18 décembre : Journée internationale des migrants

Écouter l’article ≈ 17 min
Initialisation du lecteur vocal…
Journée internationale des migrants — Sacs de voyage en toile posés sur un banc de gare lumineux.

Chaque année, le 18 décembre, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des migrants. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies le 4 décembre 2000 (résolution 55/93), elle commémore l’adoption, dix ans plus tôt jour pour jour, de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Son objectif : dissiper les préjugés et sensibiliser l’opinion aux contributions économiques, culturelles et sociales des migrants.

Journée internationale des migrants — Mains partageant du pain et des fruits autour d’une table.

Coordonnée par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations, l’agence des Nations unies pour les migrations), cette journée est aujourd’hui l’un des rendez-vous les plus suivis du calendrier onusien de décembre.


Qu’est-ce qu’un migrant ?

Le terme n’a pas de définition juridique en droit international. Selon l’OIM, il s’agit d’un terme générique désignant toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir temporairement ou définitivement ailleurs, à l’intérieur d’un même pays ou en franchissant une frontière internationale, quelles qu’en soient les raisons. Il englobe des catégories juridiques précises — travailleurs migrants, migrants objets d’un trafic illicite — et d’autres qui ne le sont pas, comme les étudiants internationaux.

Terme Définition Cadre
Migrant Personne se déplaçant hors de son lieu de résidence habituelle Terme générique, non défini en droit international
Immigré (France) Personne née étrangère à l’étranger et résidant en France Définition statistique de l’Insee
Réfugié Personne fuyant des persécutions, protégée par un statut Convention de Genève de 1951
Déplacé interne Personne déplacée sans franchir de frontière Principes directeurs de l’ONU

Un point souvent mal compris : un immigré reste immigré même après avoir acquis la nationalité française. En 2025, 2,6 millions d’immigrés vivant en France, soit 33 % d’entre eux, sont de nationalité française.

Ces notions ne se recouvrent pas : la Journée mondiale des réfugiés approfondit la protection des personnes contraintes de fuir les persécutions.


Origine et histoire de la Journée internationale des migrants

La Convention du 18 décembre 1990

La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille a été adoptée le 18 décembre 1990 par l’Assemblée générale des Nations unies (résolution 45/158). Elle n’a pas vocation à créer de nouveaux droits, mais à garantir l’égalité de traitement entre migrants et nationaux, et à poser un socle minimal de protection valable y compris pour les personnes en situation irrégulière. Il aura fallu atteindre vingt ratifications — seuil franchi le 14 mars 2003 avec le Guatemala et le Salvador — pour qu’elle entre en vigueur, le 1er juillet 2003.

Ce socle de protection rejoint les garanties fondamentales rappelées lors de la Journée des droits de l’homme.

De l’initiative militante à la reconnaissance onusienne

En 1997, des organisations de migrants asiatiques, philippines en particulier, instaurent le 18 décembre comme « Journée internationale de solidarité avec les migrants », en référence à la Convention de 1990. Sous l’impulsion d’appels d’ONG et d’acteurs de la société civile, l’Assemblée générale de l’ONU reprend la date le 4 décembre 2000.

Objectifs principaux de la journée

  • Informer : faire connaître les données réelles sur les migrations, face aux approximations
  • Protéger : rappeler aux États leurs obligations en matière de droits fondamentaux
  • Valoriser : mettre en lumière les apports économiques, démographiques et culturels des migrants
  • Prévenir : alerter sur les décès et les abus liés aux routes irrégulières
  • Promouvoir : soutenir des voies de migration sûres, ordonnées et régulières

Importance et impact des migrations dans le monde

Un poids démographique croissant

Selon le Rapport État de la migration dans le monde 2026 de l’OIM, publié le 5 mai 2026, on estimait à 304 millions le nombre de migrants internationaux à la mi-2024, soit environ 3,7 % de la population mondiale — une proportion en hausse progressive. À titre de comparaison, l’édition 2024 du même rapport recensait 281 millions de migrants internationaux, soit 3,6 % de la population mondiale.

