Chaque 27 décembre, la communauté internationale célèbre la Journée internationale de la préparation aux épidémies, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 7 décembre 2020 par la résolution A/RES/75/27. Adoptée sans vote, en pleine première année de la pandémie de COVID-19, cette journée porte un message simple : la prochaine épidémie n’est pas une hypothèse, mais une certitude statistique — et le seul levier réellement efficace reste la préparation, avant la crise.

Proposée par le Viet Nam et co-parrainée par plus d’une centaine d’États, la résolution invite l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les États membres, le secteur privé, les universités et la société civile à organiser chaque 27 décembre des actions d’information et de sensibilisation sur la prévention, la préparation et les partenariats face aux épidémies.
🦠 C’est quoi la préparation aux épidémies ?
La préparation aux épidémies (en anglais epidemic preparedness) désigne l’ensemble des capacités qu’un pays doit mettre en place avant l’apparition d’une flambée : détecter, alerter, isoler, soigner, protéger et communiquer.
Épidémie, pandémie, endémie : les définitions
| Terme | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Endémie | Présence habituelle et permanente d’une maladie dans une population ou une zone donnée | Paludisme en Afrique subsaharienne |
| Épidémie | Augmentation rapide et anormale du nombre de cas d’une maladie dans une zone géographique | Ebola en Afrique de l’Ouest (2014-2016) |
| Pandémie | Épidémie qui s’étend à plusieurs continents, voire au monde entier | COVID-19 (2020-2023), grippe H1N1 (2009) |
| Zoonose | Maladie transmissible de l’animal à l’être humain | Rage, grippe aviaire, mpox |
Les piliers concrets de la préparation
- La surveillance : réseaux de laboratoires, séquençage génomique, surveillance des eaux usées, systèmes d’alerte précoce.
- La riposte : stocks stratégiques (masques, tests, antiviraux), plans de continuité hospitalière, réserve sanitaire mobilisable.
- La recherche : plateformes vaccinales prêtes à l’emploi, essais cliniques pré-négociés, partage des séquences génétiques.
- La communication : information vérifiée, lutte contre la désinformation, engagement des communautés.
- La gouvernance : autorités nationales désignées, coordination interministérielle, financement pérenne.
Un chiffre résume l’enjeu de la prévention en amont : selon les Nations Unies, 75 % des nouvelles maladies infectieuses humaines sont des zoonoses, c’est-à-dire qu’elles proviennent du monde animal. La préparation commence donc bien avant l’hôpital : dans les écosystèmes, l’élevage et la déforestation.
📜 Origine et histoire de la Journée internationale de la préparation aux épidémies
Création de la journée
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Date de célébration | 27 décembre, chaque année |
| Résolution fondatrice | A/RES/75/27 |
| Date d’adoption | 7 décembre 2020 |
| Instance | Assemblée générale des Nations Unies (75ᵉ session) |
| Mode d’adoption | Sans vote (consensus) |
| État porteur | Viet Nam |
| Organisation chef de file | Organisation mondiale de la Santé (OMS) |
| Première célébration | 27 décembre 2020 |
En présentant le projet de résolution, le Viet Nam a rappelé que la COVID-19 n’était ni la première ni la dernière épidémie, citant le VIH/sida, Ebola, le MERS, le SRAS et la grippe H1N1. L’Assemblée générale a également précisé que les activités découlant de la résolution devaient être financées par des contributions volontaires.
Pourquoi le 27 décembre ?
La résolution ne motive pas explicitement le choix de cette date. On notera toutefois une coïncidence de calendrier remarquable : le 27 décembre 1822 naissait à Dole, dans le Jura, Louis Pasteur, fondateur de la microbiologie moderne et père du vaccin contre la rage.
Les objectifs principaux de la Journée internationale de la préparation aux épidémies
- Sensibiliser : rappeler à tous les niveaux — local, national, régional et mondial — l’urgence de la prévention des épidémies.
