27 janvier : Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

Chaque 27 janvier, les Nations Unies et leurs États membres observent la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Instituée par la résolution A/RES/60/7 de l’Assemblée générale, adoptée par consensus le 1er novembre 2005, elle commémore l’assassinat de près de six millions de Juifs d’Europe par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs, ainsi que des innombrables victimes appartenant à d’autres minorités persécutées. La date n’a rien d’arbitraire : le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques pénétraient dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau, révélant au monde l’ampleur du crime.

Cette journée n’est pas seulement commémorative. Elle est explicitement conçue comme un instrument de prévention : rappeler ce qui s’est produit pour réduire le risque que cela se reproduise, et opposer aux discours de haine un socle de faits établis.

Élément Information
Nom officiel Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste
Date 27 janvier (date fixe, chaque année)
Instituée par Assemblée générale des Nations Unies
Texte fondateur Résolution A/RES/60/7 « Mémoire de l’Holocauste »
Date d’adoption 1er novembre 2005, sans vote (consensus)
Première édition 27 janvier 2006
Origine de la date Libération d’Auschwitz-Birkenau le 27 janvier 1945
Programme associé Programme de communication « L’Holocauste et les Nations Unies »
Déclinaison française Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité

Qu’est-ce que l’Holocauste ? Définition et périmètre

L’Holocauste désigne la persécution et l’extermination systématiques, organisées par l’État allemand nazi et ses collaborateurs entre 1933 et 1945, des Juifs d’Europe. Le processus est passé de l’exclusion légale (lois de Nuremberg, 1935) à la spoliation, puis à la concentration en ghettos, aux fusillades de masse menées par les Einsatzgruppen à partir de 1941, et enfin à l’assassinat industrialisé dans les centres de mise à mort édifiés en Pologne occupée.

Holocauste ou Shoah : deux mots, un même événement

Les deux termes désignent le même crime, mais leur histoire diffère.

  • Holocauste vient du grec ancien et désignait à l’origine un sacrifice religieux entièrement consumé par le feu. Cet héritage sémantique est contesté par de nombreux historiens et par une partie de la communauté juive, qui y voient un contresens : les victimes n’ont rien sacrifié, elles ont été assassinées. Le terme s’est néanmoins imposé dans les enceintes internationales et dans le monde anglophone, notamment après la diffusion de la série américaine Holocaust en 1978.
  • Shoah, mot hébreu signifiant « catastrophe », s’est imposé en France, notamment après le film de Claude Lanzmann (1985). C’est l’usage dominant dans le débat public français.

L’ONU emploie « Holocauste » dans ses textes officiels ; en France, l’appellation institutionnelle des commémorations scolaires utilise plutôt le vocabulaire des « génocides » et de la « Shoah ».

Qui sont les victimes de l’Holocauste ?

Le génocide des Juifs constitue le cœur de l’événement commémoré le 27 janvier : la résolution 60/7 évoque le meurtre d’un tiers du peuple juif. Mais la politique d’extermination et de persécution nazie a frappé d’autres groupes, que les Nations Unies mentionnent comme « d’innombrables membres d’autres minorités ».

Groupe visé Ordre de grandeur des victimes Remarque
Juifs d’Europe Environ 6 millions Cible du génocide au sens strict
Roms et Sintis Plusieurs centaines de milliers (estimations très débattues) Génocide reconnu, longtemps occulté
Personnes handicapées Plusieurs dizaines à centaines de milliers Programme d’« euthanasie » dit Aktion T4
Prisonniers de guerre soviétiques Plusieurs millions de morts en captivité Mortalité organisée par la faim et les mauvais traitements
Polonais non juifs Plusieurs centaines de milliers Répression, déportation, travail forcé
Opposants politiques, Témoins de Jéhovah, homosexuels Dizaines de milliers Persécutions ciblées et internement

Les estimations relatives aux Roms et Sintis, aux personnes handicapées et aux homosexuels demeurent discutées entre historiens, faute d’archives complètes et en raison de définitions variables des périmètres géographiques et chronologiques retenus.

Auschwitz-Birkenau, lieu emblématique

Le complexe d’Auschwitz réunissait un camp de concentration (Auschwitz I), un centre de mise à mort doublé d’un immense camp (Birkenau, ou Auschwitz II) et un camp de travail forcé (Monowitz, ou Auschwitz III). Environ 1,3 million de personnes y ont été déportées ; environ 1,1 million y sont mortes, dont approximativement un million de Juifs. La grande majorité des victimes juives ont été assassinées dans les chambres à gaz dès leur arrivée, sans jamais être enregistrées comme détenues.

