Chaque 2 mai, la Journée mondiale du thon rappelle qu’un des poissons les plus consommés de la planète est aussi l’un des plus convoités. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution A/RES/71/124, adoptée le 7 décembre 2016, et célébrée pour la première fois le 2 mai 2017, cette journée met en lumière l’importance d’une gestion durable des stocks de thonidés pour la sécurité alimentaire, l’économie des communautés côtières et la santé des océans.

Derrière la banale boîte de conserve du placard se cache une filière mondiale de plus de 5,8 millions de tonnes capturées chaque année, une valeur marchande finale estimée à plus de 40 milliards de dollars, et un des plus spectaculaires redressements de stocks halieutiques jamais documentés. La Journée mondiale du thon célèbre ces progrès autant qu’elle alerte sur ce qui reste à faire.
C’est quoi le thon ? 🐟
Le mot « thon » désigne un groupe de poissons pélagiques de la famille des Scombridés, tribu des Thunnini. Ce sont des prédateurs apex à sang chaud, capables de réguler leur température corporelle au-dessus de celle de l’eau environnante — une rareté chez les poissons.
Sur la quinzaine d’espèces de thonidés recensées, sept sont d’importance commerciale majeure, réparties en 23 stocks distincts suivis scientifiquement à travers le monde : six stocks de germon, cinq de listao, quatre d’albacore, quatre de patudo et quatre de thons rouges.
Les cinq espèces qui font le marché mondial
| Espèce (nom courant) | Nom scientifique | Part des captures mondiales | Usage dominant |
|---|---|---|---|
| Listao (bonite à ventre rayé) | Katsuwonus pelamis | 58 % | Conserve |
| Albacore (thon à nageoires jaunes) | Thunnus albacares | 30 % | Conserve, frais, sashimi |
| Patudo (thon obèse) | Thunnus obesus | 7 % | Sashimi, frais |
| Germon (thon blanc) | Thunnus alalunga | 4 % | Conserve haut de gamme |
| Thons rouges (3 espèces) | Thunnus thynnus, T. orientalis, T. maccoyii | 1 % | Sashimi de luxe |
Source : ISSF, Status of the Stocks, janvier 2026 (données de captures 2024).
Des athlètes des océans
Les caractéristiques biologiques du thon expliquent à la fois sa valeur et la difficulté de sa gestion :
- Vitesse : jusqu’à 43 km/h en phase de chasse ou de fuite.
- Migration : espèces hautement migratrices, certaines parcourent des milliers de kilomètres à travers les océans, franchissant les eaux de dizaines d’États et la haute mer.
- Comportement grégaire : les bancs peuvent atteindre 19 milles de large.
- Plongée : le patudo descend régulièrement à plusieurs centaines de mètres pour se nourrir.
C’est précisément cette nature migratoire qui rend impossible toute gestion purement nationale : un thon rouge né en Méditerranée peut être capturé au large de l’Irlande. D’où la nécessité d’organisations internationales — et d’une journée mondiale pour en parler.
Un aliment nutritionnellement dense
Le thon est riche en protéines, en acides gras oméga-3 (EPA et DHA), en vitamine B12, en sélénium et en phosphore. Sa position de superprédateur l’expose toutefois à la bioaccumulation du méthylmercure, sujet devenu central dans le débat public français (voir plus bas).
Origine et histoire de la Journée mondiale du thon
Création de la journée
La Journée mondiale du thon est née d’une initiative portée par les petits États insulaires en développement du Pacifique, dont les économies dépendent massivement des ressources thonières et des droits d’accès négociés avec les flottes étrangères.
Le 7 décembre 2016, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte sans vote la résolution A/RES/71/124, qui proclame le 2 mai Journée mondiale du thon. Le texte reconnaît l’importance de stocks gérés durablement pour la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030, en soulignant le caractère intégré et indivisible de cet agenda.
La journée est directement adossée à l’Objectif de développement durable n° 14 (« Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines »).
