Chaque 21 mars, les Nations Unies célèbrent la Journée internationale du Novruz, une fête du renouveau printanier vieille de plus de trois millénaires. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 23 février 2010 par la résolution A/RES/64/253, cette journée reconnaît officiellement une tradition partagée par plus de 300 millions de personnes, des Balkans à l’Asie centrale en passant par le Caucase, le bassin de la mer Noire et le Moyen-Orient. Un an plus tôt, l’UNESCO avait déjà inscrit le Novruz sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Le Novruz occupe une place singulière dans le calendrier des journées internationales : il ne commémore ni une catastrophe, ni un combat, mais un moment astronomique — l’équinoxe de printemps — et la manière dont des dizaines de peuples l’ont transformé en nouvel an.
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom officiel | Journée internationale du Novruz |
| Date | 21 mars (date fixe retenue par l’ONU) |
| Date réelle de la fête | Jour de l’équinoxe de printemps (19, 20 ou 21 mars selon les années) |
| Résolution fondatrice | A/RES/64/253 |
| Date d’adoption | 23 février 2010, 71ᵉ séance plénière, sans vote |
| Session / point de l’ordre du jour | 64ᵉ session, point 49 « Culture de la paix » |
| Projet de résolution | A/64/L.30/Rev.2, présenté par l’Azerbaïdjan |
| Première célébration | 21 mars 2010 |
| Reconnaissance UNESCO | Liste représentative du PCI, 30 septembre 2009 (élargie en 2016 et 2024) |
| Nombre de personnes concernées | Plus de 300 millions (estimation ONU) |
🌱 C’est quoi le Novruz ?
Le Novruz est la fête du nouvel an solaire célébrée au moment de l’équinoxe de printemps par les peuples de l’aire culturelle iranienne et par de nombreuses populations d’Asie centrale, du Caucase, du Moyen-Orient et des Balkans. Il marque simultanément le retour du printemps, le début de l’année agricole et le premier jour de l’année civile dans plusieurs pays.
Un mot, une trentaine d’orthographes
Le terme vient du persan : now (« nouveau ») et rouz (« jour »), soit littéralement « nouveau jour ». Sa racine est plus ancienne encore, remontant à l’avestique — la langue liturgique du zoroastrisme — où nava signifiait « nouveau » et rəzaŋh « jour » ou « lumière du jour ».
Chaque langue de l’aire concernée a produit sa propre transcription. Les Nations Unies retiennent la graphie « Novruz » dans leurs documents officiels en français, mais reconnaissent explicitement la variabilité orthographique. L’inscription UNESCO, elle, aligne pas moins de douze graphies dans son intitulé officiel.
| Pays / communauté | Graphie usuelle |
|---|---|
| Iran | Norouz, Nowrouz |
| Afghanistan | Nawrouz |
| Azerbaïdjan | Novruz |
| Turquie | Nevruz |
| Kurdes | Newroz |
| Kazakhstan | Nauryz, Naouryz |
| Kirghizistan | Nooruz, Noruz |
| Ouzbékistan, Tadjikistan | Navruz |
| Communautés bahá’íes | Naw-Rúz |
Le premier jour du calendrier persan
Le Novruz n’est pas seulement une fête : c’est le 1ᵉʳ farvardin, premier jour du premier mois du calendrier persan (ou calendrier hégirien solaire). Ce calendrier est le calendrier officiel de l’Iran depuis 1925 et de l’Afghanistan depuis 1957. Il compte douze mois : six de 31 jours, cinq de 30 jours, et un dernier mois de 29 jours (30 en année bissextile).
Sa particularité est d’être un calendrier observationnel : l’année ne commence pas à une date conventionnelle mais à l’instant astronomique réel de l’équinoxe. Cette caractéristique en fait l’un des calendriers solaires les plus précis en usage aujourd’hui — et explique pourquoi la date du Novruz se déplace d’une année à l’autre.