Le 27 janvier 1945, l’Armée rouge y découvre environ 7 000 détenus survivants, malades ou mourants, laissés sur place après l’évacuation forcée de la majorité des prisonniers vers l’ouest — les « marches de la mort ». Le site est classé monument national par la Pologne en 1947 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.


Origine et histoire de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

Une reconnaissance tardive à l’échelle mondiale

Si les Nations Unies naissent en 1945 en réaction directe à la Seconde Guerre mondiale et à l’Holocauste — et adoptent dès 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide —, il faudra soixante ans pour qu’une journée mondiale de commémoration soit instituée.

Plusieurs jalons y conduisent. En janvier 2000, le Forum international de Stockholm sur l’Holocauste réunit une cinquantaine de gouvernements et adopte la Déclaration de Stockholm, texte fondateur de la coopération internationale en matière d’enseignement et de recherche sur l’Holocauste. Le 18 octobre 2002, à l’initiative du Conseil de l’Europe, les ministres européens de l’Éducation adoptent une déclaration créant une journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité dans les établissements scolaires des États membres, chaque pays restant libre de fixer sa date.

La résolution 60/7 : création de la journée

Le 24 janvier 2005, l’Assemblée générale des Nations Unies tient une session extraordinaire pour le soixantième anniversaire de la libération des camps nazis. Neuf mois plus tard, le 1er novembre 2005, elle adopte sans vote la résolution 60/7, intitulée « Mémoire de l’Holocauste », présentée à l’initiative d’Israël et soutenue par plus d’une centaine d’États coauteurs.

Ce texte, non contraignant mais politiquement majeur :

  • proclame le 27 janvier Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, observée chaque année par l’ensemble du système onusien ;
  • crée le Programme de communication « L’Holocauste et les Nations Unies », chargé de développer l’éducation et la sensibilisation à travers le réseau mondial des centres d’information de l’ONU ;
  • rejette toute négation de l’Holocauste en tant qu’événement historique, en totalité ou en partie ;
  • condamne sans réserve les manifestations d’intolérance religieuse, l’incitation, le harcèlement et la violence visant des personnes ou des communautés en raison de leur origine ethnique ou de leurs croyances ;
  • rappelle que la mémoire de l’Holocauste est essentielle à la prévention de futurs actes de génocide, en observant qu’ignorer l’historicité de ces événements accroît le risque de leur répétition.

La première édition est célébrée le 27 janvier 2006.

Les textes complémentaires adoptés depuis

L’Assemblée générale a prolongé la résolution fondatrice par deux textes consacrés spécifiquement au négationnisme. Le 26 janvier 2007, la résolution 61/255 condamne sans réserve tout déni de l’Holocauste ; elle compte alors 103 coauteurs. Le 20 janvier 2022, jour du quatre-vingtième anniversaire de la conférence de Wannsee, la résolution 76/250, proposée par Israël avec le concours de l’Allemagne et coparrainée par 114 États, est adoptée par consensus : elle vise explicitement la négation et la déformation de l’Holocauste sur les réseaux sociaux et invite les plateformes à agir. L’Iran s’en est formellement dissocié.

Chronologie de la mémoire internationale de l’Holocauste

Date Événement
27 janvier 1945 Les troupes soviétiques entrent dans Auschwitz-Birkenau
1948 Adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention sur le génocide
1953 Création de Yad Vashem à Jérusalem par la Knesset
1998 Création de la Task Force devenue l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA)
Janvier 2000 Forum international de Stockholm et Déclaration de Stockholm
18 octobre 2002 Déclaration des ministres européens de l’Éducation (Conseil de l’Europe)
22 novembre 2004 Résolution A/RES/59/26 sur le soixantième anniversaire de la fin de la guerre
24 janvier 2005 Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies
1er novembre 2005 Adoption de la résolution A/RES/60/7 créant la Journée internationale
27 janvier 2006 Première Journée internationale
26 janvier 2007 Résolution A/RES/61/255 sur le déni de l’Holocauste
26 mai 2016 Adoption par l’IHRA de sa définition opérationnelle de l’antisémitisme
20 janvier 2022 Résolution A/RES/76/250 sur la négation de l’Holocauste
27 janvier 2025 Quatre-vingtième anniversaire de la libération d’Auschwitz-Birkenau

Importance et impact de la Journée internationale

Un enjeu de transmission face à la disparition des témoins

La commémoration du 27 janvier repose historiquement sur la parole des survivants. Or cette génération s’éteint. Selon les données publiées par la Claims Conference en janvier 2026, environ 196 600 survivants juifs de l’Holocauste vivent encore, répartis dans plus de quatre-vingt-dix pays, contre environ 220 000 un an plus tôt et 564 000 en 2000. Près de la moitié résident en Israël. Les projections de l’organisation situent le seuil des 100 000 survivants aux alentours du début des années 2030.

Cette érosion démographique modifie la nature même de la commémoration : elle passe d’une mémoire portée par des témoins directs à une mémoire médiatisée par l’archive, l’enregistrement audiovisuel, le lieu de mémoire et l’école.

Indicateur Valeur Source et date
Survivants juifs recensés dans le monde Environ 196 600 Claims Conference, janvier 2026
Survivants recensés un an plus tôt Environ 220 000 Claims Conference
Survivants recensés en 2000 Environ 564 000 Claims Conference
Part vivant en Israël Environ la moitié Claims Conference

Un fondement du droit international des droits humains

L’Holocauste a directement structuré le droit international contemporain. Le procès de Nuremberg consacre la notion de crime contre l’humanité ; la Convention de 1948 crée le crime de génocide comme catégorie juridique autonome ; la Déclaration universelle des droits de l’homme pose l’universalité de la dignité humaine. Commémorer le 27 janvier, c’est donc aussi rappeler l’origine historique d’une architecture juridique qui régit encore aujourd’hui la répression des atrocités de masse.

Un instrument de lutte contre l’antisémitisme contemporain

Les Nations Unies présentent explicitement la Journée comme un rappel des dangers de la haine, du sectarisme et de l’antisémitisme. Cet ancrage dans le présent n’est pas rhétorique : les niveaux d’actes antisémites enregistrés en Europe occidentale depuis 2023 sont historiquement élevés.


Diversité et variations : le 27 janvier à travers le monde

Une date largement adoptée, mais pas universelle

La résolution 60/7 engage le système onusien, non les législations nationales. Chaque État reste libre de sa propre date commémorative. Le 27 janvier s’est néanmoins imposé dans une large partie de l’Europe, souvent avant la décision de l’ONU : l’Allemagne l’a institué dès 1996 comme journée du souvenir des victimes du national-socialisme, le Royaume-Uni observe son Holocaust Memorial Day depuis 2001, l’Italie son Giorno della Memoria depuis 2000.

Israël : une date distincte, Yom HaShoah

Israël commémore la Shoah non le 27 janvier, mais le 27 du mois de Nissan dans le calendrier hébraïque, soit une date mobile qui tombe généralement en avril ou début mai. Cette journée, Yom HaShoah VeHaGvoura (Jour de la Shoah et de l’héroïsme), a été instituée par la Knesset en 1951 et articule mémoire des victimes et mémoire de la résistance juive, notamment le soulèvement du ghetto de Varsovie. Confondre le 27 janvier et Yom HaShoah est une erreur fréquente : ce sont deux commémorations distinctes, de calendriers, d’origines et de significations différentes.

Pologne : le lieu plutôt que la date

En Pologne, où se trouve la majorité des centres de mise à mort, la commémoration du 27 janvier prend une dimension particulière puisqu’elle se déroule sur le site même d’Auschwitz-Birkenau. Le Musée d’État accueille chaque année les cérémonies internationales, en présence de survivants et de chefs d’État. La Pologne observe par ailleurs, le 19 avril, une journée liée au soulèvement du ghetto de Varsovie.

Autres commémorations liées

Plusieurs journées se rattachent au même champ mémoriel sans se confondre avec le 27 janvier :

  • 2 août : Journée européenne de commémoration du génocide des Roms et des Sintis, en référence à la liquidation du « camp des familles tsiganes » de Birkenau dans la nuit du 2 au 3 août 1944.
  • 9 décembre : Journée internationale de commémoration des victimes du crime de génocide, adossée à l’anniversaire de la Convention de 1948.
  • 7 avril : Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.

Défis et enjeux contemporains

La négation et la déformation en ligne

C’est le défi le plus documenté. Une étude publiée en juillet 2022 par l’UNESCO et le Département de la communication globale de l’ONU, en partenariat avec le Congrès juif mondial, a fait analyser près de 4 000 contenus relatifs à l’Holocauste par des chercheurs de l’Oxford Internet Institute, en anglais, français, allemand et espagnol, sur cinq plateformes.

