Chaque 20 février, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la justice sociale, instituée par l’Assemblée générale des Nations unies pour rappeler que la paix durable et le développement économique ne peuvent se construire sur des sociétés inégalitaires. Adoptée sans vote le 26 novembre 2007 par la résolution A/RES/62/10, cette journée s’inscrit dans le prolongement direct du Sommet mondial pour le développement social de Copenhague (1995) et constitue aujourd’hui l’un des principaux rendez-vous de plaidoyer de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Derrière une expression parfois floue se cache une réalité mesurable : accès à l’emploi décent, protection sociale, égalité entre les femmes et les hommes, droits fondamentaux au travail. Autant de dimensions que les organisations internationales chiffrent année après année — et dont les résultats montrent des progrès réels mais un ralentissement préoccupant.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date | 20 février (date fixe) |
| Nom officiel | Journée mondiale de la justice sociale |
| Résolution fondatrice | A/RES/62/10, adoptée le 26 novembre 2007 |
| Mode d’adoption | Sans vote, 57ᵉ séance plénière, projet A/62/L.15 et Add.1 |
| Première célébration | 20 février 2009 (à partir de la 63ᵉ session de l’Assemblée générale) |
| Institution pilote | Organisation internationale du Travail (OIT) |
| Cadre de référence | Déclaration de Copenhague (1995), Déclaration de l’OIT sur la justice sociale (2008), Déclaration politique de Doha (2025) |
| Portée | Mondiale, tous les États membres de l’ONU |
C’est quoi la justice sociale ?
La justice sociale désigne le principe selon lequel toute personne doit pouvoir bénéficier du progrès économique et social, sans discrimination, sur la base d’une égalité de droits. Les Nations unies précisent que la promouvoir ne se limite pas à augmenter les revenus et à créer des emplois : il s’agit aussi de droits, de dignité, de liberté d’expression pour les travailleuses et les travailleurs, et d’autonomie économique, sociale et politique.
Cette définition est délibérément large : elle englobe l’accès à l’éducation et aux soins, la lutte contre la pauvreté, la protection des personnes âgées ou en situation de handicap, l’égalité de genre, les droits des peuples autochtones et des migrants.
Les quatre piliers de l’Agenda du travail décent
La Déclaration de l’OIT sur la justice sociale pour une mondialisation équitable, adoptée le 10 juin 2008, structure l’action internationale autour de quatre piliers indissociables :
- L’emploi : promouvoir le plein emploi productif et l’accès à un travail librement choisi.
- La protection sociale : garantir un socle de sécurité face à la maladie, au chômage, à la vieillesse, à la maternité.
- Le dialogue social : associer gouvernements, employeurs et travailleurs à la définition des politiques (tripartisme).
- Les principes et droits fondamentaux au travail : liberté syndicale, négociation collective, élimination du travail forcé et du travail des enfants, non-discrimination.
Égalité, équité, justice sociale : trois notions distinctes
Ces termes sont souvent employés indifféremment, à tort :
| Notion | Principe | Illustration |
|---|---|---|
| Égalité | Traiter tout le monde de la même façon | Le même salaire minimum pour tous |
| Équité | Adapter les moyens aux besoins de chacun | Une aide renforcée pour les publics les plus éloignés de l’emploi |
| Justice sociale | Corriger les causes structurelles des inégalités | Réformer les règles qui produisent l’exclusion (accès à l’école, à la santé, aux droits) |
La justice sociale ne se réduit donc pas à la redistribution : elle interroge les mécanismes qui créent les écarts en amont.
Origine et histoire de la Journée mondiale de la justice sociale
De Copenhague (1995) à la résolution de 2007
En mars 1995, 186 pays se réunissent à Copenhague pour le premier Sommet mondial pour le développement social — à l’époque, le plus grand rassemblement de chefs d’État jamais organisé sur ce thème. Ils y adoptent la Déclaration de Copenhague et son Programme d’action, structurés autour de dix engagements dont l’éradication de la pauvreté, le plein emploi et l’intégration sociale.
Cinq ans plus tard, la vingt-quatrième session extraordinaire de l’Assemblée générale, tenue à Genève du 26 juin au 1ᵉʳ juillet 2000 sous le titre « Sommet mondial pour le développement social et au-delà », dresse un bilan et adopte de nouvelles initiatives.
