Chaque 10 décembre, la communauté internationale célèbre la Journée des droits de l’homme. La date n’a rien d’arbitraire : elle marque l’anniversaire de l’adoption, le 10 décembre 1948 au palais de Chaillot à Paris, de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Officialisée en 1950 par la résolution 423 (V), cette journée est aujourd’hui l’une des plus suivies du calendrier onusien. Elle rappelle un principe simple et exigeant : les droits fondamentaux ne se méritent pas, ils appartiennent à chaque être humain du seul fait qu’il est humain.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Date | 10 décembre (chaque année) |
| Texte commémoré | Déclaration universelle des droits de l’homme (résolution 217 A (III)) |
| Adoption de la DUDH | 10 décembre 1948, palais de Chaillot, Paris |
| Création de la Journée | 4 décembre 1950, résolution 423 (V) |
| Organisme porteur | ONU / Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) |
| Nombre d’articles de la DUDH | 30 |
| Traductions | 577 langues (document le plus traduit au monde) |
C’est quoi les droits de l’homme ?
Les droits de l’homme — ou droits humains, formulation aujourd’hui privilégiée par de nombreuses institutions francophones — désignent l’ensemble des droits inhérents à toute personne, sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique, d’origine nationale ou sociale, de fortune ou de naissance.
Trois caractéristiques les définissent :
- Universels : ils s’appliquent partout et à tous, sans exception.
- Inaliénables : nul ne peut en être privé arbitrairement, ni y renoncer.
- Indivisibles et interdépendants : le droit à la liberté d’expression ne vaut pas plus que le droit à l’alimentation ou à l’éducation ; les uns ne fonctionnent pas sans les autres.
La Déclaration universelle des droits de l’homme en bref
Adoptée en 1948, la DUDH compte 30 articles répartis selon une architecture que René Cassin comparait au portique d’un temple grec : un préambule en guise de marches, quatre colonnes (droits individuels, droits de la personne dans la société, libertés publiques et politiques, droits économiques et sociaux) et un fronton composé des trois derniers articles.
| Articles | Contenu principal |
|---|---|
| 1 et 2 | Dignité, liberté, égalité, non-discrimination |
| 3 à 11 | Droits individuels : vie, sûreté, interdiction de la torture et de l’esclavage, justice équitable |
| 12 à 17 | Droits dans la société : vie privée, famille, circulation, asile, nationalité, propriété |
| 18 à 21 | Libertés publiques : pensée, conscience, religion, expression, réunion, participation politique |
| 22 à 27 | Droits économiques, sociaux et culturels : travail, repos, santé, éducation, culture |
| 28 à 30 | Ordre international et limites : conditions de réalisation de ces droits |
À retenir : la DUDH n’est pas un traité. C’est une déclaration, dépourvue en tant que telle de force contraignante — mais dont la portée morale, politique et juridique s’est révélée considérable.
Origine et histoire de la Journée des droits de l’homme
Le contexte : 1948, après la catastrophe
La DUDH naît d’un traumatisme. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après la Shoah et les procès de Nuremberg, la toute jeune Organisation des Nations Unies charge sa Commission des droits de l’homme de rédiger un texte fondateur.
Le comité de rédaction, présidé par Eleanor Roosevelt, veuve du président américain Franklin D. Roosevelt, réunit des personnalités venues d’horizons politiques et culturels très différents :
- Eleanor Roosevelt (États-Unis) — présidente du comité
- P. C. Chang (Chine) — vice-président, juriste et philosophe
- Charles Malik (Liban) — rapporteur
- John Peters Humphrey (Canada) — auteur du premier avant-projet
- René Cassin (France) — juriste, résistant, rédacteur du texte remanié, futur prix Nobel de la paix (1968)
Le vote du 10 décembre 1948
Le 10 décembre 1948, au palais de Chaillot, l’Assemblée générale adopte la Déclaration par sa résolution 217 A (III).
| Résultat du vote | Détail |
|---|---|
| Pour | 48 États |
| Contre | 0 |
| Abstentions | 8 États |
| Ne prenant pas part au vote | 2 États (Yémen, Honduras) |
Les huit abstentions sont éclairantes : l’URSS, la Biélorussie, l’Ukraine, la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie contestent la formulation de l’universalité ; l’Afrique du Sud, qui installe alors l’apartheid, refuse l’égalité devant la loi sans distinction de race ; l’Arabie saoudite conteste l’égalité entre les femmes et les hommes.