Chronologie de la gestion mondiale du thon
| Année | Événement |
|---|---|
| 1949 | Création de la Commission interaméricaine du thon tropical (CIATT / IATTC), Pacifique est |
| 1966 | Création de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA / ICCAT) |
| 1982 | Adoption de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) |
| 1993 | Création de la Commission pour la conservation du thon rouge du Sud (CCSBT) |
| 1996 | Création de la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI / IOTC) |
| 2004 | Entrée en fonction de la Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC) |
| 2006 | La CICTA adopte un plan de reconstitution du thon rouge de l’Atlantique Est |
| 2011 | Première édition du rapport Status of the Stocks de l’ISSF : 70 % des captures issues de stocks sains |
| 2016 | Résolution A/RES/71/124 : proclamation de la Journée mondiale du thon |
| 2017 | Première célébration de la Journée mondiale du thon, le 2 mai |
| 2026 | Entrée en vigueur de l’accord BBNJ sur la biodiversité en haute mer |
Objectifs principaux de la Journée mondiale du thon
- Sensibiliser à la valeur du thon : rappeler son rôle pour la sécurité alimentaire, la nutrition, l’emploi et les recettes publiques de nombreux pays côtiers.
- Promouvoir une gestion durable des stocks : soutenir l’adoption de procédures de gestion fondées sur la science au sein des organisations régionales de pêche.
- Lutter contre la surpêche et la pêche illicite : mettre en lumière les pratiques non déclarées et non réglementées qui fragilisent les stocks.
- Protéger les écosystèmes associés : réduire les captures accidentelles d’oiseaux marins, de requins, de tortues et de cétacés.
- Soutenir les communautés dépendantes : défendre les intérêts des États insulaires et des pêcheries artisanales face aux flottes industrielles.
L’importance et l’impact de la Journée mondiale du thon
Un poids économique de premier plan
Le thon est, en valeur, l’un des poissons les plus lucratifs de la planète.
| Indicateur | Valeur | Source / année |
|---|---|---|
| Captures mondiales (5 espèces majeures) | 5,8 millions de tonnes | ISSF, 2024 |
| Évolution sur un an | + 11 % par rapport à 2023 | ISSF |
| Valeur au débarquement (prix payé aux pêcheurs) | ≈ 11,7 milliards USD | Pew / Poseidon, 2018 |
| Valeur finale (prix payé par le consommateur) | ≈ 40,8 milliards USD | Pew / Poseidon, 2018 |
| Nombre d’États pratiquant la pêche au thon | plus de 80 | ONU |
Pour de nombreux États insulaires du Pacifique, les redevances versées par les flottes étrangères représentent une part substantielle des recettes publiques. Le thon n’est pas seulement un aliment : c’est un instrument de souveraineté économique.
Une source de protéines accessible
Le thon en conserve est l’une des protéines animales les moins chères au monde, stockable sans réfrigération et disponible toute l’année. Cette accessibilité en fait un pilier de la sécurité alimentaire dans des dizaines de pays — et explique en partie l’ampleur de la pression exercée sur la ressource depuis les années 1950.
Un rôle écologique de régulateur
En tant que prédateur apex, le thon structure les écosystèmes pélagiques : il régule les populations de petits poissons et de céphalopodes, et participe au transfert d’énergie entre les couches de l’océan. L’effondrement d’un stock de thon ne se limite jamais au thon lui-même.
Une réussite de gouvernance internationale
C’est probablement le message central de la Journée mondiale du thon en 2026 : la gestion internationale fonctionne.
| Indicateur | 2011 | Situation la plus récente (janv. 2026) |
|---|---|---|
| Captures issues de stocks à abondance saine | 70 % | 97 % |
| Captures issues de stocks non soumis à surpêche | 71 % | près de 100 % |
| Stocks (sur 23) à niveau d’abondance sain | — | 74 % |
| Stocks surexploités | — | aucun |
| Captures couvertes par une stratégie de capture adoptée | — | ≈ 52 % |
Source : ISSF, Status of the Stocks, janvier 2026.
Ce redressement repose sur trois leviers identifiés par les scientifiques : l’adoption de procédures de gestion (règles convenues à l’avance entre chercheurs, gestionnaires et pêcheurs), l’amélioration du suivi, contrôle et surveillance — y compris la surveillance électronique embarquée — et l’investissement dans la qualité des données scientifiques.
Symbole de ce retour : le thon rouge de l’Atlantique, quasi disparu de certaines zones, est de nouveau observé au sud de l’Angleterre et de l’Irlande.
La diversité du thon à travers le monde 🌍
Trois océans, trois réalités
| Océan | Part des captures mondiales | Espèces dominantes | Organisation de gestion |
|---|---|---|---|
| Pacifique | ≈ 2/3 | Listao, albacore | WCPFC (ouest et centre), CIATT (est) |
| Indien | ≈ 23 % | Listao, albacore | CTOI |
| Atlantique et Méditerranée | ≈ 11 % | Listao, albacore, germon, thon rouge | CICTA |
Source : Nations Unies.
