Chaque 24 décembre, les Nations Unies célèbrent la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution A/RES/79/243, adoptée sans vote le 24 décembre 2024, elle est portée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC/UNODC), dont le siège se trouve à Vienne.

La date n’a rien d’anodin : elle marque l’anniversaire de l’adoption de la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité, premier traité mondial de portée générale en la matière, obtenu au terme de cinq années de négociations. La journée a pour but de sensibiliser aux menaces numériques et de faire connaître le rôle de cette Convention dans la prévention et la répression de la cybercriminalité.
À l’heure où plus des deux tiers de l’humanité sont connectés à Internet, cette journée rappelle une réalité brutale : le crime s’est numérisé aussi vite que nos sociétés.
C’est quoi la cybercriminalité ?
La cybercriminalité regroupe l’ensemble des infractions commises au moyen des systèmes d’information et de communication. Les spécialistes distinguent classiquement deux grandes familles.
| Famille | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Infractions dépendantes du numérique (cyber-dependent) | L’outil informatique est à la fois la cible et le moyen | Rançongiciels, piratage de comptes, attaques par déni de service, logiciels espions |
| Infractions facilitées par le numérique (cyber-enabled) | Des délits classiques transposés en ligne | Escroqueries et faux ordres de virement, hameçonnage, blanchiment, harcèlement, exploitation sexuelle des mineurs |
Trois traits caractérisent cette criminalité et expliquent la difficulté à la combattre :
- Elle ignore les frontières : auteur, serveur, victime et argent peuvent se trouver sur quatre continents différents.
- Elle est volatile : la preuve est électronique, donc effaçable ou modifiable en quelques secondes.
- Elle est industrialisée : kits d’hameçonnage prêts à l’emploi, places de marché de données volées, rançongiciels vendus « en tant que service ».
Origine et histoire de la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité
La création de la journée
Tout commence le 27 décembre 2019 : par la résolution 74/247, portée à l’initiative de la Fédération de Russie, l’Assemblée générale crée un comité intergouvernemental spécial à composition non limitée chargé d’élaborer une convention internationale générale contre l’utilisation criminelle des technologies de l’information. Le vote est serré et contesté : 88 voix pour, 58 contre, 34 abstentions, l’Union européenne et les États-Unis y voyant un risque de dérive sécuritaire.
Les travaux se déroulent de mai 2021 à août 2024, avec la participation de la quasi-totalité des États membres. Le 8 août 2024, le comité approuve le texte par consensus.
Le 24 décembre 2024, l’Assemblée générale adopte la résolution A/RES/79/243, sans vote, lors de sa 55ᵉ séance plénière. Cette résolution porte à la fois l’adoption de la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité et la désignation du 24 décembre comme Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité.
Le mécanisme est identique à celui retenu pour la Journée internationale contre la corruption (9 décembre, adossée à la Convention de Mérida) : la journée célèbre le traité et sert de rendez-vous annuel de sensibilisation.
Les objectifs principaux
- Sensibiliser le grand public, les entreprises et les administrations à l’ampleur et aux formes de la cybercriminalité.
- Faire connaître la Convention et accélérer son processus de signature et de ratification.
- Renforcer la coopération internationale, notamment en matière de preuve électronique et d’entraide judiciaire.
- Soutenir les pays en développement, souvent dépourvus des capacités d’enquête nécessaires et donc davantage victimisés.
- Placer les victimes au centre, en promouvant la prévention plutôt que la seule réaction.
La Convention de Hanoï, cœur de la journée
| Étape | Date | Fait marquant |
|---|---|---|
| Lancement des négociations | 27 décembre 2019 | Résolution 74/247 créant le comité spécial |
| Approbation du texte | 8 août 2024 | Consensus du comité ad hoc |
| Adoption | 24 décembre 2024 | Résolution A/RES/79/243, sans vote |
| Ouverture à la signature | 25-26 octobre 2025 | Cérémonie de Hanoï (Viet Nam) |
| Clôture des signatures à New York | 31 décembre 2026 | Siège de l’ONU |
| Entrée en vigueur | À déterminer | 90 jours après la 40ᵉ ratification |
La cérémonie d’ouverture à la signature s’est tenue à Hanoï les 25 et 26 octobre 2025, sous le thème « Countering Cybercrime – Sharing Responsibility – Securing our Future », en présence du Secrétaire général António Guterres. 71 États et l’Union européenne ont signé le texte dès la cérémonie — l’un des scores les plus élevés pour un traité multilatéral déposé auprès du Secrétaire général au cours de la dernière décennie. C’est le premier traité international à porter le nom d’une ville vietnamienne, d’où son surnom de « Convention de Hanoï ».
Le texte criminalise un large éventail d’infractions, organise le partage transfrontalier des preuves électroniques et met en place un réseau de coopération fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il est également le premier traité international à reconnaître la diffusion non consentie d’images intimes comme une infraction — une avancée majeure pour les victimes de violences en ligne.
