Chaque 24 avril, les Nations unies célèbrent la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies le 12 décembre 2018 par la résolution A/RES/73/127, cette journée rappelle une conviction née des ruines de la Seconde Guerre mondiale : les grands problèmes du monde ne se règlent ni seul, ni à deux, mais ensemble, autour d’une table, selon des règles acceptées par tous.
Guerres en cours, dérèglement climatique, pandémies, intelligence artificielle, migrations : aucun de ces défis ne s’arrête à une frontière. La Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix existe précisément pour réaffirmer, une fois par an, que la coopération organisée entre États reste le moyen le plus efficace — et parfois le seul — d’y répondre.
| Repère | Information |
|---|---|
| Date | 24 avril (date fixe, chaque année) |
| Nom officiel | Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix |
| Instance créatrice | Assemblée générale des Nations unies |
| Résolution | A/RES/73/127, adoptée le 12 décembre 2018 |
| Vote | 144 voix pour, 2 contre, 0 abstention (51ᵉ séance plénière) |
| Première édition | 24 avril 2019 |
| Portée | Mondiale, 193 États membres de l’ONU |
| Thématiques liées | Paix et sécurité, droit international, développement durable, droits humains |
C’est quoi le multilatéralisme ?
Le multilatéralisme se définit d’abord par opposition à ses deux alternatives. L’unilatéralisme désigne l’action d’un État qui décide seul, sans se soucier des autres. Le bilatéralisme désigne la relation directe entre deux États. Le multilatéralisme, lui, suppose au minimum trois États qui coopèrent.
Mais cette définition arithmétique ne suffit pas. Les Nations unies insistent sur un point essentiel : le multilatéralisme n’est pas qu’une affaire de nombre, c’est l’adhésion à un projet politique commun, fondé sur un système partagé de normes et de valeurs. Il repose sur trois principes fondateurs :
- La consultation : les décisions se prennent après échange, pas par décret d’un seul.
- L’inclusion : tous les acteurs concernés participent, quelle que soit leur puissance.
- La solidarité : les intérêts collectifs priment sur les avantages immédiats de chacun.
Le multilatéralisme se caractérise aussi par des règles élaborées collectivement et appliquées de manière continue, et non au cas par cas selon la question traitée. C’est cette permanence qui le distingue d’une alliance de circonstance : les mêmes droits et les mêmes obligations s’appliquent à tous, du plus petit État insulaire à la première puissance économique mondiale.
Multilatéralisme et diplomatie : deux notions distinctes
La diplomatie est la méthode : l’art de négocier, de représenter son État, de régler les différends par la parole plutôt que par la force. Le multilatéralisme est le cadre : l’organisation durable de cette négociation entre plusieurs États, généralement au sein d’institutions permanentes.
On parle ainsi de diplomatie multilatérale pour désigner le travail des diplomates au sein des enceintes internationales — l’Assemblée générale des Nations unies, le Conseil de sécurité, les conférences climat, l’Organisation mondiale du commerce — par contraste avec la diplomatie bilatérale exercée dans les ambassades.
| Notion | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Unilatéralisme | Un État agit seul | Retrait d’un traité par décret national |
| Bilatéralisme | Deux États négocient entre eux | Traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle (2019) |
| Multilatéralisme | Trois États ou plus, selon des règles communes permanentes | Charte des Nations unies, Accord de Paris |
| Minilatéralisme | Un club restreint d’États influents | G7, G20 |
Origine et histoire de la Journée internationale du multilatéralisme
Aux racines du multilatéralisme : deux siècles de construction
Contrairement à une idée répandue, le multilatéralisme n’est pas né en 1945. Il s’est construit lentement, souvent à partir d’enjeux très concrets : la navigation fluviale, le télégraphe, le courrier.