☀️ Pourquoi la date de la Journée internationale du Novruz est fixe alors que la fête ne l’est pas
C’est le point le plus fréquemment mal compris de cette journée internationale, et il mérite d’être posé clairement.
L’équinoxe est un instant, pas un jour
L’équinoxe de printemps correspond au moment précis où le Soleil traverse le plan de l’équateur céleste. Cet instant est calculable à la seconde près — l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) le publie chaque année — mais il ne tombe pas au même moment de la journée d’une année sur l’autre, car l’année tropique (environ 365 jours, 5 heures et 48 minutes) ne coïncide pas avec l’année civile de 365 jours.
Résultat : depuis l’instauration du calendrier grégorien en 1582, l’équinoxe de printemps tombe, en temps universel, le 19, le 20 ou le 21 mars.
| Constat astronomique | Détail |
|---|---|
| Dates possibles depuis 1582 | 19, 20 ou 21 mars (UTC) |
| Dates observées aux XIXᵉ et XXᵉ siècles | Uniquement 20 ou 21 mars |
| Occurrences d’un équinoxe le 21 mars au XXIᵉ siècle | 2003 et 2007 seulement |
| Prochain équinoxe le 21 mars | Pas avant 2102 |
| Prochain équinoxe le 19 mars | 2044 |
| Date la plus fréquente aujourd’hui | 20 mars |
Autrement dit : la Journée internationale du Novruz est fixée au 21 mars, mais l’équinoxe lui-même ne tombera plus un 21 mars avant le siècle prochain.
La règle de midi à Téhéran
Le décalage s’accentue avec les fuseaux horaires. En Iran, le passage à la nouvelle année est déterminé par l’Institut de géophysique de Téhéran selon une règle simple : si le passage du Soleil à l’équateur se produit avant midi, heure de Téhéran (méridien de référence 52,5° Est, UTC+3:30), le jour même est le jour de l’an ; s’il se produit après midi, le Novruz est reporté au lendemain.
Un même équinoxe peut donc donner un Novruz le 20 mars à Téhéran et le 21 mars ailleurs, ou l’inverse. Certains pays ont d’ailleurs tranché différemment : au Kazakhstan, le Nauryz est traditionnellement rattaché au 22 mars, et c’est cette date que retiennent notamment les communautés kazakhes de Mongolie.
Pourquoi l’ONU a retenu le 21 mars
L’Assemblée générale a opté pour une date fixe, comme pour toutes ses journées internationales, afin de garantir la lisibilité du calendrier onusien. Le 21 mars s’est imposé parce qu’il correspond à la date historiquement associée à l’équinoxe dans les traditions concernées — et parce que la résolution elle-même définit le Novruz en note de bas de page comme « célébré le 21 mars de chaque année ».
Il faut donc lire la Journée internationale du Novruz comme une date de commémoration institutionnelle, distincte de la date rituelle observée par chaque communauté. Dans les faits, les célébrations s’étalent souvent sur près de deux semaines.
Origine et histoire de la Journée internationale du Novruz
Une fête antérieure aux calendriers modernes
Les origines du Novruz remontent au zoroastrisme, religion de l’Iran ancien, et l’ONU comme l’UNESCO retiennent une ancienneté de plus de 3 000 ans. La fiche d’inventaire française du patrimoine culturel immatériel évoque une célébration attestée au moins depuis le VIIᵉ siècle avant notre ère, soit environ 2 700 ans.
Les traces matérielles les plus citées sont les bas-reliefs du palais de l’Apadana, à Persépolis, où la lutte du lion et du taureau est traditionnellement interprétée comme la victoire de la chaleur printanière sur le froid hivernal. Les premières traces écrites de la célébration remonteraient au IIᵉ siècle avant notre ère.
Sur le plan mythologique, la tradition persane attribue la fondation du Novruz au roi légendaire Djamshid, dont l’ascension céleste aurait été célébrée par ses sujets. D’autres récits zoroastriens rattachent la fête à la création de la terre ou du genre humain. En 1079, le souverain seldjoukide Djalal ad-Din Malik Shah refixa officiellement le nouvel an à l’équinoxe de printemps, dans une réforme calendaire à laquelle le mathématicien et poète Omar Khayyam fut associé.
