Chaque 23 mai, les Nations Unies consacrent une journée à une lésion obstétricale presque inconnue du grand public dans les pays du Nord, mais qui touche encore un demi-million de femmes dans le monde : la fistule obstétricale. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2012, la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale vise à briser le silence autour d’une affection entièrement évitable, largement curable, et pourtant persistante dans plus de cinquante pays.

| Élément | Information |
|---|---|
| Nom officiel | Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale |
| Date | 23 mai (date fixe) |
| Résolution fondatrice | A/RES/67/147, adoptée le 20 décembre 2012 sans vote (60ᵉ séance plénière) |
| Première édition | 2013 |
| Organisation chef de file | UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population) |
| Objectif affiché | Élimination de la fistule obstétricale d’ici 2030 |
| Personnes concernées | Environ 500 000 femmes et filles dans plus de 55 pays |
C’est quoi la fistule obstétricale ?
La fistule obstétricale est une perforation anormale qui se forme entre le vagin et la vessie (fistule vésico-vaginale) et/ou entre le vagin et le rectum (fistule recto-vaginale). Elle résulte d’un travail prolongé, appelé dystocie, survenant en l’absence de soins obstétricaux d’urgence.
Le mécanisme est simple et brutal : lorsque la tête du fœtus reste bloquée dans le bassin pendant plusieurs jours, la compression continue des tissus mous interrompt la circulation sanguine. Les tissus se nécrosent, puis se perforent. La femme se retrouve avec une incontinence urinaire et/ou fécale permanente.
Conséquences pour les femmes atteintes
Les répercussions dépassent très largement le champ médical :
- Médicales : incontinence chronique, infections urinaires et cutanées à répétition, atteinte rénale, douleurs, infertilité secondaire.
- Psychologiques : dépression, honte, idées suicidaires.
- Sociales : répudiation par le conjoint, rejet par la famille et la communauté, bannissement du village.
- Économiques : impossibilité de travailler, appauvrissement, dépendance.
Dans la grande majorité des cas, l’accouchement à l’origine de la fistule se solde également par un décès périnatal : selon l’UNFPA, le bébé meurt dans environ 90 % des cas.
Une pathologie de l’inégalité
La fistule obstétricale n’est pas une maladie tropicale. Elle a existé partout, y compris en Europe, et a disparu des pays à revenu élevé au fur et à mesure que la césarienne d’urgence est devenue accessible. Sa persistance est donc un marqueur direct de l’inégalité d’accès aux soins : elle touche presque exclusivement des femmes pauvres, jeunes, souvent rurales, éloignées d’une structure de santé capable de pratiquer une césarienne.
Origine et histoire de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale
Une chirurgie née au XIXᵉ siècle dans des conditions contestées
Les premières techniques de réparation efficaces sont mises au point entre 1845 et 1849 par le chirurgien américain James Marion Sims, à Montgomery (Alabama), au terme d’expérimentations répétées et sans anesthésie sur des femmes noires réduites en esclavage — dont l’histoire a retenu trois prénoms : Anarcha, Lucy et Betsey. Sims obtient sa première réparation réussie en 1849, notamment grâce à l’usage de fils de suture en argent. Cet héritage est aujourd’hui l’objet d’un débat éthique nourri : en 2021, un monument intitulé The Mothers of Gynecology a été inauguré à Montgomery en hommage aux trois femmes.
L’hôpital d’Addis-Abeba, matrice de la prise en charge moderne
En 1974, les médecins australiens Catherine et Reginald Hamlin ouvrent à Addis-Abeba le premier hôpital au monde exclusivement dédié à la réparation des fistules obstétricales. Ils y développent un modèle de prise en charge global — chirurgie, accompagnement psychologique, rééducation, réinsertion — qui fait aujourd’hui référence. Cinq hôpitaux régionaux et un collège de sages-femmes ont depuis complété le dispositif en Éthiopie.
De la campagne mondiale à la journée internationale
En 2003, l’UNFPA et ses partenaires lancent la Campagne mondiale pour l’élimination de la fistule, structurée autour de quatre axes : prévention, traitement, réinsertion sociale et plaidoyer. C’est cette dynamique qui aboutit, neuf ans plus tard, à la proclamation d’une journée internationale.
| Année | Étape |
|---|---|
| 1845-1849 | Mise au point des premières techniques de réparation aux États-Unis |
| 1974 | Ouverture de l’hôpital de la fistule d’Addis-Abeba |
| 2003 | Lancement de la Campagne mondiale pour l’élimination de la fistule (UNFPA) |
| 2007 | Première résolution de l’Assemblée générale sur la fistule (A/RES/62/138) |
| 2012 | Proclamation de la Journée internationale du 23 mai (A/RES/67/147) |
| 2013 | Première célébration de la journée |
| 2018 | Appel à en finir avec la fistule « en l’espace d’une décennie » (A/RES/73/147) |
| 2019 | Déclaration de Nairobi, engagements de la CIPD+25 |
La série de résolutions onusiennes
La journée s’inscrit dans une séquence continue de résolutions adoptées tous les deux ans par l’Assemblée générale au titre du point « Promotion des femmes ».
| Résolution | Date d’adoption | Intitulé |
|---|---|---|
| A/RES/62/138 | 18 décembre 2007 | Appui à l’action engagée pour en finir avec la fistule obstétricale |
| A/RES/63/158 | 18 décembre 2008 | Appui à l’action engagée |
| A/RES/65/188 | 21 décembre 2010 | Appui à l’action engagée |
| A/RES/67/147 | 20 décembre 2012 | Proclamation du 23 mai |
| A/RES/69/148 | 18 décembre 2014 | Intensification de l’action engagée |
| A/RES/71/169 | 19 décembre 2016 | Intensification de l’action engagée |
| A/RES/73/147 | 17 décembre 2018 | Intensification de l’action engagée |
| A/RES/75/159 | 23 décembre 2020 | Intensification de l’action engagée |
| A/RES/77/196 | 15 décembre 2022 | Intensification de l’action engagée |
| A/RES/79/155 | 17 décembre 2024 | Intensification de l’action engagée |
Objectifs de la journée
- Sensibiliser un public large à une lésion invisibilisée par la honte et le tabou.
- Mobiliser des financements pour la prévention, la chirurgie réparatrice et la réinsertion.
- Documenter l’ampleur réelle du phénomène, encore mal mesuré faute de systèmes de surveillance.
- Inscrire la fistule dans l’agenda des Objectifs de développement durable, en particulier l’ODD 3 (santé) et l’ODD 5 (égalité de genre).
- Restaurer la dignité des survivantes en luttant contre la stigmatisation.
Importance et impact de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale
L’ampleur chiffrée du problème
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Femmes vivant avec une fistule obstétricale | environ 500 000 |
| Pays concernés | plus de 55 |
| Nouveaux cas par an | 50 000 à 100 000 |
| Concentration géographique | environ 97 % en Afrique subsaharienne et Asie-Pacifique |
| Décès maternels quotidiens dans le monde | environ 800 |
| Morbidités graves par décès maternel | 20 à 30 femmes |
| Grossesses avec complications potentiellement mortelles | environ 15 % |
| Cas liés à des erreurs chirurgicales (césariennes, etc.) | plus de 13 % |
Un enjeu médical : une lésion curable
La chirurgie réparatrice donne d’excellents résultats lorsqu’elle est pratiquée par un opérateur formé : les Nations Unies évoquent des taux de succès pouvant atteindre 90 % dans les cas les moins complexes. Le coût moyen d’une prise en charge complète — intervention, soins postopératoires et accompagnement à la réadaptation — est estimé à 600 dollars par patiente.
Ce montant, dérisoire à l’échelle d’un budget de santé publique, reste hors de portée de la plupart des femmes concernées. C’est là tout le paradoxe : la solution technique existe, elle est bon marché, et elle n’atteint pas celles qui en ont besoin.
Un enjeu économique
| Donnée économique | Valeur |
|---|---|
| Coût moyen d’une prise en charge complète | 600 dollars par patiente |
| Perte de productivité liée aux fistules non traitées | 691 millions de dollars par an |
| Réparations soutenues par l’UNFPA depuis 2003 | plus de 153 000 |
Prévenir et traiter la fistule constitue donc un investissement rentable : les Nations Unies soulignent qu’une politique efficace réduit les coûts de santé de long terme, limite les pertes de productivité et renforce la stabilité économique des familles et des communautés.
Un enjeu de droits humains
L’UNFPA qualifie la persistance de la fistule obstétricale de violation des droits de la personne en tant que telle. Elle traduit l’incapacité des systèmes de santé à répondre aux besoins des femmes les plus marginalisées, et se situe au croisement de plusieurs violations : mariage des enfants, grossesses précoces, absence d’accès aux soins obstétricaux d’urgence, analphabétisme, pauvreté extrême.
La fistule obstétricale à travers le monde
Afrique subsaharienne : l’épicentre
C’est la région la plus touchée, avec des prévalences nationales considérables. En République démocratique du Congo, une enquête démographique a estimé à plus de 42 000 le nombre de femmes porteuses d’une fistule non traitée. En Côte d’Ivoire, la prévalence a été évaluée à plus de 9 400 cas, avec plus de 250 nouveaux cas annuels. À Madagascar, l’UNFPA a estimé à 50 000 le nombre de femmes concernées, pour plus de 4 000 nouveaux cas par an.
Les facteurs aggravants y sont bien identifiés : mariage précoce, malnutrition entraînant des bassins immatures ou ostéomalaciques, accouchements à domicile, distance aux structures de santé, coût des soins.
Asie du Sud et Asie du Sud-Est
Le Bangladesh, le Népal, le Pakistan et l’Inde comptent également des cohortes importantes de femmes atteintes. Les schémas y sont proches : mariage des filles avant la majorité, première grossesse à l’adolescence, accouchement sans personnel qualifié.
États arabes, Amérique latine et Caraïbes
Ces régions sont également citées par les Nations Unies parmi les zones où des fistules obstétricales persistent, à des niveaux de prévalence plus faibles, souvent concentrés dans les zones de conflit ou les populations les plus isolées.
Les pays à revenu élevé : une pathologie disparue
En Europe occidentale et en Amérique du Nord, la fistule obstétricale a pratiquement disparu grâce à la généralisation de la césarienne en cas de travail bloqué. Elle n’y subsiste qu’à l’état de complication iatrogène rare, consécutive à une chirurgie pelvienne, à une radiothérapie ou à une maladie inflammatoire.
Un cas particulier : les fistules traumatiques
Dans certains contextes de conflit armé, notamment en République démocratique du Congo, une part des fistules génitales n’est pas d’origine obstétricale mais résulte de violences sexuelles. Les enquêtes menées en RDC ont ainsi distingué une prédominance obstétricale (près de 70 % des cas) d’une fraction liée aux violences sexuelles (environ 16 %). La prise en charge chirurgicale y est souvent plus complexe.
Défis et enjeux contemporains
Le déficit de données
L’obstacle le plus structurant reste la méconnaissance de l’ampleur réelle du phénomène. Les fistules ne font l’objet d’aucun système de notification obligatoire dans la plupart des pays concernés. Les chiffres disponibles reposent sur des enquêtes démographiques ponctuelles, des estimations de modélisation ou le décompte des cas reçus dans les structures de santé — c’est-à-dire uniquement les femmes qui parviennent à consulter.
La pénurie de chirurgiens formés
La réparation d’une fistule obstétricale est une chirurgie difficile, qui demande une expertise spécifique rarement enseignée dans les cursus standards. Le nombre de praticiens capables de traiter les cas complexes reste très limité au regard des besoins. Des initiatives de formation existent — la FIGO a lancé en 2012 un programme international formant des chirurgiens spécialisés — mais elles ne comblent pas l’écart.
La stagnation de la mortalité maternelle
Le Secrétaire général des Nations Unies a relevé avec préoccupation que la baisse de la mortalité maternelle mondiale stagne depuis 2016. Or la fistule obstétricale et la mortalité maternelle partagent exactement la même cause immédiate : l’absence de soins obstétricaux d’urgence. Toute stagnation sur l’un des indicateurs se répercute mécaniquement sur l’autre.
La stigmatisation, obstacle au soin
Beaucoup de femmes atteintes ignorent que leur état est curable. D’autres, répudiées et isolées, n’ont plus les ressources ni le soutien familial nécessaires pour entreprendre un déplacement vers un centre spécialisé. La honte allonge le délai entre la survenue de la lésion et sa prise en charge, parfois de plusieurs décennies.
L’après-chirurgie
Réparer la fistule ne suffit pas. Une incontinence résiduelle peut persister et nécessiter une rééducation. Surtout, la réinsertion sociale et économique — retrouver un logement, une activité, une place dans la communauté — constitue un volet à part entière, souvent le moins financé.

Comment participer à la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale
Sensibiliser autour de soi
- Expliquer ce qu’est une fistule obstétricale, sujet rarement abordé et souvent confondu avec d’autres pathologies.
- Rappeler qu’il s’agit d’une lésion évitable et curable, et non d’une fatalité.
- Relayer les publications des organisations spécialisées sur les réseaux sociaux le 23 mai.
Soutenir les acteurs de terrain
- Faire un don à une organisation finançant des missions chirurgicales ou des centres de traitement.
- Soutenir les programmes de formation de sages-femmes, qui agissent en amont sur la prévention.
- Appuyer les projets de réinsertion socio-économique des survivantes, moins visibles que la chirurgie mais tout aussi déterminants.
Dans le monde de la santé
- Organiser une conférence ou une session dédiée dans un établissement de formation en gynécologie-obstétrique, en maïeutique ou en urologie.
- Participer, pour les praticiens concernés, aux missions chirurgicales organisées par les ONG spécialisées.
- Intégrer le sujet aux enseignements de santé mondiale.
Agir sur le plaidoyer
- Interpeller les décideurs sur le financement de l’aide publique au développement consacrée à la santé sexuelle et reproductive.
- Soutenir les campagnes contre le mariage des enfants, l’un des principaux déterminants amont de la fistule.
Focus France
Une maladie éteinte sur le territoire national
Médecins Sans Frontières indique que le dernier cas de fistule obstétricale opéré en France remonte à 1957. La généralisation de la surveillance du travail et de la césarienne d’urgence a fait disparaître cette pathologie du paysage obstétrical français. Les fistules vésico-vaginales encore observées en France sont d’origine chirurgicale, oncologique ou radique, et non obstétricale.
Cette disparition explique aussi le paradoxe de l’expertise : la France ne forme plus de chirurgiens à cette pathologie, alors que ses praticiens sont sollicités pour des missions à l’étranger.
Les ONG françaises engagées
Plusieurs organisations françaises interviennent sur le sujet :
- Médecins Sans Frontières a mis en place dès 2003 des « camps fistules » temporaires adossés à des hôpitaux existants — d’abord en Côte d’Ivoire et au Tchad, puis en Sierra Leone, en Somalie, en République démocratique du Congo, en République centrafricaine et au Mali. Ce format court permet de mobiliser plus facilement des chirurgiens spécialisés.
- Gynécologie Sans Frontières organise des missions chirurgicales et de formation, en partenariat avec des équipes locales.
- Médecins du Monde intervient sur la prise en charge et la prévention dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
- Équilibres & Populations, ONG française de plaidoyer, réunit chaque année urologues et gynécologues français autour de la question et a contribué à structurer les échanges entre spécialités.
- L’Ordre de Malte France organise depuis 2016 des missions fistules à Madagascar, au sein d’une maternité qu’il gère à Antananarivo, avec l’appui de chirurgiens bénévoles français et le soutien de l’UNFPA.
- Santé Sud a documenté et évalué les dispositifs de prise en charge en Afrique de l’Ouest.
Une expertise médicale française spécifique
La chirurgie de la fistule obstétricale est pratiquée, côté français, par un petit nombre d’urologues et de gynécologues, souvent d’anciens médecins militaires ou coopérants. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français a publié des travaux sur la physiopathologie et la prévention de la fistule, et l’Académie nationale de médecine a consacré une communication à la chirurgie des fistules obstétricales, soulignant la difficulté de l’organisation des soins et du suivi postopératoire.
Comment s’informer et agir depuis la France
Les principaux relais francophones d’information sont l’UNFPA, l’Organisation mondiale de la Santé et les ONG citées ci-dessus. Le 23 mai est l’occasion, pour les établissements de santé et les facultés françaises, d’organiser des interventions de sensibilisation, et pour les donateurs de soutenir des programmes dont le coût unitaire — quelques centaines d’euros par patiente opérée — est particulièrement lisible.
Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 23 mai.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée mondiale de la santé, Journée internationale des droits des femmes.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la fistule obstétricale ?
La fistule obstétricale est une perforation qui se forme entre le vagin et la vessie et/ou le rectum à la suite d’un travail prolongé, en l’absence de soins obstétricaux d’urgence. La compression prolongée des tissus par la tête du fœtus provoque leur nécrose puis leur perforation. La femme atteinte souffre alors d’une incontinence urinaire et/ou fécale permanente, à laquelle s’ajoutent des complications médicales chroniques et une exclusion sociale fréquente.
Pourquoi la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale est-elle célébrée le 23 mai ?
La Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale est célébrée le 23 mai parce que l’Assemblée générale des Nations Unies a retenu cette date dans sa résolution A/RES/67/147, adoptée sans vote le 20 décembre 2012. La première édition a eu lieu en 2013. Il s’agit d’une date fixe, qui ne varie pas d’une année sur l’autre.
Combien de femmes sont touchées par la fistule obstétricale dans le monde ?
Environ 500 000 femmes et filles vivent actuellement avec une fistule obstétricale, réparties dans plus de 55 pays d’Afrique subsaharienne, d’Asie, des États arabes, d’Amérique latine et des Caraïbes. À ce stock s’ajoutent chaque année 50 000 à 100 000 nouveaux cas. Près de 97 % des cas se concentrent en Afrique subsaharienne et en Asie-Pacifique.
La fistule obstétricale se soigne-t-elle ?
Oui, la fistule obstétricale se soigne dans la grande majorité des cas. La chirurgie réparatrice, pratiquée par un opérateur formé, atteint des taux de succès pouvant aller jusqu’à 90 % dans les cas les moins complexes. Le coût moyen d’une prise en charge complète est estimé à 600 dollars par patiente. L’obstacle n’est donc pas technique mais économique et géographique : accéder à un centre disposant d’un chirurgien compétent.
Existe-t-il encore des cas de fistule obstétricale en France ?
Il n’existe plus de cas de fistule obstétricale en France : Médecins Sans Frontières situe le dernier cas opéré sur le territoire en 1957. La généralisation de la césarienne en cas de travail bloqué a fait disparaître cette pathologie des pays à revenu élevé. Les fistules vésico-vaginales encore rencontrées en France ont des causes chirurgicales, oncologiques ou radiques, sans lien avec l’accouchement.
Comment prévenir la fistule obstétricale ?
Prévenir la fistule obstétricale suppose d’agir sur trois leviers identifiés par les Nations Unies : repousser l’âge de la première grossesse, mettre fin aux pratiques traditionnelles préjudiciables telles que le mariage des enfants, et garantir un accès rapide à des soins obstétricaux de qualité, incluant la césarienne d’urgence. La formation et le déploiement de sages-femmes qualifiées constituent le pivot opérationnel de cette prévention.
Une lésion que le monde sait guérir
La fistule obstétricale a ceci de singulier qu’elle réunit toutes les conditions de sa propre disparition : on sait la prévenir, on sait l’opérer, et le coût du traitement se compte en centaines de dollars. Ce qui manque n’est ni la science ni la technique, mais l’accès — c’est-à-dire une décision politique et un financement. Le 23 mai rappelle que chaque année de retard se traduit par des dizaines de milliers de femmes de plus condamnées à l’incontinence et au bannissement, alors qu’une césarienne pratiquée à temps aurait suffi. Parler de cette lésion, c’est déjà commencer à la faire reculer.