À ces quatre organisations s’ajoute la CCSBT, dédiée au thon rouge du Sud, ce qui porte à cinq le nombre d’organisations régionales de gestion des pêches thonières.
Des méthodes de pêche très inégales
| Engin de pêche | Part des captures mondiales | Espèces ciblées |
|---|---|---|
| Senne tournante | 66 % | Listao, albacore |
| Palangre | 9 % | Patudo, germon, thons rouges |
| Canne et ligne | 7 % | Listao |
| Filets maillants | 3 % | Variable |
| Engins divers | 15 % | Variable |
Source : ISSF, janvier 2026.
La senne domine largement. Deux techniques coexistent : la pêche sur bancs libres, très sélective, et la pêche sous dispositifs de concentration de poissons (DCP), plus productive mais qui capture davantage de juvéniles et d’espèces non ciblées. C’est le cœur de la controverse contemporaine.
Le thon dans les cultures culinaires
- Japon : le thon rouge (maguro) est l’ingrédient roi du sushi et du sashimi, avec une hiérarchie de découpe très codifiée, du akami maigre au ōtoro gras. Le marché japonais absorbe une part prépondérante du thon rouge mondial.
- Espagne : la tradition de l’almadraba, piège fixe hérité de l’Antiquité, subsiste en Andalousie ; la mojama, filet de thon salé et séché, en est le produit emblématique.
- Italie et Sicile : la tonnara et sa mattanza ont structuré des villages entiers pendant des siècles ; la bottarga de thon reste un produit recherché.
- France : le germon en conserve à l’huile, la ventrèche, et en Méditerranée les préparations sétoises et provençales.
- Pacifique insulaire : consommation en frais, cru mariné au lait de coco et jus de citron (poisson cru à la tahitienne, ota ika).
Un record qui dit tout du marché
Le 5 janvier 2026, lors de la traditionnelle vente aux enchères du Nouvel An au marché de Toyosu (Tokyo), un thon rouge du Pacifique de 243 kg, pêché au large d’Ōma (préfecture d’Aomori), a été adjugé 510,3 millions de yens, soit environ 2,8 millions d’euros — un record absolu depuis le début du suivi comparable en 1999. Soit près de 11 500 euros le kilo, quand un thon de qualité exceptionnelle se négocie habituellement entre 1 000 et 2 000 euros le kilo.
Les défis actuels de la filière thonière
La pression sur les stocks les plus fragiles
Si aucun stock n’est aujourd’hui classé comme surexploité par l’ISSF, la situation reste hétérogène : 26 % des 23 stocks demeurent à un niveau d’abondance intermédiaire, et environ 4 % connaissent un taux d’exploitation intermédiaire. Les thons rouges du Pacifique et de l’océan Indien restent sous surveillance rapprochée.
Le programme Océans communs (Common Oceans), piloté par la FAO, vise à ce que tous les principaux stocks de thon soient exploités à des niveaux durables d’ici 2027.
Les prises accessoires
C’est le point noir persistant. Les palangres et les DCP capturent accidentellement :
- des oiseaux marins — de nombreuses espèces d’albatros sont menacées d’extinction, en grande partie du fait des hameçons de palangre ;
- des requins, dont plusieurs espèces pélagiques en fort déclin ;
- des tortues marines ;
- des juvéniles d’albacore et de patudo, capturés sous DCP avant d’avoir pu se reproduire.
La CTOI a adopté en 2024 une résolution réduisant progressivement le nombre de DCP autorisés par navire de 300 à 225 d’ici 2028. La transition vers des DCP biodégradables et non emmêlants est engagée mais loin d’être achevée.
Le changement climatique
Le réchauffement et l’acidification des océans affectent la reproduction des thonidés et déplacent les zones de concentration plus au large. Conséquences directes : hausse des coûts d’exploitation, allongement des marées, et fragilisation des communautés côtières — souvent parmi les plus pauvres — dont les eaux se vident au profit de la haute mer.
La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN)
Les transbordements en mer, la complexité des pavillons et l’opacité de certaines chaînes d’approvisionnement continuent d’offrir des angles morts. En Méditerranée, les écarts entre volumes déclarés et volumes exportés depuis les fermes d’engraissement de thon rouge restent un point de vigilance régulièrement signalé.
