19 mai : Journée mondiale du fair-play

Écouter l’article ≈ 17 min
Initialisation du lecteur vocal…
Journée mondiale du fair-play — Poignée de main entre deux sportifs en tenues unies.

Chaque année, le 19 mai, la Journée mondiale du fair-play invite le monde du sport à célébrer une valeur qui ne figure sur aucun tableau d’affichage : la manière dont on gagne, et dont on perd. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 1er juillet 2024, elle promeut la pratique sportive « dans un esprit d’amitié, de solidarité, de tolérance et d’inclusion, dénué de toute discrimination ». Derrière cette journée récente se cache une histoire longue de plus de soixante ans, dont le point de départ est français.

Journée mondiale du fair-play — Un sportif aide un autre à se relever sur une pelouse.
Élément Information
Date 19 mai, chaque année (date fixe)
Nom officiel Journée mondiale du fair-play
Instance Assemblée générale des Nations Unies
Résolution A/RES/78/310, adoptée sans vote le 1er juillet 2024
Projet de résolution A/78/L.85, présenté par la Hongrie
Première édition 19 mai 2025
Objectifs de développement durable visés ODD 3, 4, 5, 10 et 16
Organisation historique de référence Comité international pour le fair-play (CIFP), créé en 1963

C’est quoi le fair-play ?

Le mot vient de l’anglais et se traduit littéralement par « jeu loyal ». Les Nations Unies le décrivent comme un concept à plusieurs dimensions, qui recouvre la compétition loyale, le respect, l’amitié, l’esprit d’équipe, l’égalité et l’intégrité.

Sa caractéristique essentielle : le fair-play ne se réduit pas au respect du règlement. Un joueur peut respecter à la lettre chaque article du code de son sport et se comporter de façon parfaitement déloyale. Le fair-play englobe donc trois niveaux :

  • Les règles écrites : ne pas tricher, ne pas se doper, accepter les décisions arbitrales.
  • Les règles non écrites : rendre le ballon après une blessure, ne pas simuler, ne pas humilier un adversaire dépassé.
  • L’attitude générale : respect inconditionnel des adversaires, des coéquipiers, des arbitres et du public.

La résolution onusienne rappelle que cet esprit est « profondément ancré dans l’idéal olympique ». La Charte olympique fixe en effet comme objectif du Mouvement olympique de contribuer à la pratique du sport « dans un esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play », et depuis les Jeux d’Anvers de 1920, les athlètes prêtent serment au nom de l’esprit sportif lors de la cérémonie d’ouverture.


Origine et histoire de la Journée mondiale du fair-play

Une histoire née à Paris en 1963

L’institutionnalisation du fair-play est une initiative française. En 1963, le champion de tennis Jean Borotra (1898-1994), l’un des « Quatre Mousquetaires » du tennis français des années 1920, réunit à Paris les représentants de l’UNESCO, de l’Association internationale de la presse sportive, du Conseil international pour l’éducation physique et la science du sport, ainsi que ceux de la FIFA, de la FIBA, de la FILA et de l’International Rugby Board. De cette réunion naît le comité chargé d’organiser les Trophées internationaux du fair-play Pierre-de-Coubertin, futur Comité international pour le fair-play (CIFP), dont Borotra devient le premier président.

Le premier trophée est décerné le 29 janvier 1965 au bobeur italien Eugenio Monti. Aux Jeux olympiques d’hiver d’Innsbruck en 1964, alors qu’il est en tête, Monti prête un boulon d’essieu de son propre engin à ses rivaux britanniques Tony Nash et Robin Dixon, immobilisés par une pièce cassée. L’équipage britannique remporte l’or ; Monti obtient le bronze — et une place définitive dans l’histoire du sport.