Détail souvent oublié : la version officielle du texte a été rédigée en français.
La création de la Journée
Deux ans plus tard, lors de sa 317ᵉ séance plénière du 4 décembre 1950, l’Assemblée générale adopte la résolution 423 (V), qui invite tous les États membres et toutes les organisations intéressées à célébrer chaque 10 décembre la Journée des droits de l’homme, selon les modalités de leur choix.
Objectifs principaux de la Journée
- Faire connaître la DUDH : diffuser un texte encore largement méconnu dans son contenu réel.
- Rappeler l’universalité des droits : réaffirmer qu’ils ne dépendent ni d’un régime, ni d’une culture, ni d’une conjoncture.
- Honorer les défenseurs des droits humains : mettre en lumière celles et ceux qui les font vivre sur le terrain.
- Mobiliser les États : rappeler leurs engagements juridiques et politiques.
- Éduquer : donner aux jeunes générations les outils pour connaître et revendiquer leurs droits.
L’importance et l’impact de la Journée des droits de l’homme ⚖️
Une portée juridique devenue considérable
Simple déclaration en 1948, la DUDH est devenue la matrice du droit international des droits humains. Elle a donné naissance à deux traités contraignants adoptés le 16 décembre 1966 (résolution 2200 A (XXI)) :
| Traité | Adoption | Entrée en vigueur | Portée |
|---|---|---|---|
| Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) | 16 décembre 1966 | 23 mars 1976 | Vie, liberté, procès équitable, expression, participation politique |
| Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) | 16 décembre 1966 | 3 janvier 1976 | Travail, santé, éducation, niveau de vie suffisant |
Ensemble, la DUDH et ces deux pactes (complétés par les protocoles facultatifs) forment la Charte internationale des droits de l’homme. Le PIDESC comptait 171 États parties en septembre 2021 ; le PIDCP se situe à un niveau comparable.
Une portée symbolique et culturelle
Traduite en 577 langues, de l’abkhaze au zoulou, la DUDH est le document le plus traduit au monde. Elle a inspiré des constitutions nationales, des chartes régionales, des jurisprudences, mais aussi une iconographie mondiale : l’artiste français YAK (Yacine Ait Kaci) en a réalisé la première version animée avec son personnage Elyx, premier ambassadeur virtuel des Nations Unies, qui met en images chacun des 30 articles.
Une portée politique : le 10 décembre, journée des récompenses
Le 10 décembre s’est imposé comme la date de référence pour honorer l’engagement en faveur des droits humains :
| Distinction | Créée en | Fréquence | Remise |
|---|---|---|---|
| Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme | 1966 (rés. 2217) | Tous les 5 ans | New York, autour du 10 décembre |
| Prix des droits de l’Homme de la République française « Liberté – Égalité – Fraternité » | 1988 | Annuelle | Paris, autour du 10 décembre |
| Prix Nobel de la paix | 1901 | Annuelle | Oslo, le 10 décembre |
Le Prix des Nations Unies pour la cause des droits de l’homme a été décerné pour la première fois le 10 décembre 1968, à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de la DUDH, puis en 1973, 1978, 1988, 1993, 1998, 2003, 2008, 2013, 2018 et 2023. Parmi ses lauréats figurent Eleanor Roosevelt, Martin Luther King, Nelson Mandela, Jimmy Carter, Amnesty International, le CICR, Malala Yousafzai ou encore le docteur Denis Mukwege.
La diversité des droits humains à travers le monde 🌍
Le socle est universel, mais chaque région s’est dotée de ses propres instruments et de ses propres juridictions.
Les systèmes régionaux de protection
| Région | Texte fondateur | Juridiction / organe |
|---|---|---|
| Europe | Convention européenne des droits de l’homme (1950) | Cour européenne des droits de l’homme, Strasbourg |
| Amériques | Convention américaine relative aux droits de l’homme, dite Pacte de San José (1969) | Commission (Washington) et Cour interaméricaine (San José) |
| Afrique | Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, dite Charte de Banjul (1981) | Commission africaine (Banjul) et Cour africaine (Arusha) |
| Monde arabe | Charte arabe des droits de l’homme (2004) | Comité arabe des droits de l’homme |
| Asie du Sud-Est | Déclaration des droits de l’homme de l’ASEAN (2012) | Commission intergouvernementale de l’ASEAN |
L’Europe se distingue par un mécanisme unique : un particulier peut, après épuisement des recours internes, saisir directement la Cour de Strasbourg contre son propre État, dont les arrêts sont contraignants.
Des célébrations aux visages multiples
- En France, la journée est marquée par la remise du Prix des droits de l’Homme de la République française et par de nombreuses actions associatives (Amnesty International France, Ligue des droits de l’Homme, Défenseur des droits).
- En Afrique du Sud, le 10 décembre a une résonance particulière : Nelson Mandela y a prêté serment comme président en mai 1994, mais c’est le 10 décembre 1996 qu’il a promulgué la Constitution post-apartheid.
- Dans les écoles, de nombreux pays organisent lectures publiques des 30 articles, débats et concours d’éloquence.
- En ligne, la campagne onusienne s’appuie chaque année sur un hashtag mondial et des visuels librement téléchargeables.
Les défis contemporains des droits humains
Un recul mondial documenté
Les organisations de terrain décrivent depuis plusieurs années une érosion des protections. L’organisation Front Line Defenders documente chaque année les homicides de défenseurs des droits humains :
| Année | Défenseurs tués | Pays concernés |
|---|---|---|
| 2024 | Au moins 324 | 32 |
| 2025 | Au moins 358 | Données détaillées dans l’Analyse globale 2025/26 |
En 2024, la Colombie concentrait à elle seule 157 de ces homicides, devant le Mexique (32). En 2025, près d’un quart des victimes (84 personnes) défendaient la terre et l’environnement.
Une crise de financement
L’écosystème de protection se fragilise aussi financièrement. Front Line Defenders a interrogé 60 organisations internationales et régionales de la société civile, qui déclarent avoir perdu au total 45 millions de dollars de soutien direct à la protection sur la seule année 2025, dans le sillage des coupes dans l’aide publique au développement.
Trois lignes de front
- Les conflits armés : la protection des civils, la question des crimes de guerre et l’accès humanitaire restent les zones de fracture les plus visibles.
- Le numérique : surveillance, logiciels espions, censure en ligne et harcèlement numérique constituent une menace d’un type nouveau pour les défenseurs et les journalistes.
- L’universalité contestée : le relativisme culturel, invoqué pour justifier des exceptions nationales, demeure l’objection la plus ancienne — elle était déjà présente dans les abstentions de 1948.

Comment célébrer la Journée des droits de l’homme ?
Le thème de la campagne
Chaque année, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme retient un thème. Le thème le plus récent publié est celui de 2025 : « Droits humains, nos essentiels de tous les jours », articulé autour de trois messages — les droits humains sont positifs, essentiels et accessibles — et accompagné du mot-dièse #OurEverydayRights. Le thème de l’édition suivante est annoncé par le HCDH à l’approche de la date.
Actions institutionnelles
- Cérémonies officielles de remise de prix (Paris, New York, Genève)
- Débats parlementaires et déclarations gouvernementales
- Expositions au Siège des Nations Unies, consacrées notamment aux droits des peuples autochtones, aux violences sexuelles dans les conflits ou au génocide des Roms et des Sinti
- Forums et sommets, comme le sommet RightsX organisé au Palais Wilson à Genève
Actions à la portée de chacun
- Lire les 30 articles de la Déclaration : cela prend moins de quinze minutes.
- Signer une pétition ou écrire à un prisonnier d’opinion (l’opération « Écrire pour les droits » d’Amnesty International se déroule chaque année autour du 10 décembre).
- Soutenir une association de défense des droits, par un don ou du bénévolat.
- Organiser une lecture publique en classe, en médiathèque ou en association.
- Partager son témoignage sur les réseaux sociaux avec le mot-dièse de la campagne en cours.
Les femmes qui ont façonné la Déclaration universelle
L’histoire officielle a longtemps retenu quelques noms masculins. Or plusieurs femmes ont pesé de façon décisive sur le texte de 1948 :
- Eleanor Roosevelt (États-Unis), présidente du comité de rédaction, force motrice des négociations.
- Hansa Mehta (Inde), à qui l’on doit une correction fondamentale : la formule initiale « tous les hommes naissent libres et égaux » est devenue « tous les êtres humains naissent libres et égaux ».
- Minerva Bernardino (République dominicaine), qui a milité pour l’inscription de l’égalité entre les sexes dès le préambule.
- Marie-Hélène Lefaucheux (France), engagée sur la non-discrimination fondée sur le sexe à l’article 2.
- Begum Shaista Ikramullah (Pakistan), défenseuse de l’article 16 sur l’égalité dans le mariage.
Les Nations Unies leur consacrent aujourd’hui une rubrique dédiée sur le site de la Journée.
Pour replacer ce rendez-vous dans le calendrier, consultez l’éphéméride du 10 décembre.
Pour prolonger ce thème, découvrez aussi Journée internationale de commémoration des victimes du crime de génocide, d’affirmation de leur dignité et de prévention de ce crime, Journée mondiale des écrivains en prison.
Foire aux questions sur la Journée des droits de l’homme
Pourquoi la Journée des droits de l’homme est-elle célébrée le 10 décembre ? La Journée des droits de l’homme est célébrée le 10 décembre parce que c’est à cette date, en 1948, que l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme au palais de Chaillot à Paris. La Journée elle-même a été officialisée le 4 décembre 1950 par la résolution 423 (V).
Qui a rédigé la Déclaration universelle des droits de l’homme ? La Déclaration universelle des droits de l’homme a été rédigée par un comité présidé par Eleanor Roosevelt, à partir d’un avant-projet du Canadien John Peters Humphrey, remanié par le juriste français René Cassin. Le Chinois P. C. Chang en était vice-président et le Libanais Charles Malik rapporteur.
Combien d’articles compte la Déclaration universelle des droits de l’homme ? La Déclaration universelle des droits de l’homme compte 30 articles, précédés d’un préambule. Ils couvrent les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, de la dignité humaine (article 1) aux limites d’interprétation du texte (article 30).
La Déclaration universelle des droits de l’homme est-elle juridiquement contraignante ? La Déclaration universelle des droits de l’homme n’est pas juridiquement contraignante en elle-même : c’est une déclaration, pas un traité. Sa force obligatoire est venue des deux pactes de 1966 (PIDCP et PIDESC), qui la traduisent en engagements ratifiés par les États et forment avec elle la Charte internationale des droits de l’homme.
Quelle est la différence entre la Déclaration de 1789 et celle de 1948 ? La différence entre la Déclaration de 1789 et celle de 1948 tient à leur portée : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est un texte français, issu de la Révolution, intégré au bloc de constitutionnalité national. La Déclaration universelle de 1948 est un texte international, adopté par l’ONU, qui s’adresse à l’humanité entière et intègre des droits économiques et sociaux absents de 1789.
Quel est le thème de la Journée des droits de l’homme ? Le thème de la Journée des droits de l’homme change chaque année. Le plus récent publié par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme est celui de 2025, « Droits humains, nos essentiels de tous les jours », qui présente les droits humains comme positifs, essentiels et accessibles, avec le mot-dièse #OurEverydayRights.
Trente articles, et nous
Soixante-dix-huit ans après le palais de Chaillot, la Déclaration universelle n’a jamais été aussi traduite, aussi citée — ni aussi discutée. Elle n’a pourtant rien perdu de sa nature première : un texte de deux pages, écrit au sortir du pire, qui affirme que la dignité ne se négocie pas.
Le 10 décembre ne demande pas grand-chose. Lire les trente articles. Vérifier lesquels sont réellement garantis autour de soi. Et se souvenir que chacun d’eux a été arraché, ligne après ligne, par des femmes et des hommes qui n’avaient aucune garantie d’être entendus.