| Année | Étape | Portée |
|---|---|---|
| 1804 | Traité de l’octroi du Rhin | Première administration internationale, à Mayence |
| 1815 | Congrès de Vienne : création de la Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR) | Plus ancienne organisation internationale encore en activité ; siège à Strasbourg depuis 1920 |
| 1865 | Union télégraphique internationale (Genève) | Première normalisation technique mondiale |
| 1874 | Union générale des postes (Berne), future Union postale universelle | Circulation universelle du courrier |
| 1899 et 1907 | Conférences de La Haye | Naissance de l’arbitrage international et du droit de la guerre |
| 1919-1920 | Société des Nations | Première organisation politique universelle ; échec devant la montée des fascismes |
| 1945 | Charte des Nations unies (San Francisco) | 51 États fondateurs ; sécurité collective |
| 1948 | Déclaration universelle des droits de l’homme | Premier socle normatif universel |
| 2015 | Agenda 2030 et Accord de Paris | Multilatéralisme des objectifs partagés |
| 2018 | Résolution A/RES/73/127 | Création de la Journée internationale du 24 avril |
| 2024 | Pacte pour l’avenir | Tentative de relance du système multilatéral |
Fait notable pour la France : la Commission centrale pour la navigation du Rhin, considérée comme la plus ancienne organisation internationale des temps modernes, siège à Strasbourg depuis 1920, dans le Palais du Rhin.
Création de la journée
Le 12 décembre 2018, lors de sa 51ᵉ séance plénière, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution A/RES/73/127 proclamant le 24 avril Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix. Le texte, issu du projet de résolution A/73/L.48, est porté par le Venezuela.
Contrairement à la plupart des journées internationales, adoptées par consensus, celle-ci fait l’objet d’un vote, demandé par les États-Unis : elle est adoptée par 144 voix pour, 2 contre et aucune abstention. Les États-Unis expliquent leur opposition par la crainte que la multiplication des journées internationales n’en dilue la valeur, et par une objection à l’État à l’origine du texte. L’Union européenne, qui partage la première réserve, apporte malgré tout son soutien au regard du thème général de la résolution — l’Autriche justifiant son vote par le constat que la paix est de plus en plus menacée.
La première édition est célébrée le 24 avril 2019, avec une commémoration à l’Assemblée générale qui rassemble une soixantaine de délégations. La conclusion des débats est sans ambiguïté : le renouveau du multilatéralisme passera par la réforme des organisations internationales, à commencer par l’ONU elle-même.
Objectifs principaux de la journée
La résolution A/RES/73/127 assigne quatre finalités précises à cette journée :
- Promouvoir les valeurs des Nations unies : rappeler ce que représente l’Organisation au-delà de ses institutions.
- Réaffirmer la confiance des peuples dans la Charte : reconnecter les opinions publiques aux buts et principes de 1945.
- Réaffirmer l’importance du multilatéralisme et du droit international : défendre la règle collective face aux rapports de force.
- Progresser vers une paix pérenne et durable par la diplomatie : faire de la négociation le mode normal de règlement des différends.
L’importance et l’impact du multilatéralisme
Un immense édifice juridique
Le multilatéralisme se mesure d’abord à sa production normative. Le Secrétaire général des Nations unies est dépositaire de plus de 560 traités multilatéraux, couvrant les droits humains, le désarmement, les réfugiés, l’environnement, le droit de la mer ou encore les biens et services. À ces textes s’ajoutent les dizaines de milliers de traités enregistrés par les États en vertu de l’article 102 de la Charte.
Chaque année, en marge du débat général de l’Assemblée générale, une cérémonie des traités permet aux États de signer, ratifier ces instruments ou d’y adhérer. Organisée depuis l’an 2000, elle a donné lieu à plus de 2 000 actions.
