21 février : Journée internationale de la langue maternelle

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Journée internationale de la langue maternelle — Mains d’un adulte et d’un enfant autour d’un livre fermé.

Chaque 21 février, la Journée internationale de la langue maternelle rappelle qu’une langue n’est jamais un simple outil de communication : elle porte une identité, une mémoire, une manière de penser le monde. Proclamée par la Conférence générale de l’UNESCO en novembre 1999 et célébrée dans le monde entier depuis l’an 2000, cette journée est née d’un drame précis — la répression sanglante d’une manifestation étudiante à Dacca le 21 février 1952 — devenu symbole universel du droit de vivre, d’apprendre et de rêver dans sa propre langue.

Journée internationale de la langue maternelle — Mains autour d’un cahier ouvert sur une table de discussion.

Elle s’inscrit dans un constat brutal : sur les milliers de langues recensées sur la planète, une poignée seulement bénéficie d’une reconnaissance éducative, institutionnelle ou numérique, tandis que les autres s’effacent au rythme d’une disparition toutes les deux semaines.

Élément Détail
Date 21 février, chaque année
Nom officiel Journée internationale de la langue maternelle
Proclamation Conférence générale de l’UNESCO, 30ᵉ session, 17 novembre 1999 (résolution 30 C/62)
Reconnaissance onusienne Résolution A/RES/56/262 de l’Assemblée générale, adoptée sans vote le 15 février 2002
Première célébration 21 février 2000
À l’initiative de Le Bangladesh (projet de résolution 30 C/DR.35), soutenu par 28 autres États membres
Organisme chef de file UNESCO
Origine de la date Répression de la manifestation pour la langue bengalie à Dacca, 21 février 1952
Thématiques Diversité linguistique, éducation multilingue, langues autochtones et minoritaires

C’est quoi une langue maternelle ?

La langue maternelle désigne la première langue acquise par un enfant, généralement dans le cadre familial, avant toute scolarisation formelle. On la nomme aussi langue première ou L1, par opposition aux langues apprises ultérieurement (L2, L3).

Cette définition apparemment simple recouvre des situations très diverses :

  • Le monolinguisme d’origine : un seul code transmis à la maison, qui coïncide avec la langue de l’école et de l’administration. C’est le cas minoritaire à l’échelle mondiale, même s’il paraît la norme dans de nombreux pays européens.
  • Le bilinguisme précoce : deux langues acquises simultanément, par exemple dans les familles mixtes ou dans les régions où coexistent langue régionale et langue nationale.
  • La rupture linguistique : l’enfant parle une langue à la maison et découvre une autre langue, souvent dominante, en entrant à l’école. C’est la situation de plusieurs centaines de millions d’élèves dans le monde.
  • La langue d’héritage : langue de la famille ou de la communauté d’origine, comprise mais peu ou plus pratiquée activement, fréquente dans les contextes migratoires.

Une distinction importante mérite d’être posée : langue maternelle n’est pas synonyme de langue de la mère, ni de langue nationale, ni de langue la mieux maîtrisée à l’âge adulte. Un locuteur peut avoir été élevé en kabyle, être scolarisé en français, travailler en anglais et transmettre à ses enfants une quatrième combinaison. La notion désigne un point de départ affectif et cognitif, pas une hiérarchie de compétences.

C’est précisément cette dimension fondatrice que défend la Journée internationale de la langue maternelle : la recherche en sciences de l’éducation converge pour établir que les apprentissages fondamentaux — lecture, écriture, calcul — se construisent plus solidement lorsqu’ils démarrent dans une langue que l’enfant comprend déjà.


Origine et histoire de la Journée internationale de la langue maternelle

Dacca, 21 février 1952 : la mort pour une langue

Lorsque le Pakistan naît de la partition des Indes britanniques en 1947, il se compose de deux territoires séparés par plus de 1 500 kilomètres de territoire indien : le Pakistan occidental et le Pakistan oriental, ce dernier majoritairement bengalophone. En mars 1948, le gouvernement central proclame l’ourdou seule langue d’État, alors que le bengali est la langue maternelle de la majorité numérique de la population de l’ensemble du pays.

La tension culmine le 27 janvier 1952, quand le gouverneur général Khawaja Nazimuddin réaffirme publiquement cette position. Le 31 janvier, un comité linguistique pluripartite se constitue à l’université de Dacca et appelle à manifester le 21 février. Pour empêcher le rassemblement, les autorités décrètent l’application de l’article 144 du code pénal, qui interdit toute réunion de plus de quatre personnes.