- Partager les connaissances : diffuser les données scientifiques, les bonnes pratiques et les retours d’expérience.
- Renforcer les systèmes de santé : plaider pour des systèmes résilients, capables de maintenir les soins essentiels en pleine crise.
- Protéger les plus vulnérables : garantir une participation inclusive et cibler les populations les plus exposées.
- Consolider le multilatéralisme : rappeler que la solidarité et les partenariats internationaux sont indispensables à chaque étape de la gestion d’une épidémie.
💥 Importance et impact : pourquoi la préparation aux épidémies est vitale
Un impact sanitaire d’une ampleur historique
L’OMS estime la surmortalité mondiale associée à la COVID-19 à environ 14,9 millions de décès entre le 1ᵉʳ janvier 2020 et le 31 décembre 2021 (fourchette : 13,3 à 16,6 millions) — soit bien plus que les décès officiellement déclarés. La répartition est très inégale :
| Indicateur (2020-2021) | Part de la surmortalité mondiale |
|---|---|
| Asie du Sud-Est, Europe et Amériques | 84 % |
| Les 10 pays les plus touchés | 68 % |
| Pays à revenu intermédiaire | 81 % |
| Pays à revenu élevé | 15 % |
| Pays à faible revenu | 4 % |
| Hommes / Femmes | 57 % / 43 % |
Ces écarts disent l’essentiel : une épidémie frappe d’abord là où la préparation manque.
Un enjeu économique majeur
Les crises sanitaires débordent largement le champ médical : rupture des chaînes d’approvisionnement, fermeture des écoles, effondrement de secteurs entiers, recul du développement. C’est pourquoi le Fonds de lutte contre les pandémies (Pandemic Fund) a été créé en septembre 2022 et lancé par le G20 à Bali en novembre 2022, sous l’égide de la Banque mondiale.
| Fonds de lutte contre les pandémies | Chiffres |
|---|---|
| Capital de départ | 2 milliards de dollars (27 contributeurs) |
| Subventions allouées (octobre 2024) | 885 millions de dollars |
| Effet de levier | environ 6 dollars mobilisés pour 1 dollar accordé |
| Cible | pays à revenu faible et intermédiaire |
Une question d’équité et de genre
La résolution onusienne insiste sur la dimension sexospécifique de la riposte. Les femmes constituent la majorité des effectifs de santé dans le monde et se sont trouvées en première ligne de la pandémie, tout en subissant de plein fouet ses conséquences économiques et sociales.
« Un monde, une santé » : la santé humaine, animale et environnementale
Le principe One Health / « Un monde, une santé » est explicitement cité par l’ONU dans le cadre de cette journée. Il pose que la santé humaine ne peut être protégée sans agir simultanément sur la santé animale, la santé végétale et l’environnement — approche portée conjointement par l’OMS, la FAO, l’OMSA et le PNUE.
🌍 La préparation aux épidémies à travers le monde
L’architecture mondiale : trois textes de référence
| Instrument | Statut | Contenu clé |
|---|---|---|
| Règlement sanitaire international (RSI, 2005) | Juridiquement contraignant, 196 États parties | Droits et obligations face aux risques sanitaires transfrontaliers |
| Amendements au RSI (2024) | Adoptés le 1ᵉʳ juin 2024, en vigueur depuis le 19 septembre 2025 | Création du niveau d’alerte « urgence due à une pandémie », autorités nationales RSI, accès équitable aux produits médicaux |
| Accord de l’OMS sur les pandémies | Adopté le 20 mai 2025 (78ᵉ Assemblée mondiale de la Santé) | Prévention, préparation et riposte ; ouvert à signature après adoption de l’annexe PABS ; entrée en vigueur après 60 ratifications |
L’annexe PABS (accès aux agents pathogènes et partage des avantages), point le plus disputé de l’Accord, fait toujours l’objet de négociations au sein d’un groupe de travail intergouvernemental, dont les réunions se sont succédé en 2025 et 2026.
Afrique : des capacités bâties dans l’urgence
L’Afrique a payé le prix fort d’Ebola et du mpox, mais y a gagné des institutions solides : Africa CDC, réseaux de laboratoires nationaux, équipes d’intervention rapide. Lors de la levée de l’urgence internationale mpox en septembre 2025, l’OMS a souligné que la plupart des pays touchés avaient développé une capacité de riposte durable, avec plus de 3 millions de doses de vaccin livrées dans 12 pays.
Europe et France : anticiper plutôt que réagir
L’Union européenne s’est dotée en 2021 de l’HERA, son autorité de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire, chargée d’anticiper les besoins en contre-mesures médicales. En France, la préparation repose notamment sur Santé publique France (surveillance épidémiologique, stocks stratégiques, réserve sanitaire) et sur les plans gouvernementaux de gestion de crise sanitaire.
Asie : la mémoire des épidémies
Marqués par le SRAS (2003) puis le MERS, plusieurs pays d’Asie de l’Est ont conservé après 2003 des dispositifs permanents de dépistage, de traçage et de contrôle aux frontières. Ce n’est pas un hasard si l’initiative de cette journée internationale est venue du Viet Nam.
⚠️ Défis et enjeux contemporains de la préparation aux épidémies
Le cycle « panique-négligence »
C’est le défi structurel numéro un : les budgets de préparation gonflent pendant la crise, puis fondent dès qu’elle s’éloigne. La Journée du 27 décembre existe précisément pour contrer cet oubli programmé.
Financement et fractures politiques
Le retrait annoncé de plusieurs États de l’OMS et les tensions sur le financement multilatéral fragilisent l’architecture sanitaire mondiale au moment même où elle se dote de nouveaux outils juridiques. Le nerf de la guerre reste l’équité : sans transfert de technologies et de capacités de production, l’accès aux vaccins restera aussi inégal qu’en 2021.
Désinformation et confiance
La rapidité de circulation des fausses informations est devenue un facteur épidémiologique à part entière : elle freine la vaccination, décrédibilise les mesures de protection et complique la communication de crise.
Résistance aux antimicrobiens et pression environnementale
Déforestation, urbanisation, changement climatique et élevage intensif multiplient les contacts entre faune sauvage et humains, tandis que l’antibiorésistance menace de rendre incurables des infections aujourd’hui banales.
Le « pathogène X »
Les autorités sanitaires travaillent désormais sur des scénarios génériques de « maladie X » : un agent pathogène encore inconnu, à fort potentiel pandémique, contre lequel il s’agit de préparer des plateformes vaccinales adaptables plutôt qu’un vaccin spécifique.
🤝 Comment célébrer la Journée internationale de la préparation aux épidémies
Les initiatives institutionnelles
- Messages officiels du Secrétaire général des Nations Unies et de l’OMS.
- Webinaires et conférences scientifiques sur la prévention et la riposte.
- Publication de bilans nationaux de préparation et d’exercices de simulation.
- Sessions de plaidoyer auprès des parlements et des bailleurs.
Les actions communautaires et locales
- Ateliers de sensibilisation dans les écoles, universités et entreprises.
- Formations aux gestes de prévention et à l’hygiène des mains.
- Campagnes locales de rattrapage vaccinal.
- Reconnaissance publique du travail des soignants et des bénévoles.
Les actions numériques
Les réseaux sociaux relaient la journée autour de mots-clés tels que #EpidemicPreparedness et #PreparednessDay. Partager une information vérifiée issue d’une source officielle (OMS, ONU, autorités sanitaires nationales) est en soi un acte de préparation.
Ce que chacun peut faire le 27 décembre
- Vérifier que ses vaccinations sont à jour, pour soi et ses proches.
- Constituer une trousse familiale simple : thermomètre, masques, solution hydro-alcoolique, ordonnances et traitements chroniques d’avance.