Importance et impact : pourquoi cette journée compte
Un poids économique vertigineux
Les estimations varient selon les méthodologies, mais toutes convergent vers des ordres de grandeur qui dépassent le PIB de la plupart des États.
| Indicateur | Estimation | Source |
|---|---|---|
| Coût mondial annuel de la cybercriminalité (2025) | ≈ 10 500 milliards de dollars | Cybersecurity Ventures |
| Pertes cumulées projetées à l’horizon 2027 | ≈ 23 000 milliards de dollars | Fonds monétaire international |
| Fréquence des cyberattaques | Doublée depuis la pandémie de COVID-19 | Fonds monétaire international |
Une dimension humaine trop souvent oubliée
Derrière les chiffres, il y a des personnes. Le rapport de l’ONUDC publié le 21 juillet 2026 estime que les arnaques en ligne ont coûté aux victimes d’Asie de l’Est, d’Asie du Sud-Est, d’Australie et de Nouvelle-Zélande entre 88,3 et 114,1 milliards de dollars sur la seule année 2025, contre 18 à 37 milliards estimés pour 2023 — un triplement en deux ans.
Plus troublant encore : les escrocs sont eux-mêmes fréquemment des victimes. Recrutées par de fausses offres d’emploi, des personnes originaires d’au moins 80 pays ont été identifiées dans les centres d’arnaque du bassin du Mékong, notamment en Birmanie et au Cambodge, où passeports confisqués et travail forcé sont la règle. Cybercriminalité, traite des êtres humains et blanchiment y forment un même écosystème.
Un enjeu juridique et géopolitique
Avant la Convention de Hanoï, le principal instrument international était la Convention de Budapest du Conseil de l’Europe, ouverte à la signature le 23 novembre 2001 et entrée en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2004. Efficace mais régionale à l’origine, elle laissait de larges zones du globe hors de tout cadre commun. La Convention onusienne vise précisément à combler ce vide en offrant un socle universel — sans que le débat sur son équilibre entre sécurité et libertés soit pour autant clos.
La lutte contre la cybercriminalité à travers le monde
Amérique du Nord et Europe de l’Ouest. Cadres juridiques matures, agences spécialisées, obligations de notification des incidents. En Europe, les directives NIS 2 et le règlement DORA imposent des standards élevés aux opérateurs essentiels et au secteur financier.
Asie du Sud-Est. Épicentre mondial des centres d’escroquerie. Sous la pression conjointe des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Chine, les autorités régionales multiplient les opérations de démantèlement, mais les réseaux se déplacent, se fragmentent et se reconstituent ailleurs.
Afrique. La Convention de Malabo (Union africaine, 2014) sur la cybersécurité et la protection des données personnelles fournit un cadre continental, dont la ratification progresse lentement. Le manque de capacités d’enquête reste le principal frein.
Pays en développement en général. L’ONUDC souligne de longue date que ces États, faute de moyens techniques et de formation, enregistrent des taux de victimisation plus élevés — d’où la place centrale de l’assistance technique dans la Convention.
Les défis actuels de la lutte contre la cybercriminalité
Le défi technologique
L’intelligence artificielle générative et les deepfakes industrialisent la tromperie : voix clonées, visages synthétiques, messages personnalisés produits en masse. Le malvertising — le détournement de régies publicitaires légitimes pour diffuser des logiciels malveillants — a progressé de 42 % en 2025. L’accès à Internet par satellite permet par ailleurs aux centres frauduleux de s’installer dans des zones reculées, hors de portée des opérateurs télécoms locaux.
Le défi de la preuve et de la coopération
Les données sont décentralisées, réparties entre plusieurs juridictions, hébergées par des prestataires privés et parfois effacées par de simples processus automatiques de rotation. Obtenir une preuve exploitable suppose une réaction en heures, là où l’entraide judiciaire classique se compte en mois.
Le défi des libertés publiques
Plusieurs ONG et juristes ont exprimé des réserves sur la Convention onusienne : la marge d’interprétation laissée aux États dans la définition des infractions et la mise en œuvre des mesures de coopération pourrait, selon eux, faciliter des usages de surveillance. Les articles 6 et 24 du texte imposent le respect des droits de l’homme et prévoient des garanties, mais leur portée effective dépendra des législations nationales de transposition.
Le défi de la prévention
L’ONUDC le formule simplement : la prévention est la meilleure défense. Or l’essentiel des dispositifs d’assistance intervient après l’attaque, quand les fonds sont déjà partis et les données déjà diffusées.
Comment est célébrée la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité
Du côté des institutions
- Campagnes de sensibilisation de l’ONUDC et des bureaux régionaux des Nations Unies.
- Appels aux États n’ayant pas encore signé ou ratifié la Convention de Hanoï.
- Publication de rapports et de données sur l’état de la menace.
- Conférences et tables rondes réunissant magistrats, enquêteurs et acteurs du numérique.
Du côté de la société civile et des entreprises
- Ateliers de sensibilisation en entreprise et en établissement scolaire.
- Modules de formation interne : reconnaître un courriel d’hameçonnage, signaler un incident, réagir en cas de compromission.
- Publications d’ONG spécialisées sur la protection des victimes et les droits numériques.