Indicateur Donnée Année de référence
Migrants internationaux 304 millions mi-2024
Part de la population mondiale ~3,7 % mi-2024
Travailleurs migrants en pays à revenu élevé plus de 114 millions 2022
Mouvements de déplacement interne (pas des personnes distinctes) 65,8 millions 2024

Un moteur économique majeur

En 2024, les rapatriements de fonds ont été estimés à 905 milliards de dollars, dont 685 milliards à destination des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Pour les seuls pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, les 685 milliards de dollars estimés ont progressé de 5,8 % par rapport à 2023, après une hausse de 1,2 % l’année précédente. Dans ce même groupe de pays, les rapatriements dépassaient les investissements directs étrangers et l’aide publique au développement réunis, selon l’estimation publiée par la Banque mondiale en décembre 2024. Les principaux pays destinataires de ces envois de fonds en 2024 étaient l’Inde, le Mexique, la France, les Philippines et le Pakistan, l’Inde ayant reçu à elle seule plus de 137 milliards de dollars.

Le marché du travail constitue l’autre versant de cet impact. Les migrants comblent des déficits de compétences, stimulent l’innovation et l’entrepreneuriat, et répondent aux défis démographiques des sociétés vieillissantes. Les hommes représentent environ 61 % de l’ensemble des travailleurs migrants internationaux.

Une dimension sociale et culturelle

Les transferts de fonds contribuent à réduire la pauvreté et à améliorer l’accès à l’éducation et aux soins ; les migrants de retour enrichissent leurs communautés de nouvelles compétences. L’émigration massive a toutefois un coût pour les pays d’origine, particulièrement lorsqu’elle concerne les plus jeunes et les plus actifs économiquement.

L’entraide et l’accès aux services essentiels font aussi le lien avec la Journée internationale de la solidarité humaine.


La diversité des migrations à travers le monde

Migrations volontaires et déplacements forcés

Toutes les mobilités ne se ressemblent pas. En 2024, l’IDMC a recensé 65,8 millions de mouvements de déplacement interne, dont 45,8 millions liés aux catastrophes et 20,1 millions aux conflits ou aux violences (chiffres arrondis). Une même personne peut être déplacée plusieurs fois. Les catastrophes représentaient donc la majorité des mouvements enregistrés pendant l’année. Il faut distinguer ce flux du nombre de personnes vivant encore en déplacement interne à la fin de 2024 : 83,4 millions, dont 73,5 millions à cause des conflits et des violences et 9,8 millions à cause des catastrophes.

Côté réinstallation, plus de 188 000 personnes ont été réinstallées, soit à peine 8 % des 2,4 millions de personnes que le HCR estimait en avoir besoin.

La France, pays d’immigration

En 2025, 8,0 millions d’immigrés vivent en France, soit 11,6 % de la population totale. La population étrangère s’élève à 6,3 millions de personnes, soit 9,1 % de la population. Au total, 9,6 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 14,0 % de la population.

Indicateur (France) Donnée Source
Immigrés 8,0 millions (11,6 %) Insee, 2025
Étrangers 6,3 millions (9,1 %) Insee, 2025
Ressortissants de pays tiers majeurs avec document de séjour valide près de 4,5 millions Intérieur, fin 2025
Demandes d’asile enregistrées en GUDA 116 476 Intérieur, 2025
Acquisitions de nationalité par décret ou déclaration 62 235 Intérieur, 2025

Fin 2025, près de 4,5 millions de ressortissants majeurs de pays tiers détenaient un titre de séjour ou un document provisoire valide : les 8,1 % cités par le ministère se rapportent à la population majeure estimée, et non à l’ensemble de la population. Sur l’année, 116 476 demandes d’asile ont été enregistrées en guichet unique (GUDA) et 62 235 personnes ont acquis la nationalité française par décret ou déclaration ; ce dernier chiffre ne couvre pas tous les modes d’acquisition.


Défis et enjeux contemporains

Des routes migratoires de plus en plus meurtrières

C’est le versant le plus sombre de la journée du 18 décembre. Selon le bilan de l’OIM publié en mars 2025, au moins 8 938 personnes sont mortes sur les routes migratoires dans le monde en 2024, ce qui en faisait l’année la plus meurtrière jamais enregistrée, dépassant le précédent record de 2023 (8 747 décès). 2024 a été l’année la plus meurtrière jamais recensée dans la plupart des régions : Asie (2 778 décès), Afrique (2 242) et Europe (233). Les 2 452 décès documentés en Méditerranée en 2024 ne constituent pas un record annuel, mais cette route reste la plus meurtrière au monde : plus de 31 700 personnes y ont perdu la vie au cours de la décennie écoulée.

Dans ce même bilan de mars 2025, depuis 2014, le projet « Migrants disparus » de l’OIM a recensé plus de 72 000 décès et disparitions sur les routes migratoires mondiales. L’OIM précise que le bilan réel est probablement bien plus élevé, de nombreux décès n’étant jamais documentés.

Un cadre juridique inégalement appliqué

La Convention de 1990 compte 60 États parties. Aucun grand pays occidental d’immigration ne l’a ratifiée, pas plus que l’Australie, les pays du Golfe ou l’Inde ; les États parties sont majoritairement des pays d’origine comme le Mexique, le Maroc ou les Philippines. Interrogé à ce sujet, le gouvernement français invoque plusieurs difficultés, notamment l’absence de distinction entre migrants en situation régulière et irrégulière, et relève qu’aucun État membre de l’Union européenne n’a ratifié le texte.

Restrictions et report vers les routes irrégulières

Le Rapport État de la migration dans le monde 2026 montre que restreindre les voies légales n’arrête pas la migration : elle bascule vers des itinéraires plus irréguliers et dangereux, augmentant les risques pour les migrants et les coûts pour les États. Le rapport souligne également que l’accès aux opportunités de migration reste inégal.

Désinformation et polarisation du débat

L’OIM place son édition 2026 sous le signe de « la migration à une époque de perturbations et de désinformation grandissantes », en soulignant que les migrations internationales se déroulent dans un contexte marqué par la déformation des faits. Le rapport identifie aussi les perturbations environnementales, l’accélération technologique, les tensions géopolitiques et l’évolution démographique comme facteurs structurels de la mobilité contemporaine.


Journée internationale des migrants — Plusieurs mains réunies autour de tasses et d’une plante sur une table.

Comment est célébrée la Journée internationale des migrants

Dans les institutions internationales

L’ONU, l’OIM, l’UNESCO et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme publient chaque 18 décembre messages, rapports et déclarations. En 2025, la Commission interaméricaine des droits de l’homme, le Comité des Nations unies pour la protection des droits des travailleurs migrants et le Rapporteur spécial sur les droits humains des migrants ont profité de cette date pour appeler les États à intensifier leurs efforts contre la xénophobie.

Mobilisations associatives en France

La date structure le calendrier militant français. Pour la mobilisation de décembre 2025, plus de 230 organisations locales, régionales et nationales, dont La Cimade, ont appelé à une mobilisation du 14 au 18 décembre aux côtés de la Marche des solidarités et des collectifs de sans-papiers, avec des manifestations partout en France. La CGT appelle également, chaque 18 décembre, à participer aux rassemblements organisés sur le territoire national.

Actions numériques et thème annuel

L’OIM retient chaque année un thème de campagne. En 2025, il s’agissait de « Ma grande histoire : cultures et développement », un intitulé rappelant que la mobilité humaine stimule la croissance, enrichit les sociétés et aide les communautés à s’adapter.

Comment participer : – Relayer les campagnes de l’OIM et de l’ONU sur les réseaux sociaux – Assister aux expositions, projections et rencontres organisées par les associations locales – Consulter les données de première main (Rapport État de la migration dans le monde, Missing Migrants Project, Insee) – Soutenir une association d’accueil ou d’accompagnement juridique


Le saviez-vous ? Trois faits sur la Journée internationale des migrants

  • La France figure parmi les premiers pays receveurs de transferts personnels. Dans la série révisée de la Banque mondiale consultée le 31 octobre 2026, elle se classe troisième en 2024 avec environ 40,7 milliards de dollars, derrière l’Inde et le Mexique, devant les Philippines. Cet indicateur inclut notamment la rémunération des travailleurs frontaliers : il ne se limite pas à l’argent envoyé aux familles par des émigrés.
  • La Méditerranée centrale concentre un bilan humain considérable. Au moins 26 730 personnes y sont décédées depuis 2014.
  • Le nombre de migrants a presque doublé depuis 1990. Selon les estimations de l’ONU, le nombre de migrants internationaux est passé d’environ 154 millions en 1990 à 304 millions à la mi-2024.

Foire aux questions sur la Journée internationale des migrants

Quand a lieu la Journée internationale des migrants ? La Journée internationale des migrants a lieu le 18 décembre de chaque année, dans tous les États membres de l’ONU.

Pourquoi la Journée internationale des migrants est-elle célébrée le 18 décembre ? La Journée internationale des migrants est célébrée le 18 décembre parce que la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille a été adoptée à cette date en 1990. L’Assemblée générale de l’ONU a proclamé la journée le 4 décembre 2000 par la résolution 55/93.

Combien y a-t-il de migrants dans le monde ? Il y avait environ 304 millions de migrants internationaux dans le monde à la mi-2024, soit près de 3,7 % de la population mondiale, selon l’OIM.

Quelle est la différence entre un migrant, un immigré et un réfugié ? Un migrant est toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle, quel que soit le motif. Un immigré, au sens de l’Insee, est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Un réfugié bénéficie d’un statut juridique protecteur au titre de la Convention de Genève de 1951, accordé aux personnes fuyant des persécutions.

La France a-t-elle ratifié la Convention de 1990 sur les travailleurs migrants ? Non, la France n’a pas ratifié la Convention de 1990. Celle-ci compte 60 États parties, mais aucun État membre de l’Union européenne ne l’a ratifiée.

Combien de migrants meurent chaque année sur les routes migratoires ? Selon le bilan de l’OIM publié en mars 2025, au moins 8 938 migrants sont morts sur les routes migratoires en 2024. Ce total était alors un record annuel ; il est sous-estimé et peut être révisé à mesure que de nouveaux décès sont documentés.


Une date pour regarder les chiffres en face

Le 18 décembre n’est ni une célébration festive ni un jour de plaidoyer à sens unique : c’est d’abord un rendez-vous avec les données. Trois cent quatre millions de personnes vivant hors de leur pays de naissance, 905 milliards de dollars transférés en un an, près de 9 000 morts sur les routes en 2024 — ces chiffres décrivent un phénomène structurel, ancien et mondial, que peu de sujets d’actualité mobilisent avec autant d’émotion et aussi peu de statistiques.

L’OIM y voit l’occasion d’appeler à des politiques mieux informées, à davantage de coopération et à un engagement renouvelé. Pour le lecteur, l’exercice le plus utile tient peut-être en une phrase : ce 18 décembre, vérifier un chiffre avant de le partager.

Sources et données de référence

ONU : origine de la Journée internationale des migrants ; IDMC : déplacements internes en 2024 ; Insee : immigrés et étrangers en France ; Banque mondiale : transferts personnels reçus ; Banque mondiale : estimations de décembre 2024 ; Ministère de l’Intérieur : documents de séjour, champ des adultes ; OIM : bilan des décès publié en mars 2025.

Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 18 décembre et la Journée internationale de la coexistence pacifique.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *