14 décembre : Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations

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Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations — Globe terrestre sans inscription près de livres aux couvertures vierges.

Chaque 14 décembre, les Nations Unies célèbrent la Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. Proclamée par la résolution A/RES/80/106 de l’Assemblée générale, adoptée le 5 décembre 2025, cette journée a été célébrée pour la première fois le 14 décembre 2025. Elle rappelle que, plus de soixante-cinq ans après la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, 17 territoires figurent toujours sur la liste onusienne des territoires non autonomes.

Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations — Passage de pierre sans inscription dans un bâtiment ancien.

Cette commémoration ne relève pas du symbole seul : elle réaffirme les buts et principes de la Charte des Nations Unies et souligne la nécessité de mettre fin « rapidement et sans condition » au colonialisme, tout en invitant à identifier ses formes contemporaines — dépendances économiques, ingérences politiques, inégalités structurelles.

C’est quoi le colonialisme ?

Le colonialisme désigne la domination durable d’un peuple ou d’un territoire par une puissance étrangère, qui en contrôle les institutions, les ressources et, souvent, la population. Il s’est traduit historiquement par plusieurs modèles :

  • Les colonies d’exploitation : le territoire est administré principalement pour ses ressources (minerais, cultures d’exportation, main-d’œuvre).
  • Les colonies de peuplement : l’installation de populations venues de la métropole modifie durablement la démographie et le rapport à la terre.
  • Les protectorats et mandats : la souveraineté formelle est maintenue en apparence, mais l’essentiel des pouvoirs est exercé par la puissance tutélaire.

Territoire non autonome : la définition de l’ONU

Le chapitre XI de la Charte des Nations Unies qualifie de non autonomes les territoires « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes ». Dans sa résolution 66 (I) du 14 décembre 1946, l’Assemblée générale avait dressé une première liste de 72 territoires concernés. Les États qui en assument l’administration sont appelés puissances administrantes et sont tenus, au titre de l’article 73 e), de communiquer chaque année des renseignements à l’ONU.

Le colonialisme « sous toutes ses formes et manifestations »

L’intitulé même de la journée est repris de la Déclaration de 1960. En insistant sur « toutes les formes et manifestations », les Nations Unies élargissent volontairement le cadre : au-delà des situations territoriales encore ouvertes, sont visés les mécanismes de dépendance qui perpétuent des rapports de domination — contraintes financières, contrôle des ressources naturelles, ingérence dans les processus politiques.

Origine et histoire de la Journée internationale contre le colonialisme

Pourquoi le 14 décembre ?

La date n’a rien d’arbitraire. Le 14 décembre 1960, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la résolution 1514 (XV), dite Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Ce texte proclame solennellement la nécessité de mettre rapidement et inconditionnellement fin au colonialisme sous toutes ses formes et manifestations, et affirme que la sujétion des peuples à une domination étrangère constitue une négation des droits fondamentaux de l’homme.

Le projet, initialement proposé par l’URSS de Nikita Khrouchtchev en septembre 1960, a été concurrencé puis remplacé par un texte présenté le 28 novembre par le Cambodge au nom de 26 pays d’Asie et d’Afrique, finalement parrainé par 43 délégations.

Résolution 1514 (XV) Détail
Date d’adoption 14 décembre 1960
Voix pour 89
Voix contre 0
Abstentions 9
Pays abstentionnistes Australie, Belgique, Espagne, États-Unis, France, Portugal, République dominicaine, Royaume-Uni, Union sud-africaine

Les neuf abstentions correspondent, pour l’essentiel, aux puissances coloniales de l’époque et à leurs alliés.

Création de la journée : la résolution 80/106

Le 5 décembre 2025, l’Assemblée générale adopte la résolution A/RES/80/106, sur recommandation de sa Quatrième Commission (chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation), à partir du projet A/C.4/80/L.5. Elle décide de proclamer le 14 décembre Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, célébrée chaque année à compter de 2025.

Le texte a été porté par un groupe d’États comprenant notamment le Bélarus, la Bolivie, le Botswana, la Chine, Cuba, l’Érythrée, la Fédération de Russie, la Guinée équatoriale, l’Iran, le Nicaragua, le Laos, la République populaire démocratique de Corée, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, le Venezuela, le Zimbabwe et l’État de Palestine.

L’adoption n’a pas fait l’unanimité :

Vote sur la résolution 80/106 Nombre
Pour 116
Contre 2 (États-Unis, Israël)
Abstentions 54, dont la France, le Royaume-Uni et l’ensemble des États européens

La résolution prévoit également l’organisation, chaque 14 décembre, d’une séance plénière informelle destinée à célébrer et promouvoir la journée, les activités correspondantes devant être financées par des contributions volontaires.

La première célébration, en décembre 2025

La journée inaugurale a été marquée par une réunion plénière de haut niveau d’une journée, convoquée par la Présidente de l’Assemblée générale et tenue le 18 décembre 2025 dans la salle de l’Assemblée générale à New York, à l’occasion du 65ᵉ anniversaire de la Déclaration de 1960. États Membres, États observateurs, Président de l’Assemblée générale, Président du Conseil économique et social et Secrétaire général y ont pris part, avec pour objectif de faire progresser le dialogue mondial sur la mise en œuvre intégrale des résolutions onusiennes relatives à la décolonisation.

Les objectifs de la journée

  • Réaffirmer le droit à l’autodétermination : rappeler que tous les peuples ont le droit de déterminer librement leur statut politique.
  • Accélérer la mise en œuvre de la résolution 1514 (XV) : la Déclaration de 1960 n’est toujours pas pleinement appliquée.
  • Rendre visibles les territoires non autonomes : donner une audience internationale à des populations peu nombreuses et souvent éloignées des centres de décision.
  • Élargir le regard aux formes contemporaines de domination : dépendance financière, ingérence, inégalités structurelles.
  • Mobiliser au-delà des États : associer société civile, monde éducatif et organisations régionales.

Importance et impact de la lutte contre le colonialisme

Une portée juridique et politique

La résolution 1514 est aujourd’hui considérée comme un texte de référence du droit international en matière d’autodétermination. Environ la moitié des 193 États membres actuels de l’ONU peuvent rattacher leur indépendance aux droits et obligations qu’elle consacre. Elle est régulièrement invoquée devant les juridictions internationales, notamment la Cour internationale de justice.

Une portée humaine

Le contraste chiffré est saisissant. En 1945, à la fondation de l’Organisation, 750 millions de personnes — près du tiers de la population mondiale — vivaient dans des territoires non autonomes dépendant de puissances coloniales. Aujourd’hui, moins de deux millions de personnes vivent encore dans les 17 territoires restants, et plus de 80 anciennes colonies ont accédé à l’indépendance depuis 1945.

Indicateur 1945 Aujourd’hui
Population vivant en territoire non autonome 750 millions Moins de 2 millions
Nombre de territoires listés 72 (liste de 1946) 17
Anciennes colonies devenues indépendantes — Plus de 80

Une portée économique

Le colonialisme a organisé des économies orientées vers l’exportation de matières premières, dont les effets structurels se prolongent bien après les indépendances. C’est précisément ce que vise la formule « sous toutes ses formes et manifestations » : la persistance de dépendances économiques et financières qui limitent, dans les faits, la souveraineté effective.

Une portée mémorielle et culturelle

La journée s’inscrit dans un débat public plus large sur la mémoire coloniale : reconnaissance des crimes commis, question des réparations, restitution de biens culturels, enseignement de l’histoire coloniale. En France, ce débat a notamment été marqué par la loi du 23 février 2005, dont l’article évoquant le « rôle positif » de la colonisation a été abrogé après une forte contestation.

Les 17 territoires non autonomes encore inscrits à l’ONU

Ces territoires demeurent à l’ordre du jour du Comité spécial de la décolonisation, dit C-24, créé en 1961 et porté de 17 à 24 membres dès 1962 par la résolution 1810 (XVII).

Territoire Puissance administrante Région
Anguilla Royaume-Uni Caraïbes
Bermudes Royaume-Uni Atlantique Nord
Gibraltar Royaume-Uni Europe
Guam États-Unis Pacifique
Îles Caïmanes Royaume-Uni Caraïbes
Îles Falkland (Malvinas) Royaume-Uni Atlantique Sud
Îles Turques et Caïques Royaume-Uni Caraïbes
Îles Vierges américaines États-Unis Caraïbes
Îles Vierges britanniques Royaume-Uni Caraïbes
Montserrat Royaume-Uni Caraïbes
Nouvelle-Calédonie France Pacifique
Pitcairn Royaume-Uni Pacifique
Polynésie française France Pacifique
Sahara occidental Aucune Afrique
Sainte-Hélène Royaume-Uni Atlantique Sud
Samoa américaines États-Unis Pacifique
Tokélaou Nouvelle-Zélande Pacifique

Répartition par puissance administrante : Royaume-Uni (10), États-Unis (3), France (2), Nouvelle-Zélande (1), sans puissance administrante (1).

Deux cas méritent une mention particulière. Le Sahara occidental est le seul territoire non autonome d’Afrique et le seul dépourvu de puissance administrante depuis le retrait espagnol de 1976, sans statut juridique définitif à ce jour. La Polynésie française, retirée de la liste en 1947, y a été réinscrite par l’Assemblée générale le 17 mai 2013, malgré l’opposition de la France.

Défis et enjeux contemporains

Une décolonisation qui piétine

Le dernier territoire non autonome à avoir accédé à l’indépendance est le Timor-Leste, en 2002. Depuis, la liste n’a plus bougé. L’ONU a proclamé successivement quatre décennies internationales pour l’élimination du colonialisme, la quatrième couvrant la période 2021-2030 (résolution A/RES/75/123, adoptée par 150 voix pour, 3 contre et 21 abstentions). Aucune n’a atteint son objectif.

Une journée contestée dans sa genèse

Le vote de 2025 illustre une fracture diplomatique persistante. Les deux États opposés au texte — États-Unis et Israël — et les 54 abstentions, dont l’ensemble des pays européens, montrent que la question coloniale reste politiquement sensible pour les puissances concernées ou leurs alliés. Le fait que la journée soit financée par contributions volontaires, et non par le budget ordinaire de l’ONU, traduit également ce compromis.

Le dossier des Chagos, révélateur des blocages

L’archipel des Chagos, détaché de Maurice en 1965 avant son indépendance, illustre la difficulté à clore les contentieux coloniaux. Entre 1966 et 1973, l’ensemble de la population chagossienne a été déportée vers Maurice et les Seychelles pour permettre l’installation de la base militaire américano-britannique de Diego Garcia. Après un avis de la Cour internationale de justice et une résolution de l’Assemblée générale en 2019, un accord de rétrocession a été signé le 22 mai 2025 entre Londres et Port-Louis, assorti d’un bail de 99 ans sur Diego Garcia. Sa ratification a toutefois été suspendue par le Royaume-Uni en février 2026, dans l’attente d’une position officielle des États-Unis, et le dossier restait bloqué à l’été 2026.

Les formes nouvelles de dépendance

Au-delà des situations territoriales, l’ONU appelle à identifier et démanteler les dynamiques contemporaines de dépendance : endettement, conditionnalités financières, contrôle étranger des ressources stratégiques, ingérence politique. C’est le sens de l’extension du champ de la journée « à toutes les manifestations » du colonialisme.

Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations — Mains de trois adultes réunis autour d’une table sans emblème.

Comment participer à la Journée internationale contre le colonialisme

Du côté des Nations Unies

  • Séance plénière annuelle : chaque 14 décembre, une séance plénière informelle de l’Assemblée générale est consacrée à la journée.
  • Travaux du C-24 : le Comité spécial de la décolonisation ouvre sa session annuelle en février et examine la situation de chacun des 17 territoires.
  • Séminaires régionaux : organisés en alternance dans les Caraïbes et le Pacifique, ils permettent aux représentants des territoires de s’exprimer. L’édition 2026 du séminaire régional pour les Caraïbes s’est tenue à Managua, au Nicaragua, du 25 au 27 mai 2026.
  • Semaine de solidarité avec les peuples des territoires non autonomes, autre observance onusienne dédiée au même sujet.

Du côté de la société civile

  • Participer aux commémorations et aux événements éducatifs organisés par les Nations Unies.
  • S’engager dans des mouvements locaux et communautaires, en particulier dans les territoires concernés.
  • Organiser des conférences, projections ou débats sur l’histoire coloniale et ses prolongements.
  • Consulter et faire circuler les ressources documentaires de l’ONU sur la décolonisation.

En ligne

Les organisations anticolonialistes, les mouvements ultramarins et les représentants des territoires non autonomes utilisent la date pour des campagnes de sensibilisation, des publications historiques et des relais de témoignages. La première édition, en décembre 2025, a donné lieu à des mobilisations dans plusieurs territoires français d’outre-mer, notamment en Guadeloupe et en Guyane.

Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 14 décembre.

Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée des droits de l’homme, Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.

Foire aux questions sur la Journée internationale contre le colonialisme

Quand a lieu la Journée internationale contre le colonialisme ?

La Journée internationale contre le colonialisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations a lieu le 14 décembre de chaque année, depuis 2025.

Qui a créé la Journée internationale contre le colonialisme ?

La Journée internationale contre le colonialisme a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, par la résolution A/RES/80/106 adoptée le 5 décembre 2025, sur recommandation de sa Quatrième Commission.

Pourquoi la Journée internationale contre le colonialisme est-elle célébrée le 14 décembre ?

La Journée internationale contre le colonialisme est célébrée le 14 décembre en référence au 14 décembre 1960, date d’adoption de la résolution 1514 (XV), la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux.

Combien reste-t-il de territoires non autonomes selon l’ONU ?

Il reste 17 territoires non autonomes inscrits à l’ordre du jour du Comité spécial de la décolonisation, où vivent moins de deux millions de personnes. Dix sont administrés par le Royaume-Uni, trois par les États-Unis, deux par la France, un par la Nouvelle-Zélande, et le Sahara occidental n’a pas de puissance administrante.

La France a-t-elle voté pour la Journée internationale contre le colonialisme ?

Non : la France s’est abstenue lors du vote sur la Journée internationale contre le colonialisme, aux côtés du Royaume-Uni et de l’ensemble des États européens. La résolution a été adoptée par 116 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et 54 abstentions.

Quels territoires français figurent sur la liste des territoires non autonomes ?

Deux territoires français figurent sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU : la Nouvelle-Calédonie, inscrite en 1986, et la Polynésie française, réinscrite le 17 mai 2013.

Une décolonisation encore inachevée

Soixante-cinq ans après la Déclaration de 1960, dix-sept territoires attendent toujours que s’applique un principe pourtant adopté sans une seule voix contre : celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En inscrivant le 14 décembre au calendrier international, les Nations Unies rappellent que la décolonisation n’est pas un chapitre refermé de l’histoire du XXᵉ siècle, mais un chantier ouvert — et que ses formes contemporaines, moins visibles que les empires d’hier, méritent la même vigilance.

Ce 14 décembre, prendre connaissance de la liste des 17 territoires, écouter les voix qui en viennent et interroger nos propres héritages coloniaux est déjà une manière de participer.



Sources

Gérard DOUET

A propos de l'auteur

Auteur et contributeur sur EphemerideDuJour.com, avec un travail de synthese autour des dates, calendriers, fetes, evenements historiques et reperes du jour.

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