C’est dans ce cadre que le 26 novembre 2007, à sa 57ᵉ séance plénière, l’Assemblée générale adopte sans vote la résolution 62/10. Le texte reconnaît que le développement social et la justice sociale sont indispensables à l’établissement et au maintien de la paix, et décide qu’à partir de la soixante-troisième session, le 20 février sera célébré chaque année comme Journée mondiale de la justice sociale. La 63ᵉ session s’ouvrant en septembre 2008, la première célébration a donc eu lieu le 20 février 2009.
La Déclaration de l’OIT de 2008
Le 10 juin 2008, l’OIT adopte à l’unanimité la Déclaration sur la justice sociale pour une mondialisation équitable, fruit de consultations tripartites entre gouvernements, organisations d’employeurs et organisations de travailleurs de 182 États membres. Ce texte reformule la mission historique de l’organisation — fondée en 1919 sur le principe qu’une paix universelle et durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale — pour l’adapter à l’ère de la mondialisation.
Le tournant de Doha (2025)
Trente ans après Copenhague, le deuxième Sommet mondial pour le développement social s’est tenu à Doha, au Qatar, du 4 au 6 novembre 2025. Dès l’ouverture, l’Assemblée générale a adopté la résolution A/RES/80/5 entérinant la Déclaration politique de Doha, qui réaffirme les engagements de Copenhague et fixe un processus de suivi sur cinq ans à partir de 2031, tout en renforçant le rôle de la Commission du développement social. La Déclaration reconnaît explicitement l’informalité du marché du travail comme un obstacle structurel à la justice sociale.
Repères chronologiques
| Année | Événement |
|---|---|
| 1919 | Création de l’OIT ; sa Constitution pose la justice sociale comme condition d’une paix durable |
| 6-12 mars 1995 | Premier Sommet mondial pour le développement social, Copenhague |
| 26 juin – 1ᵉʳ juillet 2000 | 24ᵉ session extraordinaire de l’Assemblée générale, Genève |
| 26 novembre 2007 | Adoption de la résolution A/RES/62/10 instituant la Journée |
| 10 juin 2008 | Déclaration de l’OIT sur la justice sociale pour une mondialisation équitable |
| 20 février 2009 | Première célébration de la Journée mondiale de la justice sociale |
| 2015 | Adoption de l’Agenda 2030 et des Objectifs de développement durable |
| Novembre 2023 | Création de la Coalition mondiale pour la justice sociale par le Conseil d’administration du BIT |
| 13 juin 2024 | Forum inaugural de la Coalition, en marge de la Conférence internationale du Travail |
| 4-6 novembre 2025 | Deuxième Sommet mondial pour le développement social, Doha ; Déclaration politique de Doha |
Les objectifs de la Journée mondiale de la justice sociale
- Éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions.
- Promouvoir le plein emploi productif et le travail décent, en luttant contre le chômage, la précarité et l’économie informelle.
- Réduire les inégalités, qu’elles soient de revenus, de genre, d’origine, d’âge ou de handicap.
- Étendre la protection sociale vers une couverture universelle.
- Renforcer le dialogue social et les droits fondamentaux au travail comme leviers d’inclusion.
Importance et impact : ce que mesure la justice sociale
Un bilan mondial en demi-teinte
Le rapport phare de l’OIT L’état de la justice sociale : un processus en évolution, publié le 23 septembre 2025 et fondé sur plus de cinquante indicateurs, dresse un constat nuancé : le monde est aujourd’hui plus riche, en meilleure santé et mieux éduqué qu’en 1995, mais les bénéfices ont été inégalement répartis et la réduction des inégalités a marqué le pas.
| Indicateur | Évolution depuis 1995 |
|---|---|
| Travail des enfants (5-14 ans) | Réduit de moitié : 20 % → 10 % |
| Extrême pauvreté | 39 % → 10 % |
| Taux de scolarisation primaire | +10 points |
| Protection sociale | Plus de la moitié de la population mondiale désormais couverte |
Face à ces avancées, les déficits persistants restent massifs :
| Déficit | Chiffre clé |
|---|---|
| Poids des conditions de naissance | 71 % des revenus restent déterminés par le pays ou le sexe de naissance |
| Informalité | 58 % des travailleurs, soit plus de 2 milliards de personnes ; recul de seulement 2 points en vingt ans |
| Écart de participation femmes/hommes au marché du travail | 24 %, en baisse de 3 points seulement depuis 2005 |
| Écart salarial entre les sexes | Au rythme actuel, un siècle serait nécessaire pour le combler |
| Confiance dans les institutions | En recul dans le monde depuis 1982 |
L’OIT relève par ailleurs une détérioration des indicateurs de conformité à la liberté d’association et au droit de négociation collective, avec un refus persistant de ces droits pour certaines catégories de travailleurs.
La protection sociale, thermomètre de la justice sociale
Le Rapport mondial sur la protection sociale 2024-2026 de l’OIT a marqué un cap symbolique : pour la première fois, 52,4 % de la population mondiale bénéficie d’au moins une prestation de protection sociale, contre 42,8 % en 2015. Mais 3,8 milliards de personnes demeurent totalement dépourvues de couverture.
| Zone | Couverture 2015 | Couverture 2023 |
|---|---|---|
| Monde | 42,8 % | 52,4 % |
| Asie de l’Est | 63,3 % | 78,5 % |
| Îles du Pacifique | 65,7 % | 72,5 % |
| Asie du Sud-Est | 32,5 % | 45,9 % |
| Asie du Sud | 18,7 % | 35,4 % |
| Afrique | 15,2 % | 19,1 % |
Indicateur ODD 1.3.1 – couverture effective par au moins une prestation de protection sociale.
En 2023, les pays consacraient en moyenne 12,9 % de leur PIB à la protection sociale hors santé, auxquels s’ajoutent 6,5 % pour la santé, soit un total de 19,3 % du PIB. La région Asie-Pacifique, avec 11,8 %, reste très en deçà de cette moyenne.
Le lien avec la crise climatique est désormais documenté : dans les 20 pays les plus vulnérables au dérèglement climatique, 91,3 % des habitants — soit 364 millions de personnes — ne disposent d’aucune protection sociale.
Une dimension économique, pas seulement morale
L’argument de l’OIT est aussi économique : la justice sociale conditionne la productivité, la stabilité et la paix. Plus de 800 millions de personnes survivent aujourd’hui avec moins de trois dollars par jour, et seuls deux tiers des cibles de l’ODD 8 (travail décent et croissance économique) sont en voie d’être atteints. L’informalité, qui concerne jusqu’à 80 % des entreprises dans certains pays, prive simultanément les travailleurs de droits et les États de recettes fiscales — perpétuant une pauvreté intergénérationnelle.
La justice sociale à travers le monde : des modèles très contrastés
L’Europe : un socle étendu mais sous tension budgétaire
L’Europe affiche les taux de couverture sociale les plus élevés au monde, hérités des systèmes bismarckiens et beveridgiens construits après 1945. Le Socle européen des droits sociaux, proclamé en 2017, structure vingt principes autour de l’égalité des chances, des conditions de travail équitables et de la protection sociale. Le débat s’y déplace vers la soutenabilité du financement face au vieillissement démographique et vers la couverture des travailleurs des plateformes numériques.
L’Amérique latine : l’extension par les transferts conditionnels
La région a été pionnière des programmes de transferts monétaires conditionnels (Bolsa Família au Brésil, Prospera au Mexique), qui conditionnent une allocation à la scolarisation et au suivi médical des enfants. Ces dispositifs ont fortement réduit la pauvreté extrême, mais la région reste l’une des plus inégalitaires du monde en termes de répartition des revenus.
L’Afrique : le défi de l’informalité massive
Avec une couverture de 19,1 %, l’Afrique concentre le plus grand écart entre besoins et protections. Le continent expérimente des socles de protection sociale non contributifs (pensions sociales universelles, gratuité des soins maternels) et des mécanismes d’affiliation adaptés à l’économie informelle, mais l’espace budgétaire reste étroit.
L’Asie : des trajectoires divergentes
L’Asie illustre à elle seule l’ampleur des écarts : l’Asie de l’Est a franchi le seuil des 78 % de couverture, quand l’Asie du Sud plafonne à 35 %, malgré une progression rapide (+16,7 points depuis 2015). L’ampleur du secteur informel et la faiblesse des recettes publiques restent les principaux freins.
Les défis contemporains de la justice sociale
Trois transitions à gouverner
L’OIT identifie trois transformations majeures qui redessinent le monde du travail et peuvent, selon les choix politiques, produire de l’opportunité ou de l’exclusion :
- La transition climatique : la décarbonation supprime des emplois dans certains secteurs et en crée dans d’autres. Sans accompagnement — formation, indemnisation, reconversion —, elle frappe d’abord les territoires et les travailleurs les moins mobiles. C’est l’enjeu de la « transition juste ».
- La transition technologique : automatisation et intelligence artificielle transforment les métiers, tandis que les plateformes numériques créent des formes d’emploi mal couvertes par le droit du travail existant.
- La transition démographique : vieillissement dans les pays du Nord et de l’Est asiatique, explosion de la population jeune en Afrique subsaharienne, avec des besoins d’emploi et de protection radicalement différents.
L’érosion de la confiance dans les institutions
C’est l’un des constats les plus frappants du rapport 2025 de l’OIT : la confiance dans les institutions recule à l’échelle mondiale depuis 1982. Cette défiance traduit un sentiment croissant d’injustice dans la rétribution de l’effort — le sentiment que le travail ne paie plus. L’organisation avertit que, sans renforcement du contrat social, cette érosion pourrait fragiliser la légitimité des systèmes démocratiques et de la coopération internationale.
L’écart salarial entre les femmes et les hommes
Il concentre à lui seul plusieurs mécanismes d’injustice : ségrégation professionnelle, temps partiel subi, plafond de verre, pénalité liée à la maternité. Au rythme constaté par l’OIT, sa résorption complète prendrait environ un siècle.
Le fossé entre droits formels et droits réels
Le rapport de l’OIT, nourri d’entretiens menés dans 17 pays, met en évidence un écart persistant entre les protections inscrites dans la loi et le vécu des travailleurs : de nombreuses personnes déclarent une expérience d’exclusion, de mauvais traitement ou de négligence, alors même que leur pays dispose de cadres juridiques solides. La justice sociale ne se décrète pas : elle se vérifie dans l’effectivité.

Comment participer à la Journée mondiale de la justice sociale
Dans les institutions et organisations internationales
L’OIT organise chaque année, autour du 20 février, des événements en ligne réunissant gouvernements, partenaires sociaux et société civile. Ces rendez-vous servent à faire le point sur les engagements pris et à mobiliser autour des interventions clés de la Coalition mondiale pour la justice sociale, plateforme lancée en novembre 2023 qui rassemble aujourd’hui plusieurs centaines de partenaires : États, organisations d’employeurs et de travailleurs, banques de développement, ONG, universités.
Dans les entreprises et les organisations syndicales
- Publier ou actualiser un bilan social et des indicateurs d’égalité professionnelle.
- Auditer les écarts de rémunération à poste comparable et les corriger.
- Réexaminer l’accessibilité des postes aux personnes en situation de handicap.
- Vérifier les conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement (devoir de vigilance).
- Organiser un temps d’échange avec les représentants du personnel sur les conditions de travail.
Dans les établissements scolaires et universitaires
- Débats ou tables rondes sur les inégalités et la mobilité sociale.
- Travail sur les données publiques (INSEE, OIT, Eurostat) pour construire ses propres indicateurs.
- Rencontres avec des associations de lutte contre l’exclusion.
À l’échelle individuelle
- Vérifier ses droits sociaux et ceux de son entourage : le non-recours aux prestations est massif et souvent lié à la simple méconnaissance des dispositifs.
- Soutenir une association d’accès aux droits, d’aide alimentaire ou d’accompagnement vers l’emploi.
- Privilégier des achats issus de filières garantissant des conditions de travail décentes.
- Relayer les publications de l’OIT et de l’ONU, notamment avec le mot-clé #JusticeSociale (ou #SocialJusticeDay).
La justice sociale en France : où en est-on ?
La France dispose de l’un des systèmes de redistribution les plus puissants au monde, mais les indicateurs récents montrent une dégradation nette de la situation des ménages les plus modestes.
Une pauvreté à son plus haut niveau depuis trente ans
Selon l’INSEE, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine en 2024, soit un taux de 15,4 % — niveau le plus élevé depuis le début de la série en 1996, atteint en 2023 et confirmé en 2024. Le seuil s’établit à 1 337 € par mois pour une personne seule et 2 807 € pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.
| Catégorie | Taux de pauvreté (2024) |
|---|---|
| Autres inactifs (dont étudiants) | 37,6 % |
| Chômeurs | 36,1 % |
| Familles monoparentales | 34,0 % |
| Immigrés | 32,8 % |
| Enfants de moins de 18 ans | 22,4 % |
| Personnes seules (réf. < 65 ans) | 20,2 % |
| Travailleurs indépendants | 18,4 % |
| Ensemble de la population | 15,4 % |
| Retraités | 10,4 % |
| Salariés | 6,9 % |
| Cadres et professions intellectuelles supérieures | 3,2 % |
L’emploi protège, mais pas toujours : 2,3 millions de travailleurs étaient pauvres en 2024, les indépendants représentant près du tiers d’entre eux.
L’effet massif — et insuffisant — de la redistribution
C’est probablement le chiffre le plus parlant de la justice sociale à la française :
| Étape de la redistribution | Taux de pauvreté | Effet |
|---|---|---|
| Avant prestations sociales | 22,3 % | — |
| Après prestations familiales | 19,8 % | −2,5 pts |
| Après allocations logement | 18,8 % | −1,0 pt |
| Après minima sociaux | 16,8 % | −2,0 pts |
| Après prime d’activité | 15,4 % | −1,4 pt |
| Effet total | −6,9 points |
Sans les prestations sociales, le taux de pauvreté serait supérieur de près de moitié. L’intensité de la pauvreté passe elle aussi de 36,3 % à 19,7 % grâce à la redistribution.
Le non-recours : des droits qui ne sont pas versés
Un droit inscrit dans la loi mais non perçu n’est pas un droit effectif. Une étude de la DREES publiée en mai 2026 estime qu’au dernier trimestre 2021, 560 000 foyers éligibles au RSA — représentant environ un million de personnes — ne le percevaient pas, soit un taux de non-recours compris entre 33 % et 37 %, proche du niveau de 34 % estimé pour 2018.
Points saillants de cette étude :
- 41 % des foyers non-recourants auraient eu droit à 400 € ou plus par mois et par unité de consommation : le non-recours ne s’explique donc pas seulement par la faiblesse des montants.
- Entre 22 % et 25 % des foyers éligibles ne recourent pas durablement (deux à trois trimestres consécutifs).
- En cas de plein recours, 345 000 ménages pauvres verraient leur niveau de vie augmenter de 280 € par mois en moyenne, dont 58 000 sortiraient de la pauvreté monétaire — majoritairement des familles monoparentales.
- Les non-recourants sont en moyenne moins précaires que les recourants : plus souvent propriétaires, plus diplômés, plus proches de l’emploi, et plus éloignés du système de protection sociale.
Les inégalités salariales entre les femmes et les hommes
Dans le secteur privé en 2024, selon l’INSEE :
| Mesure | Écart femmes/hommes |
|---|---|
| Revenu salarial annuel moyen | −21,8 % |
| Salaire en équivalent temps plein (EQTP) | −14,0 % |
| Temps de travail annuel | −9,1 % |
L’écart de revenu salarial s’est réduit d’un tiers depuis 1995, sous l’effet conjugué de la réduction des écarts de temps de travail et des écarts de salaire horaire. À emploi comparable, l’écart résiduel reste néanmoins estimé autour de 4 %.
Privation matérielle et sociale
Au-delà de la mesure monétaire, 13,5 % de la population métropolitaine vivant en logement ordinaire était en situation de privation matérielle et sociale en 2025 : ces personnes ne peuvent pas assumer, pour des raisons financières, au moins cinq dépenses courantes sur une liste de treize (chauffer son logement, remplacer des meubles, faire face à une dépense imprévue, s’offrir une semaine de vacances…). La proportion atteint 30,2 % dans les familles monoparentales.
Foire aux questions sur la Journée mondiale de la justice sociale
Pourquoi la Journée mondiale de la justice sociale est-elle célébrée le 20 février ?
La Journée mondiale de la justice sociale est célébrée le 20 février parce que l’Assemblée générale des Nations unies l’a fixée à cette date dans sa résolution A/RES/62/10 du 26 novembre 2007. Le texte ne fournit aucune justification particulière du choix de ce jour : contrairement à d’autres journées internationales adossées à un anniversaire historique, le 20 février n’y est associé à aucun événement commémoratif précis. Les affirmations circulant sur certains sites qui rattachent cette date à un événement fondateur ne reposent sur aucune source officielle.
Qui a créé la Journée mondiale de la justice sociale ?
La Journée mondiale de la justice sociale a été créée par l’Assemblée générale des Nations unies, qui a adopté sans vote la résolution 62/10 lors de sa 57ᵉ séance plénière, le 26 novembre 2007. La mise en œuvre concrète de la journée est portée principalement par l’Organisation internationale du Travail (OIT), agence spécialisée de l’ONU fondée en 1919, dont la Constitution affirme qu’une paix universelle et durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale.
Quelle a été la première Journée mondiale de la justice sociale ?
La première Journée mondiale de la justice sociale a eu lieu le 20 février 2009. La résolution de 2007 précise en effet que la célébration commence « à partir de la soixante-troisième session de l’Assemblée générale », session ouverte en septembre 2008 : la première occurrence du 20 février au cours de cette session tombait donc en 2009. De nombreux sites francophones indiquent à tort 2008 comme année de première célébration.
Quelle est la différence entre justice sociale et égalité ?
La différence entre justice sociale et égalité tient au niveau auquel chaque notion intervient. L’égalité consiste à traiter tout le monde de la même manière et l’équité à ajuster les moyens aux besoins de chacun, tandis que la justice sociale s’attaque aux causes structurelles des inégalités — l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, aux droits. Selon les Nations unies, elle repose sur l’égalité des droits pour tous et la possibilité, sans discrimination, de bénéficier du progrès économique et social.
Quels sont les quatre piliers de la justice sociale selon l’OIT ?
Les quatre piliers de la justice sociale selon l’OIT, définis par l’Agenda du travail décent et consacrés par la Déclaration de 2008, sont l’emploi, la protection sociale, le dialogue social et les principes et droits fondamentaux au travail. Ces quatre piliers sont présentés comme indissociables : les progrès réalisés sur l’un ne compensent pas les reculs constatés sur un autre.
Quel est le taux de pauvreté en France aujourd’hui ?
Le taux de pauvreté en France s’établit à 15,4 % en 2024 en France métropolitaine, soit 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté monétaire, fixé à 1 337 € par mois pour une personne seule. C’est le niveau le plus élevé depuis le début de la série statistique de l’INSEE en 1996. Ce chiffre exclut les départements d’outre-mer, les personnes vivant en communauté ou sans domicile ; en élargissant le champ, l’INSEE estimait à 11,2 millions le nombre total de personnes pauvres sur l’ensemble du territoire.
La justice sociale n’est ni un slogan ni une abstraction : elle se mesure en points de pourcentage, en millions de personnes couvertes ou laissées de côté, en euros non versés à ceux qui y avaient droit. Le 20 février rappelle une idée simple, inscrite dans la Constitution de l’OIT depuis 1919 : une paix durable ne se construit pas sur des sociétés qui laissent une partie des leurs à la porte. Les chiffres montrent que le progrès existe — la pauvreté extrême a reculé, le travail des enfants a été divisé par deux, plus d’un humain sur deux dispose désormais d’une forme de protection sociale. Ils montrent aussi que ce progrès ralentit, et que 71 % de ce que gagnera une personne dans sa vie dépend encore, aujourd’hui, du pays et du sexe de sa naissance. Reste la question que pose chaque 20 février : de ce que nous pouvons changer, que changeons-nous ?
Pour prolonger la lecture, découvrez le droit à l’éducation, les droits des personnes handicapées, la solidarité et la charité.
Retrouvez les événements, anniversaires et fêtes de cette date dans l’éphéméride du 20 février.