La contamination au mercure
Superprédateur et longévif, le thon accumule le méthylmercure, classé par l’OMS parmi les dix substances chimiques les plus préoccupantes pour la santé publique. Ce sujet, longtemps technique, est devenu en France un débat de société (voir la section suivante).

Comment participer à la Journée mondiale du thon
Événements officiels et institutionnels
- Conférences et tables rondes organisées par la FAO et les agences onusiennes sur l’état des stocks et les stratégies de capture.
- Publications scientifiques calées sur la date : rapports d’organisations régionales, bilans de campagnes, mises à jour de l’ISSF.
- Sessions de sensibilisation dans les États insulaires du Pacifique, à l’origine de la journée.
Mobilisation locale et associative
- Animations dans les ports thoniers et les musées maritimes (à Concarneau, le Musée de la Pêche conserve une collection consacrée à l’aventure thonière bretonne).
- Ateliers pédagogiques en milieu scolaire sur les chaînes alimentaires marines et la notion de prédateur apex.
- Dégustations et rencontres organisées par les criées, coopératives et organisations de producteurs.
Actions numériques
La journée est relayée sur les réseaux sociaux via les mots-clés #WorldTunaDay et #JournéeMondialeDuThon, souvent associés à #ODD14 et #OceanAction.
Ce que chacun peut faire concrètement
- Vérifier l’étiquette : espèce précise (listao, albacore, germon…), zone de pêche FAO et méthode de capture doivent y figurer.
- Privilégier les mentions de méthode : « pêché à la canne » ou « pêché sur bancs libres » signalent une moindre pression sur les juvéniles.
- Repérer les certifications : le label MSC identifie des pêcheries évaluées par un organisme tiers indépendant.
- Varier les espèces : alterner avec des poissons de bas de chaîne alimentaire (sardine, maquereau, anchois, hareng), plus riches en oméga-3 et beaucoup moins exposés à la bioaccumulation.
- Respecter les repères sanitaires : deux portions de poisson par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les origines.
Le thon en France : une histoire, une flotte, une controverse
Une aventure maritime bretonne et basque
La pêche au thon est ancienne sur les côtes françaises. En Méditerranée, elle s’est longtemps pratiquée à la madrague, piège fixe hérité de l’Antiquité. Sur la façade atlantique, les Basques traquaient le thon à bord de leurs txalupas, barques non pontées, tandis que Bretons et Vendéens armaient leurs chaloupes sardinières pour la saison.
Le basculement s’opère à la fin du XIXᵉ siècle avec l’arrivée des dundees, voiliers gréés en yawl inspirés des bateaux du port écossais de Dundee, adaptés par les charpentiers bretons à la pêche du germon à la traîne dans le golfe de Gascogne.
| Repère | Fait marquant |
|---|---|
| 1863 | Premières conserveries construites à Groix |
| 1870-1940 | Groix est le premier port thonier de France, avec jusqu’à 300 thoniers |
| 1894 | 15 tonnes de thon débarquées à Concarneau |
| 1901 | Concarneau devient le premier port atlantique pour la vente du germon : 1 300 tonnes |
| 1906 | Mise à l’eau de L’Avenir, premier dundee thonier concarnois (58 tonneaux) |
| Années 1930 | Les tempêtes révèlent les limites du dundee : naissance du « chalutier-thonier », puis du « germonier-thonier » |
| 2012 | Remise à l’eau du Biche, dernier thonier dundee de Groix, après restauration |
La flotte française aujourd’hui
Deux filières coexistent, très différentes :
1. Le thon tropical (Concarneau). Les thoniers-senneurs congélateurs français, regroupés au sein de l’organisation de producteurs Orthongel, opèrent dans l’Atlantique tropical (depuis Abidjan) et l’océan Indien (depuis les Seychelles). Ces navires de 60 à 85 mètres embarquent 22 à 33 marins.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Captures annuelles de la filière | ≈ 100 000 tonnes |
| Part des volumes débarqués sous pavillon français | ≈ 1/4 |
| Port de rattachement principal | Concarneau |
| Certification MSC (Atlantique) | 9 navires certifiés en mars 2024 |
| Poids du gazole dans le chiffre d’affaires d’un senneur | ≈ 35 % |
2. Le thon rouge (Méditerranée). Les thoniers-senneurs méditerranéens, majoritairement basés à Sète, mènent chaque printemps une campagne courte et intense sur le thon rouge de l’Atlantique Est et de la Méditerranée.