De l’initiative associative à la reconnaissance onusienne

Date Étape
1963 Création à Paris du futur Comité international pour le fair-play (CIFP), à l’initiative de Jean Borotra
1964 Geste d’Eugenio Monti aux Jeux olympiques d’hiver d’Innsbruck
29 janvier 1965 Premier Trophée international du fair-play Pierre-de-Coubertin décerné à Eugenio Monti
2005 Adoption de la Convention internationale de l’UNESCO contre le dopage dans le sport
7 septembre 2020 Première Journée mondiale du fair-play associative, à l’hôtel de ville de Bruxelles, portée par Panathlon International, le CIFP et le Mouvement européen du fair-play (EFPM)
1er juillet 2024 L’Assemblée générale de l’ONU adopte sans vote la résolution A/RES/78/310, proclamant le 19 mai
19 mai 2025 Première édition officielle de la Journée mondiale du fair-play

Avant l’ONU, la journée existait déjà : depuis 2020, Bruxelles accueillait chaque 7 septembre une cérémonie officielle. Cette date-là n’avait rien d’arbitraire — elle renvoyait à la réunion fondatrice de 1963. Les Nations Unies ont retenu une autre date, le 19 mai, sans que la résolution n’en explicite le motif.

Une résolution portée par la Hongrie

Le projet de résolution A/78/L.85 a été présenté à New York par la Hongrie, au nom d’un groupe initial de seize pays comprenant l’Argentine, l’Azerbaïdjan, le Costa Rica, Djibouti, El Salvador, l’Italie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Maroc, l’Ouzbékistan, les Philippines, le Qatar, la République dominicaine, le Sénégal et la Türkiye. Plus de cinquante États s’y sont associés avant l’adoption, obtenue sans vote, c’est-à-dire par consensus.

Les objectifs principaux de la Journée mondiale du fair-play

  • Promouvoir une pratique sportive non discriminatoire : amitié, solidarité, tolérance, inclusion.
  • Lutter contre la violence et le dopage : deux atteintes directes à l’équité sportive explicitement visées par la résolution.
  • Reconnaître le handisport : le texte souligne le rôle du sport pour les personnes handicapées dans la cohésion sociale.
  • Faire progresser l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles par le sport.
  • Contribuer aux ODD 3, 4, 5, 10 et 16 : santé, éducation, égalité, réduction des inégalités, paix et institutions efficaces.

Importance et impact du fair-play

Une dimension éducative

Le sport est l’un des rares espaces où un enfant apprend, en quelques minutes, à respecter une règle, à accepter une décision qui lui déplaît et à serrer la main de celui qui vient de le battre. C’est cette fonction d’apprentissage que la résolution met en avant en associant la journée à l’ODD 4 (éducation de qualité). Le fair-play y est présenté comme transférable : une attitude apprise sur un terrain se retrouve dans une salle de classe, une entreprise, une famille.

Une dimension sociale et diplomatique

L’ONU rattache la Journée mondiale du fair-play au point de son ordre du jour intitulé « Le sport au service du développement et de la paix ». La logique est ancienne : la trêve olympique (ekecheiria), née au VIIIᵉ siècle avant notre ère et rétablie symboliquement par le CIO en 1992, repose sur l’idée qu’une compétition loyale peut suspendre des hostilités. Le sport franchit les barrières linguistiques et culturelles ; le fair-play est ce qui rend ce franchissement fréquentable.

Une dimension éthique : le dopage comme contre-modèle

Le dopage est le négatif exact du fair-play : il ne viole pas seulement une règle, il détruit la comparabilité des performances. La Convention internationale de l’UNESCO contre le dopage dans le sport, adoptée en 2005, reste le seul traité international en la matière ; elle donne aux États le cadre juridique leur permettant d’appliquer les principes du Code mondial antidopage.

Indicateur (France, données AFLD) 2023 2024
Résultats d’analyse anormaux (RAA) 105 93
Part des prélèvements du programme annuel 0,87 % 0,75 %
Contrôles réalisés hors compétition 50 % 50 %
Échantillons prélevés (programme de l’Agence) — 12 346
Participants aux actions d’éducation et de prévention — 10 881

À titre de comparaison, l’Agence mondiale antidopage situait le taux mondial de résultats anormaux à 0,77 % en 2022. Un nombre élevé de cas positifs ne signale donc pas nécessairement un sport plus tricheur : il reflète d’abord l’intensité du dispositif de contrôle.


Le fair-play à travers le monde

Des traditions et des mots différents

La notion est universelle, sa formulation ne l’est pas. Le français a adopté l’anglicisme fair-play sans jamais imposer d’équivalent — « franc-jeu », recommandé au Québec, reste peu employé en France. Le japonais mobilise plutôt les codes du reigi (l’étiquette), qui impose le salut avant et après le combat en judo ou en kendo, indépendamment du résultat. Le rugby a codifié la sienne dans le troisième mi-temps et le respect quasi rituel de l’arbitre, tutoyé nulle part et contesté rarement.