Le 21 février au matin, les étudiants passent outre. Ils se rassemblent sur le campus, encerclé par la police armée. Dans l’après-midi, les forces de l’ordre ouvrent le feu près du Dhaka Medical College. Plusieurs manifestants sont tués, des dizaines blessés, des centaines arrêtés. Les morts entrent immédiatement dans la mémoire collective sous le nom de bhasha shohid, les martyrs de la langue.

La mobilisation ne retombe pas. Le bengali obtient le statut de langue d’État du Pakistan avec la Constitution de 1956. Le mouvement pour la langue devient la matrice du nationalisme bengali, qui aboutira à la guerre de libération et à l’indépendance du Bangladesh en 1971. Depuis, le 21 février y est jour férié national sous le nom de Shohid Dibosh (Journée des martyrs), et le mémorial du Shaheed Minar, à Dacca, en est le lieu de recueillement.

De Vancouver à Paris : la fabrique d’une journée internationale

L’internationalisation de cette commémoration doit beaucoup à la diaspora. Le 9 janvier 1998, Rafiqul Islam, un Bangladais installé à Vancouver, adresse une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, pour proposer l’institution d’une journée mondiale des langues maternelles fixée au 21 février.

L’idée est reprise par le gouvernement bangladais, qui dépose auprès de l’UNESCO le projet de résolution 30 C/DR.35. Soutenu par 28 autres États membres — parmi lesquels l’Inde, l’Italie, la Russie, l’Égypte, l’Indonésie, le Pakistan ou encore la Côte d’Ivoire —, il est adopté à l’unanimité par la Conférence générale réunie à Paris le 17 novembre 1999 (résolution 30 C/62). La première célébration mondiale a lieu le 21 février 2000.

Trois ans plus tard, l’Assemblée générale des Nations Unies accueille cette proclamation dans sa résolution A/RES/56/262 sur le multilinguisme, adoptée sans vote le 15 février 2002.

Chronologie de la Journée internationale de la langue maternelle

Date Événement
1947 Partition des Indes britanniques et création du Pakistan (occidental et oriental)
Mars 1948 L’ourdou est proclamé seule langue d’État du Pakistan
27 janvier 1952 Khawaja Nazimuddin réaffirme l’ourdou comme unique langue d’État
31 janvier 1952 Formation du comité linguistique pluripartite à l’université de Dacca
21 février 1952 Manifestation étudiante malgré l’interdiction ; la police ouvre le feu, plusieurs morts
1956 Le bengali devient langue d’État du Pakistan (Constitution de 1956)
1971 Indépendance du Bangladesh, dont le bengali est la langue officielle
9 janvier 1998 Lettre de Rafiqul Islam à Kofi Annan proposant la journée
17 novembre 1999 Proclamation par la Conférence générale de l’UNESCO (résolution 30 C/62)
21 février 2000 Première célébration mondiale
15 février 2002 Résolution A/RES/56/262 de l’Assemblée générale des Nations Unies
16 mai 2007 Résolution A/RES/61/266 : 2008 proclamée Année internationale des langues
19 décembre 2016 Résolution A/RES/71/178 : 2019, Année internationale des langues autochtones
18 décembre 2019 Résolution A/RES/74/135 : Décennie internationale des langues autochtones 2022-2032

Les objectifs de la journée

  • Promouvoir la diversité linguistique comme composante de la diversité culturelle de l’humanité, au même titre que la biodiversité pour le vivant.
  • Défendre l’éducation dans la langue maternelle, notamment durant les premières années de scolarisation, comme condition d’un apprentissage efficace et équitable.
  • Protéger les langues menacées, en particulier les langues autochtones, minoritaires et non écrites.
  • Encourager le multilinguisme dans l’espace public, les médias, l’administration et le monde numérique.
  • Rappeler la dimension politique des langues : l’imposition d’une langue unique a historiquement accompagné les logiques de domination, et la reconnaissance linguistique est un enjeu de droits humains.

Pourquoi la langue maternelle est un enjeu mondial

Une diversité linguistique mesurable et fragile

L’Atlas mondial des langues de l’UNESCO recense 8 324 langues parlées ou signées à travers l’histoire documentée de l’humanité. Parmi elles, environ 7 000 sont encore utilisées aujourd’hui. Mais l’écart se creuse dès que l’on observe leur place réelle dans la vie sociale.

Indicateur Ordre de grandeur
Langues recensées (Atlas mondial des langues, UNESCO) 8 324
Langues encore utilisées ~7 000
Langues réellement valorisées dans l’éducation et l’espace public quelques centaines
Langues présentes dans l’univers numérique moins de 100
Rythme de disparition une langue toutes les deux semaines
Population sans accès à un enseignement dans une langue comprise 40 %

Le déséquilibre est vertigineux : moins de 1,5 % des langues vivantes disposent d’une existence numérique significative, alors que l’accès à l’information, aux services publics et à l’emploi passe de plus en plus par des interfaces écrites en ligne. Une langue absente d’Internet devient de fait une langue sans avenir économique.

Le coût éducatif de l’exclusion linguistique

Le chiffre le plus souvent cité par l’UNESCO — 40 % des habitants de la planète n’ont pas accès à un enseignement dans une langue qu’ils parlent ou comprennent — n’est pas une statistique abstraite. Il décrit la situation d’enfants qui entrent en classe préparatoire face à un tableau couvert de signes dans un idiome étranger.

Les conséquences documentées sont cumulatives :

  • Retard d’acquisition de la lecture : l’enfant doit décoder simultanément un système d’écriture et une langue inconnue.
  • Décrochage précoce, particulièrement marqué chez les élèves autochtones, ruraux et issus de minorités.
  • Perte de confiance et rupture culturelle, la langue du foyer étant implicitement dévalorisée comme langue de l’échec scolaire.
  • Inégalités de genre renforcées : dans plusieurs contextes, les filles ont statistiquement moins d’exposition à la langue dominante hors du foyer.

À l’inverse, les programmes d’éducation multilingue fondée sur la langue maternelle (mother tongue-based multilingual education) montrent que démarrer dans la L1 puis introduire progressivement la langue nationale ne freine pas l’apprentissage de cette dernière : il l’améliore, parce que les compétences de lecture acquises dans une langue se transfèrent.

Une richesse cognitive et scientifique

Chaque langue encode une grammaire du réel : systèmes de parenté, orientation spatiale, catégorisation du vivant, mesure du temps. Les langues autochtones sont notamment les dépositaires de savoirs écologiques — pharmacopées, cycles agricoles, toponymies décrivant des états de milieux naturels — qu’aucune traduction ne restitue intégralement. Lorsqu’une langue disparaît sans documentation, ce corpus s’éteint avec son dernier locuteur.

Une dimension identitaire et psychique

Interdire ou dévaloriser une langue maternelle produit des effets durables sur les individus et les groupes. Les politiques d’assimilation forcée menées dans plusieurs pays au XXᵉ siècle — punitions scolaires pour usage de la langue d’origine, pensionnats séparant les enfants autochtones de leurs familles — ont laissé des traumatismes intergénérationnels que les États concernés commencent à reconnaître. La revitalisation linguistique y est aujourd’hui considérée comme une composante de la réparation.


La diversité des langues maternelles à travers le monde

Des situations régionales contrastées

  • Afrique subsaharienne : le continent concentre environ un tiers des langues du monde. La plupart des systèmes éducatifs héritent de langues coloniales comme médium d’enseignement, alors que la majorité des enfants arrivent à l’école avec une ou plusieurs langues africaines. Plusieurs pays ont engagé des réformes introduisant les langues nationales dans les premières années du primaire.
  • Asie du Sud et du Sud-Est : des États linguistiquement très denses — l’Inde, l’Indonésie, les Philippines, la Papouasie-Nouvelle-Guinée — expérimentent des politiques d’éducation multilingue à grande échelle, avec des résultats inégaux selon les moyens de formation des enseignants.
  • Amériques : les langues autochtones, longtemps réprimées, font l’objet de programmes de revitalisation, parfois adossés à une reconnaissance constitutionnelle (Bolivie, Paraguay, Mexique) ou à des politiques de nation autochtone (Canada, États-Unis).
  • Pacifique : la Papouasie-Nouvelle-Guinée est le pays le plus multilingue du monde en nombre de langues rapporté à la population. La Nouvelle-Calédonie, à elle seule, compte 29 langues kanak.
  • Europe : les langues régionales et minoritaires y ont des statuts très hétérogènes, du bilinguisme officiel intégral (Catalogne, Pays de Galles, Finlande) à la simple reconnaissance patrimoniale sans droits linguistiques opposables.

Les langues des signes, langues maternelles à part entière

Les langues des signes ne sont pas des transpositions gestuelles des langues orales : ce sont des langues naturelles, dotées de leur propre grammaire, syntaxe et communauté de locuteurs. Pour un enfant sourd exposé précocement à une langue des signes, celle-ci est bien une langue maternelle. L’Atlas mondial des langues de l’UNESCO les intègre explicitement dans son décompte, et la question de leur transmission se pose avec une acuité particulière : plus de neuf enfants sourds sur dix naissent de parents entendants, ce qui rend la transmission familiale spontanée impossible et déplace l’enjeu vers l’école et les associations.

Les langues sans territoire

Certaines langues ne correspondent à aucune aire géographique définie : le romani, le yiddish, le judéo-espagnol, l’arménien occidental, le berbère ou l’arabe dialectal en diaspora. Portées par des communautés dispersées, elles échappent aux dispositifs classiques de protection régionale et dépendent presque entièrement de la transmission familiale et associative.


Les défis contemporains de la langue maternelle

La fracture numérique linguistique

Moins d’une centaine de langues disposent d’une présence significative en ligne. L’essor des assistants vocaux, de la traduction automatique et des modèles de langue accentue le phénomène : ces technologies s’entraînent sur des corpus écrits massifs, dont ne disposent que les langues déjà dominantes. Les langues faiblement dotées se retrouvent exclues d’un cercle vertueux — plus une langue est présente en ligne, plus les outils la traitent bien, plus elle devient utilisable en ligne.

Des projets de constitution de corpus communautaires tentent d’inverser la logique, mais ils reposent souvent sur du bénévolat et des financements ponctuels.

La transmission familiale en rupture

Une langue survit tant qu’elle est transmise aux enfants. Or, la transmission s’interrompt fréquemment en une seule génération, sous l’effet combiné de l’urbanisation, de la mobilité, des mariages exogames et surtout du stigmate social : de nombreux parents renoncent volontairement à transmettre leur langue, convaincus qu’elle handicaperait la réussite scolaire de leurs enfants. C’est une croyance que la recherche contredit, mais qui reste puissante.

Le manque de données

Compter les locuteurs d’une langue est méthodologiquement délicat : faut-il retenir la compréhension passive, la conversation courante, la maîtrise écrite ? De nombreux États, dont la France, ne posent pas de question linguistique dans leurs recensements réguliers, ce qui prive les politiques publiques d’indicateurs de suivi et rend difficile toute évaluation des dispositifs de revitalisation.

Les conflits et déplacements de population

Les guerres, les déplacements forcés et les crises climatiques dispersent des communautés linguistiques entières. En exil, la langue d’origine devient une langue domestique sans usage social, et sa transmission repose sur les seules familles, dans un contexte où la priorité est l’apprentissage rapide de la langue du pays d’accueil.


Journée internationale de la langue maternelle — Microphone et casque sur une table de bibliothèque.

Comment participer à la Journée internationale de la langue maternelle

Dans les établissements scolaires

  • Organiser une cartographie linguistique de la classe : recenser toutes les langues parlées par les élèves et leurs familles, puis les afficher.
  • Faire lire un même texte court — un conte, un poème, une comptine — dans plusieurs langues maternelles présentes dans l’établissement.
  • Inviter des parents à raconter une histoire dans leur langue, avec traduction collective.
  • Travailler sur l’éveil aux langues : comparer des systèmes d’écriture, des salutations, des façons de compter.

Dans les institutions culturelles

  • Programmer des lectures bilingues, des projections en version originale sous-titrée, des concerts en langues régionales ou minoritaires.
  • Valoriser les fonds documentaires en langues locales dans les bibliothèques et médiathèques.
  • Organiser des ateliers de collectage : enregistrer des locuteurs âgés, transcrire des récits, constituer des archives sonores.

À titre individuel

  • Interroger sa propre généalogie linguistique : quelle langue parlaient les grands-parents ? Qu’est-ce qui s’est perdu, et à quelle génération ?
  • Reprendre contact avec une langue familiale abandonnée, même de façon minimale (quelques dizaines de mots, des chansons, des expressions).
  • Soutenir la production de contenus dans les langues peu dotées : contribuer à un dictionnaire collaboratif, enregistrer des échantillons audio, traduire des interfaces libres.
  • Choisir, quand c’est possible, des œuvres en version originale plutôt que doublées.

En ligne

Les célébrations s’accompagnent d’une visibilité numérique importante autour des mots-clés #JournéeInternationaleDeLaLangueMaternelle, #LangueMaternelle et #MotherLanguageDay. L’UNESCO invite chaque année ses États membres à célébrer la journée dans le plus grand nombre de langues possible, et organise des événements à son siège parisien ainsi que des rencontres en ligne ouvertes aux établissements scolaires.


La Journée internationale de la langue maternelle en France

Un patrimoine linguistique exceptionnel

La France est, avec ses territoires ultramarins, l’un des États européens les plus riches en langues. Le rapport remis en 1999 par le linguiste Bernard Cerquiglini, Les langues de la France, en dénombre 75, dont une large majorité outre-mer : 29 langues kanak en Nouvelle-Calédonie, une douzaine en Guyane, sans compter les créoles, le tahitien et les langues des îles Wallis-et-Futuna et Mayotte.

En métropole, l’inventaire distingue les langues territorialisées — alsacien et francique mosellan, basque, breton, catalan, corse, flamand occidental, occitan, langues d’oïl, franco-provençal — et les langues dites non territoriales : arabe maghrébin, arménien occidental, berbère, judéo-espagnol, romani, yiddish. La langue des signes française y occupe un statut propre, reconnue comme langue à part entière par la loi du 11 février 2005.

Combien de locuteurs ? Un chiffrage incertain

Source Estimation Portée
INSEE, enquête « Étude de l’histoire familiale », recensement 1999 5,5 millions de personnes déclarant que leurs parents leur parlaient une langue régionale Transmission reçue, métropole
DGLFLF (chiffre repris par le Sénat, 2020) ~4,9 millions de locuteurs des principales langues de France Locuteurs déclarés
Estimations par langue (ordres de grandeur) occitan ~2 millions, alsacien ~800 000, créoles à base française >1,5 million, breton 200 000-300 000, corse ~150 000, catalan 60 000-100 000 Très variable selon la définition du « locuteur »

Ces chiffres doivent être maniés avec prudence. La dernière enquête nationale d’ampleur remonte à 1999 : depuis, aucun recensement français ne comporte de question linguistique systématique. Les estimations circulant aujourd’hui sont donc des projections, souvent issues d’enquêtes régionales aux méthodologies hétérogènes. L’INSEE relevait déjà en 1999 un effondrement de la transmission : avant 1930, une personne sur quatre parlait une langue régionale avec ses parents ; les générations suivantes n’ont plus reproduit ce schéma.

Un cadre juridique en tension

Le droit français articule deux principes difficilement conciliables :

  • L’article 2 de la Constitution (depuis 1992) : « La langue de la République est le français. »
  • L’article 75-1 (introduit en 2008) : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. »

Cette reconnaissance patrimoniale ne confère aucun droit linguistique opposable. La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, signée par la France le 7 mai 1999, n’a jamais été ratifiée, le Conseil constitutionnel ayant jugé la même année certaines de ses clauses contraires à la Constitution.

La loi n° 2021-641 du 21 mai 2021, dite « loi Molac », relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, a marqué une avancée en sécurisant notamment le financement des élèves scolarisés dans une commune voisine offrant un enseignement en langue régionale. Mais, le jour même de sa promulgation, le Conseil constitutionnel (décision n° 2021-818 DC) a censuré deux de ses articles : celui autorisant l’enseignement immersif dans le service public et les établissements associés, jugé contraire à l’article 2, et celui permettant l’usage des signes diacritiques propres aux langues régionales dans les actes d’état civil. La décision a suscité de fortes mobilisations en Bretagne, au Pays basque, en Corse et en Alsace.

Les langues de l’immigration

Au-delà des langues régionales, la France est le pays d’accueil de centaines de langues portées par les migrations successives : arabe dialectal, berbère, portugais, turc, langues d’Afrique de l’Ouest, langues d’Asie du Sud-Est. Leur transmission relève presque exclusivement de la sphère familiale et associative. Les dispositifs scolaires les concernant restent limités, alors que la recherche montre qu’une bonne maîtrise de la langue d’origine facilite plutôt qu’elle n’entrave l’acquisition du français.

Comment la journée est célébrée en France

Le siège parisien de l’UNESCO accueille chaque 21 février — ou aux dates proches — une célébration officielle. Sur le territoire, la journée est relayée par les rectorats, les associations de promotion des langues régionales (Ofis publik ar brezhoneg, Congrès permanent de la langue occitane, Office public de la langue basque, entre autres), les bibliothèques et les universités. Le réseau des écoles associées de l’UNESCO y organise régulièrement des activités d’éveil aux langues.


Foire aux questions sur la Journée internationale de la langue maternelle

Pourquoi la Journée internationale de la langue maternelle est-elle célébrée le 21 février ?

La Journée internationale de la langue maternelle est célébrée le 21 février en mémoire des événements survenus à Dacca ce jour-là en 1952. Des étudiants de l’université manifestaient pour la reconnaissance du bengali comme langue d’État du Pakistan, aux côtés de l’ourdou. Malgré l’interdiction de tout rassemblement, ils sont descendus dans la rue ; la police a ouvert le feu et plusieurs d’entre eux ont été tués. Ces morts, appelés « martyrs de la langue », ont donné à cette date une portée symbolique universelle, reprise par l’UNESCO au moment de proclamer la journée.

Qui a créé la Journée internationale de la langue maternelle ?

La Journée internationale de la langue maternelle a été créée par l’UNESCO, et non par l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle a été proclamée le 17 novembre 1999 par la Conférence générale de l’UNESCO réunie à Paris pour sa 30ᵉ session, à travers la résolution 30 C/62. L’initiative revenait au Bangladesh, dont le projet de résolution a été soutenu par 28 autres États membres. L’Assemblée générale des Nations Unies a ensuite accueilli favorablement cette proclamation dans sa résolution A/RES/56/262 du 15 février 2002, consacrée au multilinguisme.

Combien de langues existe-t-il dans le monde ?

L’Atlas mondial des langues de l’UNESCO recense 8 324 langues, parlées ou signées, dont environ 7 000 sont encore utilisées aujourd’hui. Ce décompte varie selon les sources et les critères retenus, la frontière entre langue et dialecte étant en partie conventionnelle. Le chiffre le plus significatif est ailleurs : seules quelques centaines de ces langues sont réellement valorisées dans les systèmes éducatifs et l’espace public, et moins d’une centaine disposent d’une présence dans l’univers numérique.

Quelle est la différence entre langue maternelle et langue officielle ?

La langue maternelle est la première langue acquise par un individu, généralement au sein de sa famille et avant la scolarisation. La langue officielle est celle qu’un État désigne juridiquement pour ses institutions, son administration et sa justice. Les deux coïncident pour une partie de la population mondiale seulement : environ 40 % des habitants de la planète n’ont pas accès à un enseignement dans une langue qu’ils parlent ou comprennent, ce qui signifie que leur langue maternelle diffère de la langue officielle de scolarisation.

Combien de langues régionales compte la France ?

La France compte 75 langues régionales et minoritaires selon le rapport Les langues de la France remis par Bernard Cerquiglini en 1999, référence toujours utilisée par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. Une vingtaine sont parlées en métropole, plus d’une cinquantaine dans les territoires ultramarins, dont 29 pour la seule Nouvelle-Calédonie. Depuis 2008, l’article 75-1 de la Constitution reconnaît que ces langues appartiennent au patrimoine de la France, sans pour autant leur accorder de statut officiel.

Comment célébrer la Journée internationale de la langue maternelle ?

On peut célébrer la Journée internationale de la langue maternelle par des gestes accessibles à tous : recenser les langues parlées dans une classe ou une famille, lire un même texte dans plusieurs langues, enregistrer un récit auprès d’un locuteur âgé, reprendre contact avec une langue familiale abandonnée, ou soutenir la production de contenus dans des langues peu présentes en ligne. Les écoles, bibliothèques et associations organisent des lectures bilingues, des ateliers d’éveil aux langues et des rencontres, tandis que l’UNESCO invite ses États membres à marquer la journée dans le plus grand nombre de langues possible.


Une langue qui s’éteint n’emporte pas seulement un lexique : elle emporte des façons de nommer les plantes, de compter les jours, de dire l’affection, de raconter la mort. Le 21 février rappelle qu’il a fallu que des étudiants tombent sous les balles pour que ce principe apparemment évident — apprendre et vivre dans sa langue — soit reconnu comme un droit. Soixante-dix ans plus tard, quatre habitants de la planète sur dix n’y ont toujours pas accès. Il suffit pourtant de peu pour commencer : demander à ses grands-parents quels mots ils disaient enfants, et les redire à voix haute.

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Retrouvez les événements, anniversaires et fêtes de cette date dans l’éphéméride du 21 février.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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