Une machine de paix
Le maintien de la paix constitue le visage le plus visible du multilatéralisme onusien. Il repose entièrement sur la mise à disposition volontaire de contingents par les États membres : l’ONU ne dispose d’aucune force armée propre.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Opérations de paix déployées depuis 1948 | 71 |
| Missions en cours | 11 |
| Casques bleus actuellement déployés | Plus de 50 000 |
| Personnes ayant servi sous casque bleu depuis 1948 | Plus de 2 millions |
| Pays fournisseurs de personnel en uniforme | Plus de 120 |
| Part des femmes dans le personnel en uniforme | Environ 10 % |
| Budget des opérations (juillet 2025 – juin 2026) | Environ 5,4 milliards de dollars |
Ce budget représente une fraction infime des dépenses militaires mondiales — un rapport que les défenseurs du multilatéralisme rappellent volontiers pour souligner le rendement de l’investissement collectif.
Des résultats que nul État n’aurait obtenus seul
Le multilatéralisme a produit des avancées irréversibles, souvent invisibles parce qu’elles ont réussi :
- L’éradication de la variole, obtenue par une campagne mondiale coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé — première maladie humaine éliminée de la surface du globe.
- La protection de la couche d’ozone, grâce au Protocole de Montréal, ratifié par l’ensemble des États membres des Nations unies.
- Le droit de la mer, avec une convention qui régit la navigation, la pêche et l’exploitation des fonds marins.
- Le désarmement conventionnel, avec les traités interdisant les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions.
- La codification des droits humains, à partir de la Déclaration universelle de 1948.
Le point commun de ces succès : aucun n’aurait été possible par une action unilatérale, si puissant qu’en soit l’auteur.
La prévention, ce succès invisible
Les Nations unies soulignent un paradoxe cruel : la prévention des conflits reste l’un des aspects les plus méconnus de leur travail. La diplomatie préventive, les bons offices et la médiation produisent des résultats par nature indémontrables — il est impossible de prouver qu’une guerre n’a pas eu lieu grâce à une action donnée. Cette invisibilité pèse lourdement sur la perception publique du multilatéralisme, jugé sur ses échecs et jamais crédité de ses réussites silencieuses.
Le multilatéralisme à travers le monde
Les Nations unies, cadre universel
L’ONU demeure le cadre multilatéral par excellence. Son évolution s’est faite dans deux directions.
Une expansion horizontale d’abord : de 51 États membres en 1945 à 193 aujourd’hui, portée en grande partie par la décolonisation. Le multilatéralisme des vainqueurs de 1945 est devenu, en trois quarts de siècle, un multilatéralisme réellement universel.
Une expansion verticale ensuite : le cadre s’est ouvert à de nouveaux acteurs, organisations non gouvernementales, acteurs privés, autres organisations internationales. Plus de 1 000 ONG et organisations internationales disposent aujourd’hui du statut d’observateur aux Nations unies.
Les multilatéralismes régionaux
Le multilatéralisme ne se limite pas à New York et Genève. Des ensembles régionaux structurent la coopération à leur échelle, avec des degrés d’intégration très variables :
- L’Union européenne représente la forme la plus poussée : transfert de souveraineté, droit directement applicable, parlement élu, monnaie commune pour vingt États.
- L’Union africaine s’est dotée d’une architecture de paix et de sécurité et d’un agenda de développement à long terme.
- L’ASEAN, en Asie du Sud-Est, privilégie le consensus et la non-ingérence, dans un modèle souvent qualifié de multilatéralisme souple.
- L’Organisation des États américains, la Ligue arabe ou la CELAC offrent des cadres de concertation politique régionale.
Les clubs : G7, G20, BRICS
À côté du multilatéralisme institutionnel, s’est développé un minilatéralisme de clubs restreints. Le G7 réunit les grandes économies occidentales, le G20 y ajoute les puissances émergentes, les BRICS proposent un contrepoids au système hérité de 1945.
Ces formats sont plus rapides et plus souples que les enceintes universelles. Mais ils sont aussi moins légitimes : ils n’ont ni fondement juridique, ni obligation d’inclusion, ni mécanisme de contrôle. Leur essor traduit à la fois l’exaspération devant la lourdeur onusienne et un risque réel de fragmentation du système multilatéral.