| Indicateur (campagne 2026) | Donnée |
|---|---|
| TAC international ICCAT | 48 403 tonnes |
| Quota national français | 7 833 tonnes |
| — navires immatriculés en Méditerranée | 6 971,4 tonnes |
| — navires immatriculés en Atlantique | 783,3 tonnes |
| — pêche de loisir (enveloppe collective) | 78,3 tonnes |
| Part capturée à la senne | 6 125 tonnes |
| Flotte de thoniers-senneurs méditerranéens | 22 navires, dont l’essentiel basé à Sète |
| Période de campagne 2026 | 19 mai – 1ᵉʳ juillet |
La pêche de loisir du thon rouge est strictement encadrée : autorisation spécifique délivrée par navire, caractère non commercial obligatoire, et suivi collectif des captures au fil de la campagne.
Le thon, poisson préféré des Français
Le thon est le poisson le plus consommé en France, toutes formes confondues (conserve, frais, surgelé). Parmi les consommateurs de conserves de poisson, 88 % achètent du thon, devant la sardine (75 %) et le maquereau (62 %).
La controverse du mercure
En octobre 2024, les associations BLOOM et foodwatch publient l’enquête Du poison dans le poisson, fondée sur l’analyse de 148 boîtes de thon achetées dans cinq pays européens. Résultats : 100 % des échantillons contenaient du mercure, et 57 % dépassaient le seuil de 0,3 mg/kg, la limite appliquée à la plupart des autres poissons.
Le nœud du débat est réglementaire. Le règlement (UE) 2023/915 fixe deux seuils distincts :
| Catégorie | Teneur maximale en mercure |
|---|---|
| Majorité des espèces de poissons | 0,3 mg/kg |
| Thon et autres grands prédateurs | 1,0 mg/kg |
La plupart des conserves analysées respectaient donc la réglementation — c’est la réglementation elle-même qui est contestée.
Où en est le dossier ?
- Mai et novembre 2025 : la Commission européenne rouvre les discussions sur les teneurs maximales de mercure dans le thon au sein des groupes de travail du SCoPAFF. Plusieurs États membres (Italie, Allemagne, Luxembourg) plaident pour un abaissement.
- Février 2026 : l’ANSES publie les résultats de son étude de l’alimentation totale (EAT3) et conclut qu’un enfant sur quinze dépasse les seuils de sûreté sanitaire en mercure du fait de sa consommation de poisson.
- À la date de rédaction, le seuil européen de 1,0 mg/kg pour le thon n’a pas été modifié.
Les recommandations sanitaires en vigueur en France (ANSES) :
- Consommer deux portions de poisson par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les zones d’approvisionnement.
- Femmes enceintes, femmes allaitantes et enfants de moins de 3 ans : limiter la consommation de poissons prédateurs sauvages (thon y compris en conserve, bonite, lotte, bar, dorade, raie, flétan, brochet…) et éviter espadon, marlin, requin, siki et lamproie.
Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 2 mai.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale de la diversité biologique, Journée mondiale de l’eau.
Foire aux questions sur la Journée mondiale du thon
Quand a lieu la Journée mondiale du thon ?
La Journée mondiale du thon a lieu chaque année le 2 mai. Il s’agit d’une date fixe, sans variation d’une année sur l’autre. La première édition s’est tenue le 2 mai 2017, après l’adoption de la résolution A/RES/71/124 par l’Assemblée générale des Nations Unies le 7 décembre 2016.
Pourquoi la Journée mondiale du thon a-t-elle été créée ?
La Journée mondiale du thon a été créée pour sensibiliser à la valeur du thon et à la nécessité d’assurer sa conservation à long terme. L’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu que de nombreux pays dépendent fortement des ressources thonières pour leur sécurité alimentaire, leur développement économique, l’emploi et les recettes publiques. La résolution lie explicitement la gestion durable des stocks de thon à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et notamment de l’Objectif de développement durable n° 14 consacré aux océans.
Quelles sont les principales espèces de thon pêchées dans le monde ?
Les principales espèces de thon pêchées dans le monde sont au nombre de cinq. Le listao représente à lui seul 58 % des captures mondiales, suivi de l’albacore (30 %), du patudo ou thon obèse (7 %), du germon ou thon blanc (4 %) et des trois espèces de thons rouges, qui ne pèsent que 1 % des volumes mais une part très supérieure de la valeur. Ces espèces se répartissent en 23 stocks distincts, suivis individuellement par les organisations régionales de gestion des pêches.