Des gestes devenus des références

Le CIFP décerne chaque année plusieurs distinctions, dont le trophée Pierre-de-Coubertin, qui récompense un geste ponctuel ayant coûté ou pu coûter la victoire à son auteur, et le trophée Jean-Borotra, qui salue une carrière entière conduite dans cet esprit. Parmi les gestes entrés dans la mémoire collective :

  • Eugenio Monti (bobsleigh, Innsbruck 1964), prêtant une pièce à ses rivaux britanniques.
  • Alexeï Nemov (gymnastique, Athènes 2004), calmant un public qui huait les juges pour permettre à son concurrent suivant de s’exprimer.
  • Nikki Hamblin et Abbey D’Agostino (athlétisme, Rio 2016), s’entraidant après une chute sur le 5 000 m.

Une géographie institutionnelle contrastée

Le fair-play est structuré de façon très inégale selon les continents : l’Europe dispose d’un mouvement dédié (l’EFPM) et de comités nationaux dans une majorité de pays, tandis que d’autres régions s’appuient surtout sur les fédérations internationales et les comités olympiques nationaux. La Journée mondiale vise précisément à corriger ce déséquilibre en donnant un rendez-vous commun à des acteurs jusqu’ici dispersés.


Défis et enjeux contemporains

La violence dans le sport amateur

C’est le défi le plus visible. Le sport de masse, faiblement encadré et fortement investi émotionnellement, concentre l’essentiel des incivilités. En France, la Fédération française de football dispose depuis 2006 d’un Observatoire des comportements qui recense chaque saison les incidents survenus sur et en dehors du terrain.

Football amateur français, saison 2018-2019 Donnée
Rencontres officielles organisées environ 675 000
Matchs comportant au moins un incident 12 341, soit 1,8 %
Incident le plus fréquent agression verbale (49 %)
Auteurs des faits joueurs (89 %)
Victimes joueurs (57 %), arbitres (38 %)
Matchs perturbés par des spectateurs 356, soit 3 % des matchs à incident

Deux enseignements : plus de 98 % des matchs se déroulent sans incident, et la violence des tribunes, très médiatisée, est marginale dans le sport amateur comparée à celle qui se produit entre acteurs du jeu.

La protection des arbitres

L’arbitre est la cible privilégiée. En France, la loi n° 2006-1294 du 23 octobre 2006 a créé l’article L223-2 du code du sport : les arbitres et juges sont considérés comme chargés d’une mission de service public au sens du code pénal, et les atteintes dont ils sont victimes dans l’exercice de leur mission sont réprimées par des peines aggravées. Un dispositif protecteur, mais dont l’efficacité dépend d’un préalable : que les arbitres portent plainte.

Le dopage, la corruption et les paris

Aux formes classiques de tricherie s’ajoutent la manipulation de compétitions liée aux paris sportifs, les stratégies d’optimisation à la limite du règlement, et le harcèlement en ligne des athlètes et des officiels après une défaite ou une décision contestée. Le fair-play du XXIᵉ siècle se joue désormais autant sur les réseaux sociaux que sur le terrain.


Journée mondiale du fair-play — Ballon et chasubles unies posés sur un banc de terrain.

Comment célébrer la Journée mondiale du fair-play

Dans les clubs et les fédérations

  • Organiser une rencontre sans arbitre, où les joueurs s’auto-arbitrent — l’exercice éducatif le plus efficace qui soit.
  • Remettre un prix du fair-play interne : à une équipe, à un supporter, à un éducateur.
  • Instaurer une haie d’honneur systématique en fin de match sur toutes les catégories du week-end.
  • Afficher dans les vestiaires le rappel des sanctions encourues en cas d’agression d’un arbitre.

Dans les établissements scolaires

  • Débattre en EPS d’un cas concret : que faire quand l’arbitre se trompe en votre faveur ?
  • Étudier le geste d’Eugenio Monti comme étude de cas d’éthique appliquée.
  • Faire rédiger par les élèves la charte de fair-play de leur classe ou de leur association sportive.