Les défis contemporains du multilatéralisme
Le blocage du Conseil de sécurité
C’est la critique la plus fréquente. Le Conseil de sécurité, seul organe habilité à prendre des décisions contraignantes en matière de paix, est paralysé par le droit de veto de ses cinq membres permanents.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Projets de résolution bloqués par veto (1946 – novembre 2025) | 227 |
| Vetos de l’URSS puis de la Russie | 129 |
| Vetos des États-Unis | 89 |
| Vetos du Royaume-Uni | 29 |
| Vetos de la Chine | 19 |
| Vetos de la France | 16 |
| Résolutions bloquées par veto en 2024 | 7 (record depuis 1986) |
| Résolutions adoptées en 2025 | 44 (plus bas niveau depuis 1991) |
Ces chiffres racontent une histoire simple : l’organe censé garantir la paix mondiale est de moins en moins capable de décider. Gaza, l’Ukraine, le Soudan, le Myanmar — les grandes crises contemporaines n’ont donné lieu à aucune réponse significative du Conseil.
Le désengagement et la crise de financement
Depuis janvier 2025, l’administration américaine a engagé un retrait massif du système multilatéral : sortie de l’Accord de Paris sur le climat, retrait de l’Organisation mondiale de la santé, retrait de l’UNESCO annoncé en juillet 2025 pour fin décembre 2026, arrêt de la participation au Conseil des droits de l’homme, fermeture de l’USAID.
Le 7 janvier 2026, un décret présidentiel a étendu ce mouvement à 66 organisations internationales, dont 31 entités du système des Nations unies — parmi lesquelles la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le GIEC, ONU Femmes, l’UNFPA et la CNUCED.
Les conséquences financières sont immédiates. En octobre 2025, faute de trésorerie, l’ONU a annoncé une réduction d’environ 25 % des effectifs de casques bleus, applicable à neuf des onze missions. Les opérations de maintien de la paix accusaient alors deux milliards de dollars d’arriérés de contributions.
Réformer sans casser
La critique du système multilatéral ne vient pas que de ses adversaires. Ses défenseurs reconnaissent des faiblesses structurelles : multiplication des enceintes, chevauchement des mandats, complexité croissante du droit international, absence de coordination réelle entre agendas convergents.
Deux chantiers sont ouverts :
- Le Pacte pour l’avenir, adopté le 22 septembre 2024 lors du Sommet de l’avenir. Ce document non contraignant de 67 pages, fruit de huit mois de négociations, propose 56 actions couvrant le développement durable, la paix et la sécurité, la science et l’innovation, la jeunesse et la transformation de la gouvernance mondiale. Deux annexes l’accompagnent : le Pacte numérique mondial et la Déclaration sur les générations futures.
- L’initiative « ONU 80 », lancée par le Secrétaire général à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de l’Organisation, qui vise une ONU plus résiliente, plus efficiente et plus lisible.
La question de fond reste entière : comment réformer un système dont les principaux bénéficiaires détiennent, par construction, le pouvoir de bloquer toute réforme ?
Comment participer à la Journée internationale du multilatéralisme
Événements officiels
L’Assemblée générale des Nations unies organise chaque 24 avril une réunion commémorative de haut niveau à New York, au cours de laquelle les États membres prononcent des déclarations sur l’état du système multilatéral. Le Secrétaire général y délivre un message.
Les missions permanentes, les bureaux des Nations unies à Genève, Vienne et Nairobi, ainsi que les centres régionaux d’information, organisent conférences, tables rondes et expositions.
Dans les établissements scolaires et universitaires
La journée offre un support pédagogique naturel :
- Simulations de l’ONU : les modèles de Nations unies (MUN) placent les élèves dans la peau de délégations et leur font expérimenter la négociation multilatérale.
- Étude de la Charte : lecture commentée du Préambule et de l’article 1er, qui définit les buts de l’Organisation.
- Débats sur le veto : un cas d’école pour aborder la tension entre efficacité et légitimité.
- Cartographie des organisations internationales : identifier celles dont la France est membre et ce qu’elles produisent concrètement.
Actions numériques et sensibilisation
- Relayer les contenus des Nations unies et des organisations spécialisées avec les mots-clés #Multilatéralisme, #Multilateralism et #DiplomacyForPeace.
- Explorer les ressources en ligne de la Bibliothèque des Nations unies à Genève, qui consacre un dossier complet à l’histoire du multilatéralisme.
- Découvrir les publications de vulgarisation des Nations unies, notamment le guide « Multi-quoi ? », qui explique le rôle concret du multilatéralisme dans la vie quotidienne.
- Suivre les formations à la diplomatie multilatérale proposées par l’UNITAR.
Au niveau individuel
Le multilatéralisme peut sembler lointain. Il ne l’est pas : la sécurité des avions que vous prenez, la validité de vos courriers à l’étranger, la fréquence de votre téléphone portable, la protection contre les rayons ultraviolets, la sécurité alimentaire — tout cela repose sur des accords multilatéraux. S’informer sur ces mécanismes est en soi une manière de célébrer la journée.
La France et le multilatéralisme
Une puissance fondatrice
La France est membre fondateur de l’Organisation des Nations unies et l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie. Elle est également membre fondateur ou membre de premier plan de l’essentiel des organisations du système : UNESCO, OIT, OMS, FAO, ainsi que de l’OTAN, de l’OCDE et de l’Union européenne.
Le français est l’une des six langues officielles des Nations unies et l’une des deux langues de travail du Secrétariat — un héritage direct de plusieurs siècles pendant lesquels le français fut la langue de la diplomatie européenne.
Le réseau diplomatique français
Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères revendique le troisième réseau diplomatique mondial, derrière la Chine et les États-Unis.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Ambassades bilatérales | 166 (début 2026) |
| Représentations permanentes auprès d’organisations internationales | 16 |
| Consulats généraux et consulats | Environ 72 |
| Consulats honoraires | Plus de 500 |
| Français établis hors de France | Environ 3 millions |
À noter : selon le classement du Lowy Institute, qui agrège toutes les formes de représentation (ambassades, consulats, missions), la France est passée du 3ᵉ au 5ᵉ rang mondial en 2024, avec 249 représentations — conséquence d’une rationalisation du réseau consulaire opérée pour des raisons budgétaires, davantage que d’un recul diplomatique.
La France et le financement du système onusien
| Poste | Donnée |
|---|---|
| Rang de la France parmi les contributeurs | 6ᵉ |
| Quote-part au budget ordinaire (2025-2027) | 3,86 % (contre 4,12 % en 2022-2024) |
| Quote-part aux opérations de maintien de la paix | 4,58 % (contre 5,29 % auparavant) |
| Contribution au budget ordinaire en 2026 | Environ 124 millions de dollars |
| Budget ordinaire de l’ONU pour 2026 | 3,45 milliards de dollars |
Un point mérite d’être souligné : du fait de la prise en charge des rabais accordés aux pays à faible revenu par habitant, la France verse environ 47 % de plus que sa part dans la richesse mondiale pour l’ensemble de ses contributions obligatoires à l’ONU, soit quelque 120 millions de dollars supplémentaires par an.
Le veto : la position française
La France n’a pas utilisé son droit de veto depuis 1989 — c’était alors collectivement, avec les États-Unis et le Royaume-Uni, sur l’invasion du Panama. Son dernier veto exercé seule remonte à 1976, sur la question de l’indépendance des Comores.
En 2013, la France propose que les cinq membres permanents s’engagent volontairement et collectivement à ne pas recourir au veto en cas d’atrocités de masse — génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre de grande ampleur. En 2015, le Président de la République prend cet engagement unilatéralement devant la 70ᵉ Assemblée générale, et l’initiative devient franco-mexicaine.
Elle est aujourd’hui soutenue par 107 États, l’Arménie l’ayant rejointe en mars 2025. Elle ne suppose aucune modification de la Charte : il s’agit d’un accord politique et volontaire sur les méthodes de travail du Conseil. Son principe a été reconnu dans le Pacte pour l’avenir.