En France : les réflexes du 24 décembre
La France dispose d’un écosystème dense sur lequel s’appuyer pour marquer la journée :
- 17Cyber (17cyber.gouv.fr), lancé en décembre 2024 par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr : un point d’entrée unique pour les victimes, particuliers comme professionnels.
- Cybermalveillance.gouv.fr : diagnostic en ligne, mise en relation avec des prestataires référencés, fiches réflexes et kits de sensibilisation.
- ANSSI : recommandations techniques, alertes et accompagnement des entités essentielles.
- Office anti-cybercriminalité (OFAC) et commandement de la Gendarmerie dans le cyberespace (ComCyberGend) : services d’enquête spécialisés.
- Les CSIRT régionaux, désormais articulés avec le 17Cyber dans plusieurs régions.
Cinq gestes concrets à adopter ce jour-là
- Activer l’authentification à double facteur sur les comptes sensibles : messagerie, banque, réseaux sociaux.
- Vérifier si vos adresses figurent dans une fuite de données connue et changer les mots de passe concernés.
- Installer les mises à jour en attente sur tous les appareils, y compris la box et les objets connectés.
- Mettre en place une sauvegarde déconnectée de vos données essentielles.
- Prendre dix minutes pour expliquer le principe de l’hameçonnage à un proche moins à l’aise avec le numérique.
La France face à la cybercriminalité : l’état de la menace
Le rapport d’activité 2025 du GIP ACYMA, publié en mars 2026, dresse un tableau sans ambiguïté.
| Indicateur (France, 2025) | Valeur | Évolution |
|---|---|---|
| Demandes d’assistance sur Cybermalveillance.gouv.fr et 17Cyber | 504 810 | +20 % |
| Part des particuliers | 93 % | — |
| Part des professionnels | 7 % (dont 6 % entreprises et associations, 1 % collectivités et administrations) | — |
| Demandes liées aux violations de données | — | +107 % |
| Hameçonnage (1ʳᵉ menace, tous publics) | — | +70 % |
| Visiteurs uniques de la plateforme | Plus de 5,1 millions | — |
Deux enseignements ressortent de ce bilan. D’abord, la menace se disperse : les dix principales cybermenaces représentaient 92 % des sollicitations en 2023, contre 81 % en 2025. Les attaquants multiplient les variantes et réactivent d’anciens procédés. Ensuite, le marché souterrain de la donnée volée s’est structuré : places de marché dédiées, kits d’arnaque clés en main, faux centres d’appels spécialisés dans la manipulation. C’est cette industrialisation qui explique la facilité avec laquelle de nouvelles escroqueries voient le jour.
Le rapport pointe enfin une convergence inquiétante entre criminalité numérique et criminalité physique : des licenciés d’une fédération sportive française ont été visés par des tentatives de vol par ruse et par effraction après une violation de données les concernant.

Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 24 décembre.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale de l’apprentissage numérique, Journée internationale de la prévention de toutes les formes de criminalité transnationale organisée et de la lutte contre ce fléau.
Foire aux questions sur la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité
Quand a lieu la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité ? La Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité a lieu chaque année le 24 décembre.
Qui a créé la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité ? La Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies par la résolution A/RES/79/243, adoptée sans vote le 24 décembre 2024. Sa mise en œuvre est confiée à l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
Pourquoi la Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité est-elle fixée au 24 décembre ? La Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité est fixée au 24 décembre parce que c’est ce jour-là, en 2024, que l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité, premier traité mondial en la matière.
Qu’est-ce que la Convention de Hanoï contre la cybercriminalité ? La Convention de Hanoï est le nom usuel de la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité, ouverte à la signature les 25 et 26 octobre 2025 à Hanoï, au Viet Nam. Elle harmonise la définition des infractions, organise le partage des preuves électroniques et instaure un réseau de coopération 24 h/24. Elle entrera en vigueur 90 jours après la 40ᵉ ratification.
Quelle est la cybermenace la plus fréquente en France ? La cybermenace la plus fréquente en France est l’hameçonnage (phishing), première menace tous publics confondus en 2025 avec une progression de 70 %, alimentée par les nombreuses violations de données survenues cette année-là.
Que faire si l’on est victime de cybercriminalité en France ? Si l’on est victime de cybercriminalité en France, il faut se rendre sur 17Cyber.gouv.fr ou Cybermalveillance.gouv.fr pour obtenir un diagnostic et être orienté, conserver toutes les preuves (captures d’écran, courriels, relevés), déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie, et faire opposition auprès de sa banque en cas de préjudice financier.
Un rendez-vous à ne pas laisser passer
Le 24 décembre, le monde a la tête ailleurs — et c’est peut-être le meilleur moment pour rappeler que les cybercriminels, eux, ne prennent pas de congés. Les fêtes sont même une saison haute pour les faux colis, les fausses promotions et les faux services clients.
La Journée internationale de la lutte contre la cybercriminalité ne demande ni défilé ni grand discours. Elle demande dix minutes : le temps d’activer une double authentification, de lancer une sauvegarde, ou d’expliquer à un parent pourquoi ce SMS de livraison n’en est pas un. La sécurité numérique commence là, bien avant les traités.
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