Fait notable : le Novruz a survécu à l’islamisation de la région, aux invasions mongoles et à la domination ottomane, en se laïcisant progressivement. C’est aujourd’hui une fête culturelle et non confessionnelle, célébrée par des populations musulmanes sunnites et chiites, zoroastriennes, bahá’íes, chrétiennes ou sans religion.
De l’inscription UNESCO à la résolution de l’ONU
| Date | Étape |
|---|---|
| 18 mars 2008 | Le Nowrouz est inclus dans l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel de la République islamique d’Iran (élément n° 1) |
| 30 septembre 2009 | Inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (décision 4.COM 13.03, Abou Dhabi), à la demande de 7 États : Azerbaïdjan, Inde, Iran, Kirghizistan, Pakistan, Turquie, Ouzbékistan |
| 23 novembre 2009 | Signature du projet de résolution au siège de l’ONU à New York |
| 18 février 2010 | Dépôt du projet révisé A/64/L.30/Rev.2 |
| 23 février 2010 | Adoption sans vote de la résolution A/RES/64/253 lors de la 71ᵉ séance plénière |
| 21 mars 2010 | Première Journée internationale du Novruz |
| 2016 | Inscription élargie à 12 États (décision 11.COM 10.b.1, Addis-Abeba), avec l’ajout de l’Afghanistan, l’Iraq, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Turkménistan |
| 2019 | Le Norouz est inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel en France |
| 2024 | Nouvelle extension à 13 États (décision 19.COM 7.b.56, Asunción), avec l’entrée de la Mongolie |
La résolution a été introduite par le représentant de l’Azerbaïdjan. Le texte révisé était porté par huit coauteurs : Afghanistan, Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turquie et Turkménistan. Il a été rattaché au point de l’ordre du jour « Culture de la paix », ce qui éclaire l’intention diplomatique : faire du Novruz un instrument de dialogue interculturel plutôt qu’un simple objet patrimonial.
Les objectifs de la Journée internationale du Novruz
Les cinq paragraphes opérationnels de la résolution A/RES/64/253 définissent précisément le mandat de cette journée :
- Proclamer la date : l’Assemblée générale déclare le 21 mars Journée internationale du Novruz.
- Saluer les efforts existants : elle se félicite du travail des États membres célébrant le Novruz pour préserver et développer la culture et les traditions associées.
- Encourager la sensibilisation : elle engage les États membres à faire connaître le Novruz et à organiser des manifestations annuelles.
- Documenter le patrimoine : elle appelle les États où le Novruz est célébré à étudier les origines et les traditions de la fête, afin d’en diffuser la connaissance auprès de la communauté internationale.
- Ouvrir la participation : elle invite les États membres intéressés, les agences onusiennes — l’UNESCO en premier lieu —, les organisations internationales, régionales et non gouvernementales à participer aux manifestations organisées.
Ce quatrième objectif est le plus souvent négligé : la résolution ne demande pas seulement de célébrer, mais de documenter. C’est ce mandat de recherche qui a nourri les inscriptions patrimoniales successives, y compris en France.
🔥 Rituels et traditions du Novruz
Les pratiques varient considérablement d’une région à l’autre, mais quatre grands moments structurent le cycle dans le monde persanophone.
Le grand nettoyage et le sabzeh
Les préparatifs commencent plusieurs semaines à l’avance. Le khaneh tekani — littéralement « secouer la maison » — est un nettoyage complet du foyer, geste symbolique d’évacuation de l’année écoulée. On achète des vêtements neufs, en particulier pour les enfants.
Dès le début du mois de mars, on fait germer des lentilles ou du blé dans une assiette pour former un petit tapis d’herbe verte, le sabzeh. C’est l’un des symboles les plus forts de la fête : une vie végétale que l’on fait naître chez soi, en avance sur le printemps réel.