Le thon est-il encore surpêché ?
Le thon n’est globalement plus surpêché, contrairement à une idée reçue tenace. Selon le rapport Status of the Stocks de l’ISSF de janvier 2026, 97 % des captures commerciales mondiales proviennent de stocks à un niveau d’abondance sain, et près de 100 % de stocks qui ne subissent pas de surpêche — des niveaux jamais atteints depuis le début du suivi en 2011, où ces chiffres étaient respectivement de 70 % et 71 %. Aucun des 23 stocks n’est actuellement classé comme surexploité, même si 26 % restent à un niveau d’abondance intermédiaire et appellent une gestion prudente.
Peut-on manger du thon en conserve sans risque pour la santé ?
Le thon en conserve peut être consommé dans le cadre des repères sanitaires officiels, mais avec des précautions. L’ANSES recommande deux portions de poisson par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les origines. Des recommandations renforcées s’appliquent aux femmes enceintes ou allaitantes et aux enfants de moins de 3 ans, invités à limiter les poissons prédateurs sauvages, thon en conserve compris. En février 2026, l’ANSES a estimé qu’un enfant sur quinze dépassait les seuils de sûreté sanitaire en mercure du fait de sa consommation de poisson. Le seuil réglementaire européen applicable au thon reste fixé à 1,0 mg/kg, contre 0,3 mg/kg pour la majorité des autres poissons — un écart contesté et actuellement en discussion à Bruxelles.
Comment reconnaître un thon issu d’une pêche durable ?
Pour reconnaître un thon issu d’une pêche durable, il faut lire l’étiquette dans le détail. Trois éléments comptent : l’espèce précise (listao et germon sont généralement issus de stocks en meilleur état que le patudo), la zone de pêche FAO, et surtout la méthode de capture. Les mentions « pêché à la canne » ou « pêché sur bancs libres » signalent une pêcherie qui capture moins de juvéniles et moins d’espèces accessoires que la senne sous dispositifs de concentration de poissons. Le label MSC apporte une garantie complémentaire, fondée sur une évaluation par un organisme tiers indépendant : la pêcherie thonière française Orthongel dans l’Atlantique est certifiée depuis mars 2024.
Le 2 mai, une date pour regarder l’océan autrement
L’histoire du thon est l’une des rares bonnes nouvelles de la conservation marine. En quinze ans, la part des captures issues de stocks en bonne santé est passée de 70 % à 97 %, non par miracle mais par une combinaison patiente de science, de règles négociées à l’avance et de contrôle renforcé. Le thon rouge de l’Atlantique, que l’on disait condamné au début des années 2000, est revenu.
Rien n’est acquis pour autant. Les albatros continuent de mourir sur les hameçons, les juvéniles d’albacore de finir sous les DCP, le climat de déplacer les bancs vers le large, et le mercure de s’accumuler dans les chairs. La Journée mondiale du thon du 2 mai existe précisément pour tenir ensemble ces deux vérités : le redressement est réel, la vigilance reste indispensable.
Le prochain 2 mai, en ouvrant une boîte de thon, prenez trente secondes pour lire l’étiquette. C’est peu de chose — et c’est exactement ce qui a fait bouger la filière. #WorldTunaDay
Sources
- Nations Unies, page officielle de la Journée mondiale du thon (un.org/fr/observances/tuna-day)
- Résolution A/RES/71/124 de l’Assemblée générale des Nations Unies
- ISSF, Status of the World Fisheries for Tuna – January 2026 et communiqué du 9 février 2026
- FAO, programme Océans communs (Common Oceans) ; La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture
- The Pew Charitable Trusts / Poseidon Aquatic Resource Management, Netting Billions 2020: A Global Tuna Valuation
- Orthongel et Marine Stewardship Council (certification de la pêcherie Orthongel Atlantique, mars 2024)
- Arrêté du 25 février 2026 relatif au quota de thon rouge accordé à la France ; ICCAT, recommandation 24-05
- BLOOM et foodwatch, enquête Du poison dans le poisson (octobre 2024)
- ANSES, avis et étude de l’alimentation totale EAT3 (février 2026) ; recommandations sur le méthylmercure
- Règlement (UE) 2023/915 sur les teneurs maximales en contaminants
- Musée de la Pêche de Concarneau, Ville de Concarneau, ressources patrimoniales sur la pêche thonière bretonne
