer cette date.
Combien de morts a fait la catastrophe de Tchernobyl ?
Selon les rapports officiels repris par les Nations Unies, la catastrophe de Tchernobyl a causé 31 décès immédiats. Le bilan à long terme reste débattu : l’UNSCEAR estime qu’environ 5 000 des quelque 20 000 cancers de la thyroïde recensés entre 1991 et 2015 chez des personnes mineures en 1986 sont attribuables à l’exposition à l’iode 131. Le comité indique n’avoir pu démontrer aucune augmentation des autres cancers solides, des leucémies ou des maladies non cancéreuses attribuable aux rayonnements dans la population générale.
Le nuage de Tchernobyl a-t-il touché la France ?
Oui, le nuage de Tchernobyl a bel et bien touché la France : les masses d’air contaminées ont survolé le pays au début du mois de mai 1986 et une partie des radionucléides s’est déposée au sol, surtout dans l’est et en Corse, là où il a plu entre le 1er et le 5 mai. Selon l’actualisation publiée par l’ASNR en 2025, les doses efficaces de 1986 allaient d’environ 10 microsieverts en Bretagne à 1 000 microsieverts sur huit communes de la côte orientale corse et de l’arrière-pays niçois. L’affirmation d’une absence d’élévation significative de la radioactivité, formulée à l’époque par le responsable du SCPRI, a nourri une controverse durable et une procédure judiciaire close en 2012 par un non-lieu définitif.
Peut-on encore aller à Tchernobyl aujourd’hui ?
Se rendre à Tchernobyl aujourd’hui n’est pas possible dans les conditions du tourisme organisé qui existait avant 2022 : la zone d’exclusion se trouve en Ukraine, pays en guerre, et les visites touristiques y sont suspendues. Avant l’invasion, la zone accueillait plus de 70 000 visiteurs par an, encadrés par des opérateurs agréés et soumis à des règles strictes de dosimétrie et de temps de séjour. Le site reste occupé par les personnels chargés du démantèlement et de la surveillance.
Dans quel état se trouve l’arche de confinement de Tchernobyl ?
L’arche de confinement de Tchernobyl, remise à l’Ukraine en juillet 2019, se trouve dans un état dégradé depuis la frappe de drone du 14 février 2025, qui a provoqué un incendie prolongé, un trou d’une quinzaine de mètres carrés et plusieurs centaines de perforations dans son revêtement. En décembre 2025, l’AIEA a conclu que la structure avait perdu ses principales fonctions de sûreté, dont sa capacité de confinement, mais que ses structures porteuses et ses systèmes de surveillance n’étaient pas endommagés de façon permanente. Le coût de la remise en état est estimé à environ 500 millions d’euros et des réparations temporaires se poursuivent avec l’appui de la BERD.
Un devoir de mémoire qui reste un devoir de vigilance
Quarante ans après, Tchernobyl n’est pas un dossier clos. Le césium 137 est encore là, dans les sols forestiers et dans les champignons de l’est de la France comme dans les terres du Polissia. Le combustible fondu est toujours sous le sarcophage, et l’arche censée le contenir pour un siècle attend d’être réparée. Les liquidateurs vieillissent, et avec eux la mémoire directe de ce qui s’est joué dans les jours qui ont suivi l’explosion.
Le 26 avril n’invite donc pas seulement à se souvenir. Il rappelle que la sûreté nucléaire est un travail permanent, que l’information du public en est une composante à part entière, et que les conséquences d’un accident majeur se comptent en décennies, pas en semaines. C’est peut-être la leçon la plus durable de Tchernobyl : ce jour-là, ce n’est pas seulement un réacteur qui a échappé au contrôle, c’est aussi la parole publique.
Sources
- Nations Unies — Journée internationale du souvenir de la catastrophe de Tchernobyl (page officielle et page « Contexte »)
- Résolution A/RES/71/125 de l’Assemblée générale des Nations Unies, 8 décembre 2016
- UNSCEAR — Évaluation des données sur le cancer de la thyroïde dans les régions touchées par l’accident de Tchernobyl
- AIEA — Accident de Tchernobyl, questions fréquemment posées ; mises à jour sur la sûreté nucléaire en Ukraine
- ASNR — Rapport n° 2025-00253, Actualisation de l’évaluation des conséquences radiologiques en France des retombées de l’accident de Tchernobyl, juillet 2025
- ASNR / Ministère de l’Intérieur — Distribution préventive de comprimés d’iode stable et plans particuliers d’intervention
- Cour de cassation, chambre criminelle, arrêt du 20 novembre 2012 (pourvoi n° 11-87.531)
- RTE — Bilan électrique 2025
Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 26 avril.
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