Tchâhâr Shanbeh Souri, la fête du feu
La nuit précédant le dernier mercredi de l’année persane — donc le mardi soir — a lieu le Tchâhâr Shanbeh Souri, « le mercredi enflammé ». Des feux sont allumés dans les rues et sur les places, et les participants sautent par-dessus en récitant : « zardi-ye man az to, sorkhi-ye to az man », soit « je te donne ma couleur jaune, tu me donnes ta couleur rouge ». Le jaune symbolise la maladie que l’on cède au feu ; le rouge, la force et la santé que l’on reçoit en retour.
Le rituel est adossé à un récit du Shahnameh de Ferdowsî : celui du prince Siyāvash, faussement accusé, qui traverse un brasier à cheval pour prouver son innocence et en ressort indemne.
La table des sept « S »
Élément central du Novruz iranien, le sofre-ye haft sîn — « la nappe aux sept S » — est une table dressée sur laquelle on dispose sept objets dont le nom commence par la lettre persane س (sîn), équivalent du son [s].
| Objet | Nom persan | Symbolique |
|---|---|---|
| Herbe germée | sabzeh | Renaissance, renouveau |
| Crème de blé sucrée | samanu | Abondance, fertilité |
| Fruit de l’olivier de Bohême | senjed | Amour |
| Ail | sîr | Santé, médecine |
| Pomme | sîb | Beauté et bonne santé |
| Baies de sumac | somāq | Triomphe du bien sur le mal |
| Vinaigre | serkeh | Âge et sagesse |
Les compositions varient : on rencontre aussi la pièce de monnaie (sekkeh), symbole de prospérité, ou la jacinthe (sonbol). Autour des sept sîn, la table accueille fréquemment un miroir, des bougies, des œufs décorés, un bocal de poissons rouges et un livre — le Divan de Hafez ou un texte sacré selon les familles.
Au moment exact du passage à la nouvelle année, l’aïeul de la famille se lève, offre à chacun du miel ou une pâtisserie, une pièce et des feuilles vertes, puis embrasse chaque membre en formulant ses vœux. Suivent les eïd didani, les visites aux proches, qui commencent traditionnellement par les aînés.
Sizdah Bedar, le treizième jour
Le cycle se referme le treizième jour après le Novruz avec le Sizdah Bedar, « le treize dehors ». Les familles quittent la maison pour pique-niquer en pleine nature. On y abandonne le sabzeh dans l’eau courante, chargé des maux de l’année. Les jeunes filles nouent des brins d’herbe verte en récitant des poèmes, exprimant le souhait de se marier dans l’année.
🌍 La diversité du Novruz à travers le monde
Iran et monde persanophone
C’est en Iran que le corpus rituel est le plus dense et le mieux documenté : haft sîn, Tchâhâr Shanbeh Souri, Sizdah Bedar, mais aussi des figures de rue comme le Hadji Firouz, personnage vêtu de rouge muni d’un tambourin, ou le qashogh-zany, où les enfants déguisés frappent une cuillère contre une casserole pour réclamer des sucreries de porte en porte. Le repas du réveillon associe classiquement le sabzi polo bâ mâhi — riz aux herbes servi avec du poisson — et l’âsh reshteh, soupe épaisse aux nouilles et légumineuses.
En Afghanistan, le Novruz conserve une forte dimension agricole : il ouvre le cycle des travaux des champs et donne lieu à des festins familiaux et des danses rituelles.
Asie centrale et Caucase
En Asie centrale, la préparation collective du sumalak — une crème de blé germé cuite très lentement pendant de longues heures, souvent toute une nuit, par les femmes du voisinage qui se relaient — est le geste emblématique. Sa lenteur même symbolise la venue progressive mais certaine du printemps.