Les pionniers français du multilatéralisme
La France a fourni au XXᵉ siècle plusieurs architectes du système international. Quatre d’entre eux ont reçu le prix Nobel de la paix.
| Figure | Apport | Nobel |
|---|---|---|
| Léon Bourgeois (1851-1925) | Théoricien du solidarisme, promoteur de l’arbitrage aux conférences de La Haye, premier président du Conseil de la Société des Nations | 1920 |
| Aristide Briand (1862-1932) | Accords de Locarno, pacte de renonciation à la guerre (1928), projet d’union européenne (1929) | 1926 |
| Albert Thomas (1878-1932) | Premier directeur du Bureau international du travail, en 1919 | — |
| René Cassin (1887-1976) | Principal rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) | 1968 |
| Robert Schuman (1886-1963) | Déclaration du 9 mai 1950, acte fondateur de la construction européenne | — |
| Jean Monnet (1888-1979) | Inspirateur de la méthode communautaire, premier président de la Haute Autorité de la CECA | — |
Aux côtés de ces figures, on compte encore Frédéric Passy (Nobel 1901, cofondateur de l’Union interparlementaire), Louis Renault (Nobel 1907, juriste des conférences de La Haye), Paul d’Estournelles de Constant (Nobel 1909) et Léon Jouhaux (Nobel 1951, syndicaliste et délégué aux Nations unies).
La France, terre d’accueil des organisations internationales
Le territoire français abrite un nombre considérable de sièges d’organisations internationales, ce qui en fait un acteur du multilatéralisme autant par sa géographie que par sa diplomatie :
- Paris : UNESCO, OCDE, Organisation internationale de la Francophonie, Bureau international des poids et mesures (à Sèvres), Chambre de commerce internationale.
- Strasbourg : Conseil de l’Europe, Cour européenne des droits de l’homme, Parlement européen, Commission centrale pour la navigation du Rhin.
- Lyon : siège mondial d’Interpol, Centre international de recherche sur le cancer.
S’y ajoute la Francophonie institutionnelle : à l’issue du Sommet de Villers-Cotterêts en octobre 2024, l’Organisation internationale de la Francophonie réunissait 93 États et gouvernements, soit plus d’un tiers des membres des Nations unies — un espace de concertation multilatérale fondé sur le partage d’une langue.
Foire aux questions
Quand a lieu la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix ?
La Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix a lieu le 24 avril de chaque année. Il s’agit d’une date fixe, qui ne varie pas selon le calendrier. La première édition a été célébrée le 24 avril 2019, quelques mois après la proclamation de la journée par l’Assemblée générale des Nations unies.
Qui a créé la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix ?
La Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix a été créée par l’Assemblée générale des Nations unies, par la résolution A/RES/73/127 adoptée le 12 décembre 2018 lors de sa 51ᵉ séance plénière. Le projet de résolution, référencé A/73/L.48, était porté par le Venezuela. Le texte a été adopté par 144 voix pour, 2 contre et aucune abstention, à la suite d’une mise aux voix demandée par les États-Unis.
C’est quoi le multilatéralisme, expliqué simplement ?
Le multilatéralisme est une forme de coopération entre au moins trois États, organisée autour de règles élaborées en commun et appliquées de manière permanente. Mais le multilatéralisme ne se réduit pas à une question de nombre : il implique l’adhésion à un projet politique partagé, fondé sur la consultation, l’inclusion et la solidarité. Concrètement, il prend la forme d’organisations internationales, de traités et de conférences où les États négocient ensemble des décisions qui s’imposeront à tous.
Quelle est la différence entre multilatéralisme, bilatéralisme et unilatéralisme ?
La différence entre multilatéralisme, bilatéralisme et unilatéralisme tient au nombre d’acteurs et au cadre de la décision. L’unilatéralisme désigne l’action d’un État qui décide seul, sans consultation. Le bilatéralisme désigne la négociation directe entre deux États, généralement par la voie des ambassades. Le multilatéralisme réunit au moins trois États dans un cadre régi par des règles communes et durables. Un même État peut recourir aux trois approches selon les dossiers.
Pourquoi le multilatéralisme est-il en crise ?
Le multilatéralisme est en crise pour trois raisons principales. D’abord, la paralysie du Conseil de sécurité : 227 projets de résolution ont été bloqués par veto entre 1946 et novembre 2025, et l’année 2024 a battu un record de blocages depuis 1986. Ensuite, le désengagement de grands contributeurs : depuis janvier 2025, les États-Unis se sont retirés de l’Accord de Paris, de l’OMS, de l’UNESCO et, en janvier 2026, de 66 organisations internationales. Enfin, la crise de financement qui en découle : l’ONU a dû annoncer en octobre 2025 une réduction d’environ 25 % de ses effectifs de casques bleus.
Quel est le rôle de la France dans le multilatéralisme ?
Le rôle de la France dans le multilatéralisme repose sur trois piliers. Elle est membre fondateur de l’ONU et membre permanent du Conseil de sécurité, ce qui lui confère un droit de veto qu’elle n’exerce plus depuis 1989. Elle est le 6ᵉ contributeur au budget de l’Organisation, avec une quote-part de 3,86 % pour la période 2025-2027. Elle porte enfin, avec le Mexique, une initiative d’encadrement du veto en cas d’atrocités de masse, soutenue par 107 États. La France dispose par ailleurs du troisième réseau diplomatique mondial et accueille sur son territoire les sièges de l’UNESCO, de l’OCDE, du Conseil de l’Europe et d’Interpol.
Une table plutôt qu’un champ de bataille
Le multilatéralisme n’a jamais été une évidence. Il a été inventé, patiemment, par des générations qui avaient sous les yeux ce que produisait son absence : deux guerres mondiales, des dizaines de millions de morts, des continents dévastés. La Commission du Rhin de 1815, les conférences de La Haye, la Société des Nations, la Charte de San Francisco : autant de tentatives, dont certaines ont échoué, pour substituer la négociation à la force.
Ce 24 avril ne célèbre pas un système parfait. Le Conseil de sécurité est bloqué, les budgets s’effondrent, les retraits s’enchaînent. Mais aucune des alternatives proposées — le repli, la transaction bilatérale, le club fermé — n’a jamais permis d’éradiquer une maladie, de reboucher un trou dans la couche d’ozone ou d’interdire une catégorie d’armes.
Le multilatéralisme n’est pas le moyen le plus commode d’obtenir la paix. C’est simplement le seul qui ait fait ses preuves. Le 24 avril, prenez cinq minutes pour identifier une organisation internationale dont vous ignoriez l’existence et découvrir ce qu’elle fait pour vous. Vous serez surpris.
Sources
- Nations unies, page officielle de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix
- Résolution A/RES/73/127 de l’Assemblée générale des Nations unies (12 décembre 2018), notice de la Bibliothèque numérique des Nations unies
- Couverture des réunions et communiqués de presse des Nations unies (décembre 2018, avril 2019, novembre 2025)
- Nations unies, Pacte pour l’avenir et Sommet de l’avenir (septembre 2024)
- Collection des traités des Nations unies et Bureau des affaires juridiques
- Département des opérations de paix des Nations unies
- Direction générale du Trésor, service économique de la Représentation permanente de la France auprès de l’ONU
- Représentation permanente de la France auprès des Nations unies (France ONU)
- Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, France Diplomatie
- Commission centrale pour la navigation du Rhin
- UNESCO, déclaration de la Directrice générale sur le retrait des États-Unis (juillet 2025)
- Focus 2030, analyse du décret présidentiel américain du 7 janvier 2026
- Organisation internationale de la Francophonie
- Fondation Nobel, notices biographiques
Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 24 avril.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale de sensibilisation au désarmement et à la non-prolifération, Journée internationale des délégués.
