3 mai : Journée mondiale de la liberté de la presse

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Journée mondiale de la liberté de la presse — Appareil photo sans marque et carnet fermé sur une table.

Chaque 3 mai, la Journée mondiale de la liberté de la presse rappelle aux États leur obligation de garantir le droit d’informer et d’être informé. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1993 sur recommandation de la Conférence générale de l’UNESCO, elle commémore l’adoption de la Déclaration de Windhoek, texte fondateur rédigé par une soixantaine de journalistes africains le 3 mai 1991 en Namibie.

Journée mondiale de la liberté de la presse — Deux adultes vus de dos échangent avec un microphone.

Cette journée n’est pas une célébration convenue. Elle intervient dans un contexte de dégradation continue : la liberté d’expression a reculé de 10 % dans le monde depuis 2012 selon l’UNESCO, et plus de la moitié des pays de la planète sont désormais classés en situation « difficile » ou « très grave » par Reporters sans frontières. Le 3 mai est aussi le jour où l’on rend hommage aux journalistes tués ou emprisonnés dans l’exercice de leur métier.

Élément Information
Date 3 mai (date fixe)
Nom officiel Journée mondiale de la liberté de la presse
Proclamation Assemblée générale des Nations Unies, décision 48/432 du 20 décembre 1993
Origine Résolution 26 C/4.3 de la Conférence générale de l’UNESCO (novembre 1991)
Événement commémoré Déclaration de Windhoek, adoptée le 3 mai 1991
Agence chef de file UNESCO
Prix associé Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano (créé en 1997)
Fondement juridique Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948)

C’est quoi la liberté de la presse ?

La liberté de la presse désigne le droit, pour les journalistes et les médias, de collecter, traiter et diffuser des informations sans censure préalable, sans pression politique ou économique, et sans risque de représailles. Elle constitue le prolongement collectif de la liberté d’expression individuelle.

L’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 en pose le socle : toute personne a le droit de chercher, recevoir et répandre les informations et les idées, sans considération de frontières. Dès 1946, la résolution A/RES/59(I) de l’Assemblée générale des Nations Unies avait qualifié la liberté d’information de droit fondamental.

Concrètement, la liberté de la presse repose sur plusieurs conditions cumulatives :

  • Un cadre juridique protecteur : absence de censure, dépénalisation des délits de presse, protection du secret des sources.
  • Un pluralisme réel : diversité des titres, des lignes éditoriales et des actionnaires.
  • L’indépendance éditoriale : séparation entre les propriétaires de médias et le contenu des rédactions.
  • La sécurité physique et numérique des journalistes.
  • Une viabilité économique permettant aux rédactions de ne pas dépendre d’un mécène ou d’un pouvoir public.
  • L’accès aux documents publics et la transparence administrative.

Il faut distinguer trois notions souvent confondues. La liberté d’expression est le droit de chacun de dire ce qu’il pense. La liberté d’information est le droit d’accéder aux informations détenues par les organismes publics. La liberté de la presse est le droit des médias d’exercer leur mission d’enquête et de publication. Les trois sont indissociables : sans accès aux documents publics, l’enquête est impossible ; sans protection des journalistes, la publication devient dangereuse.

Origine et histoire de la Journée mondiale de la liberté de la presse

La Déclaration de Windhoek, texte fondateur

Du 29 avril au 3 mai 1991, l’UNESCO et le Département de l’information des Nations Unies organisent à Windhoek, capitale de la Namibie fraîchement indépendante, un séminaire intitulé « Promotion d’une presse africaine indépendante et pluraliste ». Soixante-trois participants venus de trente-huit pays y prennent part.

Au terme des travaux, les journalistes africains adoptent le 3 mai 1991 la Déclaration de Windhoek pour le développement d’une presse africaine indépendante et pluraliste. Le texte dénonce sans détour la censure d’État, les emprisonnements arbitraires et les monopoles publics sur l’information, et définit les conditions d’une presse libre. Il propose également qu’une journée soit consacrée chaque année à la liberté de la presse.

L’onde de choc dépasse largement le continent africain. Quatre séminaires régionaux similaires suivront : Alma-Ata (Kazakhstan, 1992) pour l’Asie, Santiago du Chili (1994) pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Sanaa (Yémen, 1996) pour les pays arabes, et Sofia (Bulgarie, 1997) pour l’Europe. En avril 2025, l’UNESCO a inscrit la Déclaration de Windhoek au registre international Mémoire du monde, aux côtés de textes tels que les Conventions de Genève.

De la résolution 26 C/4.3 à la décision 48/432

En novembre 1991, la vingt-sixième session de la Conférence générale de l’UNESCO adopte la résolution 26 C/4.3. Les États membres y expriment leur satisfaction devant les résultats du séminaire de Windhoek et invitent le Directeur général à étendre l’initiative aux autres régions du monde, à célébrer l’anniversaire de la Déclaration et à transmettre à l’Assemblée générale des Nations Unies le souhait de voir le 3 mai proclamé journée internationale de la liberté de la presse.

Le 20 décembre 1993, l’Assemblée générale des Nations Unies donne suite par la décision 48/432, adoptée sur recommandation du Conseil économique et social (ECOSOC). Le 3 mai devient officiellement la Journée mondiale de la liberté de la presse. Le choix de la date n’a rien d’arbitraire : il fait de l’anniversaire d’un texte africain la référence mondiale en la matière.

Chronologie de la liberté de la presse aux Nations Unies

Année Étape
1946 Résolution A/RES/59(I) : la liberté d’information reconnue comme droit fondamental
1948 Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
1966 Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
1991 Séminaire et Déclaration de Windhoek (3 mai) ; résolution UNESCO 26 C/4.3 (novembre)
1993 Décision 48/432 de l’Assemblée générale : proclamation du 3 mai (20 décembre)
1997 Création du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano
2012 Adoption du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité
2013 Proclamation du 2 novembre, Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes
2015 Résolution 2222 du Conseil de sécurité sur la protection des journalistes en conflit armé ; cible 16.10 des Objectifs de développement durable
2025 Inscription de la Déclaration de Windhoek au registre Mémoire du monde de l’UNESCO

Les objectifs de la Journée mondiale de la liberté de la presse

Les Nations Unies assignent quatre finalités explicites à cette journée :

  • Célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse : rappeler que le droit à l’information n’est pas un privilège corporatiste mais un droit citoyen.
  • Évaluer l’état de la liberté de la presse dans le monde : la date sert de rendez-vous annuel pour la publication de bilans et d’indices, dont le Classement mondial de RSF.
  • Défendre l’indépendance des médias : alerter sur les atteintes à l’autonomie éditoriale, qu’elles viennent des États, des actionnaires ou des plateformes.
  • Rendre hommage aux journalistes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur profession.

Le 3 mai constitue aussi une journée de réflexion déontologique interne à la profession, sur l’éthique, la vérification et la responsabilité des rédactions.

L’importance et l’impact de la liberté de la presse

Une condition de la démocratie

Sans presse libre, il n’existe ni contrôle du pouvoir, ni débat public informé, ni sanction électorale éclairée. C’est le sens de la formule consacrée du « quatrième pouvoir » : un contre-pouvoir non institutionnel, dont la légitimité repose sur la seule crédibilité de ses vérifications.

Les Nations Unies rattachent explicitement la liberté de la presse au développement durable : l’indicateur 16.10.1 des Objectifs de développement durable mesure le nombre de cas vérifiés de meurtres, enlèvements, disparitions forcées, détentions arbitraires et actes de torture visant journalistes, syndicalistes et défenseurs des droits humains.

Une profession sous pression : les chiffres mondiaux

Les données publiées par Reporters sans frontières et l’UNESCO dressent un tableau convergent.

Indicateur Donnée Source
Journalistes tués en 2025 67 dans 22 pays RSF, bilan au 1er décembre 2025
Part liée à la guerre ou au crime organisé au moins 53 (79 %) RSF, bilan 2025
Journalistes tués à Gaza en 2025 29 RSF, bilan 2025
Journalistes détenus dans le monde 503 dans 47 pays RSF, au 1er décembre 2025
Journalistes otages 20 RSF, bilan 2025
Journalistes disparus 135 RSF, bilan 2025
Taux mondial d’impunité pour les meurtres de journalistes 85 % (contre 95 % en 2012) UNESCO, 2024
Recul de la liberté d’expression depuis 2012 – 10 % UNESCO, rapport mondial 2022-2025
Progression de l’autocensure + 60 % UNESCO, rapport mondial 2022-2025

Les trois plus grandes prisons de journalistes au monde sont la Chine (121 détenus), la Russie (48) et la Birmanie (47), selon le bilan RSF arrêté au 1er décembre 2025. La Russie détient par ailleurs le plus grand nombre de journalistes étrangers, dont vingt-six Ukrainiens.

Une fragilité économique croissante

L’affaiblissement des médias ne procède plus seulement de la répression. L’effondrement des recettes publicitaires captées par les plateformes, la baisse de la diffusion papier et la difficulté à monétiser l’audience numérique fragilisent les rédactions indépendantes. Un média exsangue devient une proie : rachat par un acteur aux intérêts extérieurs à l’information, dépendance aux subventions, ou course à l’audience au détriment de l’enquête.

L’UNESCO souligne que cette fragilité économique agit comme un facteur d’autocensure au même titre que l’intimidation judiciaire ou le harcèlement en ligne.

Une dimension spécifiquement genrée

L’étude The Chilling publiée par l’UNESCO en 2021 a établi que 73 % des femmes journalistes interrogées avaient subi des menaces en ligne, et qu’une sur quatre avait ensuite été victime d’agressions hors ligne. La montée en puissance de l’intelligence artificielle générative a aggravé ces violences, notamment par la production de contenus manipulés à des fins d’humiliation.

La liberté de la presse à travers le monde

Le Classement mondial de la liberté de la presse publié chaque année par Reporters sans frontières évalue 180 pays et territoires sur cinq indicateurs : politique, économique, légal, socioculturel et sécuritaire. Le score va de 0 à 100, un score élevé traduisant une bonne situation.

Les grandes tendances

L’édition 2026 marque un seuil historique : pour la première fois en vingt-cinq ans d’existence du classement, plus de la moitié des pays du monde (52,2 %) sont classés en situation « difficile » ou « très grave », contre seulement 13,7 % en 2002. Autre basculement : en 2002, 20 % de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était jugée « bonne ». Aujourd’hui, moins de 1 % de l’humanité est dans ce cas.

L’indicateur qui se dégrade le plus est le cadre légal, en recul dans 110 pays sur 180 entre 2025 et 2026. La pression sur la presse passe désormais moins par la censure frontale que par le droit détourné : lois antiterroristes, secret-défense étendu, législations sur la « désinformation », procédures-bâillons.

Extrêmes du classement 2026

Rang Pays / territoire
1er Norvège (en tête pour la dixième année consécutive)
2e Pays-Bas
3e Estonie
25e France
64e États-Unis (– 7 places)
178e Chine
179e Corée du Nord
180e Érythrée (dernière depuis trois ans)

Variations régionales

Europe de l’Est et Moyen-Orient demeurent, depuis un quart de siècle, les deux régions les plus dangereuses pour les journalistes. Les conflits armés en Irak, au Soudan, au Yémen et en Palestine y pèsent lourdement, tout comme la répression en Russie et en Iran.

L’Afrique connaît des évolutions contrastées. Le Sahel enregistre la dégradation la plus brutale : le Niger perd trente-sept places dans l’édition 2026, pris en étau entre les attaques de groupes armés et la répression exercée par les juntes au pouvoir.

Les Amériques basculent sous le double effet du crime organisé et de l’hostilité politique. Le Mexique reste l’un des pays les plus meurtriers pour la profession, avec neuf journalistes tués en 2025. L’Équateur et le Pérou plongent dans le classement 2026 à la suite d’assassinats de journalistes.

L’Asie-Pacifique concentre les plus grandes prisons de journalistes. Hong Kong a perdu 122 places depuis la reprise en main par Pékin.

Une remontée notable existe cependant : la Syrie, passée de la 177e à la 141e place dans l’édition 2026, soit la plus forte progression de l’année, un an après la chute du régime de Bachar al-Assad.

Les défis contemporains de la liberté de la presse

La criminalisation du journalisme

Le phénomène est mondial et touche les démocraties. Le dévoiement des lois de sécurité nationale, adoptées ou élargies après 2001, permet d’interdire la couverture de sujets d’intérêt général. Les accusations de « terrorisme », d’« atteinte à l’intégrité du territoire » ou de « diffusion de fausses informations » servent de motif d’incarcération.

Les procédures-bâillons (SLAPP, strategic lawsuits against public participation) constituent l’autre versant : des poursuites répétées et manifestement infondées, aux demandes de dommages-intérêts exorbitantes, destinées à épuiser financièrement les rédactions plutôt qu’à obtenir gain de cause. L’Union européenne a adopté une directive anti-SLAPP, dont la transposition nationale reste inégale.

La désinformation et la manipulation de l’information

La circulation à grande échelle de contenus faux ou manipulés, désormais amplifiée par l’IA générative, produit un double effet : elle sature l’espace informationnel et elle sert de prétexte à des législations restrictives. Les États adoptant des lois « contre la désinformation » les utilisent fréquemment contre le journalisme critique plutôt que contre les réseaux de propagande.

L’impunité, moteur du cycle de violence

Selon l’UNESCO, 85 % des meurtres de journalistes recensés restent judiciairement non élucidés. Le taux a certes baissé (il atteignait 95 % en 2012), mais son niveau reste tel que l’assassinat d’un journaliste demeure, dans la plupart des cas, un crime sans conséquence pour son auteur. C’est cette absence de sanction qui alimente les meurtres suivants et pousse des rédactions entières à l’autocensure.

La concentration capitalistique et la dépendance aux plateformes

La concentration de médias entre les mains d’un nombre restreint d’acteurs économiques pose une question d’indépendance éditoriale, y compris dans les pays bien classés. Parallèlement, la dépendance des rédactions aux algorithmes de distribution des plateformes déplace le pouvoir de hiérarchisation de l’information hors des rédactions.

Journée mondiale de la liberté de la presse — Casque audio, stylo et carnet sans inscription sur un bureau.

Comment participer à la Journée mondiale de la liberté de la presse

La conférence mondiale et le Prix Guillermo Cano

Chaque année, l’UNESCO organise une conférence mondiale accueillie par un État hôte différent, réunissant journalistes, juristes, représentants de la société civile et responsables publics. C’est également à cette occasion qu’est décerné le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano, créé en 1997. Il distingue une personne, une organisation ou une institution ayant contribué de manière notable à la défense de la liberté de la presse. Il porte le nom de Guillermo Cano Isaza, journaliste colombien assassiné en 1986 devant les bureaux de son journal El Espectador, à Bogota.

Dans les rédactions et les établissements scolaires

  • Portes ouvertes et rencontres organisées par les médias avec leur public.
  • Interventions de journalistes en classe, souvent adossées aux dispositifs d’éducation aux médias et à l’information.
  • Tables rondes déontologiques au sein des rédactions, sur la vérification, le traitement des sources et la transparence.

Actions de sensibilisation en ligne

  • Publication des bilans annuels et des classements, largement relayés le 3 mai.
  • Campagnes de soutien aux journalistes emprisonnés, incluant la publication de leurs noms et de leurs dossiers.
  • Diffusion d’enquêtes en accès libre par certains médias pour la journée.

À l’échelle individuelle

  • Vérifier avant de partager : remonter à la source primaire d’une information avant de la relayer.
  • S’abonner à un média : le financement direct par le lecteur est le levier le plus concret d’indépendance éditoriale.
  • Diversifier ses sources, notamment entre presse nationale, presse régionale et médias étrangers.
  • Soutenir les organisations de défense de la profession (RSF, Fédération internationale des journalistes, Comité pour la protection des journalistes).

La liberté de la presse en France

Un socle juridique ancien

La France dispose de l’un des cadres les plus anciens au monde en matière de liberté de la presse.

Texte Date Apport principal
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, art. 11 1789 La libre communication des pensées et des opinions érigée en droit fondamental
Loi sur la liberté de la presse 29 juillet 1881 Suppression de l’autorisation préalable, régime de responsabilité en cascade, définition des délits de presse
Loi Brachard 29 mars 1935 Statut du journaliste professionnel, création de la commission de la carte de presse
Charte de Munich 1971 Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (texte déontologique européen)
Loi relative à la protection du secret des sources 4 janvier 2010 Protection du secret des sources, sauf « impératif prépondérant d’intérêt public »
Loi Bloche 14 novembre 2016 Indépendance et pluralisme des médias, comités d’honnêteté et d’indépendance de l’information
Loi contre la manipulation de l’information 22 décembre 2018 Dispositif applicable en période électorale

La loi du 29 juillet 1881 demeure le texte de référence. Son article 1er est resté d’une brièveté remarquable : l’imprimerie et la librairie sont libres. Elle a survécu à cinq républiques.

Les institutions françaises de la presse

  • La CCIJP (Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels), créée en 1935, délivre la carte de presse sur les critères de l’article L. 7111-3 du Code du travail.
  • La CPPAP (Commission paritaire des publications et agences de presse) reconnaît le caractère de presse d’information générale, ouvrant droit au taux de TVA super-réduit et aux aides publiques.
  • L’Arcom, née le 1er janvier 2022 de la fusion du CSA et de la Hadopi, veille notamment au pluralisme des courants de pensée dans l’audiovisuel.

La profession en chiffres

Indicateur Donnée
Cartes de presse délivrées en 2025 34 784 (– 0,5 % sur un an)
Premières demandes en 2025 1 858 (– 8,9 %)
Âge moyen des titulaires 44,1 ans
Part des journalistes en Île-de-France 54,4 %
Région la plus dotée hors Île-de-France Bretagne (1 483 cartes)
Aides directes à la presse versées en 2024 175,2 M€ à 527 titres
dont aides au pluralisme 23,4 M€ à 375 titres
Dépenses fiscales associées environ 65 M€, dont 58 M€ au titre de la TVA super-réduite
Points de vente fermés entre 2014 et 2024 6 893 (– 27 %)

Une 25e place qui ne dit pas tout

La France figure au 25e rang du Classement mondial de la liberté de la presse dans l’édition 2026, stable d’une année sur l’autre. Le pays est classé en situation « plutôt bonne » — et non « bonne », mention réservée à sept pays d’Europe du Nord. RSF mentionne explicitement la France parmi les pays relativement bien classés où se rencontrent néanmoins des entraves juridiques au travail des journalistes.

Trois points de friction reviennent dans les analyses : la concentration capitalistique du secteur, l’usage de procédures-bâillons contre des rédactions d’enquête, et le périmètre imprécis de l’« impératif prépondérant d’intérêt public » qui permet de lever le secret des sources dans la loi de 2010.

Les États généraux de l’information, lancés à l’automne 2023 et conclus à l’automne 2024 par un comité de pilotage présidé par Bruno Patino, ont formulé quinze propositions : révision des règles de concentration, renforcement du secret des sources, législation contre les procédures-bâillons, responsabilisation des plateformes. Leur traduction législative est demeurée partielle.

Le prix payé par les journalistes français

La France a perdu plusieurs journalistes dans l’exercice de leur métier au cours des dernières décennies. Ghislaine Dupont et Claude Verlon, de RFI, ont été enlevés puis assassinés à Kidal, au Mali, le 2 novembre 2013 — date retenue par les Nations Unies pour la Journée internationale de la fin de l’impunité. Frédéric Leclerc-Imhoff (BFMTV) a été tué en Ukraine en mai 2022, Arman Soldin (AFP) en mai 2023, et le photoreporter Antoni Lallican par une frappe de drone russe en Ukraine en 2025.

L’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, au cours duquel douze personnes ont été tuées, demeure l’attaque la plus meurtrière jamais commise contre un média en France.

Une confiance fragile

Le baromètre annuel La Croix – Verian – La Poste, réalisé depuis 1987, mesure le rapport des Français à l’information. Sa 39e édition, publiée en janvier 2026 (enquête menée fin novembre 2025 auprès de 1 500 personnes), livre un constat en tension :

  • 61 % des Français estiment qu’il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité ; 31 % déclarent leur faire confiance.
  • 71 % suivent l’actualité avec intérêt, soit cinq points de moins qu’en 2024.
  • 56 % ont une bonne opinion du métier de journaliste.
  • 65 % font confiance aux journaux télévisés, 63 % à la presse régionale.
  • 78 % demandent une séparation claire entre information et opinion ; 77 % réclament l’indépendance des journalistes vis-à-vis des propriétaires de médias.
  • 65 % considèrent les médias comme un contre-pouvoir indispensable en démocratie.

Le paradoxe est instructif : la défiance vise « les médias » comme institution abstraite, tandis que la confiance résiste dès que l’on interroge les Français sur les titres qu’ils consultent réellement.

Pour replacer cette journée dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 3 mai.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée mondiale des télécommunications et de la société de l’information, Journée mondiale de la propriété intellectuelle.

Foire aux questions sur la Journée mondiale de la liberté de la presse

Quand a lieu la Journée mondiale de la liberté de la presse ?

La Journée mondiale de la liberté de la presse a lieu chaque année le 3 mai. Il s’agit d’une date fixe, qui ne varie pas selon les années ni selon les pays.

Pourquoi la Journée mondiale de la liberté de la presse est-elle célébrée le 3 mai ?

La Journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée le 3 mai parce que cette date est celle de l’adoption, le 3 mai 1991, de la Déclaration de Windhoek. Ce texte a été rédigé par une soixantaine de journalistes africains réunis en Namibie lors d’un séminaire de l’UNESCO consacré au développement d’une presse africaine indépendante et pluraliste. Retenir cette date revenait à faire d’une initiative africaine la référence mondiale en matière de liberté de la presse.

Qui a créé la Journée mondiale de la liberté de la presse ?

La Journée mondiale de la liberté de la presse a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, par la décision 48/432 du 20 décembre 1993, adoptée sur recommandation du Conseil économique et social. Cette proclamation faisait suite à la résolution 26 C/4.3 de la Conférence générale de l’UNESCO, adoptée en novembre 1991, par laquelle les États membres avaient demandé que le 3 mai soit consacré à la liberté de la presse. L’UNESCO reste l’agence chef de file de cette journée.

Quel est le pays le plus libre pour la presse et quel est le pire ?

Selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de Reporters sans frontières, la Norvège est le pays le plus libre pour la presse, en tête pour la dixième année consécutive, devant les Pays-Bas et l’Estonie. À l’autre extrémité, l’Érythrée occupe la 180e et dernière place, position qu’elle conserve depuis trois ans, précédée de la Corée du Nord (179e) et de la Chine (178e). Ce classement évalue chaque année 180 pays et territoires.

Quelle est la place de la France dans le classement mondial de la liberté de la presse ?

La place de la France dans le classement mondial de la liberté de la presse est la 25e sur 180 dans l’édition 2026 de Reporters sans frontières, un rang stable par rapport à l’année précédente. La France est classée en situation « plutôt bonne », et non « bonne », mention réservée à sept pays d’Europe du Nord. RSF pointe notamment les entraves juridiques, les procédures-bâillons et la concentration capitalistique du secteur.

Combien de journalistes sont tués et emprisonnés chaque année dans le monde ?

Le nombre de journalistes tués et emprisonnés chaque année dans le monde reste considérable. Selon le bilan annuel de Reporters sans frontières arrêté au 1er décembre 2025, 67 journalistes ont été tués dans 22 pays au cours des douze mois écoulés, dont au moins 53 victimes de la guerre ou du crime organisé. À la même date, 503 journalistes étaient détenus dans 47 pays, principalement en Chine (121), en Russie (48) et en Birmanie (47), auxquels s’ajoutent 20 otages et 135 disparus. L’UNESCO estime par ailleurs que 85 % des meurtres de journalistes restent judiciairement non élucidés.

Un droit qui ne se défend pas tout seul

La liberté de la presse n’a jamais été acquise nulle part de manière définitive. Le classement 2026 le rappelle brutalement : ce ne sont plus seulement les dictatures qui rognent le droit d’informer, mais aussi des démocraties qui détournent leurs propres lois. Le journalisme ne s’éteint pas d’un coup ; il s’étouffe lentement, sous les procédures, les pressions économiques et le découragement.

Le 3 mai n’appartient pas aux seuls journalistes. Une information vérifiée est un bien commun, et sa disparition se paie par tous. S’abonner à un média, remonter à la source avant de partager, refuser l’indignation en quinze secondes : ces gestes ordinaires pèsent davantage qu’il n’y paraît. Le jour où la presse cesse d’être libre, ce n’est pas la profession qui perd la parole — c’est le public qui perd la vue.


Sources

  • Nations Unies, page officielle de la Journée mondiale de la liberté de la presse et page « Historique »
  • UNESCO, résolution 26 C/4.3 (1991) ; Déclaration de Windhoek (1991) ; registre Mémoire du monde (2025)
  • UNESCO, Rapport mondial sur les tendances en matière de liberté d’expression et de développement des médias 2022-2025
  • UNESCO, Observatoire des journalistes assassinés ; étude The Chilling (2021)
  • Reporters sans frontières, Classement mondial de la liberté de la presse 2026 et méthodologie
  • Reporters sans frontières, Bilan annuel 2025 des exactions commises contre les journalistes
  • CCIJP, chiffres clés du millésime 2025
  • Ministère de la Culture, tableaux des titres de presse aidés (2024) ; Sénat, rapport sur le programme 180 « Presse et médias » (PLF 2026)
  • Baromètre La Croix – Verian – La Poste sur la confiance des Français dans les médias, 39e édition
  • États généraux de l’information, rapport du comité de pilotage (2024)
Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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