Au Kazakhstan, le plat de la fête est le nauryz kozhe, une soupe composée de sept ingrédients : eau, viande, beurre, lait ou yaourt, farine, riz ou maïs, et sel. Le chiffre sept y représente sept vertus : la joie, le succès, l’intelligence, la santé, la richesse, l’agilité et la sécurité. En Azerbaïdjan et en Ouzbékistan, le Novruz s’accompagne de grandes festivités publiques, de jeux traditionnels, de pâtisseries — pakhlava, shekerbura, samani halva — et de spectacles de rue.
Le Newroz kurde et le mythe de Kawa
Chez les Kurdes, le Newroz est adossé à un récit fondateur distinct : celui de Kawa le forgeron. Le tyran Zahak, roi assyrien portant des serpents sur les épaules, exigeait chaque jour le sacrifice de deux jeunes gens. Kawa, qui avait perdu seize fils, organisa la révolte, tua Zahak d’un coup de marteau et enflamma son tablier de forgeron en signe de victoire. Le printemps revint le lendemain.
Ce mythe confère au Newroz une charge identitaire et politique qui n’existe pas ailleurs : les feux allumés ne célèbrent pas seulement le renouveau saisonnier, mais la victoire de la liberté sur la tyrannie. Les rassemblements kurdes de Newroz mêlent ainsi danses en ronde (govend), chants de résistance et prises de parole publiques.
Balkans, Inde, Chine, Mongolie
L’aire du Novruz déborde largement le monde iranien. Il est célébré dans les Balkans occidentaux, notamment en Albanie et au Kosovo, ainsi que dans le bassin de la mer Noire et en Géorgie. En Inde, les Parsis zoroastriens et les hindous de la vallée du Cachemire le célèbrent — sous le nom de Navreh pour ces derniers. En Chine, il est observé par les Salars de la province du Qinghai. En Mongolie, dont l’entrée dans l’inscription UNESCO en 2024 a élargi le périmètre reconnu, le Nauryz est l’une des fêtes les plus importantes pour la communauté kazakhe, forte de plus de 130 000 personnes, soit environ 4 % de la population nationale.
Défis et enjeux contemporains du Novruz
Sécurité et dérives pyrotechniques
Le principal problème sanitaire concerne le Tchâhâr Shanbeh Souri. Depuis une vingtaine d’années, le rituel du feu s’est doublé, en Iran, d’un usage massif de pétards et de feux d’artifice souvent artisanaux. Les bilans annuels publiés par les services d’urgence iraniens sont lourds : lors de l’édition de 2023, le chef des services d’urgence Jafar Miadfar faisait état de 26 décès depuis le 20 février et de plus de 3 550 blessés pour la seule nuit du rituel. Les blessures les plus fréquentes sont les brûlures, les lésions oculaires et les amputations de doigts.
Tensions politiques et récupérations
Fête pré-islamique, le Novruz entretient un rapport ambigu avec certains pouvoirs. En Iran, la fête du feu est jugée « païenne » par une large partie du clergé chiite et fait régulièrement l’objet de restrictions ou d’interdictions de rassemblement — ce qui a contribué à en faire, en retour, un espace d’expression de la jeunesse. Chez les Kurdes, la dimension militante du Newroz en fait un moment sensible, dont le contenu politique varie fortement selon le contexte régional.
La transmission en contexte migratoire
Pour les diasporas, la difficulté est d’abord pratique : le Novruz n’étant pas férié dans les pays d’accueil, les célébrations doivent être déplacées vers le week-end le plus proche, ce qui dissocie la fête de son ancrage astronomique. S’y ajoutent l’adaptation des recettes aux produits disponibles, l’impossibilité de reproduire certains rituels de rue, et la précarité financière des associations qui portent l’organisation.
🇫🇷 Le Novruz en France
Une inscription à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel
Depuis 2019, le Novruz figure à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel français sous l’intitulé « Le Norouz ou Nouvel An persan en région parisienne » (fiche n° 2019_67717_INV_PCI_FRANCE_00447). La fiche est le résultat d’une enquête ethnographique menée en 2018-2019 à Paris et en Île-de-France par l’association Île du Monde, dans le cadre du projet « Inventaire du PCI translocal francilien ».
C’est un cas intéressant : la France n’est pas un pays de tradition Novruz, mais elle reconnaît patrimonialement une pratique portée par ses diasporas — exactement ce que demandait le quatrième paragraphe de la résolution onusienne.
Les communautés concernées
| Communauté | Ordre de grandeur en France | Observations |
|---|---|---|
| Iranienne | 25 000 à 30 000 personnes | Majoritairement en Île-de-France : Paris XVᵉ, La Défense, Créteil |
| Kurde | Environ 150 000 personnes (estimation) | Aucun recensement officiel ; près de 90 % originaires de Turquie ; forte présence dans le Xᵉ arrondissement |
| Azerbaïdjanaise | Environ 3 500 personnes | — |
| Afghane | Environ 2 000 personnes | — |
| Kazakhe | Environ 1 000 personnes | — |
| Kirghize, ouzbèke, zoroastrienne | Effectifs plus réduits | Structurées en associations culturelles |
La rue des Entrepreneurs, dans le XVᵉ arrondissement de Paris, constitue le cœur commerçant et associatif iranien de la capitale, avec ses restaurants, ses épiceries et ses centres culturels.
Où et comment on célèbre en Île-de-France
Les célébrations franciliennes recensées par l’enquête combinent rituels privés et événements publics :
- Tchâhâr Shanbeh Souri : feux allumés sur les quais du canal Saint-Martin (Xᵉ arrondissement), sur les quais de Seine à Alfortville, ou dans les locaux du Centre culturel zoroastrien.
- Journées de Norouz : événements festifs organisés en mairie d’arrondissement, notamment dans le XVᵉ.
- Naouryz kazakh : célébration publique organisée avec l’ambassade du Kazakhstan sur des sites emblématiques — place du Louvre, parvis de l’Hôtel de Ville —, avec installation d’une yourte et rituel du tusau kesu, coupure symbolique de la corde entravant les premiers pas d’un enfant.
- Novrouz azerbaïdjanais : spectacle intégralement porté par les enfants de la diaspora, avec le jeu du yumurta tokuşturmak, où l’on cogne des œufs décorés pointe contre pointe.
- Noruz kirghize : dîner-spectacle ouvert par le rituel de l’encens d’archa, un conifère d’altitude, autour du beshbarmak.
- Newroz kurde : fêtes organisées en salle associative ou en mairie, associant buffet, musique traditionnelle et conférences.
- Sizdah Bedar : rassemblement au bois de Boulogne, pelouse de Madrid.
L’UNESCO organise par ailleurs chaque année une célébration du Novruz à son siège parisien.
Les fragilités identifiées
L’enquête patrimoniale ne cache pas les points de vulnérabilité : le statut associatif de la plupart des organisateurs ne garantit pas la pérennité des activités, plusieurs structures ayant perdu leurs locaux ou cessé leur activité. Certaines pratiques pourraient être restreintes à terme, notamment l’usage du feu en espace public. La mesure de sauvegarde la plus explicitement demandée par les communautés est la reconnaissance de jours fériés « à choix libre », qui permettrait de célébrer à la bonne date.
Comment participer à la Journée internationale du Novruz
Nul besoin d’appartenir à l’une des cultures concernées pour marquer la journée :
- Dresser une table haft sîn : sept éléments symboliques suffisent, et le sabzeh se fait germer facilement en une dizaine de jours avec des lentilles et une assiette creuse.
- Cuisiner un plat de la fête : le sabzi polo bâ mâhi, l’âsh reshteh, le sumalak ou le nauryz kozhe sont les plus emblématiques.
- Faire son grand ménage de printemps : le geste n’a rien d’anecdotique dans la tradition, il ouvre le cycle.
- Assister à un événement public : les mairies d’arrondissement parisiennes, l’UNESCO et les associations communautaires proposent des programmes ouverts.
- Sortir dans la nature au treizième jour : le Sizdah Bedar est probablement le rituel le plus facile à adopter.
- Se documenter : la résolution onusienne demande explicitement d’étudier les origines de la fête et d’en diffuser la connaissance.
Foire aux questions sur la Journée internationale du Novruz
Quelle est la date de la Journée internationale du Novruz ?
La date de la Journée internationale du Novruz est le 21 mars. Cette date fixe a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution A/RES/64/253, adoptée sans vote le 23 février 2010. Elle est distincte de la date rituelle de la fête, qui suit l’équinoxe de printemps réel et peut donc tomber le 19, le 20 ou le 21 mars selon les années et les fuseaux horaires.
Que signifie le mot Novruz ?
Le mot Novruz signifie « nouveau jour » en persan : now veut dire « nouveau » et rouz signifie « jour ». La racine est plus ancienne encore et remonte à l’avestique, langue liturgique du zoroastrisme. L’orthographe et la prononciation varient fortement selon les pays : on rencontre notamment Norouz, Nowrouz, Nawrouz, Nevruz, Newroz, Nauryz, Nooruz et Navruz.
Pourquoi le Novruz tombe-t-il parfois le 20 mars et parfois le 21 mars ?
Le Novruz tombe parfois le 20 mars et parfois le 21 mars parce qu’il suit l’instant astronomique de l’équinoxe de printemps, et non une date conventionnelle. Depuis 1582, cet équinoxe se produit le 19, le 20 ou le 21 mars en temps universel. En Iran, une règle supplémentaire s’applique : si le passage du Soleil à l’équateur a lieu avant midi heure de Téhéran, le jour même est le jour de l’an, sinon le Novruz est reporté au lendemain.
Quels pays célèbrent le Novruz ?
Les pays qui célèbrent le Novruz sont principalement ceux de l’aire culturelle iranienne et d’Asie centrale. Treize États sont aujourd’hui associés à l’inscription UNESCO : l’Afghanistan, l’Azerbaïdjan, l’Inde, l’Iran, l’Iraq, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Mongolie, l’Ouzbékistan, le Pakistan, le Tadjikistan, la Türkiye et le Turkménistan. La fête est également observée dans les Balkans, en Géorgie, en Chine chez les Salars, et partout dans le monde par les diasporas issues de ces pays.
Qu’est-ce que la table haft sîn du Novruz ?
La table haft sîn du Novruz est la table cérémonielle dressée pour le nouvel an, sur laquelle sont disposés sept objets dont le nom commence par la lettre persane س, équivalent du son [s]. On y trouve classiquement le sabzeh (herbe germée), le samanu (crème de blé), le senjed, le sîr (ail), le sîb (pomme), le somāq (sumac) et le serkeh (vinaigre). Chacun porte une signification : renaissance, abondance, amour, santé, beauté, victoire du bien et sagesse.
Le Novruz est-il une fête religieuse ?
Le Novruz n’est pas une fête religieuse au sens strict : c’est une fête culturelle et saisonnière. Ses origines sont zoroastriennes, mais elle s’est laïcisée au fil des siècles et rassemble aujourd’hui des populations musulmanes sunnites et chiites, zoroastriennes, bahá’íes, chrétiennes ou sans appartenance religieuse. C’est précisément ce caractère transversal qui a conduit l’UNESCO et l’ONU à la reconnaître comme un facteur de dialogue interculturel.
Un nouveau jour, partout à la fois
Il existe peu de fêtes dont la date soit dictée par la mécanique céleste plutôt que par une décision humaine. Le Novruz en fait partie : il commence à la seconde exacte où le Soleil franchit l’équateur, et cette seconde est la même pour tout le monde, de Téhéran à Bichkek, de Diyarbakır au bois de Boulogne.
C’est sans doute ce qui explique sa longévité. Trois mille ans après, on continue de faire germer des lentilles dans une assiette, de nettoyer la maison de fond en comble et de sauter par-dessus un feu en lui cédant sa fatigue. Le 21 mars, plus de 300 millions de personnes recommencent l’année ensemble — et rien n’interdit de les rejoindre.
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