Individuellement

  • Rendre le ballon, saluer l’adversaire, remercier l’arbitre : le fair-play est d’abord une somme de gestes minuscules.
  • Reconnaître une faute que l’arbitre n’a pas vue — la démarche la plus coûteuse, et la plus déterminante.
  • Adopter dans les tribunes, en tant que parent, le comportement que l’on attend de son enfant sur le terrain.

Focus France : le pays fondateur du fair-play institutionnel

La France occupe une place singulière dans cette histoire. Pierre de Coubertin a placé le fair-play au cœur du projet olympique moderne ; Jean Borotra a créé en 1963 l’organisation qui allait le transformer en institution ; Jacques Ferran, journaliste français, en fut le premier secrétaire général. Le trophée Jean-Borotra porte aujourd’hui encore le nom du champion basque, mort en 1994 et inhumé à Arbonne, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Sur le plan des politiques publiques, la France s’appuie sur plusieurs leviers :

Levier Contenu
Loi du 23 octobre 2006 Statut de personne chargée d’une mission de service public pour les arbitres et juges (art. L223-2 du code du sport)
Observatoire des comportements (FFF) Recensement systématique des incidents dans le football amateur depuis 2006
Charte d’éthique et de déontologie du sport français Adoptée par le CNOSF en 2012, déclinée par les fédérations
Agence française de lutte contre le dopage Contrôles, enquêtes depuis 2021, et réseau de 185 éducateurs agréés

L’héritage des Jeux de Paris 2024 a par ailleurs porté le dispositif antidopage français à un niveau inédit : le nombre de prélèvements a progressé d’environ 50 % entre 2018 et 2024.


Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 19 mai.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée mondiale du football, Journée internationale du sport au service du développement et de la paix.

Foire aux questions

Quand a lieu la Journée mondiale du fair-play ? La Journée mondiale du fair-play a lieu le 19 mai de chaque année. Il s’agit d’une date fixe, qui ne se déplace pas selon les années.

Qui a créé la Journée mondiale du fair-play ? La Journée mondiale du fair-play a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté sans vote la résolution A/RES/78/310 le 1er juillet 2024. Le projet de résolution avait été présenté par la Hongrie au nom d’un groupe de seize pays. La première édition s’est tenue le 19 mai 2025.

Que signifie exactement le fair-play ? Le fair-play signifie bien plus que le respect du règlement : il désigne l’ensemble des comportements loyaux dans le sport — compétition équitable, respect des adversaires, des arbitres et des supporters, refus de la violence et du dopage. Il inclut le respect des règles non écrites, celles qu’aucune sanction ne vient garantir.

Pourquoi la Journée mondiale du fair-play est-elle célébrée le 19 mai ? La Journée mondiale du fair-play est célébrée le 19 mai parce que la résolution onusienne de 2024 a retenu cette date, sans en préciser publiquement le motif. Auparavant, la journée était organisée par le milieu associatif le 7 septembre, en référence à la réunion fondatrice du Comité international pour le fair-play en 1963.

Quel est le geste de fair-play le plus célèbre de l’histoire ? Le geste de fair-play le plus célèbre de l’histoire est celui d’Eugenio Monti aux Jeux olympiques d’hiver d’Innsbruck en 1964 : le bobeur italien prêta une pièce de son propre engin à ses rivaux britanniques, qui remportèrent l’or. Il reçut pour cela le premier Trophée international du fair-play Pierre-de-Coubertin.

Quel est le rôle de la France dans l’histoire du fair-play ? Le rôle de la France dans l’histoire du fair-play est fondateur : c’est à Paris, en 1963, que le champion de tennis Jean Borotra réunit les organisations à l’origine du Comité international pour le fair-play, dont il devint le premier président. Pierre de Coubertin avait auparavant inscrit cette valeur au cœur de l’olympisme moderne.


Le plus dur des gestes

Le fair-play n’a pas besoin d’un stade, ni d’un public, ni d’une caméra. Il tient dans un boulon d’essieu prêté à un adversaire qui va vous passer devant, dans une main tendue après une défaite, dans un « c’était faute, monsieur l’arbitre » que personne n’attendait. Le 19 mai, chaque club, chaque école, chaque tribune a l’occasion de rappeler que la victoire n’est pas la seule chose qui compte — et que la façon de l’obtenir survit souvent au score.

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *