Chaque année, du 1er au 7 février, les Nations Unies célèbrent la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 octobre 2010 par la résolution A/RES/65/5, cette observance n’est ni une journée isolée ni une initiative de l’UNESCO : c’est une semaine entière, proposée par la Jordanie et adoptée par consensus par les 192 États membres de l’époque. Son principe fondateur tient en une formule volontairement double : « l’amour de Dieu et du prochain, ou l’amour du bien et du prochain » – une rédaction pensée pour n’exclure ni les croyants d’aucune tradition, ni les personnes sans religion.
Dans un monde où 78 % de la population vit dans un pays exposé à des restrictions gouvernementales ou à des hostilités sociales liées à la religion, cette semaine constitue le principal cadre onusien dédié au dialogue interreligieux.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Dénomination officielle | Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle (World Interfaith Harmony Week) |
| Dates | Du 1er au 7 février, chaque année (date fixe) |
| Résolution fondatrice | A/RES/65/5, adoptée le 20 octobre 2010 (34ᵉ séance plénière) |
| Organisme proclamateur | Assemblée générale des Nations Unies (et non l’UNESCO) |
| Initiateur | Le roi Abdallah II de Jordanie, discours du 23 septembre 2010 devant la 65ᵉ Assemblée générale |
| Rédacteur du texte | Le prince Ghazi ben Mohammed, conseiller pour les affaires religieuses et culturelles |
| Première édition | Février 2011 |
| Racine doctrinale | Lettre ouverte Une parole commune entre nous et vous (2007) et Message d’Amman (2005) |
| Caractère | Participation volontaire, sans obligation pour les États |
| Prix associé | Prix de la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle du roi Abdallah II (depuis 2013) |
Qu’est-ce que l’harmonie interconfessionnelle ?
L’harmonie interconfessionnelle désigne la coexistence pacifique et la coopération active entre les personnes de religions, de convictions et de traditions spirituelles différentes. Le terme est plus large que celui de dialogue interreligieux : il ne suppose pas seulement la discussion théologique entre spécialistes, mais l’ensemble des relations quotidiennes — sociales, civiques, culturelles — entre communautés de foi distinctes.
Interconfessionnel, interreligieux, œcuménique : trois notions distinctes
La confusion entre ces trois termes est la principale source d’erreurs dans les articles francophones consacrés à cette semaine.
| Terme | Périmètre | Exemple |
|---|---|---|
| Œcuménique | Entre confessions d’une même religion | Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier), entre catholiques, orthodoxes et protestants |
| Interreligieux | Entre religions différentes | Rencontres judéo-chrétiennes, dialogue islamo-chrétien |
| Interconfessionnel (usage onusien) | Entre toutes les fois, convictions et croyances, y compris non religieuses | Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle |
L’anglais interfaith, traduit officiellement par « interconfessionnel » dans les documents onusiens en français, désigne bien le troisième sens. La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle n’est donc en aucun cas une semaine œcuménique, et ne doit pas être confondue avec la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui se tient deux semaines plus tôt.
Ce que la résolution demande concrètement
Le texte adopté en 2010 est bref et précis. Il :
- réaffirme que la compréhension mutuelle et le dialogue entre les religions sont des volets importants de la culture de paix ;
- proclame la première semaine de février de chaque année Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle entre toutes les religions, croyances et confessions ;
- engage tous les États à appuyer, de leur plein gré, la diffusion pendant cette semaine d’un message d’harmonie interconfessionnelle et de bonne volonté dans les églises, mosquées, synagogues, temples et autres lieux de culte de la planète, selon leurs traditions ou convictions respectives ;
- prie le Secrétaire général de tenir l’Assemblée générale informée de l’application de la résolution.
Le caractère volontaire est explicite dans le texte lui-même : aucun État, aucune communauté religieuse n’est tenu de participer, et aucun format n’est imposé.
Origine et histoire de la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle
Le discours fondateur du 23 septembre 2010
Le 23 septembre 2010, lors du débat général de la 65ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le roi Abdallah II de Jordanie annonce que sa délégation déposera un projet de résolution instituant une semaine annuelle d’harmonie interconfessionnelle. Il y défend l’idée que l’humanité est liée non seulement par des intérêts communs, mais par deux commandements partagés : aimer Dieu et aimer son prochain, ou aimer le bien et aimer son prochain.
Le projet, rédigé par le prince Ghazi ben Mohammed, est déposé sous la cote A/65/L.5 et présenté sans renvoi à une grande commission — une procédure accélérée réservée aux textes consensuels. Moins d’un mois plus tard, le 20 octobre 2010, l’Assemblée générale adopte la résolution A/RES/65/5 sans vote, lors de sa 34ᵉ séance plénière.
Les racines : du Message d’Amman à Une parole commune
La Semaine ne surgit pas de nulle part. Elle est l’aboutissement d’une séquence d’initiatives jordaniennes engagées cinq ans plus tôt.
| Année | Étape | Contenu |
|---|---|---|
| 2005 | Message d’Amman | Déclaration de consensus entre écoles juridiques de l’islam, visant à définir qui est musulman et à délégitimer les excommunications réciproques (takfir) |
| 2007 | Une parole commune entre nous et vous | Lettre ouverte de 138 savants musulmans aux responsables chrétiens, fondée sur deux commandements partagés : l’amour de Dieu et l’amour du prochain |
| 23 sept. 2010 | Proposition à l’ONU | Discours du roi Abdallah II devant la 65ᵉ Assemblée générale |
| 20 oct. 2010 | Adoption | Résolution A/RES/65/5, adoptée par consensus |
| Février 2011 | Première édition | Premières célébrations dans le monde |
| 2013 | Création du Prix | Prix du roi Abdallah II, institué par le Royal Aal al-Bayt Institute for Islamic Thought |
| 4 février 2019 | Document sur la fraternité humaine | Signé à Abou Dabi par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar |
| 21 déc. 2020 | Journée de la fraternité humaine | L’ONU proclame le 4 février, en pleine Semaine de l’harmonie interconfessionnelle |
L’apport décisif de la résolution de 2010 tient à un élargissement rédactionnel : là où Une parole commune s’adressait aux chrétiens et aux musulmans autour de « l’amour de Dieu et l’amour du prochain », le texte onusien ajoute une seconde branche — « ou l’amour du bien et du prochain » — qui permet aux traditions non théistes (bouddhisme, certaines spiritualités asiatiques) et aux personnes sans religion de se reconnaître dans la démarche.
Pourquoi la première semaine de février ?
Contrairement à de nombreuses journées internationales, le choix de la date ne commémore aucun événement historique. Il s’agit d’un créneau neutre, ne coïncidant avec aucune fête majeure d’aucune des grandes traditions religieuses — condition nécessaire pour qu’aucune communauté ne se sente instrumentalisée ou reléguée. La résolution retient littéralement « la première semaine de février », ce que les Nations Unies interprètent de façon fixe comme la période du 1er au 7 février.
Le Prix du roi Abdallah II
Créé en 2013 par le Royal Aal al-Bayt Institute for Islamic Thought, ce prix distingue chaque année les trois meilleures initiatives organisées pendant la Semaine. Ses critères d’attribution éclairent la philosophie de l’observance : le jury valorise l’effort accompli malgré la faiblesse des moyens ou un contexte politique défavorable, la constance dans la durée, et écarte explicitement toute démarche de syncrétisme religieux. L’objectif n’est pas de fondre les religions les unes dans les autres, mais de faire coopérer des traditions qui restent elles-mêmes.
L’ampleur du mouvement se mesure au nombre d’événements recensés : plus de 1 180 manifestations ont été organisées à travers le monde pour la seule édition 2024, dont une soixantaine seulement ont fait l’objet d’un dossier de candidature au prix.
L’importance mondiale de l’harmonie interconfessionnelle
Un monde toujours massivement religieux
L’idée d’une sécularisation générale du monde ne résiste pas aux données. Selon l’étude du Pew Research Center publiée en juin 2025, portant sur plus de 2 700 recensements et enquêtes dans 201 pays, les trois quarts de l’humanité s’identifiaient encore à une religion en 2020.
| Groupe | Effectif 2020 | Part de la population mondiale | Évolution 2010-2020 |
|---|---|---|---|
| Chrétiens | 2,3 milliards | 28,8 % | +122 millions (part en recul de 1,8 point) |
| Musulmans | ≈ 2,0 milliards | 25,6 % | +347 millions (part en hausse de 1,8 point) |
| Sans affiliation religieuse | 1,9 milliard | 24,2 % | +270 millions |
| Hindous | 1,2 milliard | 14,9 % | +126 millions (part stable) |
| Bouddhistes | 324 millions | 4,1 % | −19 millions (seul groupe en recul) |
| Autres religions | 172 millions | 2,2 % | +18 millions (part stable) |
| Juifs | 14,8 millions | ≈ 0,2 % | +1 million environ |
Deux enseignements pour le dialogue interconfessionnel. D’abord, aucune tradition n’est majoritaire à l’échelle mondiale : le christianisme, premier groupe, ne rassemble pas trois personnes sur dix. Ensuite, les personnes sans affiliation religieuse constituent désormais le troisième ensemble mondial — ce qui donne rétrospectivement toute sa portée à la double formulation de la résolution de 2010.
Une exposition massive aux restrictions et aux hostilités
Le 16ᵉ rapport annuel du Pew Research Center sur les restrictions à la religion, publié en juin 2026 et portant sur l’année 2023, documente 198 pays et territoires selon deux indices distincts : l’indice des restrictions gouvernementales (GRI, 20 indicateurs) et l’indice des hostilités sociales (SHI, 13 indicateurs).
| Indicateur (2023) | Valeur |
|---|---|
| Pays à niveau élevé ou très élevé de restrictions gouvernementales | 58 sur 198 |
| Pays à niveau élevé ou très élevé d’hostilités sociales | 55 sur 198 (contre 45 en 2022) |
| Pays cumulant les deux | 27 |
| Part de la population mondiale vivant dans un pays concerné par l’un ou l’autre | 78 % |
| Pays où l’État a harcelé des groupes religieux | 185 (93 %) |
| Pays où l’État a entravé le culte | 175 (88 %) — record depuis 2007 |
| Médiane mondiale du GRI | 3,0 sur 10 (niveau le plus élevé depuis le début de l’étude) |
La progression la plus nette concerne les hostilités sociales — actes commis par des particuliers, des groupes ou des organisations non étatiques. Douze pays y sont entrés dans la catégorie « élevé » en 2023, dont cinq en Europe (Belgique, Espagne, Norvège, Russie, Suède). Les auteurs de l’étude relient une part de cette hausse aux répercussions mondiales de l’attaque du 7 octobre 2023 et de ses suites, qui ont alimenté simultanément actes antisémites et actes antimusulmans dans des pays très éloignés du théâtre du conflit.
Cette double mécanique — restrictions d’État d’un côté, hostilités sociales de l’autre — définit précisément l’espace dans lequel la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle prétend agir : non pas sur la législation des États, mais sur les représentations et les relations entre communautés.
Un enjeu de sécurité collective
Le lien entre harmonie interconfessionnelle et paix internationale n’est pas décoratif : il constitue le fondement juridique de la résolution. Celle-ci s’inscrit explicitement dans le prolongement de la Déclaration et du Programme d’action sur une culture de la paix (A/RES/53/243, 1999) et du Programme mondial pour le dialogue entre les civilisations (A/RES/56/6, 2001). Le raisonnement onusien est le suivant : les fractures religieuses instrumentalisées sont un accélérateur de conflit, et les responsables religieux disposent d’une capacité de mobilisation que les autorités politiques n’ont pas toujours.
L’harmonie interconfessionnelle à travers le monde
Des configurations religieuses radicalement différentes
La Semaine ne prend pas le même sens selon la composition religieuse des sociétés. En 2020, 80 % de la population mondiale vivait dans un pays où sa propre tradition est majoritaire ; 20 % vivait en situation minoritaire. Mais ce chiffre global masque des écarts considérables : 97 % des hindous vivent en position majoritaire, contre moins de la moitié des bouddhistes et des juifs.
| Contexte | Enjeu dominant de la Semaine | Exemples régionaux |
|---|---|---|
| Pluralisme équilibré | Coopération entre communautés de poids comparable | Afrique de l’Ouest, Liban, Indonésie |
| Majorité forte + minorités | Protection et visibilité des minorités | Asie du Sud, Afrique du Nord |
| Sécularisation avancée | Dialogue croyants / non-croyants et transmission | Europe occidentale, Amérique du Nord |
| Diaspora et migration | Reconnaissance de traditions nouvellement implantées | Villes-mondes, métropoles européennes |
Des formats de célébration très contrastés
Les rapports transmis au Prix du roi Abdallah II donnent une image concrète de cette diversité. Au Nigeria, où les tensions interconfessionnelles se doublent de fractures ethniques et régionales, des équipes mixtes d’imams et de pasteurs ont conduit des campagnes de terrain dans des écoles et des quartiers défavorisés. En Bosnie-Herzégovine, à Sarajevo, la Semaine est organisée depuis 2013 dans une ville dont la mémoire du conflit reste centrale. À Munich, une chaîne humaine de lumière a relié cinq lieux de culte différents. À Londres, une association distribuant des repas aux personnes sans domicile a fait de son ouverture à tous, croyants comme non-croyants, le cœur de sa participation.
Ces exemples éclairent une caractéristique structurante de l’observance : elle est décentralisée. L’ONU ne pilote pas de programme mondial ; elle fournit un cadre, une date et une légitimité, et l’initiative revient intégralement aux communautés locales.
Le Dialogue interreligieux de Genève
Le principal rendez-vous institutionnel de la Semaine se tient à Genève, organisé par la Mission permanente de Jordanie auprès des Nations Unies et l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR). Il réunit ambassadeurs et représentants de haut niveau des grandes traditions religieuses autour des articulations entre foi, politique et diplomatie, et offre aux États membres un espace pour présenter leurs propres initiatives.
Les défis contemporains de l’harmonie interconfessionnelle
L’importation des conflits internationaux
C’est le défi le plus documenté. Un conflit géographiquement circonscrit se traduit en quelques jours par une hausse d’actes hostiles dans des pays qui n’y sont pas parties. Les données du Pew Research Center pour 2023 le montrent à l’échelle européenne : en Espagne, en Norvège, en Suède, les organisations juives comme musulmanes ont signalé simultanément une augmentation des discours de haine et des dégradations. Ce phénomène est particulièrement difficile à traiter, car les leviers locaux du dialogue interreligieux n’ont aucune prise sur ses causes.
La haine en ligne et l’accélération numérique
La transformation la plus profonde depuis 2010 tient au déplacement d’une part significative des hostilités vers les espaces numériques. Un incident local — un sermon, une profanation, une caricature — atteint désormais une audience mondiale en quelques heures, souvent décontextualisé. Les mécanismes de recommandation algorithmique tendent structurellement à favoriser les contenus polarisants, ce qui inverse le rapport de force au détriment des initiatives de dialogue, par nature moins virales.
Le soupçon de relativisme
Un obstacle interne, moins visible mais déterminant : de nombreux fidèles perçoivent le dialogue interreligieux comme une dilution de leur propre foi. La résolution de 2010 anticipe cette objection en précisant que chaque communauté agit « selon ses traditions ou convictions religieuses respectives », et le règlement du Prix du roi Abdallah II écarte explicitement les démarches syncrétiques. L’harmonie interconfessionnelle telle que la définit l’ONU suppose que chaque tradition reste elle-même — c’est une coopération, non une fusion.
L’articulation avec les modèles de laïcité
Dans les pays où l’État se veut neutre en matière religieuse, la promotion institutionnelle du dialogue interreligieux soulève une question délicate : jusqu’où une autorité publique peut-elle encourager une démarche qui repose sur des acteurs cultuels ? La réponse varie fortement selon les traditions constitutionnelles, et explique en partie la faible visibilité de la Semaine dans certains pays européens, dont la France.
La sous-déclaration des faits
Enfin, toutes les statistiques disponibles sont affectées par un biais de sous-déclaration. Les représentants de communautés minoritaires soulignent régulièrement que la grande majorité des victimes d’actes hostiles à caractère religieux — agressions verbales, discriminations quotidiennes, harcèlement en ligne — ne déposent pas plainte. Les chiffres officiels constituent donc un plancher, non une mesure du phénomène.
Comment participer à la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle
La résolution laisse une liberté totale de format. Dans la pratique, quatre familles d’initiatives se dégagent.
Dans les lieux de culte
- Portes ouvertes : accueil de visiteurs d’autres traditions ou sans religion, avec présentation du lieu, de son architecture et de ses usages.
- Prières ou méditations concomitantes : chaque communauté prie dans sa propre tradition, au même moment, sans mélange rituel — formule qui respecte la ligne anti-syncrétique de l’observance.
- Prédications croisées : intervention d’un responsable d’une autre tradition sur un thème partagé (l’hospitalité, la justice, le soin des pauvres).
Dans les écoles et les universités
- Séquences pédagogiques sur le fait religieux et les grandes traditions spirituelles.
- Rencontres avec des témoins de plusieurs confessions, dans un cadre encadré par l’enseignant.
- Travaux comparatifs sur les textes fondateurs, les fêtes, les calendriers.
Dans la vie associative et locale
- Actions de solidarité conjointes : c’est le format le plus valorisé par les jurys internationaux, parce qu’il produit un résultat tangible. Distribution de repas, collectes de sang, chantiers de nettoyage, maraudes menées par des équipes volontairement mixtes.
- Repas partagés respectant les prescriptions alimentaires de chacun.
- Concerts, expositions, marches ou chaînes humaines reliant plusieurs lieux de culte.
En ligne
- Publication de témoignages croisés sous les mots-clés #WorldInterfaithHarmonyWeek et #InterfaithHarmony.
- Diffusion de contenus pédagogiques corrigeant les confusions courantes sur les religions.
- Retransmission d’événements locaux, qui abaisse fortement le coût d’entrée pour les petites structures.
Un conseil pratique : les organisateurs expérimentés recommandent de bâtir l’événement autour d’une action commune plutôt que d’une discussion doctrinale. Faire ensemble crée du lien plus sûrement que débattre, en particulier lorsque les communautés se connaissent peu.
La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle en France
Une observance peu visible dans un pays qui dispose pourtant des structures
La France célèbre peu la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle sous ce nom. Ce paradoxe s’explique moins par une absence de dialogue interreligieux — la France est au contraire dotée d’un tissu associatif ancien et dense — que par un décalage de calendrier et de vocabulaire : les initiatives françaises se sont structurées autour de leurs propres rendez-vous, antérieurs à 2010.
Un paysage religieux en transformation rapide
La France fait partie des quatre pays où, selon les estimations du Pew Research Center, les chrétiens sont passés sous la barre des 50 % de la population entre 2010 et 2020, aux côtés du Royaume-Uni, de l’Australie et de l’Uruguay. En 2020, 46 % de la population française était chrétienne, tandis que les personnes sans affiliation religieuse représentaient au moins 40 % de la population. Cette configuration — une majorité chrétienne devenue relative, une part très élevée de personnes sans religion, des minorités musulmane et juive significatives — fait du cas français un terrain particulièrement pertinent pour la double formule de la résolution de 2010.
Les actes antireligieux recensés en France
Le ministère de l’Intérieur publie chaque année un bilan des atteintes motivées par l’appartenance réelle ou supposée à une religion. Pour l’année 2025, 2 489 actes antireligieux ont été recensés, un niveau proche de celui de 2024.
| Type d’actes (2025) | Nombre | Part du total | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|
| Actes antisémites | 1 320 | 53 % | −16 % |
| Actes antichrétiens | 843 | 34 % | +9 % |
| Actes antimusulmans | 326 | 13 % | +88 % |
| Total | 2 489 | 100 % | Stable |
La nature des atteintes diffère nettement selon les cultes. Les actes antichrétiens sont à 87 % des atteintes aux biens — dégradations d’églises, de calvaires, de cimetières —, la part visant les personnes ne représentant que 13 % du total, mais en hausse de 70 % sur un an. Les actes antimusulmans sont au contraire majoritairement dirigés contre des personnes : agressions physiques, verbales et haine en ligne représentent 64 % d’entre eux. Les actes antisémites, largement surreprésentés au regard du poids démographique de la communauté juive, restent à un niveau historiquement élevé depuis 2023, malgré le repli enregistré en 2025.
Sur longue période, le ministère relève une hausse d’environ 21 % du total des actes antireligieux entre 2015 et 2025, avec une recomposition profonde des proportions : entre 2010 et 2015, les actes antichrétiens et antisémites représentaient respectivement 43 % et 41 % du total, contre environ 14 % d’actes antimusulmans.
La Conférence des responsables de culte en France
Créée le 23 novembre 2010 — soit un mois exactement après l’adoption de la résolution onusienne, sans lien de causalité établi entre les deux —, la Conférence des responsables de culte en France (CRCF) réunit six instances : la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, le Consistoire central israélite de France, l’instance représentative du culte musulman et l’Union bouddhiste de France. Chaque culte y est représenté par deux personnes, soit douze au total.
Sa charte fondatrice mentionne explicitement « la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société ». La CRCF se réunit trimestriellement, chez ses membres à tour de rôle, et organise ponctuellement des colloques interreligieux sur des sujets de société.
Un tissu associatif ancien
| Structure | Création | Objet |
|---|---|---|
| Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF) | 1948 | La plus ancienne association interreligieuse française, fondée à l’initiative de l’historien Jules Isaac |
| Groupe des foyers islamo-chrétiens | 1977 | Accompagnement des couples mixtes chrétiens-musulmans |
| Religions for Peace France | 1986 | Branche française de la Conférence mondiale des religions pour la paix |
| Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC) | mai 1993 | Fondé par le père Michel Lelong et le philosophe Mustapha Cherif ; anime depuis 2001 les Semaines de rencontres islamo-chrétiennes (SERIC), en novembre |
| Coexister | janvier 2009 | Mouvement interconvictionnel de jeunes, sous le mot d’ordre « Diversité dans la foi, unité dans l’action » |
Ces structures constituent le relais naturel d’une célébration française de la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle, même lorsqu’elles n’en revendiquent pas l’étiquette.
Deux rendez-vous voisins à ne pas confondre
- La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, du 18 au 25 janvier, est œcuménique : elle concerne les relations entre confessions chrétiennes, pas entre religions différentes.
- Les Semaines de rencontres islamo-chrétiennes (SERIC), en novembre, sont bilatérales : elles concernent le dialogue entre chrétiens et musulmans, sans dimension multiconfessionnelle.
La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle se distingue des deux par son périmètre universel, incluant les convictions non religieuses.
Foire aux questions
Quelle est la date de la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle ?
La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle se tient chaque année du 1er au 7 février. Il ne s’agit pas d’une journée unique mais d’une semaine complète, et sa date est fixe : la résolution A/RES/65/5 proclame « la première semaine de février de chaque année », que les Nations Unies interprètent comme la période du 1er au 7 février. La Journée internationale de la fraternité humaine, célébrée le 4 février, tombe donc à l’intérieur de cette semaine.
Qui a créé la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle ?
La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle a été créée à l’initiative du roi Abdallah II de Jordanie, qui l’a proposée le 23 septembre 2010 lors du débat général de la 65ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Le texte de la résolution a été rédigé par le prince Ghazi ben Mohammed, conseiller pour les affaires religieuses et culturelles du souverain jordanien. L’Assemblée générale l’a adoptée par consensus le 20 octobre 2010. Contrairement à une erreur fréquente, l’UNESCO n’est pas à l’origine de cette observance.
Quelle résolution fonde la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle ?
La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle est fondée sur la résolution A/RES/65/5 de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 20 octobre 2010 lors de la 34ᵉ séance plénière de la 65ᵉ session, sans renvoi à une grande commission. La cote A/65/PV.34, parfois citée à sa place, désigne le procès-verbal de cette séance et non la résolution elle-même.
Quelle différence entre harmonie interconfessionnelle et œcuménisme ?
La différence entre harmonie interconfessionnelle et œcuménisme tient au périmètre. L’œcuménisme désigne le rapprochement entre confessions d’une même religion — en pratique, entre Églises chrétiennes ; c’est l’objet de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, du 18 au 25 janvier. L’harmonie interconfessionnelle, au sens onusien, concerne l’ensemble des religions, croyances et convictions, y compris non religieuses, comme l’indique la double formule de la résolution : « l’amour de Dieu et du prochain, ou l’amour du bien et du prochain ».
Comment célébrer la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle ?
On peut célébrer la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle par des portes ouvertes dans les lieux de culte, des actions de solidarité menées conjointement par plusieurs communautés (distributions de repas, collectes de sang, maraudes), des rencontres pédagogiques en milieu scolaire ou universitaire, des concerts et expositions, ou des publications en ligne. La résolution n’impose aucun format et la participation est entièrement volontaire. Les jurys internationaux valorisent particulièrement les actions concrètes menées en commun, plus fédératrices que les seuls débats doctrinaux.
La Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle concerne-t-elle les personnes sans religion ?
Oui, la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle concerne aussi les personnes sans religion. C’est le sens de la seconde branche de la formule retenue par la résolution de 2010 : « l’amour du bien et du prochain » a été ajouté pour permettre aux traditions non théistes et aux personnes athées ou agnostiques de s’associer à la démarche. Cette précision rédactionnelle prend une portée croissante : selon le Pew Research Center, les personnes sans affiliation religieuse représentaient 24,2 % de la population mondiale en 2020, soit le troisième ensemble après les chrétiens et les musulmans.
Une semaine de calendrier ne désarme pas un conflit et ne fait pas reculer une statistique. Mais la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle repose sur un pari plus modeste et sans doute plus juste : que la méconnaissance nourrit la défiance, et que l’occasion de se rencontrer, même une fois par an, même autour d’un repas ou d’une collecte, produit lentement quelque chose qu’aucune déclaration officielle ne produit. Du 1er au 7 février, la question posée à chacun n’est pas de savoir en quoi il croit, mais avec qui il accepte de faire quelque chose.