Chaque 1er mars, la Journée mondiale des herbiers marins met en lumière l’un des écosystèmes les plus utiles et les plus ignorés de la planète. Ces prairies sous-marines formées de plantes à fleurs couvrent à peine 0,1 % des fonds océaniques, mais elles nourrissent les pêcheries, filtrent l’eau, protègent les côtes et stockent des quantités de carbone considérables. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en mai 2022 à l’initiative du Sri Lanka, cette journée répond à un constat brutal : les herbiers reculent partout dans le monde depuis les années 1930, au rythme estimé de 7 % de leur surface par an.

| Date | 1er mars, chaque année |
| Intitulé officiel | Journée mondiale des herbiers marins (World Seagrass Day) |
| Résolution fondatrice | A/RES/76/265, adoptée sans vote le 23 mai 2022 |
| État porteur | Sri Lanka, avec 24 pays coauteurs |
| Organe | Assemblée générale des Nations Unies (76ᵉ session, point 15 de l’ordre du jour) |
| Agence pilote | Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) |
| Portée | Mondiale — 159 pays abritent des herbiers marins |
| Objectif | Sensibiliser à la conservation et à la restauration des herbiers marins |
Qu’est-ce qu’un herbier marin ?
Des plantes à fleurs, pas des algues
La confusion est fréquente et mérite d’être levée d’emblée : un herbier marin n’est pas un champ d’algues. Il est constitué de phanérogames marines, c’est-à-dire de véritables plantes à fleurs (angiospermes) possédant racines, rhizomes, feuilles, fleurs et graines. Ces plantes terrestres sont retournées à la mer il y a environ cent millions d’années et sont aujourd’hui les seules plantes à fleurs capables d’accomplir l’intégralité de leur cycle de vie immergées dans l’eau salée.
Cette différence n’est pas anecdotique. Là où une algue se fixe simplement au substrat par un crampon, l’herbier développe un réseau souterrain de rhizomes qui emprisonne le sédiment, le stabilise et l’enrichit sur plusieurs mètres d’épaisseur. C’est ce réseau qui explique à la fois la capacité de stockage de carbone des herbiers et la lenteur dramatique de leur reconstitution après destruction.
Une répartition mondiale, du tropique à l’Arctique
On dénombre environ 72 espèces d’herbiers marins dans le monde, réparties dans les eaux peu profondes des tropiques jusqu’au cercle arctique. Elles se développent généralement entre la surface et 40 mètres de profondeur, la lumière étant leur facteur limitant principal.
| Genre | Répartition | Exemples de milieux |
|---|---|---|
| Posidonia | Méditerranée, sud de l’Australie | Herbiers de posidonie, mattes pluriséculaires |
| Zostera | Atlantique nord, Pacifique nord, mers froides et tempérées | Bassin d’Arcachon, mer des Wadden, côtes de Bretagne |
| Cymodocea | Méditerranée, océan Indien | Lagunes, petits fonds sableux |
| Thalassia | Caraïbes, Indo-Pacifique | « Herbe à tortue » des Antilles |
| Syringodium | Caraïbes, Indo-Pacifique | « Herbe à lamantin » |
| Halophila | Indo-Pacifique, mers chaudes | Herbiers pionniers, faibles profondeurs |
Origine et histoire de la Journée mondiale des herbiers marins
Une initiative portée par le Sri Lanka
Le projet de résolution A/76/L.56 a été déposé le 16 mai 2022 par le Sri Lanka, État insulaire de l’océan Indien directement concerné par la santé de ses lagons. Il a été présenté en séance plénière par l’ambassadeur Mohan Pieris, représentant permanent du Sri Lanka auprès des Nations Unies, au titre du point 15 de l’ordre du jour consacré au suivi des grandes conférences des Nations Unies dans les domaines économique et social.
Vingt-quatre pays se sont joints au texte comme coauteurs, parmi lesquels le Bangladesh, la Chine, le Costa Rica, Cuba, l’Indonésie, Madagascar, les Maldives, le Nigéria, le Pérou, le Sénégal, les Seychelles, Singapour et Timor-Leste — une coalition dominée par les États côtiers et insulaires. La World Seagrass Association, réseau scientifique international fondé en 2000, a appuyé techniquement la démarche sri-lankaise.
La résolution a été adoptée sans vote le 23 mai 2022, lors de la 74ᵉ séance plénière de la 76ᵉ session. Elle est devenue la résolution 76/265.
Chronologie de la reconnaissance des herbiers marins
| Année | Étape |
|---|---|
| Années 1930 | Une maladie dévastatrice (wasting disease) et des tempêtes anéantissent les herbiers de zostères de l’Atlantique nord ; début du déclin global documenté |
| 1976 | Loi française du 10 juillet relative à la protection de la nature |
| 1988 | Arrêté ministériel du 19 juillet : la posidonie devient une espèce végétale marine protégée en France |
| 1992 | Directive européenne « Habitats, faune, flore » : l’herbier à posidonie classé habitat d’intérêt communautaire prioritaire |
| 1999-2000 | Lancement du programme de restauration de la zostère en Virginie (États-Unis), futur plus grand chantier mondial |
| 2000 | Fondation de la World Seagrass Association |
| 2020 | Publication du rapport du PNUE Out of the Blue, première synthèse mondiale sur la valeur des herbiers marins |
| 16 mai 2022 | Dépôt du projet de résolution A/76/L.56 par le Sri Lanka |
| 23 mai 2022 | Adoption sans vote de la résolution A/RES/76/265 proclamant le 1er mars Journée mondiale des herbiers marins |
| 1er mars 2023 | Première célébration officielle de la Journée mondiale des herbiers marins |
Les objectifs de la Journée mondiale des herbiers marins
La résolution assigne à la journée quatre finalités principales :
- Sensibiliser à tous les niveaux : rendre visible un écosystème invisible depuis la surface, largement absent des politiques publiques et du débat citoyen.
- Promouvoir la conservation : encourager les mesures de protection et l’inclusion des herbiers dans les aires marines protégées, alors qu’un quart seulement de leur surface bénéficie aujourd’hui d’un tel statut.
- Faciliter la restauration : soutenir les initiatives de réimplantation et de reconquête des zones dégradées.
- Relier les herbiers aux objectifs de développement durable : la conservation et la restauration des herbiers marins contribuent à 26 cibles et indicateurs relevant de dix ODD.
L’importance des herbiers marins pour la planète
Un puits de carbone hors norme
C’est l’argument qui a porté la résolution devant l’Assemblée générale. Les herbiers marins font partie des écosystèmes dits de « carbone bleu », aux côtés des mangroves et des marais salés. Leur particularité : ils ne stockent pas le carbone dans une biomasse aérienne périssable, mais dans les sédiments piégés par leurs rhizomes, où il peut demeurer des siècles voire des millénaires.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Part des fonds marins occupée | 0,1 % | ONU |
| Part du carbone océanique stocké | jusqu’à 18 % | ONU / PNUE |
| Stock mondial de carbone organique | environ 19,9 milliards de tonnes | Fourqurean et al., 2012 |
| Stock par km² d’herbier | jusqu’à 83 000 t de carbone | Fourqurean et al., 2012 |
| Stock comparé par km² de forêt tempérée ou tropicale | environ 30 000 t de carbone | Fourqurean et al., 2012 |
| Flux annuel de séquestration | environ 27,4 millions de tonnes de carbone | Fourqurean et al., 2012 |
Un point mérite d’être clarifié, car les sources divergent en apparence. On lit tantôt que les herbiers stockent « jusqu’à 18 % du carbone océanique », tantôt « environ 10 % ». Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose : le premier renvoie au stock accumulé dans les sédiments, le second au flux d’enfouissement annuel du carbone dans les sédiments océaniques. Les comparaisons avec les forêts (« 10 fois », « 35 fois », « 55 fois plus rapide ») varient elles aussi selon que l’on compare des stocks, des vitesses d’enfouissement ou des surfaces : elles sont à manier avec prudence.
Une pouponnière pour la pêche mondiale
Les herbiers servent de nurserie à plus de 20 % des vingt-cinq plus grandes pêcheries mondiales. Les juvéniles y trouvent nourriture et abri contre les prédateurs avant de gagner le large. En Atlantique nord, les herbiers de zostères constituent un habitat critique pour les jeunes morues. Sous les tropiques, ils nourrissent directement des espèces emblématiques et menacées : tortues vertes, dugongs, lamantins.
L’enjeu est alimentaire autant qu’écologique. En Tanzanie, le recul des herbiers a été associé à une dégradation directe des revenus des femmes qui y récoltent coquillages, gastéropodes et oursins.
Un bouclier côtier et un filtre naturel
Trois services complémentaires achèvent le tableau :
- Protection du littoral : les feuilles amortissent l’énergie de la houle et les rhizomes fixent le sédiment, ce qui limite l’érosion et réduit l’exposition des populations côtières aux submersions.
- Épuration de l’eau : les herbiers filtrent, assimilent et stockent nutriments et polluants, réduisant la contamination des zones conchylicoles et de pêche.
- Régulation sanitaire : en piégeant bactéries et agents pathogènes, ils diminuent la charge microbienne des eaux côtières — un bénéfice documenté aussi bien pour l’homme que pour les récifs coralliens voisins.
Les herbiers tamponnent également l’acidification locale de l’eau de mer, ce qui accroît la résilience des coraux qui leur sont associés.
Les herbiers marins à travers le monde
La Méditerranée et sa posidonie endémique
Posidonia oceanica ne pousse nulle part ailleurs qu’en Méditerranée. Elle y couvre environ 2 millions d’hectares. Sa croissance est extraordinairement lente — quelques centimètres par an — et elle ne fleurit que tous les quatre à six ans, ce qui rend toute destruction quasi irréversible à l’échelle d’une vie humaine. Ses rhizomes entrelacés de sédiment forment la « matte », structure qui peut atteindre plusieurs mètres d’épaisseur et constitue une archive paléoenvironnementale de premier ordre.
L’Atlantique nord et ses zostères
Sur les façades tempérées de l’Atlantique et du Pacifique, ce sont les zostères (Zostera marina, la zostère marine, et Zostera noltei, la zostère naine) qui dominent. Leur histoire est marquée par l’épisode de wasting disease des années 1930, qui a détruit jusqu’à 99 % des populations de zostère marine sur la côte est américaine et frappé durement les côtes européennes.
Les herbiers tropicaux
Sous les tropiques, les herbiers sont souvent plurispécifiques et forment un continuum écologique avec les mangroves et les récifs coralliens : les trois écosystèmes se protègent mutuellement. Dans les Caraïbes dominent Thalassia testudinum, l’herbe à tortue, et Syringodium filiforme, l’herbe à lamantin. Dans l’Indo-Pacifique, la diversité spécifique est la plus élevée du monde.
Deux records mondiaux
- Le plus grand organisme végétal connu : en 2022, une équipe des universités d’Australie-Occidentale et Flinders a établi que l’herbier de Posidonia australis de Shark Bay, en Australie, était en réalité un clone unique s’étendant sur au moins 180 km de côte, pour une surface d’environ 200 km² avant les canicules et cyclones des années 2010. Son âge est estimé à au moins 4 500 ans.
- La longévité : les clones de posidonie de Formentera, aux Baléares, sont datés d’au moins 12 500 ans. Des estimations bien supérieures circulent (jusqu’à 100 000 ans), mais elles reposent sur des extrapolations de taux de croissance très incertaines et doivent être citées avec réserve.
Les défis contemporains des herbiers marins
Un déclin continu depuis les années 1930
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Perte annuelle mondiale estimée | 7 % de l’habitat, soit l’équivalent d’un terrain de football toutes les 30 minutes |
| Perte cumulée depuis la fin du XIXᵉ siècle | environ 30 % de la surface connue |
| Espèces en déclin | au moins 22 sur 72 |
| Espèces classées quasi menacées, vulnérables ou en danger (UICN) | 21 % |
| Herbiers situés dans une aire marine protégée | environ 26 % |
Les pressions à l’œuvre
Les facteurs de dégradation sont bien identifiés et presque tous d’origine humaine :
- L’aménagement du littoral : ports, digues, remblais, plages artificielles ont supprimé des surfaces entières d’herbiers, particulièrement entre les années 1960 et 1980.
- La pollution et le ruissellement terrestre : nitrates et phosphates agricoles, rejets urbains et industriels favorisent la prolifération d’algues épiphytes et de phytoplancton qui privent les herbiers de lumière.
- La turbidité : l’envasement lié à l’érosion des sols, au dragage et à l’extraction de matériaux réduit la profondeur maximale de croissance.
- L’ancrage et la navigation non réglementée : les ancres et les chaînes des grands navires labourent la matte et laissent des cicatrices que la nature met des décennies à cicatriser.
- Le changement climatique : les vagues de chaleur marines provoquent des mortalités massives ; combinées à la présence de contaminants, elles constituent un cocktail particulièrement destructeur.
Une restauration techniquement possible mais coûteuse
C’est le paradoxe des herbiers : on sait désormais les restaurer, mais à un prix élevé et avec un taux d’échec important.
| Paramètre | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Coût médian rapporté de restauration | environ 107 000 USD/ha (valeurs 2010) | Bayraktarov et al., 2016 |
| Coût total médian, charges d’exploitation comprises | environ 384 000 USD/ha | Bayraktarov et al., 2016 |
| Taux d’échec des projets de plantation | environ 68 % | van Katwijk et al., 2016 |
La technique la plus prometteuse pour abaisser ces coûts est la dissémination de graines, nettement moins gourmande en temps de plongée que la transplantation de boutures, mais elle n’est applicable qu’aux espèces à floraison abondante.
Ce qui fonctionne malgré tout
Le rapport onusien insiste sur un point d’espoir : là où les pressions anthropiques ont été réduites, le déclin a été enrayé, voire inversé.
- Virginie, États-Unis — le plus grand chantier de restauration d’herbier au monde. Depuis 1999, plus de 70 millions de graines de Zostera marina ont été semées dans quatre lagunes côtières laissées nues depuis les années 1930. Une étude publiée dans Science Advances en 2020 y documentait 3 612 hectares reconstitués ; la surface a continué de croître depuis. Les prairies restaurées séquestrent carbone et azote à des taux comparables aux herbiers naturels et ont permis la réintroduction du pétoncle de baie.
- Pays de Galles, Royaume-Uni — le projet Seagrass Ocean Rescue a lancé en 2019 à Dale, dans le Pembrokeshire, la première restauration britannique d’ampleur, avec plus d’un million de graines semées sur deux hectares. Le programme s’est ensuite étendu au nord du pays de Galles.

Comment participer à la Journée mondiale des herbiers marins
Du côté des institutions et des associations
Le 1er mars donne lieu à des conférences scientifiques, des expositions, des sorties nature encadrées par les gestionnaires d’aires marines protégées, des opérations dans les aquariums publics et des campagnes de communication du PNUE et des organisations de conservation. Le Sri Lanka, pays porteur de la résolution, organise chaque année une célébration nationale.
Les sciences participatives
C’est la contribution la plus accessible et la plus utile, car la cartographie mondiale des herbiers reste très incomplète :
- SeagrassSpotter, application portée par l’organisation Project Seagrass, permet à tout plongeur, pêcheur ou promeneur de signaler et photographier un herbier observé, alimentant une base de données mondiale.
- Donia, développée par Andromède Océanologie, cartographie les fonds méditerranéens français au mètre près et permet de signaler observations et pressions constatées.
Les gestes concrets
- Mouiller sur le sable, jamais sur l’herbier : c’est le geste le plus efficace pour un plaisancier. Les cartographies embarquées distinguent clairement le sable (jaune), l’herbier vivant (vert), la matte morte (brun) et la roche.
- Privilégier les bouées et coffres d’amarrage dans les zones de mouillage organisées.
- Respecter les banquettes de posidonie échouées sur les plages : ces amas de feuilles mortes protègent le sable de l’érosion hivernale et ne doivent pas être systématiquement enlevés.
- Limiter les intrants : réduire les engrais et les rejets domestiques dans les bassins versants côtiers agit directement sur la turbidité et l’eutrophisation.
- Consommer une pêche durable issue de zones où l’habitat est préservé.
Les herbiers marins en France
La France est concernée sur trois façades très différentes et abrite une diversité rare : quatre espèces principales en métropole et dix-neuf espèces de phanérogames marines dans l’outre-mer français.
La posidonie de Méditerranée
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Surface d’herbiers de posidonie en Méditerranée française | 79 131 ha | Andromède Océanologie, cartographie 2014 |
| Couverture des fonds de 0 à 40 m, littoral continental | 34 % | Deter et al., 2022 |
| Couverture des fonds de 0 à 40 m, littoral corse | 66 % | Deter et al., 2022 |
| Part de la biodiversité méditerranéenne accueillie | plus de 20 % | Office français de la biodiversité |
| Recul de la surface en un siècle, littoral français | environ 10 % | WWF France |
| Recul à l’échelle du bassin méditerranéen | environ 34 % | WWF France |
| Coût annuel des mesures de protection en France | environ 4,8 M€ | Campagne et al., 2015 |
Attention à une confusion fréquente dans la presse : les taux de 34 % et 66 % désignent la part des fonds marins couverte par la posidonie sur chaque littoral, et non la répartition géographique des 79 131 hectares entre la Corse et le continent. Les deux lectures sont régulièrement mélangées.
Autre distinction utile : le recul de 10 % concerne le littoral français sur un siècle, tandis que celui de 34 % vaut pour l’ensemble du bassin méditerranéen. Les deux chiffres sont souvent attribués indistinctement à la France.
Les zostères de l’Atlantique
Sur la façade atlantique, la situation la mieux documentée est celle du bassin d’Arcachon, historiquement l’un des plus grands ensembles de zostères d’Europe. Le Parc naturel marin du bassin d’Arcachon estime que 44 % des herbiers de zostère naine et 85 % des herbiers de zostère marine ont disparu depuis le début des années 2000. Les travaux de l’Ifremer désignent comme déclencheur probable la conjonction d’épisodes caniculaires et de contaminants chimiques ; la poursuite du déclin s’expliquerait ensuite par un effet d’emballement, l’herbier dégradé perdant sa capacité à amortir les courants qui l’érodent à leur tour. La restauration des zostères figure parmi les objectifs majeurs du plan de gestion du Parc marin à l’horizon 2032.
Les herbiers d’outre-mer
L’outre-mer français concentre l’essentiel de la diversité nationale. À Mayotte, les herbiers couvrent environ 760 hectares et abritent dix espèces de phanérogames ; ils constituent la ressource alimentaire principale des tortues vertes et des derniers dugongs du lagon. Aux Antilles, herbe à tortue et herbe à lamantin forment l’interface entre mangroves et récifs. En Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna, les herbiers subissent la pression conjointe des remblaiements, du dragage et de l’érosion des sols liée à l’activité minière ou à la déforestation.
Un cadre juridique dense mais imparfaitement appliqué
- Loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature.
- Arrêté du 19 juillet 1988 fixant la liste des espèces végétales marines protégées : il est interdit de détruire, colporter, mettre en vente, vendre, acheter ou utiliser tout ou partie de la posidonie.
- Directive 92/43/CEE « Habitats, faune, flore » : l’herbier à posidonie est un habitat prioritaire.
- Conventions de Berne et de Barcelone : protection au niveau européen et méditerranéen.
- Arrêté préfectoral n° 123/2019 du 3 juin 2019 du préfet maritime de la Méditerranée, fixant le cadre général du mouillage et de l’arrêt des navires ; les premiers arrêtés de zonage ont été signés le 12 octobre 2020 pour les Alpes-Maritimes, interdisant le mouillage des navires de 24 mètres et plus — ou de 20 mètres selon les enjeux locaux — dans les herbiers.
En 2024, le tribunal maritime de Marseille a franchi une étape supplémentaire en reconnaissant pour la première fois le préjudice écologique causé à l’herbier de posidonie par des yachts mouillant en zone interdite, et en admettant une présomption de dommage dès lors qu’un navire mouille dans une zone protégée. Le montant du préjudice a été calculé à partir de la taille du navire, de la longueur de chaîne, du nombre de mouillages et de la durée de régénération de l’espèce.
Reste un angle mort majeur : la réglementation vise les grandes unités, alors que les navires de moins de 24 mètres représentent l’écrasante majorité de la flotte de plaisance.
Foire aux questions sur la Journée mondiale des herbiers marins
Quand a lieu la Journée mondiale des herbiers marins ?
La Journée mondiale des herbiers marins a lieu le 1er mars de chaque année. La date est fixe et ne dépend d’aucun calendrier mobile. Elle a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2022 et célébrée pour la première fois le 1er mars 2023.
Qui a créé la Journée mondiale des herbiers marins ?
La Journée mondiale des herbiers marins a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, sur proposition du Sri Lanka, soutenu par vingt-quatre pays coauteurs et appuyé techniquement par la World Seagrass Association. La résolution A/RES/76/265 a été adoptée sans vote le 23 mai 2022.
Quelle est la différence entre un herbier marin et une algue ?
La différence entre un herbier marin et une algue est fondamentale : un herbier marin est composé de plantes à fleurs — des phanérogames — dotées de racines, de rhizomes, de fleurs et de graines, tandis qu’une algue est un organisme plus simple, dépourvu de système racinaire et fixé au substrat par un simple crampon. C’est le réseau de rhizomes de l’herbier qui piège le sédiment et lui confère sa capacité de stockage de carbone.
Pourquoi les herbiers marins sont-ils importants pour le climat ?
Les herbiers marins sont importants pour le climat parce qu’ils comptent parmi les puits de carbone les plus efficaces de la planète. Bien qu’ils n’occupent que 0,1 % des fonds marins, ils stockeraient jusqu’à 18 % du carbone océanique mondial, piégé dans les sédiments retenus par leurs rhizomes où il peut demeurer des siècles. Leur destruction relâche à l’inverse ce carbone dans l’atmosphère.
Quels herbiers marins trouve-t-on en France ?
En France, on trouve principalement des herbiers de posidonie en Méditerranée — Posidonia oceanica, espèce endémique couvrant 79 131 hectares — et des herbiers de zostères sur la façade atlantique, notamment dans le bassin d’Arcachon. L’outre-mer français abrite dix-neuf espèces de phanérogames marines, dont l’herbe à tortue et l’herbe à lamantin aux Antilles et dix espèces à Mayotte.
Comment protéger les herbiers marins à son échelle ?
Pour protéger les herbiers marins à son échelle, le geste le plus efficace consiste à ne jamais jeter l’ancre sur un herbier mais sur du sable, en s’aidant des applications de cartographie des fonds. On peut également signaler ses observations via les plateformes de sciences participatives, respecter les banquettes de posidonie échouées sur les plages, réduire les rejets d’engrais dans les bassins versants côtiers et privilégier une pêche durable.
Un écosystème qui ne demande qu’à revenir
Les herbiers marins sont l’exemple parfait d’un patrimoine naturel qui n’a jamais eu la chance d’être spectaculaire. On ne les photographie pas comme un récif corallien, on ne les filme pas comme une forêt tropicale ; ils forment simplement, quelques mètres sous la surface, des prairies vertes que la plupart des baigneurs n’ont jamais regardées. C’est pourtant sous ces feuilles ordinaires que se jouent la survie de milliers d’espèces, la stabilité de plages entières et le stockage de milliards de tonnes de carbone.
La bonne nouvelle tient en une phrase : lorsqu’on cesse de les détruire, ils reviennent. La Virginie l’a démontré à l’échelle de milliers d’hectares, le pays de Galles à celle de quelques dizaines, la Corse a vu vingt-cinq hectares de posidonie préservés simplement parce que des plaisanciers ont su où poser leur ancre. Le 1er mars n’a pas d’autre ambition que de faire connaître ce que presque personne ne voit — et de rappeler qu’un geste aussi banal que le choix d’un mouillage pèse, ici, plus lourd qu’ailleurs.
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