- Identifier ses sources d’information fiables avant la crise, pas pendant.
- Connaître les personnes vulnérables de son entourage et savoir comment les aider en cas de confinement ou d’isolement.
🔬 Zoom : huit alertes maximales en vingt ans
Depuis l’entrée en vigueur du Règlement sanitaire international de 2005, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) — son plus haut niveau d’alerte — à huit reprises :
| Année | Événement | Statut |
|---|---|---|
| 2009 | Grippe A (H1N1) | Levée en 2010 |
| 2014 | Poliomyélite | Toujours active |
| 2014 | Ebola en Afrique de l’Ouest | Levée en 2016 |
| 2016 | Virus Zika | Levée en 2016 |
| 2019 | Ebola en République démocratique du Congo | Levée en 2020 |
| 2020 | COVID-19 | Levée le 5 mai 2023 |
| 2022 | Mpox | Levée en 2023 |
| 2024 | Mpox (Afrique) | Levée le 5 septembre 2025 |
Soit une alerte maximale tous les deux ans et demi en moyenne. La question n’est donc jamais « si », mais « quand ».

Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 27 décembre.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée européenne d’information sur les antibiotiques, Journée internationale de la couverture sanitaire universelle.
❓ Foire aux questions sur la Journée internationale de la préparation aux épidémies
Quand a lieu la Journée internationale de la préparation aux épidémies ?
La Journée internationale de la préparation aux épidémies a lieu le 27 décembre de chaque année, depuis 2020.
Qui a créé la Journée internationale de la préparation aux épidémies ?
La Journée internationale de la préparation aux épidémies a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté sans vote la résolution A/RES/75/27 le 7 décembre 2020, sur une initiative portée par le Viet Nam. L’OMS est invitée à concourir à sa célébration.
Quelle est la différence entre une épidémie et une pandémie ?
La différence entre une épidémie et une pandémie tient à l’étendue géographique : une épidémie est une hausse anormale de cas dans une zone déterminée, tandis qu’une pandémie touche plusieurs continents, voire le monde entier.
Qu’est-ce qu’une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) ?
Une urgence de santé publique de portée internationale est le plus haut niveau d’alerte que le Directeur général de l’OMS peut déclarer au titre du Règlement sanitaire international. Depuis 2005, elle a été déclarée huit fois. Les amendements de 2024, en vigueur depuis le 19 septembre 2025, y ajoutent un cran supplémentaire : l’urgence due à une pandémie.
Qu’est-ce que l’Accord de l’OMS sur les pandémies ?
L’Accord de l’OMS sur les pandémies est un traité adopté le 20 mai 2025 par la 78ᵉ Assemblée mondiale de la Santé, après trois ans de négociations. Il vise à renforcer la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies. Il ne sera ouvert à la signature qu’après l’adoption de son annexe PABS, et entrera en vigueur après 60 ratifications.
Comment se préparer à une épidémie au niveau individuel ?
Pour se préparer à une épidémie au niveau individuel, il convient de maintenir ses vaccinations à jour, de disposer d’une réserve de base (masques, gel hydro-alcoolique, thermomètre, traitements chroniques), de connaître les sources d’information officielles et de repérer autour de soi les personnes vulnérables susceptibles d’avoir besoin d’aide.
Se préparer, c’est déjà protéger
Le 27 décembre n’est pas une commémoration : c’est un rappel. Entre deux crises, la préparation ne coûte presque rien comparée au prix d’une pandémie — quelques centaines de millions de dollars investis dans la surveillance face à des milliers de milliards de pertes économiques et près de quinze millions de vies perdues en deux ans.
En cette fin d’année, alors que les familles se retrouvent, la meilleure façon de marquer cette journée tient peut-être en trois gestes : vérifier son carnet de vaccination, partager une information fiable, et se souvenir que la santé de chacun dépend du maillon le plus faible de la chaîne mondiale. La prochaine épidémie se prépare aujourd’hui.