Plateforme Part des contenus publics niant ou déformant l’Holocauste
Telegram Environ 49 %
TikTok Environ 17 % (26 % pour les contenus en français)
Twitter Environ 15 %
Facebook Environ 8 %
Ensemble des plateformes étudiées Environ 16,2 %

Le contraste entre Telegram, plateforme faiblement modérée, et Facebook indique que la modération et la redirection vers des ressources fiables produisent des effets mesurables. Le chiffre francophone sur TikTok, le plus élevé des quatre langues étudiées, constitue un signal d’alerte spécifique pour l’espace numérique français.

La distorsion, plus insidieuse que la négation

Le négationnisme frontal — nier l’existence des chambres à gaz — recule dans le débat public légitime et tombe sous le coup de la loi dans de nombreux pays. La difficulté s’est déplacée vers la distorsion : minimiser le nombre de victimes, dédouaner les collaborateurs, banaliser par des comparaisons abusives, ou détourner les symboles de la persécution (étoile jaune, référence aux camps) pour des causes contemporaines sans rapport. Cette forme est plus difficile à qualifier juridiquement et plus facile à diffuser.

Les débats sur la définition de l’antisémitisme

La définition opérationnelle de l’antisémitisme adoptée par l’IHRA en mai 2016, non juridiquement contraignante, est reprise par une trentaine d’États et par la résolution onusienne de 2022. Elle fait l’objet de débats académiques : plusieurs de ses exemples illustratifs concernent l’État d’Israël, ce que des chercheurs jugent susceptible d’entretenir une confusion entre antisémitisme et critique politique. Une déclaration alternative, dite Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, a été élaborée en 2020 par un groupe de spécialistes. Ce débat est réel et documenté ; il ne remet pas en cause les faits historiques de l’Holocauste, mais porte sur les outils d’identification de l’antisémitisme contemporain.

La concurrence des mémoires

L’universalisation de la mémoire de l’Holocauste, portée par l’ONU, se heurte parfois à des critiques dénonçant une hiérarchisation des souffrances ou réclamant une reconnaissance équivalente d’autres crimes de masse. Dès les débats de 2007 à l’Assemblée générale, certaines délégations souhaitaient élargir le texte à d’autres génocides. La position onusienne consiste à maintenir des journées distinctes — le 27 janvier pour l’Holocauste, le 7 avril pour le Rwanda, le 9 décembre pour le crime de génocide en général — plutôt qu’un texte unique.


Comment participer à la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

Cérémonies officielles

La cérémonie centrale se tient chaque année autour du 27 janvier dans la salle de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, avec le Secrétaire général, la présidence de l’Assemblée générale, les représentants des États membres et des survivants. Des commémorations parallèles sont organisées par les équipes de pays de l’ONU, les centres d’information des Nations Unies et l’UNESCO, ainsi que sur le site d’Auschwitz-Birkenau.

Actions éducatives

C’est le vecteur principal de la Journée. Les établissements scolaires peuvent organiser :

  • des ateliers pédagogiques adossés aux programmes d’histoire ;
  • des rencontres avec des témoins, des enfants de déportés ou des historiens ;
  • la projection commentée de documentaires ou de films de fiction ;
  • la visite d’un lieu de mémoire, d’un ancien camp d’internement ou d’un musée ;
  • des travaux de recherche sur des déportés d’une commune ou d’un établissement, comme le propose le projet européen « Convoi 77 » à partir des biographies des déportés du dernier grand convoi parti de Drancy.

Démarches individuelles

  • Consulter les bases de données nominatives des victimes, qui permettent de retrouver l’identité et l’adresse de déportés, y compris à l’échelle d’une rue ou d’un immeuble.
  • Écouter ou lire des témoignages enregistrés de survivants, dont les grands fonds d’archives orales sont accessibles en ligne.
  • Visiter un lieu de mémoire ou repérer les plaques commémoratives et les noms de rues de sa commune.
  • Signaler les contenus négationnistes rencontrés en ligne aux plateformes et aux dispositifs de signalement compétents.

Sensibilisation numérique

Le Programme de communication de l’ONU met à disposition des jeux d’affiches, des documents de discussion, des guides pédagogiques, des films éducatifs et un podcast. Relayer des ressources institutionnelles vérifiées reste, en pratique, l’un des moyens les plus utiles de contrer mécaniquement la circulation de contenus falsifiés.


Focus France : le 27 janvier, journée de la mémoire des génocides

Une journée scolaire, pas une journée nationale au sens commémoratif

Point souvent confondu : la France n’observe pas le 27 janvier au titre de la résolution onusienne de 2005, mais au titre de la déclaration des ministres européens de l’Éducation du 18 octobre 2002. La France et l’Allemagne ont retenu cette date ; elle est appliquée dans les établissements scolaires français depuis 2003, soit deux ans avant la création de la journée par l’ONU. Son intitulé officiel est Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité — un périmètre volontairement plus large que le seul Holocauste, puisqu’il englobe les génocides reconnus.

La journée nationale commémorative française consacrée aux persécutions antisémites est distincte : instituée par le décret n° 93-150 du 3 février 1993, puis élargie par la loi n° 2000-644 du 10 juillet 2000, elle porte le nom de Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes » de France. Elle est fixée au 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vélodrome d’Hiver, si ce jour est un dimanche, sinon au dimanche suivant.

Journée Date Fondement Portée
Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste 27 janvier Résolution ONU A/RES/60/7 (2005) Système des Nations Unies
Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité 27 janvier Déclaration du Conseil de l’Europe (2002), appliquée depuis 2003 Établissements scolaires français
Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français 16 juillet ou dimanche suivant Décret de 1993, loi de 2000 Commémoration nationale française

Le bilan de la Shoah en France

Les travaux de Serge Klarsfeld et de l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, publiés à partir de 1978 sous le titre Mémorial de la déportation des Juifs de France, ont permis d’établir une liste nominative des victimes.

Indicateur Valeur
Juifs vivant en France métropolitaine en 1940 Environ 320 000
Juifs déportés de France 75 721 recensés (souvent arrondi à 76 000)
Enfants parmi les déportés Environ 11 400
Déportés envoyés à Auschwitz Environ 69 000
Survivants parmi les déportés Environ 2 500
Morts dans les camps d’internement français Environ 3 000
Exécutions de Juifs sur le sol français Environ 1 000

Le taux de survie de la population juive de France, de l’ordre des trois quarts, est parmi les plus élevés d’Europe occupée — très supérieur à celui des Pays-Bas. Cette particularité s’explique en partie par l’ampleur des solidarités individuelles et collectives. Au 1er janvier 2023, Yad Vashem avait reconnu 28 707 Justes parmi les Nations dans le monde, dont 4 303 en France, ce qui place le pays au troisième rang mondial. Ce chiffre ne mesure pas l’ampleur réelle des sauvetages, mais le nombre de cas documentés et instruits.

L’antisémitisme en France aujourd’hui

Le Service de Protection de la Communauté Juive publie chaque année, en coopération avec le ministère de l’Intérieur, le recensement officiel des actes antisémites commis en France. Ces données reposent sur des faits qualifiés — plaintes, mains courantes, saisines du parquet, constats officiels — et sous-estiment donc la réalité en raison de la sous-déclaration.

Année Actes antisémites recensés en France
2022 436
2023 1 676
2024 1 570
2025 1 320

Le ministère de l’Intérieur relève que les actes antisémites représentaient 53 % de l’ensemble des faits antireligieux en 2025, alors que la population juive constitue moins de 1 % de la population française. Les atteintes aux personnes — agressions physiques, injures, haine en ligne — forment l’essentiel de ces faits.

Lieux de mémoire en France

Le Mémorial de la Shoah, à Paris, abrite le Mur des Noms inauguré en 2005, où sont gravés les noms des 76 000 Juifs déportés de France, ainsi que le Centre de documentation juive contemporaine. Le Mémorial de la Shoah de Drancy fait face à la cité de la Muette, principal camp de transit vers Auschwitz. D’autres sites documentent l’internement et la déportation, notamment les camps de Rivesaltes, des Milles, de Gurs, de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, ainsi que le Mémorial des enfants d’Izieu. Un réseau de communes ayant nommé une rue, une place ou un square en hommage aux Justes couvre plusieurs centaines de villes et villages.


Foire aux questions sur la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

Pourquoi la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste est-elle fixée au 27 janvier ? La Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste est fixée au 27 janvier parce que ce jour marque l’anniversaire de la libération du camp de concentration et centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques, le 27 janvier 1945. Les soldats de l’Armée rouge y ont découvert environ 7 000 détenus survivants et les traces matérielles du crime, ce qui a fait de cette date le symbole mondial de la révélation de l’Holocauste.

Qui a créé la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste ? La Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste a été créée par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a adopté sans vote, le 1er novembre 2005, la résolution A/RES/60/7 intitulée « Mémoire de l’Holocauste ». Le texte avait été présenté à l’initiative d’Israël et soutenu par plus d’une centaine d’États coauteurs. La même résolution a institué le Programme de communication « L’Holocauste et les Nations Unies ». La première édition a eu lieu le 27 janvier 2006.

Quelle est la différence entre le 27 janvier et Yom HaShoah ? La différence entre le 27 janvier et Yom HaShoah tient à leur origine et à leur calendrier. Le 27 janvier est la journée internationale décidée par les Nations Unies en 2005, à date fixe, ancrée sur la libération d’Auschwitz. Yom HaShoah est la journée israélienne instituée par la Knesset en 1951, fixée au 27 du mois de Nissan dans le calendrier hébraïque — donc à date mobile, généralement en avril — et associe la mémoire des victimes à celle de l’héroïsme et de la résistance juives.

Combien de personnes ont été assassinées pendant l’Holocauste ? Pendant l’Holocauste, environ six millions de Juifs d’Europe ont été assassinés par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs, soit environ un tiers du peuple juif de l’époque. À ce bilan s’ajoutent les victimes appartenant à d’autres groupes persécutés : Roms et Sintis, personnes handicapées, prisonniers de guerre soviétiques, Polonais non juifs, opposants politiques, Témoins de Jéhovah et homosexuels. Pour le seul complexe d’Auschwitz, environ 1,1 million de personnes ont été tuées, dont approximativement un million de Juifs.

Comment la France commémore-t-elle le 27 janvier ? La France commémore le 27 janvier sous l’intitulé « Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité », principalement dans les établissements scolaires. Cette commémoration découle non pas de la résolution onusienne de 2005, mais de la déclaration adoptée le 18 octobre 2002 par les ministres européens de l’Éducation à l’initiative du Conseil de l’Europe ; la France et l’Allemagne ont retenu la date du 27 janvier, appliquée depuis 2003. La commémoration nationale française des persécutions antisémites de l’État français a lieu, elle, le 16 juillet ou le dimanche suivant.

Combien reste-t-il de survivants de l’Holocauste dans le monde ? Il reste aujourd’hui moins de 200 000 survivants juifs de l’Holocauste dans le monde : la Claims Conference en recensait environ 196 600 en janvier 2026, répartis dans plus de quatre-vingt-dix pays, contre environ 564 000 en 2000. Près de la moitié vivent en Israël, et la quasi-totalité d’entre eux étaient des enfants pendant la guerre. Cette érosion rapide explique l’accent croissant mis par les Nations Unies sur l’archive, le témoignage enregistré et l’éducation.


Le 27 janvier ne demande ni cérémonie fastueuse ni discours solennel pour avoir du sens. Lire un nom sur le Mur des Noms, écouter une heure de témoignage enregistré, vérifier un chiffre avant de le partager : ces gestes modestes sont exactement ce que la résolution 60/7 appelait de ses vœux lorsqu’elle affirmait qu’ignorer l’historicité de ces événements accroît le risque qu’ils se reproduisent. À mesure que s’éteignent les dernières voix qui peuvent dire « j’y étais », la mémoire cesse d’être un héritage reçu pour devenir une responsabilité exercée. Elle ne se transmet plus toute seule.

Sébastien LETT

A propos de l'auteur

Je m’appelle Sébastien LETT, entrepreneur web et e-commerce, fondateur de l'agence Alcaweb, de la société de vente en ligne Cookam, et je suis le créateur d’Ephéméride du jour, un site éditorial consacré aux dates, à l’histoire quotidienne, aux saints du jour, aux journées mondiales, aux événements marquants et aux anecdotes qui accompagnent chaque jour de l’année. À travers ce projet, j’ai souhaité créer un rendez-vous quotidien accessible, clair et vivant, pour permettre à chacun de découvrir ce qui s’est passé un jour précis : naissances célèbres, décès marquants, faits historiques, traditions, citations, records, curiosités et repères culturels. Passionné à la fois par le web et par l'histoire, mon objectif est simple : faire de chaque date une porte d’entrée vers l’histoire, la culture générale et la mémoire collective, en mêlant grands événements, petites histoires et anecdotes qui donnent du sens à chaque journée.